00:00Je sois Alexandre Laousse, directeur adjoint de la Direction Générale de l'Armement.
00:06Merci d'être avec nous dans la matinale de l'économie.
00:10La DGA qui fête ses 65 ans, elle a été créée en 1961 sous le général de Gaulle.
00:16Est-ce que vous pouvez nous rappeler rapidement son ampleur et sa mission ?
00:21Bonjour Sandra Gandouin, ravi d'être là ce matin.
00:23Alors la DGA c'est 10 500 femmes et hommes qui travaillent pour leur première mission pour équiper les forces,
00:32donc nos armées.
00:33Tous les matériels que vous allez voir lors du défilé aujourd'hui, les matériels volants, hélicoptères, avions, matériels roulants,
00:40ils ont été conçus, développés, testés, affinés, validés et livrés aux armées par la DGA.
00:47La DGA sur les plus de 10 000 personnes, c'est 7 000 personnes qui sont des experts techniques.
00:53Et Sébastien Lecornu, notre Premier ministre, disait souvent, la DGA c'est le dernier bastion des ingénieurs au sein de
00:59l'État.
01:00Et donc la DGA, elle défile cette année pour la quatrième fois.
01:05Petite spécificité de cette année, elle défilera derrière un drapeau qu'elle a reçu des mains de notre ministre le
01:1030 juin.
01:11Ce drapeau c'est à la fois la reconnaissance des 65 ans, vous l'avez dit, de service de la
01:16DGA au service de la France et de notre souveraineté.
01:18Et c'est aussi un symbole, la DGA de combat qui est regroupée derrière son étendard et qui prend sa
01:24responsabilité dans le réarmement de la France et de l'Europe.
01:26Justement, la ministre des Armées dit que cette DGA se transforme en DGA de combat.
01:30Ça veut dire quoi ? Ça implique quoi sur le terrain pour les années à venir ?
01:33Est-ce qu'il va y avoir un changement de stratégie, un renforcement, une rapidité ?
01:38Alors la DGA de combat, je dirais que c'est trois points.
01:41C'est d'abord aller plus vite, forcément, lié au contexte actuel.
01:45Donc pour aller plus vite, il s'agit d'intégrer l'innovation plus vite que l'adversaire.
01:51C'est ce que nous apprend le conflit en Ukraine.
01:53Pour ça, on fait du développement agile.
01:55Donc on ne vise pas forcément un produit parfait, mais un premier produit qu'on va développer très vite et
02:00qu'on va faire évoluer au fur et à mesure.
02:02On va faire du travail intégré.
02:04On va rapprocher nos experts de terrain avec les spécialistes opérationnels des forces armées.
02:08On va travailler en équipe intégrée pour accélérer la prise de décision.
02:12Pour ça, on crée des centres en région où on va se mettre au plus près des utilisateurs et des
02:16armées.
02:17Et puis une démarche particulière pour les technologies à cycle court.
02:21La DGA de combat, c'est aussi produire du volume, de la masse.
02:24Donc produire plus.
02:25Pour ça, on donne la visibilité.
02:27C'est la loi de programmation militaire qui a été rabondée de 36 milliards.
02:30C'est aussi recourir à des industriels de la grande série.
02:33L'automobile, l'électronique grand public et qui ont l'habitude de produire beaucoup.
02:38Et puis c'est encore plus d'exigence sur les prix parce que l'État nous confie beaucoup d'argent.
02:43Il faut que ça donne beaucoup, beaucoup plus d'équipement.
02:45Et donc vous voyez, la DGA de combat, c'est l'équilibre entre la technologie pour continuer à dominer l
02:51'adversaire et la masse pour pouvoir le saturer.
02:53Ça fait plusieurs années qu'on dit que la défense européenne ne va pas assez vite.
02:56Alors la France est en tête de cette stratégie.
02:59Emmanuel Macron termine là son quinquennat.
03:02C'est son dernier défilé du 14 juillet.
03:04De quelle façon concrètement l'armée a changé ces dix dernières années ?
03:08On voit là dernièrement avec les conflits à l'extérieur qu'on développe des stratégies défensives.
03:13On en a parlé hier.
03:14Mais Emmanuel Macron dit qu'il est prêt à défendre la paix au prix du sang s'il le faut.
03:18On voit bien qu'on est dans un basculement là.
03:20Alors on est en plein réarmement.
03:24Il y a eu un plan lancé en 2022 qui s'appelait « Se préparer à l'économie d'hier
03:28».
03:28Les résultats nationaux, ils payent.
03:31On a quand même des cadences qui ont été augmentées par x2 à peu près partout, x3.
03:35On a obtenu des x4 et des x6.
03:37Donc c'est quand même des choses assez importantes.
03:40« Se préparer », c'est aussi comprendre qu'il faut investir sur l'industrie.
03:45On investit à la fois sur les stocks, les munitions.
03:48On va passer 6 milliards de commandes sur les munitions cette année.
03:52On accélère.
03:53On a regroupé toutes les commandes qui étaient égrenées au fur et à mesure des années de la loi de
03:57programmation militaire.
03:57On les a toutes regroupées.
03:59On va tout passer cette année.
04:00Mais c'est aussi être capable de faire du flux pour régénérer les munitions.
04:03Et donc il y a des investissements prévus sur l'industrie.
04:08Évidemment, les évolutions, c'est les technologies à cycle court.
04:11Des drones partout pour toutes nos armées.
04:13La protection contre les drones de l'ennemi.
04:14Lutte anti-drone également.
04:16Et puis la guerre électronique.
04:18Les enseignements en Ukraine, mais aussi au Moyen-Orient.
04:20C'est le brouillage du théâtre.
04:22Donc il faut être capable d'opérer en environnement brouillé.
04:24Est-ce que les industriels dont vous parliez,
04:26ils vont défiler d'ailleurs des industriels là aujourd'hui.
04:29Et ce n'est pas souvent que ça arrive.
04:31Ça veut dire que ça marque quand même ce tournant dont je parlais.
04:33On voit que les Européens, John Coquery, le Renault, par exemple,
04:37se mettent en action pour développer des engins de guerre.
04:40Des drones, par exemple.
04:42C'est vers cela que les industriels vont une activité civile habituelle.
04:47Et aussi, à un moment, basculer une partie de leur activité,
04:50de leur production vers un effort de guerre.
04:53Alors, une des grandes forces de la direction générale de l'armement,
04:55c'est qu'on connaît très bien le tissu industriel.
04:58On les suit depuis longtemps.
04:59Et en fait, notre base industrielle de défense, vous le savez,
05:02il y a les neuf grands maîtres d'oeufs que tout le monde connaît,
05:04Dassault, Safran, Naval Group, je ne vais pas tous les citer.
05:07Mais derrière, il y a 4500 entreprises,
05:09des petites moyennes entreprises, entreprises intermédiaires.
05:11En fait, elles sont déjà ce qu'on appelle duales.
05:13Elles font beaucoup de civils.
05:15Donc notre base industrielle actuelle, je dirais,
05:17en général, elles font 80% de leur chiffre d'affaires dans le civil,
05:21seulement 20% dans le militaire.
05:22Donc on a déjà l'habitude de travailler avec des entreprises
05:25qui ont, je dirais, un pied dans chaque univers.
05:27Là, ce qu'on va chercher aujourd'hui dans l'industrie civile,
05:30il y a deux choses.
05:31Il y a les industriels eux-mêmes qui souhaitent venir dans ce secteur
05:35pour nous soutenir.
05:35Et puis, on va chercher certaines compétences.
05:37Je citais l'industrie de grande série,
05:39où certains industriels ont l'habitude de faire des très, très grandes séries,
05:43peuvent apporter leur expertise à nos entreprises.
05:45Je vous cite juste un exemple.
05:48Un bureau d'études de l'automobile est venu prêter assistance
05:51à notre demande à un droniste.
05:53Et en revoyant les plans de son drone,
05:55il lui a permis de simplifier la conception.
05:57Quelque chose qu'il faisait en six pièces.
05:59Il a dit, vous pouvez le faire en une seule.
06:00On a gagné de la cadence grâce à cette expertise.
06:03De la simplification des commandes.
06:05On sent qu'on va dans le bon sens.
06:06Pourtant, l'Europe se réarme en ordre dispersé.
06:08On a évidemment, et on en parle beaucoup sur ce plateau,
06:11le dossier du SCAF.
06:12C'est problématique.
06:13Chacun protège ses usines, ses champions.
06:16Est-ce que vous sentez que ça va faire ça un petit peu sur tous les dossiers ?
06:19Ou que finalement, la coopération européenne,
06:21elle va quand même se mettre en place au vu du contexte international qui devient pressant ?
06:27Alors, le SCAF, l'arrêt du SCAF, c'est dommage pour l'Europe.
06:31Le président de la République l'a dit encore hier dans son discours à Brienne.
06:35Pour la France, nous, on va dérouler parce qu'on sait faire des avions de chasse.
06:39Et on va continuer à chercher des partenaires, d'autres partenaires,
06:42parce qu'on reste dans l'ADN de la construction européenne.
06:45Alors, vous avez raison, coopérer, c'est important pour, je dirais, trois raisons.
06:49Déjà, la France, dans le cas d'un conflit, si ça devait arriver,
06:52elle ne sera jamais seule.
06:53On sera toujours en coalition.
06:54Donc, il faut que nos matériels puissent communiquer avec ceux des autres.
06:57Il faut qu'on puisse être interopérables, comme on dit.
06:59La deuxième raison, c'est que les budgets de l'Europe dans la défense
07:02sont en train d'augmenter.
07:03Il va y avoir une grosse marche à partir de 2028.
07:06On va faire des budgets qui vont peut-être être fois 4 ou fois 5
07:09par rapport à aujourd'hui.
07:10Donc, il faut se mettre à plusieurs pour les dépenser au mieux dans le bien collectif.
07:13Et puis, troisièmement, il faut qu'on bénéficie des capacités industrielles européennes.
07:18Le plan national, dont je parlais tout à l'heure,
07:20il a porté ses fruits, mais il n'est pas encore suffisant.
07:22Le président l'a dit également hier.
07:24Et donc, il faut qu'on puisse bénéficier des entreprises
07:26qui ont encore des capacités de production ailleurs.
07:29Donc, la coopération, on n'a pas le choix, il faut y aller.
07:31Peut-être qu'on va coopérer autrement.
07:34Coopérer autrement, évidemment, il y a les partenariats,
07:37comme on faisait avant, des coopérations sur des projets.
07:39Il y a des partenariats stratégiques.
07:41La Belgique a fait le choix de calquer son armée sur l'armée française.
07:44Ça veut dire les mêmes matériels, les officiers sont formés chez nous,
07:47donc même formation.
07:48Ça veut dire des achats sur étagères.
07:50On a fait le choix, nous, la France, d'acheter un avion de surveillance aérienne à la Suède,
07:54le Global Eye.
07:55Pourquoi ?
07:56Pas parce qu'on ne sait pas le faire, mais parce qu'il est prêt.
07:58Il existe, il est là et on en a besoin maintenant.
08:01D'ailleurs, dans l'autre sens, la Suède a fait le choix des frégates françaises
08:04pour la même raison que parce qu'elles existent.
08:06Et puis, je dirais, dans la coopération,
08:08on est en train de travailler sur ce qu'on appelle
08:10les chaînes de sous-traitance croisées,
08:12prendre des sous-traitants, je dirais, d'autres pays européens
08:14pour travailler en plus de nos sous-traitants
08:17et de nos industries françaises au profit de nos produits.
08:21À l'inverse, on accepte que des PME françaises
08:24vont aller travailler au profit de produits européens de nos partenaires.
08:28C'est un peu coopérer autrement pour être à l'heure du rendez-vous.
08:30Oui, on va assez vite, justement, parce que là,
08:33cette cérémonie aujourd'hui est placée sous le signe
08:36du réveil stratégique de l'Europe sans les États-Unis.
08:38On ne peut plus compter réellement sur leur protection.
08:41Est-ce qu'on est prêts, au final, si un conflit éclate à nos portes
08:44dans les mois, dans les années qui viennent ?
08:46Alors, je dirais, on n'a jamais été aussi prêts
08:48puisque, un, on accélère.
08:50Deux, on a prévu des tas de dispositions.
08:54On a des stocks de précautions sur des pièces
08:56qui permettent aussi d'accélérer plus vite.
08:58On a des commandes, comme je disais tout à l'heure, massives.
09:01On a une industrie qui est prête.
09:02On va chercher d'autres fournisseurs.
09:05Évidemment, on n'est jamais suffisamment prêts,
09:07donc on continue d'accélérer.
09:09Je pense que c'est un peu toute l'idée du plan déjà de combat.
09:12On fait ce qu'il faut pour être agile, rapide,
09:16et être prêt, puisque sur les produits agiles,
09:19comme j'aime bien le dire,
09:20l'idée, ce n'est pas d'acheter non plus des stocks aujourd'hui
09:23qu'on va mettre quelque part
09:26et puis qui seront obsolescents dans six mois.
09:27C'est un stock suffisant et des capacités industrielles
09:30qui peuvent accélérer quand on en a besoin.
09:32Merci, Alexandre Laouz, d'être venu sur notre plateau,
09:35directeur adjoint de la Direction Générale de l'Armement.
09:37Merci d'être venu.
09:38Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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