00:00Il est 7h45 sur BFM Business et sur RMC Live, notre invité ce matin, c'est Jean-François Husson.
00:04Bonjour, vous êtes sénateur LR de Meurthe-et-Moselle, vous êtes rapporteur général de la Commission des Finances
00:09et vous militez notamment pour qu'on rouvre les débats budgétaires en faisant une loi de finances rectificative
00:15tellement, tellement, tellement le cadre macroéconomique a changé.
00:19Est-ce que vous pensez que c'est raisonnable aujourd'hui de repartir dans des débats budgétaires comme on les
00:24a connus l'an dernier ?
00:25Je ne sais pas si c'est raisonnable, mais ça me paraît indispensable parce qu'en fait le débat budgétaire,
00:32il a été escamoté l'an dernier.
00:35On le voit d'ailleurs, il y a eu un petit, une grosse entourloupe avec un jeu de dupe au
00:41moment, nous, de l'arrivée d'ailleurs de l'examen du projet de loi de finances
00:47puisque le gouvernement, au sortir du travail qui a été fait à l'Assemblée, a fait passer un bout de
00:55réforme des retraites
00:56sur le projet de loi de finances de la sécurité sociale, mais sans apporter de solution réelle à ce sujet.
01:03Donc on reporte, vous voyez, aujourd'hui on a dès maintenant des mesures, on a adoptées plus tard,
01:09par le 49.3 qu'il ne fallait pas retenir, je dirais, dans l'examen initial, et puis dès le
01:17mois de janvier, finalement, au bout de 48 heures,
01:20le Premier ministre, Matignon, a décidé le 49.3.
01:23Il a fallu un certain temps ensuite pour adopter, et puis on est déjà aujourd'hui dans des mesures de
01:29freinage.
01:30Ça veut dire qu'à peine l'encre refroidit, qu'il faut que le gouvernement propose des mesures.
01:37Oui, parce que c'était devenu n'importe quoi. Enfin, les débats, l'Assemblée, on n'y arrive pas puisqu
01:41'on n'a pas de majorité.
01:42De toute façon, on ne peut rien faire. Donc est-ce qu'il faut repartir vraiment dans cette ambiance politique
01:48compliquée ?
01:48Mais ça, qu'on soit clair, c'est aussi la responsabilité du gouvernement.
01:53Et en tous les cas, je milite, moi, toujours, pour que les débats, les questions budgétaires soient faites au grand
02:01jour.
02:01Parce que les arrangements qui sont faits en coulisses, c'est jamais souhaitable.
02:07Les Français sont, on le sent, les Français sont perdus.
02:09D'où qu'ils viennent, ils nous demandent de nous entendre, et à juste titre, donc moi, je n'ai
02:14aucun souci,
02:15mais il faut pouvoir le faire à livre ouvert.
02:18Dans les 6 milliards de mesures, la récente de freinage de la dépense,
02:22on dit freinage de la dépense, mais si je prends sur les dépenses sociales,
02:29il n'y a plus de réduction d'exonération de charges.
02:31Elles auraient dû...
02:32C'est juste un peu plus de 2 milliards d'impôts supplémentaires pour les entreprises.
02:38Est-ce que c'est du freinage de la dépense ?
02:39Ça vous dit, c'est une erreur ?
02:41C'est assez compliqué.
02:42En fait, on a déjà des craintes sur la croissance.
02:46Il y a des difficultés dans la hiérarchie des salaires.
02:49Et plutôt que de continuer à essayer de travailler sur les économies,
02:54et de travailler, me semble-t-il, avec les partenaires sociaux,
02:58le gouvernement, peut-être trop systématiquement,
03:01les gouvernements appuient sur le levier fiscal.
03:05Dans un pays qui est déjà très fiscalisé,
03:08de mon point de vue, trop,
03:09il faut juste se souvenir que l'essentiel de la création de richesses
03:14doit se faire par les entreprises.
03:17Et d'ailleurs, si on regarde ce qui s'est passé depuis quelques années,
03:21vu le niveau, vu le poids de la dépense publique en France,
03:25on devrait être les champions en termes de croissance.
03:28Ça n'est pas le cas.
03:29Justement sur cette question de baisse des dépenses,
03:31qu'on soit bien clair, parce qu'on ne sait pas toujours où se placent les LR,
03:34notamment quand on regarde la gestion de la crise énergétique.
03:37LR avait beaucoup poussé au fait qu'on sponsorise le prix de l'essence.
03:40Ça a coûté très cher à la France.
03:42Aujourd'hui, on n'est plus dans ce type de mesures.
03:44Est-ce que vous dites qu'on s'est planté à l'époque ?
03:47Est-ce que vous considérez que c'est une erreur ?
03:50Ou est-ce qu'il faut à nouveau, comme on l'a fait il y a quelques années,
03:53réaider à nouveau les Français sur le prix de l'essence ?
03:55Non, je pense pouvoir dire clairement qu'il y avait une dissonance
03:59entre les Républicains à l'Assemblée et au Sénat.
04:03Nous, on a toujours été pour des mesures ciblées.
04:05Donc les mesures qui sont prises aujourd'hui sont des mesures ciblées
04:09qui nous conviennent parfaitement.
04:11D'ailleurs, vous n'entendez aucune fausse note.
04:13Mais parce que aussi les Français ont compris deux ou trois éléments.
04:17C'est d'abord un problème international.
04:20Ils voient bien qu'il y a la guerre, qu'il y a une crise géopolitique,
04:22le détroit d'Hormuz.
04:24Certains ont essayé de dire que le gouvernement avait une cagnotte.
04:27Vous savez, ça revient toujours.
04:29Bon, le gouvernement a donné les chiffres.
04:32Aujourd'hui, ça n'est pas contestable.
04:34Il faut essayer de faire au mieux.
04:36Donc c'est plutôt bien géré, la crise du carburant, aujourd'hui ?
04:38Pour l'instant, oui.
04:39Pour l'instant, oui.
04:40Enfin, vous savez, il ne faut pas être dans l'opposition systématique.
04:42Non, non, mais j'entends bien, mais j'ai envie de vous dire
04:44jusqu'à ce qu'un Républicain demande à ce qu'on sponsorise le prix de l'essence.
04:46C'est-à-dire que...
04:47J'espère que non.
04:48Enfin, je pense qu'à un moment donné, vu l'état de nos finances publiques,
04:51l'état des finances publiques du pays, c'est l'état des finances publiques des Français.
04:55Et moi, j'ai trop de respect pour les Français,
04:57et notamment ceux qui sont les plus modestes,
05:00parce que c'est ceux-là qui sont en première ligne et qui trinquent.
05:04Cels et ceux qui ont davantage de moyens,
05:06ils peuvent procéder à des arbitrages.
05:08Et souvent, ceux qui ont soit les classes moyennes,
05:12soit ceux qui ont moins de revenus,
05:15eux, ils n'ont pas le choix.
05:17Donc, on a une responsabilité particulière,
05:20peut-être encore plus grande à leur endroit,
05:22c'est de leur montrer de quelle manière
05:24on peut mieux, comment dirais-je,
05:27rémunérer le travail,
05:28comment on peut mettre plus de France au travail
05:31pour avoir une croissance plus soutenue.
05:33Justement, sur le cadre macroéconomique,
05:35on a eu les chiffres de l'INSEE sur le cadre démographique
05:38de la France d'ici 2070,
05:39et les hypothèses du corps qui nous dit,
05:42en gros, il va falloir travailler plus,
05:44sinon il va falloir choisir,
05:45c'est comme d'habitude, ça n'a pas changé,
05:47soit il faut baisser les pensions,
05:48soit il faut augmenter les cotisations,
05:50mais il n'y a pas de recette magique.
05:52Qu'est-ce que vous allez défendre, vous,
05:54dans la campagne présidentielle à venir ?
05:55Est-ce qu'il faut augmenter à nouveau l'âge de la retraite ?
05:58En tous les cas, il y a une chose qui est évidente.
06:01Aujourd'hui, on a un défi immense qui nous attend,
06:06parce que cette faute politique qui a été la suspension de la mise en œuvre de la réforme des retraites,
06:13c'est un but contre son camp pour la France.
06:17Et celles et ceux qui ont mis le doigt dans cet engrenage,
06:21je le dis, d'où qu'ils soient, portent une lourde responsabilité.
06:25Ça ne se fait pas, il ne faut pas laisser partir,
06:28parce que pour remettre, je dirais, la machine en route,
06:33ça va être éminemment compliqué.
06:34Comment vous expliquer aux Français que pendant 18 mois, 2 ans,
06:38on a pu suspendre une réforme,
06:40quand on se le souvient en plus,
06:41des conditions dans lesquelles la réforme avait eu lieu ?
06:44Et de toute façon, il y a une réalité.
06:46La démographie, c'est juste du calcul.
06:48Vous donnez ça à un élève de cours moyen 2ème année,
06:51il n'y a aucun problème.
06:52Donc on rouvre le dossier.
06:53Il faut défendre à nouveau une réforme des retraites.
06:56Je pense qu'il faut continuer de dire la vérité aux Français.
06:58Les Français voient plusieurs choses en ce moment.
07:00Un effondrement de la natalité.
07:02Et ils le voient, les maires, les parents d'élèves,
07:05le voient avec les menaces sur les fermetures d'école.
07:08Alors on peut être dans le déni,
07:10ou alors on prend le problème à l'or à le corps,
07:11on cherche des solutions.
07:13On va donc devoir, à mon avis, c'est simple,
07:16travailler plus.
07:16Et je pense que le dossier aujourd'hui
07:20d'une retraite par capitalisation,
07:22c'est-à-dire que vous mettez un peu d'argent de côté,
07:25chaque année, ça vous fait avec les intérêts davantage,
07:29et vous avez un droit sous forme de rente ou de capital à la fin,
07:32doit venir, ce sera le deuxième pilier de retraite,
07:36c'est celui sur lequel on doit travailler,
07:37parce qu'on doit la vérité aux Français.
07:39Et cette vérité, aujourd'hui, elle existe pour les fonctionnaires.
07:43Avec une retraite individuelle par capitalisation obligatoire.
07:48Non, non, non, c'est même pas pré-fonds.
07:49C'est la retraite additionnelle de la fonction publique.
07:52Là où les fonctionnaires ne cotisaient pas avant sur quelques primes,
07:58aujourd'hui, ils ont un système de retraite obligatoire
08:01par capitalisation qui est géré par les partenaires sociaux.
08:04Et bien moi, je dis, au lieu de cacher,
08:07il faut mettre ça sur la table aujourd'hui.
08:10Mais bien sûr.
08:11Merci beaucoup Jean-François Husson,
08:12on va être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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