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  • il y a 11 minutes
Alexandre Lahousse, directeur adjoint de la Direction générale de l'armement, était l'invité de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce mardi 14 juillet. Il parle des missions de la Direction générale de l'armement qui fête ses 65 ans, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Je sois Alexandre Laousse, directeur adjoint de la Direction Générale de l'Armement.
00:06Merci d'être avec nous dans la matinale de l'économie.
00:10La DGA qui fête ses 65 ans, elle a été créée en 1961 sous le général de Gaulle.
00:16Est-ce que vous pouvez nous rappeler rapidement son ampleur et sa mission ?
00:21Bonjour Sandra Gandouin, ravi d'être là ce matin.
00:23Alors la DGA c'est 10 500 femmes et hommes qui travaillent pour leur première mission pour équiper les forces,
00:32donc nos armées.
00:33Tous les matériels que vous allez voir lors du défilé aujourd'hui, les matériels volants, hélicoptères, avions, matériels roulants,
00:40ils ont été conçus, développés, testés, affinés, validés et livrés aux armées par la DGA.
00:47La DGA sur les plus de 10 000 personnes, c'est 7 000 personnes qui sont des experts techniques.
00:53Et Sébastien Lecornu, notre Premier ministre, disait souvent, la DGA c'est le dernier bastion des ingénieurs au sein de
00:59l'État.
01:00Et donc la DGA, elle défile cette année pour la quatrième fois.
01:05Petite spécificité de cette année, elle défilera derrière un drapeau qu'elle a reçu des mains de notre ministre le
01:1030 juin.
01:11Ce drapeau c'est à la fois la reconnaissance des 65 ans, vous l'avez dit, de service de la
01:16DGA au service de la France et de notre souveraineté.
01:18Et c'est aussi un symbole, la DGA de combat qui est regroupée derrière son étendard et qui prend sa
01:24responsabilité dans le réarmement de la France et de l'Europe.
01:26Justement, la ministre des Armées dit que cette DGA se transforme en DGA de combat.
01:30Ça veut dire quoi ? Ça implique quoi sur le terrain pour les années à venir ?
01:33Est-ce qu'il va y avoir un changement de stratégie, un renforcement, une rapidité ?
01:38Alors la DGA de combat, je dirais que c'est trois points.
01:41C'est d'abord aller plus vite, forcément, lié au contexte actuel.
01:45Donc pour aller plus vite, il s'agit d'intégrer l'innovation plus vite que l'adversaire.
01:51C'est ce que nous apprend le conflit en Ukraine.
01:53Pour ça, on fait du développement agile.
01:55Donc on ne vise pas forcément un produit parfait, mais un premier produit qu'on va développer très vite et
02:00qu'on va faire évoluer au fur et à mesure.
02:02On va faire du travail intégré.
02:04On va rapprocher nos experts de terrain avec les spécialistes opérationnels des forces armées.
02:08On va travailler en équipe intégrée pour accélérer la prise de décision.
02:12Pour ça, on crée des centres en région où on va se mettre au plus près des utilisateurs et des
02:16armées.
02:17Et puis une démarche particulière pour les technologies à cycle court.
02:21La DGA de combat, c'est aussi produire du volume, de la masse.
02:24Donc produire plus.
02:25Pour ça, on donne la visibilité.
02:27C'est la loi de programmation militaire qui a été rabondée de 36 milliards.
02:30C'est aussi recourir à des industriels de la grande série.
02:33L'automobile, l'électronique grand public et qui ont l'habitude de produire beaucoup.
02:38Et puis c'est encore plus d'exigence sur les prix parce que l'État nous confie beaucoup d'argent.
02:43Il faut que ça donne beaucoup, beaucoup plus d'équipement.
02:45Et donc vous voyez, la DGA de combat, c'est l'équilibre entre la technologie pour continuer à dominer l
02:51'adversaire et la masse pour pouvoir le saturer.
02:53Ça fait plusieurs années qu'on dit que la défense européenne ne va pas assez vite.
02:56Alors la France est en tête de cette stratégie.
02:59Emmanuel Macron termine là son quinquennat.
03:02C'est son dernier défilé du 14 juillet.
03:04De quelle façon concrètement l'armée a changé ces dix dernières années ?
03:08On voit là dernièrement avec les conflits à l'extérieur qu'on développe des stratégies défensives.
03:13On en a parlé hier.
03:14Mais Emmanuel Macron dit qu'il est prêt à défendre la paix au prix du sang s'il le faut.
03:18On voit bien qu'on est dans un basculement là.
03:20Alors on est en plein réarmement.
03:24Il y a eu un plan lancé en 2022 qui s'appelait « Se préparer à l'économie d'hier
03:28».
03:28Les résultats nationaux, ils payent.
03:31On a quand même des cadences qui ont été augmentées par x2 à peu près partout, x3.
03:35On a obtenu des x4 et des x6.
03:37Donc c'est quand même des choses assez importantes.
03:40« Se préparer », c'est aussi comprendre qu'il faut investir sur l'industrie.
03:45On investit à la fois sur les stocks, les munitions.
03:48On va passer 6 milliards de commandes sur les munitions cette année.
03:52On accélère.
03:53On a regroupé toutes les commandes qui étaient égrenées au fur et à mesure des années de la loi de
03:57programmation militaire.
03:57On les a toutes regroupées.
03:59On va tout passer cette année.
04:00Mais c'est aussi être capable de faire du flux pour régénérer les munitions.
04:03Et donc il y a des investissements prévus sur l'industrie.
04:08Évidemment, les évolutions, c'est les technologies à cycle court.
04:11Des drones partout pour toutes nos armées.
04:13La protection contre les drones de l'ennemi.
04:14Lutte anti-drone également.
04:16Et puis la guerre électronique.
04:18Les enseignements en Ukraine, mais aussi au Moyen-Orient.
04:20C'est le brouillage du théâtre.
04:22Donc il faut être capable d'opérer en environnement brouillé.
04:24Est-ce que les industriels dont vous parliez,
04:26ils vont défiler d'ailleurs des industriels là aujourd'hui.
04:29Et ce n'est pas souvent que ça arrive.
04:31Ça veut dire que ça marque quand même ce tournant dont je parlais.
04:33On voit que les Européens, John Coquery, le Renault, par exemple,
04:37se mettent en action pour développer des engins de guerre.
04:40Des drones, par exemple.
04:42C'est vers cela que les industriels vont une activité civile habituelle.
04:47Et aussi, à un moment, basculer une partie de leur activité,
04:50de leur production vers un effort de guerre.
04:53Alors, une des grandes forces de la direction générale de l'armement,
04:55c'est qu'on connaît très bien le tissu industriel.
04:58On les suit depuis longtemps.
04:59Et en fait, notre base industrielle de défense, vous le savez,
05:02il y a les neuf grands maîtres d'oeufs que tout le monde connaît,
05:04Dassault, Safran, Naval Group, je ne vais pas tous les citer.
05:07Mais derrière, il y a 4500 entreprises,
05:09des petites moyennes entreprises, entreprises intermédiaires.
05:11En fait, elles sont déjà ce qu'on appelle duales.
05:13Elles font beaucoup de civils.
05:15Donc notre base industrielle actuelle, je dirais,
05:17en général, elles font 80% de leur chiffre d'affaires dans le civil,
05:21seulement 20% dans le militaire.
05:22Donc on a déjà l'habitude de travailler avec des entreprises
05:25qui ont, je dirais, un pied dans chaque univers.
05:27Là, ce qu'on va chercher aujourd'hui dans l'industrie civile,
05:30il y a deux choses.
05:31Il y a les industriels eux-mêmes qui souhaitent venir dans ce secteur
05:35pour nous soutenir.
05:35Et puis, on va chercher certaines compétences.
05:37Je citais l'industrie de grande série,
05:39où certains industriels ont l'habitude de faire des très, très grandes séries,
05:43peuvent apporter leur expertise à nos entreprises.
05:45Je vous cite juste un exemple.
05:48Un bureau d'études de l'automobile est venu prêter assistance
05:51à notre demande à un droniste.
05:53Et en revoyant les plans de son drone,
05:55il lui a permis de simplifier la conception.
05:57Quelque chose qu'il faisait en six pièces.
05:59Il a dit, vous pouvez le faire en une seule.
06:00On a gagné de la cadence grâce à cette expertise.
06:03De la simplification des commandes.
06:05On sent qu'on va dans le bon sens.
06:06Pourtant, l'Europe se réarme en ordre dispersé.
06:08On a évidemment, et on en parle beaucoup sur ce plateau,
06:11le dossier du SCAF.
06:12C'est problématique.
06:13Chacun protège ses usines, ses champions.
06:16Est-ce que vous sentez que ça va faire ça un petit peu sur tous les dossiers ?
06:19Ou que finalement, la coopération européenne,
06:21elle va quand même se mettre en place au vu du contexte international qui devient pressant ?
06:27Alors, le SCAF, l'arrêt du SCAF, c'est dommage pour l'Europe.
06:31Le président de la République l'a dit encore hier dans son discours à Brienne.
06:35Pour la France, nous, on va dérouler parce qu'on sait faire des avions de chasse.
06:39Et on va continuer à chercher des partenaires, d'autres partenaires,
06:42parce qu'on reste dans l'ADN de la construction européenne.
06:45Alors, vous avez raison, coopérer, c'est important pour, je dirais, trois raisons.
06:49Déjà, la France, dans le cas d'un conflit, si ça devait arriver,
06:52elle ne sera jamais seule.
06:53On sera toujours en coalition.
06:54Donc, il faut que nos matériels puissent communiquer avec ceux des autres.
06:57Il faut qu'on puisse être interopérables, comme on dit.
06:59La deuxième raison, c'est que les budgets de l'Europe dans la défense
07:02sont en train d'augmenter.
07:03Il va y avoir une grosse marche à partir de 2028.
07:06On va faire des budgets qui vont peut-être être fois 4 ou fois 5
07:09par rapport à aujourd'hui.
07:10Donc, il faut se mettre à plusieurs pour les dépenser au mieux dans le bien collectif.
07:13Et puis, troisièmement, il faut qu'on bénéficie des capacités industrielles européennes.
07:18Le plan national, dont je parlais tout à l'heure,
07:20il a porté ses fruits, mais il n'est pas encore suffisant.
07:22Le président l'a dit également hier.
07:24Et donc, il faut qu'on puisse bénéficier des entreprises
07:26qui ont encore des capacités de production ailleurs.
07:29Donc, la coopération, on n'a pas le choix, il faut y aller.
07:31Peut-être qu'on va coopérer autrement.
07:34Coopérer autrement, évidemment, il y a les partenariats,
07:37comme on faisait avant, des coopérations sur des projets.
07:39Il y a des partenariats stratégiques.
07:41La Belgique a fait le choix de calquer son armée sur l'armée française.
07:44Ça veut dire les mêmes matériels, les officiers sont formés chez nous,
07:47donc même formation.
07:48Ça veut dire des achats sur étagères.
07:50On a fait le choix, nous, la France, d'acheter un avion de surveillance aérienne à la Suède,
07:54le Global Eye.
07:55Pourquoi ?
07:56Pas parce qu'on ne sait pas le faire, mais parce qu'il est prêt.
07:58Il existe, il est là et on en a besoin maintenant.
08:01D'ailleurs, dans l'autre sens, la Suède a fait le choix des frégates françaises
08:04pour la même raison que parce qu'elles existent.
08:06Et puis, je dirais, dans la coopération,
08:08on est en train de travailler sur ce qu'on appelle
08:10les chaînes de sous-traitance croisées,
08:12prendre des sous-traitants, je dirais, d'autres pays européens
08:14pour travailler en plus de nos sous-traitants
08:17et de nos industries françaises au profit de nos produits.
08:21À l'inverse, on accepte que des PME françaises
08:24vont aller travailler au profit de produits européens de nos partenaires.
08:28C'est un peu coopérer autrement pour être à l'heure du rendez-vous.
08:30Oui, on va assez vite, justement, parce que là,
08:33cette cérémonie aujourd'hui est placée sous le signe
08:36du réveil stratégique de l'Europe sans les États-Unis.
08:38On ne peut plus compter réellement sur leur protection.
08:41Est-ce qu'on est prêts, au final, si un conflit éclate à nos portes
08:44dans les mois, dans les années qui viennent ?
08:46Alors, je dirais, on n'a jamais été aussi prêts
08:48puisque, un, on accélère.
08:50Deux, on a prévu des tas de dispositions.
08:54On a des stocks de précautions sur des pièces
08:56qui permettent aussi d'accélérer plus vite.
08:58On a des commandes, comme je disais tout à l'heure, massives.
09:01On a une industrie qui est prête.
09:02On va chercher d'autres fournisseurs.
09:05Évidemment, on n'est jamais suffisamment prêts,
09:07donc on continue d'accélérer.
09:09Je pense que c'est un peu toute l'idée du plan déjà de combat.
09:12On fait ce qu'il faut pour être agile, rapide,
09:16et être prêt, puisque sur les produits agiles,
09:19comme j'aime bien le dire,
09:20l'idée, ce n'est pas d'acheter non plus des stocks aujourd'hui
09:23qu'on va mettre quelque part
09:26et puis qui seront obsolescents dans six mois.
09:27C'est un stock suffisant et des capacités industrielles
09:30qui peuvent accélérer quand on en a besoin.
09:32Merci, Alexandre Laouz, d'être venu sur notre plateau,
09:35directeur adjoint de la Direction Générale de l'Armement.
09:37Merci d'être venu.
09:38Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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