Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 14 minutes
SMART TECH du 30 octobre 2026

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:06Gael a témoigné publiquement du parcours de sa fille Juliette, c'était notamment dans un documentaire que j'ai pu
00:13visionner encore récemment à l'Assemblée Nationale puisqu'il y a eu une projection organisée par le député Arthur Delaporte.
00:20Gael, vous êtes maire de famille mais aujourd'hui membre aussi du collectif Algos Victima. Bonjour. Merci beaucoup d'être
00:27dans Smartech pour nous parler de vos actions.
00:30Ce documentaire, je précise qu'il a été diffusé sur Slash aussi, plateforme de France Télévisions. Il est accessible sur
00:37les plateformes web et il va y avoir même une diffusion télé un peu tardive mais sur France Télévisions.
00:43Ça arrive sur tous les écrans. C'est très édifiant, c'est une enquête journalistique qui est menée sur la
00:51manière dont on tombe quand on est très jeune, très rapidement, dans des spirales négatives.
00:57Est-ce que vous pouvez nous décrire en quelques mots ce qui s'est passé pour votre fille ?
01:02Alors déjà dans notre contexte familial, on est des parents très sourcilleux sur le rapport avec les écrans.
01:11On a toujours limité le temps devant la télévision, etc.
01:15Notre fille a ardemment défendu son droit à avoir un téléphone portable qu'elle a eu à la rentrée de
01:21cinquième.
01:23On avait plutôt l'idée de lui donner un téléphone en troisième voire en seconde.
01:28Mais déjà cinquième, c'est tardif.
01:31Alors cinquième, c'était tardif.
01:33Par rapport à la majorité des familles qui cèdent bien avant.
01:37Voilà, c'était la dernière de sa classe à ne pas avoir de téléphone.
01:42Et elle a négocié pour elle et pour son frère qui lui était en troisième.
01:47Bon, très bonne avocate.
01:49Elle nous a convaincus.
01:51Elle a d'ailleurs rédigé une sorte de charte d'utilisation que j'ai retrouvée récemment
01:59en notant tout ce qu'on pourrait mettre en œuvre d'un point de vue familial.
02:04Et on a mis en œuvre d'ailleurs coupure du Wi-Fi à 21 heures.
02:10Pas de téléphone dans la chambre.
02:15Et elle faisait beaucoup d'activités.
02:17Donc on n'était pas très inquiets de son usage.
02:22Parce que matériellement, entre l'école et ses activités, jusqu'à 21 heures, il n'y avait pas beaucoup d
02:26'heures.
02:29On a rapidement observé une sorte de changement d'humeur, un peu plus renfermé.
02:37Mais il se trouve qu'on rentrait dans l'âge de l'adolescence.
02:39Donc on s'est questionné, ah c'est donc ça l'adolescence.
02:44Sans trop savoir.
02:46Et nous les parents, on n'avait aucune idée de ce qui se passait sur les réseaux sociaux.
02:51Pour nous TikTok, c'était l'application avec des vidéos de danse, de chorégraphie.
02:57Et nous-mêmes n'étant pas sur les réseaux, on n'avait pas une idée très précise.
03:04Alors ce qu'on voit dans le documentaire, c'est que ce qui va arriver à votre fille Juliette, en
03:09fait, ça peut arriver dans toutes les familles.
03:11Dans toutes les familles.
03:13Et j'ai beaucoup entendu parler ensuite des parents qui me disaient, moi mon enfant est raisonnable.
03:21Nous, on a toujours estimé avoir une fille très raisonnable.
03:25Ce n'est pas le sujet.
03:27Quel est le sujet ?
03:29Alors le sujet, de mon point de vue, c'est ce déferlement d'images qui arrive sur le fil pour
03:37toi, par exemple sur TikTok.
03:41Sur lequel il n'y a pas à être raisonnable, c'est fabriqué pour être addictif.
03:47Et c'est fabriqué pour arriver à l'enfant alors qu'il n'a rien demandé.
03:53C'est bien ce que montre le documentaire.
03:56C'est-à-dire, tout d'un coup, il y a des contenus qui commencent à être noirs, tristes, qui
04:03présentent des personnes qui se scarifient.
04:07Ça se met à parler d'anorexie.
04:11On voit des jeunes filles anorexiques.
04:13On a beaucoup parlé des skinny talk.
04:16Et force est de constater, mais nous on a mis longtemps à comprendre le lien,
04:20qu'en peu de temps par jour, je dirais 15 minutes, 30 minutes par jour,
04:29à plus, tous les jours, ça suffit pour envahir l'enfant à cet âge compliqué.
04:38L'enfant et d'ailleurs son entourage, c'est-à-dire dans le cas de ma fille,
04:43c'était un peu toute la classe qui était dans cette ambiance assez triste, dépressive, etc.
04:55Environnement dans lequel il n'y a pas d'adultes.
04:58Ils restent enfermés dans leur bulle.
05:01Et alors, votre fille rentre dans une spirale très mortifère, on peut le dire.
05:10Vous décidez de rejoindre le collectif Algos Victima à quel moment ?
05:14Comment est-ce que vous en entendez parler ?
05:16Et quel est votre objectif à ce moment précis ?
05:20Alors, j'en entends parler tardivement.
05:24C'est-à-dire pendant toute la période, on va dire, de dégringolade,
05:28puis d'hospitalisation, parce que ma fille a été hospitalisée plus d'un an et demi,
05:34même un peu plus parce qu'elle a fait une petite rechute.
05:37J'avais une sensation étrange que quelque chose nous échappait,
05:41qu'on ne comprenait pas,
05:42qu'à 12 ans, on ne peut pas connaître, savoir, être au contact
05:49de tellement de choses mortifères.
05:55J'ai lu un article dans le journal Le Monde d'un procès aux Etats-Unis
06:00contre TikTok qui décrivait dans le menu détail
06:03l'histoire de ces familles et de leurs adolescentes
06:06et j'ai l'impression de lire ma propre histoire.
06:08Donc je me dis, ok, ce qu'on vit,
06:11et d'ailleurs ce que j'avais l'impression que vivaient
06:16tous les autres adolescents hospitalisés avec elle,
06:18j'avais l'impression que c'était la même histoire partout,
06:21enfin, vu de l'extérieur.
06:23Je me dis, ok, il y a quelque chose.
06:26Dans une forme d'impuissance, en fait, qu'est-ce qu'on fait ?
06:30À l'époque, on se sentait très seul,
06:32quand on en parlait, on nous disait,
06:36enfin, on me disait que j'étais une mère stressée,
06:39que c'était mon angoisse et mon désespoir
06:41qui me faisaient rechercher des causes extérieures, etc.
06:44Et puis, en fait, c'est un collègue
06:48qui un jour me parle d'Algos Victima,
06:52de ce collectif de familles,
06:54donc en lutte contre l'impact des réseaux sociaux sur les mineurs.
06:57Donc c'était à peu près deux ans après le début de la maladie de ma fille.
07:02Je contacte le collectif
07:03et je vois que mon histoire, c'est l'histoire de ma fille.
07:09D'autres parents et d'autres ados ont vécu cette histoire
07:11avec, pour certains, une fin tragique.
07:14Oui, parce qu'Algos Victima, à l'origine,
07:18est créée en 2024 par Maître-Laure Boutron-Marnion,
07:22qui est une avocate qui est engagée dans la défense des mineurs,
07:26et a réalisé le dépôt de la première plainte française contre TikTok
07:31pour provocation au suicide.
07:34Oui.
07:35Donc ça, c'est la première famille.
07:39Et suite à ça,
07:41d'autres familles ont rejoint le collectif.
07:44Donc très concrètement,
07:46j'ai rencontré
07:48Laure Boutron-Marnion,
07:50on a échangé,
07:51elle m'a parlé des autres familles,
07:53et puis elle m'a proposé
07:54d'en parler à ma fille,
07:58que l'on passe en revue
08:00une sorte de questionnaire
08:02avec ma fille.
08:04Et là, ma fille,
08:04qui avait toujours
08:07nié, en tout cas,
08:09était un peu dans le refus
08:12d'un potentiel impact.
08:14Oui.
08:14Bon, sachant que quand on est très malade,
08:18en dépression,
08:22à l'hôpital,
08:23ce n'est pas le moment de...
08:25on ne voit pas très clair.
08:26Et là, ma fille me dit
08:28oui, c'est vrai.
08:29En cinquième,
08:30quand j'ai installé
08:31l'application TikTok,
08:34très rapidement,
08:35il y a eu beaucoup de contenu
08:38problématique,
08:39et je ne voyais plus que ça.
08:41Donc elle commence à en parler.
08:42Et donc,
08:43vous décidez de porter plainte.
08:44Alors...
08:45Vous avez déposé deux plaintes.
08:46Oui.
08:46Elles en sont où aujourd'hui ?
08:48Alors, il y a deux plaintes.
08:49Une première plainte,
08:50qui est une plainte au civil,
08:52pour dommage corporel,
08:54parce que toutes les familles
08:56et tous les adolescents,
08:59malheureusement,
08:59certains ne sont plus là.
09:01Et d'autres ont eu
09:03des dommages corporels,
09:04hospitalisation.
09:05Donc contre la plateforme TikTok.
09:07Donc contre la plateforme TikTok
09:09et contre l'algorithme
09:12qui entraîne un enfermement
09:15qui cause des dommages corporels.
09:17Ça, c'est la première plainte.
09:18Elle suit son cours.
09:20On sait que la justice,
09:21ça prend du temps.
09:22Donc on imagine
09:25que
09:28il y aura...
09:31Ce sera en 2027
09:32qu'il y aura
09:35le procès.
09:38Et au pénal ?
09:39Et au pénal,
09:40c'est la deuxième plainte
09:44qui est
09:45dans la phase
09:46d'enquête judiciaire.
09:48Donc toutes les familles
09:49ont été reçues
09:50par la police judiciaire.
09:53Enfin, une enquête
09:54du coup très fouillée,
09:56très poussée
09:57avec deux enquêteurs
09:58qui sont spécialisés
10:00en cybercriminalité.
10:02Et là,
10:03c'est pour abus de confiance.
10:06Comment est-ce que
10:06vous regardez ce qui se passe
10:07aux Etats-Unis ?
10:08Parce qu'aux Etats-Unis,
10:09il y a vraiment
10:10des actions collectives
10:11massives
10:13qui font réagir,
10:15qui font changer
10:16les méthodes
10:16de ces grandes plateformes ?
10:18Alors,
10:18le droit aux Etats-Unis
10:20est différent.
10:21Il y a ce qu'on appelle
10:22les class actions,
10:23je crois.
10:24Et vous êtes
10:24une action collective ?
10:25On est une action collective,
10:27mais d'un point de vue juridique,
10:28et je ne suis pas spécialisée,
10:29ce n'est pas exactement
10:31la même procédure.
10:36Donc,
10:36aux Etats-Unis,
10:38ces classes actions
10:38permettent vraiment
10:39à un nombre
10:40extrêmement important
10:41de personnes
10:42qui sont dans
10:43une situation commune
10:45de porter plainte
10:47avec des formalités
10:48réduites,
10:49si on peut dire.
10:51On voit
10:52qu'aux Etats-Unis,
10:54vu l'ampleur
10:56du nombre de plaintes
10:58et vu que des Etats
11:00se rentrent dans les plaintes,
11:04ça bouge
11:05très fort
11:06et très vite.
11:07Le portefeuille
11:09est mis à mal
11:10et on peut imaginer
11:11que si
11:12toutes les familles
11:14et tous les mineurs
11:16qui ont eu
11:17des dommages corporels
11:18et qui ont vécu
11:20une forme d'abus de confiance
11:22portaient plainte,
11:24là,
11:25on en viendrait
11:26au modèle économique
11:27de ces GAFAM.
11:29Ça,
11:29c'est la première chose.
11:31Et la deuxième chose,
11:32ils ont modifié
11:35en Californie
11:37le modèle
11:38algorithmique
11:39avec des couvre-feux.
11:41En l'occurre,
11:42ce n'était pas TikTok.
11:43Ce n'était pas TikTok.
11:45On va dire,
11:46c'est le groupe Meta.
11:48C'est les mêmes mécanismes
11:50qui sont en jeu.
11:50Ce qui se dit,
11:51c'est que sur TikTok,
11:52l'algorithme
11:53est encore plus agressif.
11:55Alors,
11:56comme on arrive à la fin
11:57déjà de cette émission,
11:58je voulais dire que,
11:59justement,
12:00comme vous l'avez
12:01très bien montré
12:02par votre témoignage
12:03et comme on le voit
12:03très bien dans
12:05le documentaire
12:05TikTok influence mortelle,
12:07ça peut toucher
12:08toutes les familles.
12:09Donc,
12:09je vais quand même
12:09communiquer
12:10une adresse
12:11qui est ouverte
12:12à tous,
12:13contact
12:14at algosvictima.com.
12:16Merci beaucoup,
12:17Gaëlle,
12:17pour votre témoignage.
12:18Merci à tous
12:19de nous avoir suivis.
12:21Je vous souhaite
12:21une excellente journée.
12:23On se retrouve dès demain
12:24sur la chaîne Bsmart
12:25pour de nouvelles discussions
12:27sur la tech.
12:27Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations