00:0015h44, Franklin Pichard vient de nous rejoindre. Bonjour Franklin.
00:03Bonjour Guy.
00:04Directeur général de Keeping Finance. Vous allez rendre votre verdict là face au marché.
00:07Est-ce que ce verdict que vous allez rendre, ce moment qu'on m'a vu ensemble, vous l'assumez
00:11?
00:11Oui, je l'assume.
00:12On vous écoute.
00:14Eh bien, je pense et je partage avec beaucoup puisqu'on a différentes réunions en ce moment.
00:20Le relèvement des taux par la BCE demain, qu'on peut considérer comme acquis,
00:24va accroître la pression sur les bourses européennes.
00:27Ah oui, c'est vrai, c'est l'autre enjeu.
00:30Après, demain jeudi, la BCE devrait accroître la pression sur les marchés et relever ces taux.
00:34Enfin, ce n'est pas déjà dans les cours, ça ? Ce n'est pas déjà pricé par le marché
00:37?
00:37Alors oui, oui, c'est dans les cours, surtout dans les cours liés aux taux,
00:44un peu moins dans les actions et puis surtout au-delà du résultat.
00:48On attend 25 points de base de hausse des taux.
00:51C'est le discours de Christine Lagarde qui sera attendue,
00:54à savoir est-ce qu'elle va se contenter de considérer qu'une seule hausse suffira
01:00ou comme beaucoup pensent, est-ce que c'est l'amorce d'un mouvement
01:04qui devrait se répéter encore une ou deux fois d'ici la fin de l'année ?
01:09Et ça, ça inquiéterait les marchés et ça inquiéterait beaucoup les investisseurs et les gérants
01:15qui doivent revoir un petit peu leur copie sur leurs allocations d'actifs dans ce contexte-là.
01:20Donc votre message, c'est une hausse de taux après-demain, jeudi, ça passe,
01:24deux, trois, bonjour les dégâts, c'est un peu ça.
01:26Une, ça passe, mais il ne faudrait pas qu'il y en ait beaucoup plus.
01:28Oui, peut-être même pas attendre la troisième pour se redéployer et revoir un petit peu.
01:34On va regarder quels sont les gagnants et les perdants.
01:37Alors les gagnants, c'est l'énergie et les banques qui sont les grands gagnants
01:43de ce type d'opération de remontée des taux d'intérêt.
01:46Et pourquoi l'énergie ? Pourquoi l'énergie en profite ?
01:48Non, l'énergie, ce n'est pas pour la hausse des taux, c'est pour l'environnement global
01:51qui fait qu'ils vont être un peu préservés dans la période actuelle.
01:55Et puis, vous avez les grands perdants, les grands perdants, ça va être les valeurs de consommation.
02:01Malgré tout, alors que beaucoup ne s'accordent pas sur ce point-là de luxe,
02:05la consommation en général, qui, du fait d'une hausse, et l'immobilier évidemment,
02:11qui, du fait d'une hausse des taux, se trouverait entraînée dans des politiques de coûts d'emprunt
02:18beaucoup plus élevés, qui viendraient un petit peu parasiter la consommation des ménages.
02:23Oui, et donc la BCE va sans doute relever ses taux, on espère, une seule fois,
02:26mais peut-être plusieurs d'ici la fin de l'année.
02:28En fait, ça va dépendre de la réouverture ou pas de ce fameux détroit d'Hormuz.
02:31Au début du conflit, on a été tous surpris du déclenchement de ce conflit, bien sûr, par définition.
02:37On se disait, ça ne va pas durer, le détroit va vite rouvrir.
02:40Est-ce qu'aujourd'hui, la surprise serait que ce détroit rouvre rapidement ?
02:43Est-ce que finalement, les choses se sont inversées ?
02:45Aujourd'hui, la principale surprise, la plus grande surprise serait une réouverture.
02:48Oui, puisqu'on voit que la politique iranienne, actuellement, s'est à nouveau durcie sur le passage.
02:54Et donc, sur le détroit, et par conséquent, on est véritablement sur une...
03:01une surprise très positive, si jamais le détroit venait à ouvrir.
03:06Mais c'est vrai qu'on ne peut pas l'anticiper.
03:08En tout cas, les marchés, on le voit, naviguent, c'est le cas de le dire, au jour le jour.
03:13Et ne peuvent pas se permettre d'anticiper un mouvement durable
03:17et une tendance durable sur les marchés actuellement.
03:20Bon, l'année dernière, on a eu quand même une belle reprise sur l'ensemble du secteur de la défense,
03:24avec des promesses d'investissement, les autorités européennes qui, vraiment,
03:28semblaient mettre les bouchées doubles.
03:29Depuis, on a une forme de stagnation, on ne voit rien venir.
03:33Et puis, surtout, on démontre encore notre capacité à se prendre les pieds dans le tapis,
03:38à ne pas savoir construire ensemble un chasseur.
03:41Le projet SCAF, qui devait unir Dassault, Airbus et différents partenaires,
03:45s'est terminé pour des raisons de désaccord et de management du projet.
03:49Est-ce que le secteur européen de la défense
03:53pâtit d'une forme de défiance, justement, de ces errements de politique européens ?
03:58Oui, typiquement et clairement, on souffre de cette mésentente.
04:02Alors, en l'occurrence, principalement avec l'Allemagne sur ce projet-là,
04:06c'est sur l'antenne ce matin que j'entendais un résumé qui consistait à dire
04:10« La France raisonne perspective et ambition protection,
04:15et l'Allemagne raisonne usine ».
04:18Donc, elle veut les usines, elle veut l'emploi, elle veut fabriquer.
04:21Mais j'allais dire, c'est complémentaire.
04:23Ça devrait finalement bien s'entendre sur un plus petit dénominateur commun
04:27et justement répartir les rôles dans un projet.
04:29Ça devrait.
04:30Mais effectivement, on a eu déjà ce problème-là avec Airbus,
04:33où on avait vu des tiraillements dans le cadre d'Airbus,
04:35où l'Allemagne voulait avoir davantage de production,
04:38plutôt que tout soit concentré à Toulouse et ailleurs,
04:42mais en France, essentiellement.
04:44Non, c'est triste, c'est un projet qui est en train de capoter.
04:48Mais au-delà de ça, alors le secteur de la défense,
04:52c'est vrai qu'il peut décevoir, mais vous regardez,
04:54les Italiens et les Espagnols performent bien en bourse depuis le début de l'année.
04:58On a un petit peu à la traîne, effectivement, nos titres,
05:03comme Thalès, Dassault Aviation, bien sûr, Safran.
05:06Tous ces titres sont un petit peu à la traîne
05:08par rapport aux ambitions qu'ils avaient suscitées.
05:12On l'a dit tout à l'heure, on avait eu un élan l'année dernière
05:15sur les dépenses et les promesses de dépenses en matière de défense.
05:20Et on voit qu'il y a eu du retard à l'allumage
05:23et que maintenant, les investisseurs se disent
05:24qu'on aimerait bien voir véritablement les gouvernements et les pays
05:28s'engager dans des dépenses réelles et des carnets de commandes.
05:33Là aussi, j'entendais sur votre antenne des présidents de sociétés
05:39qui disaient, oui, il y a des promesses, mais pour le moment,
05:41on n'a pas les bancs de commande, on ne voit rien venir.
05:43Donc je pense que les marchés derrière ça et les gérants
05:47attendent de voir du concret avant de repousser leur pion dans un secteur
05:51qui fait, comme vous le disiez, l'objet d'une grande défiance
05:54de la part des marchés.
05:55– Oui, c'est fou et c'est dommage.
05:57Depuis le début de l'année, le secteur de la défense en Europe ne fait rien
06:01alors que les marchés sont plutôt en hausse.
06:03C'est une vraie déception.
06:04Juste rapidement, et avant de redonner la parole à Antoine
06:05sur le SCAF notamment, mort et enterré malheureusement,
06:08vous voyez un point d'entrée justement dans la sous-performance
06:10des acteurs de la défense là ou pas ?
06:12– Non, pas dans l'immédiat.
06:13– Non, d'accord.
06:13– Non, dans l'immédiat, on va…
06:16D'abord, on ne va pas aller contre le vent,
06:17on aura peut-être l'occasion d'en reparler,
06:19mais ce n'est pas le secteur prioritaire sur lequel nous sommes prêts à investir.
06:22– C'est triste à dire aussi parce qu'on dit que c'est un secteur de long terme,
06:27le secteur de la défense, ça va avec les infrastructures,
06:31ça va avec la vision, la stratégie de long terme,
06:34et ça va très bien avec l'Europe.
06:35Mais cet échec du SCAF, on l'a déjà connu dans les années 80.
06:39L'année 80, l'appel d'offres est lancé pour le chasseur du futur.
06:45Dassault était censé s'unir, alors Airbus n'existait pas encore à l'époque,
06:48mais avec un constructeur allemand, un constructeur espagnol,
06:51pour créer en consortium un chasseur européen du futur.
06:56Eh bien non, déjà à l'époque, Dassault s'est désolidarisé du projet
07:01en disant « ça ne nous intéresse pas, ceci, cela »,
07:03et Dassault a construit le Rafale.
07:05Et à côté, un consortium européen a créé l'Eurofighter, le Typhoon,
07:09celui qu'il faut remplacer maintenant.
07:10Et vous vous rendez compte, vous les mettez côte à côte,
07:13c'est le même avion.
07:14Ils se ressemblent, c'est les mêmes avions,
07:17quasiment avec les mêmes spécificités.
07:19Donc qu'est-ce qu'on va avoir maintenant ?
07:20On va avoir un double du SCAF, avec d'un côté un consortium
07:23qui va sans doute concevoir le SCAF qui était prévu à l'origine,
07:26et Dassault qui va construire un avion.
07:28Ils ont dit « on est capables de le construire nous-mêmes ».
07:29Très bien, mais on va se retrouver avec deux avions différents
07:32qui ne seront pas interopérables.
07:34C'est l'Europe.
07:35Oui, c'est l'Europe.
07:36Les humains ont réussi à créer l'ISS, la Station Spatiale Internationale,
07:39mais les Européens n'arrivent pas à faire le SCAF.
07:40C'est un peu dommage, effectivement.
07:42Bon, secteur de la défense sur lequel on aura mille fois l'occasion de revenir.
07:45Sinon, si vous cherchez l'adresse de l'espace,
07:48on a trouvé, l'adresse de l'espace, c'est Wall Street,
07:50avec l'introduction en bourse à venir de SpaceX.
07:52C'est la première fois que l'espace aura autant de poids sur un marché action.
07:56Dans trois jours, l'IPO de SpaceX.
07:59Vous y investirez ou pas, Franck?
08:01Eh bien, écoutez, je vais vous faire une réponse de Norman, que je suis.
08:06Oui et non.
08:07C'est-à-dire oui, mais pas tout de suite, pas dans l'immédiat.
08:11On le voit, ces méga introductions, ces IPOs un peu mythiques, un peu gigantesques,
08:17font rêver, effectivement.
08:19Quand on se retourne et qu'on voit les performances,
08:22on se dit que pourquoi n'y étais-je pas ?
08:26Et maintenant, effectivement, la sensibilité des investisseurs,
08:30c'est de dire j'y vais, j'y vais tout de suite.
08:32Mais on le voit trop souvent.
08:35Il y a eu récemment aux États-Unis des introductions
08:39qui commencent par coter, le nom m'échappe, 300-320 dollars.
08:45Et on était vendredi dernier à 200 dollars.
08:48Elle reprenait 18% hier.
08:50On a perdu 30% en trois semaines, un mois.
08:54Voilà.
08:55Et le titre rebondit maintenant.
08:56Donc, je pense qu'il va y avoir un engouement phénoménal pour SpaceX.
09:01Et par conséquent, je pense que le titre va être survalorisé
09:05et les analystes le démontreront très, très rapidement.
09:10Malgré les positions dominantes et la qualité de la société,
09:14les fondamentaux n'ont rien à voir.
09:16Mais l'investissement émotionnel, complètement irrationnel,
09:22qui va s'en suivre, nous laisse à penser qu'il vaut mieux
09:26faire preuve de sagesse, de sérénité, d'attendre du retour de papier
09:30et ensuite reprendre les titres quand on aura corrigé les excès de la première heure.
09:35Et avec SpaceX, c'est quelque part le premier homme infini qu'on va voir surgir.
09:40Elon Musk, le premier homme infini en termes de fortune personnelle.
09:43Après l'introduction en bourse, sa fortune nette à Elon Musk
09:46devrait représenter 3% du PIB américain.
09:48Même fortune personnelle que l'équivalent du PIB de 125 pays à lui tout seul.
09:52La dernière fois qu'on avait vu ça, c'était en 1913 avec Rockefeller.
09:56Oui, l'homme infini.
09:58En termes de pouvoir d'ailleurs aussi, les actionnaires,
10:00ceux qui choisiront d'investir dans SpaceX, finalement, entreront en...
10:03Alors en dictature, c'est peut-être un peu caricatural,
10:06mais oui, une forme de dictature actionnariale.
10:07En tout cas, un manque de démocratie actionnariale,
10:09un grand déni de démocratie actionnariale chez SpaceX ou pas ?
10:12Elon Musk ne pourra pas être évincé, par exemple.
10:14Alors, on va le nuancer un petit peu.
10:17C'est vrai que dans les termes du contrat de l'IPO,
10:22il est marqué que toutes les procédures relèveraient du droit texan.
10:26Que dit le droit texan ?
10:28C'est-à-dire que le droit texan s'adresse au contrat
10:31qui lie deux entreprises dans une négociation.
10:34D'ailleurs, je fixe les règles,
10:36je dis que je fais ce que je veux,
10:38je m'attribue des droits de vote, je fais etc.
10:40etc. Là, effectivement, la grande nouveauté,
10:44c'est qu'Elon Musk est en train de nous expliquer
10:46qu'il va expliquer au droit financier le droit commercial.
10:51Et là, il y a un gap qui, par un raccourci,
10:55semble effectivement excessif,
10:56sauf que, dans certaines mesures,
10:59le droit fédéral l'emporte quand même.
11:01Donc, allez dire,
11:02vous n'aurez pas le droit de faire de classe action,
11:04vous n'aurez pas le droit de contester mes décisions,
11:07je ne pourrai pas être démis parce que, de toute façon,
11:09je serai ultra majoritaire compte tenu de mes droits de vote.
11:12Ça aura ses limites au système
11:14qui font que, quand même,
11:15ce ne sera pas tout à fait une dictature,
11:18ce ne sera tout de même pas un...
11:19C'est une tentative de déni de démocratie,
11:23mais si les actionnaires sont vraiment roulés dans la farine
11:26à un moment ou à un autre,
11:28il reste le droit fédéral qui permettra.
11:31On parlera de démocrature actionnariale, alors.
11:33C'est peut-être mieux.
11:35Merci, Franklin, de nous avoir accompagné.
11:36Franklin Pichard pour Kipling Finance régulièrement à nos côtés.
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