- il y a 13 heures
Yohann Leroy, président exécutif de MaiaSpace, était l'invité de François Sorel dans Tech & Co, la quotidienne, ce lundi 15 juin. Il est revenu sur la mission de la startup, l'objectif de son premier vol prévu en 2027, ainsi que sur les principaux défis liés au développement de lanceurs réutilisables, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.
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00:01Tech & Co, la quotidienne sur BFM Business.
00:05Toujours au Paris Airforum, ici à la maison de la mutualité, en plein cœur de Paris, on accueille tout de
00:11suite Yohann Leroy.
00:13Bonsoir Yohann.
00:14Bonsoir François.
00:15Vous êtes le président exécutif de MyAspace.
00:18MyAspace qui est une startup assez intéressante qui est accrochée en fait à Ariane Group,
00:24mais vous avez l'agilité d'une startup qui a beaucoup d'ambition parce que votre ambition principale,
00:31c'est de lancer le premier lanceur orbital européen partiellement réutilisable.
00:37Ça fait rêver parce que c'est ce que fait SpaceX depuis pas mal de temps déjà.
00:41Et ça y est, on a notre projet.
00:43Enfin, c'est l'un des projets parce que je crois qu'il y en a d'autres.
00:45Expliquez-nous un petit peu ce qu'est MyAspace et comment vous comptez arriver à mettre en place ce lanceur
00:52réutilisable, s'il vous plaît.
00:53Vous avez bien résumé qui nous sommes par notre mission.
00:57Notre mission, c'est d'amener sur le pas de tir, 5 ans après la création de la société,
01:02le premier lanceur européen partiellement réutilisable.
01:06La société a été fondée en 2022.
01:08Donc, notre objectif est clair.
01:09C'est en 2027 qu'on doit amener ce premier lanceur sur le pas de tir.
01:14On est aujourd'hui 350 personnes.
01:17Et comme vous l'avez indiqué, on cherche à combiner le meilleur des deux mondes.
01:21Nous sommes un spin-off d'Ariane Group.
01:23Et ça, ça nous aide objectivement parce que notre maison mère est celle qui est la seule à maîtriser les
01:29technologies qui permettent d'aller dans l'espace aujourd'hui.
01:32Et en même temps, nous sommes à côté d'Ariane Group.
01:35Nous sommes une société à part qui opère de manière autonome.
01:37et qui peut donc faire les choses différemment pour tenir les objectifs ambitieux qui sont les nôtres,
01:43notamment les objectifs de calendrier que je viens de rappeler.
01:45Vous avez l'agilité d'une start-up indépendante, mais parrainée, et on va dire, oui, comment dire, couverte par
01:56Ariane Espace, c'est ça en fait, par Ariane Group.
01:58Ouverte par Ariane Group, effectivement, on peut se tourner vers notre maison mère, lever la main lorsqu'on a besoin
02:03d'un support d'expertise sur un sujet particulier,
02:05s'assurer qu'on ne prend pas de retard et qu'on tient cet objectif de 2027 pour notre premier
02:11vol.
02:11Alors, qu'est-ce qui va se passer en 2027 pour ce premier vol ? Quel est l'objectif ?
02:16Déjà, ce que je peux dire, c'est qu'on est à peu près à 80% du chemin.
02:21C'est un marathon que l'on court à la vitesse d'un sprint.
02:24Vous êtes dans le timing, c'est ça, pour l'instant ?
02:26Voilà, donc c'est un objectif qu'on s'était fixé au moment où la société a été créée.
02:29On est en passe de réussir notre pari.
02:32Pour le réussir, il faut qu'on ait fini le développement de notre lanceur.
02:35Il faut aussi qu'on ait un pas de tir disponible.
02:38Et de ce point de vue, on bénéficie en quelque sorte du fait qu'on peut réutiliser en Guyane un
02:43pas de tir préexistant,
02:44celui qui servait pour le lancement des fusées russes Soyouz lorsqu'elles décollaient depuis le territoire européen
02:50pour mettre en orbite des satellites institutionnels européens.
02:53Donc, on réutilise en bonne partie les infrastructures existantes sur ce pas de tir.
02:57On doit réaliser un certain nombre d'adaptations pour pouvoir y faire décoller notre lanceur.
03:03Donc, le pas de tir avance conformément à notre plan.
03:06Et puis, côté du développement du lanceur, ça se passe bien aussi.
03:09Le lanceur sera propulsé par le moteur Prometheus
03:13qui est développé par notre maison mère.
03:15C'est ça aussi un des atouts que nous apporte notre maison mère,
03:21même si ce n'est pas lié au fait que nous soyons une filiale.
03:23On a fait le choix d'utiliser en Europe le seul acteur qui a montré
03:28qu'il était capable de développer des moteurs, de la poussée qui est nécessaire
03:32pour propulser notre fusée et potentiellement des fusées d'ailleurs plus capacitives
03:36que la première version que nous développons aujourd'hui.
03:39Donc, l'idée, c'est d'avoir ce lanceur qui revienne après sa mission.
03:45C'est ça, l'idée ?
03:46Oui. Et donc, l'objectif, c'est de faire réatterrir le premier étage du lanceur sur une barge
03:50qui sera positionnée à quelques centaines de kilomètres des côtes de Guyane.
03:54Nous décollerons depuis le pas de tir Soyouz, comme je l'ai indiqué.
03:59Et ensuite, le premier étage, une fois sa mission rendue, la phase de décollage initial,
04:05il est séparé du deuxième étage et les moteurs sont réallumés pour que le premier étage
04:09puisse atterrir à son point naturel d'impact après avoir été freiné sur cette barge
04:16qui sera donc positionnée au point d'impact.
04:18C'est fascinant quand on voit les images de SpaceX, quand on voit cette masse énorme
04:24qui décolle et qui réatterrit à quelques mètres près, finalement.
04:28Je ne sais pas quelle est la zone de sécurité, finalement.
04:35Ça nécessite quoi ? Énormément de technologie, tout ça.
04:38C'est quoi les défis principaux de ces lanceurs réutilisables ?
04:41Oui, ça nécessite une maîtrise technologique assez pointue dans des domaines très variés
04:47pour pouvoir piloter un objet qui fait plusieurs tonnes, voire plusieurs dizaines de tonnes
04:52avec une précision de l'ordre du mètre.
04:56C'est de la maîtrise également de problématiques fluidiques, de mécaniques des fluides
05:02pour prédire ce qui va se passer à l'intérieur des réservoirs,
05:06s'assurer que les moteurs du premier étage pourront être réallumés
05:09après que le premier étage aura fait une bascule à 180 degrés.
05:14C'est tout un tas de challenges techniques qu'aucun ingénieur aussi talentueux soit-il
05:22ne peut résoudre à lui tout seul.
05:23C'est un vrai travail d'équipe.
05:25D'ailleurs, il y a beaucoup de similitudes dans notre projet avec le sport.
05:29On n'est pas là pour regarder le passé et critiquer ce qui s'est déroulé,
05:33mais franchement, on n'est pas un peu en retard sur ces sujets-là de lanceurs
05:38qui seraient partiellement réutilisables ou réutilisables ?
05:41Oui, on est en retard, objectivement.
05:44Mais la bonne nouvelle, c'est qu'on n'est pas en retard parce qu'on n'est pas capable
05:47de faire.
05:48On est en retard parce qu'on n'y a pas cru.
05:50En fait, c'était des choix stratégiques qui n'ont pas été faits à l'époque.
05:52On n'a pas cru au potentiel économique de la réutilisation.
05:56SpaceX a montré dans son cas qui lui est spécifique,
06:00dans son modèle économique spécifique, que cela présentait un vrai intérêt.
06:03Nous sommes également convaincus qu'il y a un vrai intérêt économique
06:06pour le lanceur Maya d'être réutilisable.
06:09Et donc, comme on en est convaincu et comme on a convaincu notre actionnaire
06:13et les actionnaires de notre actionnaire que cela faisait beaucoup de sens,
06:16eh bien, on y va.
06:19L'idée, c'est quoi ?
06:20C'est que donc, en 2027, premier lancement,
06:23il n'y aura pas de satellite à lancer.
06:24C'est juste pour voir si, en fait, votre concept fonctionne, c'est ça ?
06:29Alors, le premier vol sera un vol d'essai.
06:31En réalité, on ne fera pas une tentative de récupération du premier étage sur la barge
06:35à l'occasion de ce premier essai.
06:36On ne le fera pas non plus à l'occasion du deuxième essai, en réalité,
06:40mais on veut utiliser les cinq ou six premiers vols du lanceur Maya
06:43pour tester une à une les différentes briques
06:46qui doivent être maîtrisées pour pouvoir tenter,
06:49à l'occasion du sixième, du septième ou du huitième vol,
06:54pour pouvoir tenter une récupération du premier étage sur la barge.
06:58Il a fallu combien de vols à SpaceX pour arriver à cet exploit ?
07:02Il a fallu, en réalité, plusieurs dizaines de vols avant d'y parvenir.
07:07Donc, on prévoit de réussir cela en moins de vols
07:13que ce qu'il aura fallu à SpaceX, pardon,
07:15mais on a une logique de développement qui est un petit peu différente
07:18de celle de SpaceX.
07:19On est vraiment sur un mode de test and learn à la mode de SpaceX,
07:24mais les tests, on les réalise plutôt au sol d'abord
07:28et on essaie de faire en sorte qu'à partir du moment
07:30où on va lancer des choses dans l'espace,
07:32ça se passe rapidement, correctement.
07:35Est-ce que vous apprenez des échecs de SpaceX
07:39sur ces lanceurs réutilisables ?
07:41Finalement, même en les observant, on apprend des choses ?
07:46Bien sûr, sur le plan technique,
07:49je ne vais pas me prononcer sur les autres plans,
07:50sur le plan technique, c'est une source d'inspiration,
07:54ce que SpaceX a fait avec Falcon 9.
07:56Déjà, ça permet de démontrer que c'est faisable.
07:59Et puis, voilà, c'est une manière pour nous
08:01d'ajuster le cas échéant, les technologies qu'on a prévues
08:06d'utiliser pour réussir nous aussi cette récupération d'étage.
08:10Est-ce que vous pouvez nous expliquer à quoi ça sert
08:12d'avoir des lanceurs réutilisables à terme ?
08:15Le bénéfice, il est économique et il est environnemental.
08:19Si je regarde les principaux bénéfices,
08:23le bénéfice environnemental, il est à peu près évident.
08:26On n'a pas besoin de refabriquer à chaque fois un premier étage.
08:30Le premier étage, ça représente à peu près la moitié du lanceur
08:33en termes de masse, mais aussi en termes économiques.
08:37Le coût d'un lanceur, il réside à à peu près 50%
08:40dans le coût du premier étage.
08:42Le bénéfice économique, il est évident.
08:46Lorsque la charge utile, le satellite que nous aurons besoin de lancer,
08:50n'a pas besoin de l'intégralité de la performance du lanceur.
08:53Quand on le pousse à fond en consommant le premier étage,
08:58plutôt que de consommer le premier étage,
09:00on peut utiliser cette réserve de performance pour récupérer
09:03le premier étage en question et proposer par conséquent
09:06à cette catégorie de clients des prix beaucoup plus attractifs.
09:09En fait, c'est industrialiser l'espace, finalement, tout ça.
09:12Oui, c'est une manière pour nous d'augmenter la cadence
09:16et de retrouver des économies d'échelle qu'on n'a pas,
09:19parce que le lanceur Maya que nous développons n'est pas un lanceur lourd.
09:23C'est un lanceur qui aura à peu près 4 tonnes de performance en orbite basse.
09:27Là où le lanceur Ariane 6 a une performance qui est supérieure à 20 tonnes,
09:31on compense ce manque d'économies d'échelle
09:34lié au fait que notre lanceur est plus petit par des cadences plus élevées.
09:37Et les cadences sont plus élevées parce qu'on est compétitif
09:40sur des segments de marché qui sont plus importants
09:44que si on avait uniquement un lanceur consommable
09:47avec un seul point, un seul sweet spot, comme on dit,
09:50sur le plan commercial qui correspond au remplissage maximal du lanceur.
09:54Après, les objectifs, c'est la cadence, j'imagine.
09:56Oui.
09:56Accélérer la cadence, finalement, et augmenter la puissance aussi de ces lanceurs.
10:01Exactement.
10:02C'est les deux équations.
10:03C'est ça.
10:03Donc, voilà, j'ai l'habitude d'expliquer qu'on n'est pas là
10:07juste pour faire un démonstrateur technologique.
10:09On ne veut pas montrer qu'on est juste capable
10:10de récupérer un premier étage sur une barge.
10:12On veut maîtriser cette technologie d'un point de vue industriel.
10:17Notre objectif, notre projet est un projet industriel.
10:20Donc, après le premier vol, on va rapidement enchaîner.
10:23Notre objectif, c'est d'arriver à une vingtaine de vols
10:25à l'horizon de la fin de la décennie
10:27ou du début de la prochaine décennie.
10:29Et puis, on a aussi l'ambition...
10:31Une vingtaine de vols par an, c'est ça ?
10:32Une vingtaine de vols par an, pardon.
10:34Merci de...
10:35Donc, ça veut dire une vingtaine de lancements par an.
10:37Une vingtaine de lancements par an, ça veut dire moins...
10:39Avec le même lanceur.
10:40Avec un lanceur qui aura à chaque fois un deuxième étage différent
10:45mais dont le premier étage sera réutilisé très régulièrement.
10:48Et puis, on a également dans notre feuille de route
10:50l'ambition d'augmenter rapidement la performance de notre lanceur
10:53pour gagner en termes d'économie d'échelle,
10:55comme je l'évoquais,
10:58doubler assez rapidement la performance de notre lanceur
11:00pour aller conquérir de nouveaux marchés
11:02et encore accroître cette cadence.
11:05Combien de temps pour attraper SpaceX, à votre avis ?
11:08Est-ce que c'est un objectif secret ?
11:10Un peu un rêve pour vous ?
11:12Alors, on n'est pas obnubilé par SpaceX.
11:14On ne cherche pas à faire la même chose que SpaceX dix ans plus tard.
11:18En réalité, on regarde quel est notre besoin,
11:21quels sont plus précisément les besoins de nos clients.
11:25La logique de SpaceX est adaptée à ses objectifs
11:29qui est de déployer la constellation Starlink.
11:32Il y a d'autres projets qui sont poursuivis par SpaceX.
11:35Il n'y a pas l'équivalent de Starlink en Europe.
11:38Donc, la recette qui est peut-être la bonne recette
11:40dans le contexte de SpaceX n'est pas forcément la bonne
11:42dans le contexte européen.
11:45Je recevais tout à l'heure Jean-Pierre Diris,
11:47qui est le patron, enfin en tout cas le coordinateur d'Iris Carré.
11:50Est-ce que vous pourrez participer à l'aventure d'Iris Carré
11:52avec les premiers lanceurs réutilisables ?
11:54Oui, tout à fait.
11:55C'est notre ambition de contribuer au déploiement de cette constellation.
11:59Cette constellation, comme la plupart des grosses constellations
12:01qui permettent de faire des télécommunications,
12:03elles ont plutôt vocation à être déployées par des lanceurs lourds.
12:05Et donc, c'est Ariane 6 qui devrait être le lanceur principal
12:08pour le déploiement de cette constellation.
12:10Mais nous pouvons être une solution de complément
12:12pour accélérer en quelque sorte le rythme de ce déploiement,
12:17faire en sorte que cette constellation soit le plus rapidement possible
12:20disponible pour les clients institutionnels et commerciaux européens
12:24et du monde entier.
12:25Merci beaucoup, Yohannora, pour toutes ces précisions.
12:27Vous êtes le président exécutif de MyEyeSpace.
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