00:02Alexandre Rézé nous rejoint à 15h43 pour parler ensemble de l'avenir des marchés.
00:07Alexandre Rézé, stratégiste indépendant, bienvenue Alexandre.
00:09Vous allez rendre votre verdict face au marché, ce verdict que vous allez rendre ce moment qu'on
00:12va vivre ensemble. Est-ce que vous l'assumez ? Je l'assume. On vous écoute ? Eh bien nous
00:19sommes peut-être à l'aube d'un contre-choc pétrolier comme on a vécu un peu dans les
00:23années 80. Peut-être le début d'un contre-choc pétrolier parce que c'est vrai que les cours
00:29s'étaient envolés, là ils ont pas mal reculé. 73 dollars en ce moment le baril de Brent,
00:33il a reculé le cours du pétrole mais il recule plus. Vous pensez néanmoins que la baisse pourrait
00:37se poursuivre ? Alors il ne recule plus pour l'instant mais avec notamment les événements
00:42de ce week-end on aurait dû avoir une prime de risque encore plus importante sur le pétrole
00:45avec les reprises notamment des interventions et pourtant le pétrole est assez stable alors
00:50il remonte un peu aujourd'hui et autour de 70-72 dollars le baril que ce soit sur le WTI
00:562-3 dollars de moins. Mais on voit qu'il y a à la fois de manière globale, économique,
01:03macroéconomique, que ce soit en termes d'offres ou en termes de demandes, que ce soit en termes
01:06d'offres, on voit l'offre qui est en train d'augmenter assez rapidement de la part de
01:10l'Arabie Saoudite, des Émirats Arabes Unis aussi. On voit la réouverture du port de
01:16Ratanoura qui permet effectivement, qui a été fermé pendant 4 mois, qui permet de délivrer
01:21encore de la production pétrolière et il faut rattraper absolument le retard pour ces
01:26pays-là. En même temps on voit aux Etats-Unis le nombre de plateformes pétrolières qui
01:31continuent à monter de manière assez importante, on voit qu'on va avoir une profusion d'offres
01:35sur le marché. Rappelons quand même qu'avant l'intervention en Iran, l'AIEA pensait qu'il
01:43allait avoir une sur-offre en 2027 de 3-4 millions de barils le jour. En fait si on revient
01:48dans une normalité comme celle-ci, avec cette profusion de pétrole, on risque effectivement
01:52d'avoir des cours du pétrole qui vont largement baisser. En termes de demandes cette fois-ci,
01:56on voit que quand même les pays comme la Chine, voire l'Europe, sont en train de décroître
02:00en termes de croissance économique. On ne va pas avoir une réaccélération comme on
02:04aurait pu avoir en début d'année parce qu'il y a encore un doute, une prime de risque
02:07effectivement, notamment de la part des entreprises. Et là finalement on va être dans
02:12une offre, dans une demande qui va être contenue. Donc on risque d'avoir un déséquilibre.
02:17Et puis, troisième point qui me semble important, alors depuis le départ c'est le cas, même
02:22l'année dernière, mais c'est une volonté de Donald Trump de faire massivement baisser
02:25le pétrole. Pour plusieurs raisons, effectivement faire baisser l'inflation aux Etats-Unis, on sait
02:31que les matières énergétiques, le pétrole notamment, touche en premier lieu les Américains
02:37dans les prix à la pompe. Et pour en tout cas gagner ou limiter l'échec des élections
02:45mi-mandat, il faut absolument qu'avant ces élections mi-mandat, il montre que son intervention
02:50en Iran a un effet marqué sur les Américains. Et puis en termes géopolitiques aussi, on
02:55sait qu'il faut quand même là, le dernier point noir en tout cas pour Trump, c'est le
03:00conflit en Ukraine et ça permettrait en plus, comme les Américains l'ont fait dans
03:04les années 80, de mettre un peu plus de pression sur la Russie pour mettre un terme
03:09au conflit entre la Russie et l'Ukraine. Donc c'est important parce que ça voudra dire
03:14que de nombreux pays vont en profiter, on peut en parler en termes de marché, mais ça
03:19donnera une relance en tout cas, une dynamique supplémentaire au marché en dehors de ce
03:24qu'on a vu sur l'intelligence.
03:25– Mais à supposer qu'Hormuz rouvre réellement, que l'Iran n'essaie pas d'imposer au bout d'un
03:29moment un péage, parce que l'Iran a déjà prévenu ces dernières heures que les navires
03:35qui passeraient Hormuz, Hormuz est rouvert, mais les navires qui passeraient Hormuz par
03:38le point le plus éloigné de l'Iran, ça, ça va mettre de la pression et peut-être
03:41rajouter de la colère. L'Iran tient que les navires passent par ces eaux.
03:46– Alors, je rappelle qu'on est en situation de négociation.
03:49– Oui, c'est vrai.
03:49– Donc on voit bien que les tirs que l'on a eus ce week-end sont aussi des pressions
03:54de part et d'autre,
03:55donc on va effectivement négocier. Rappelons quand même que potentiellement il y aura un plan
04:00d'infrastructure de 300 milliards en Iran potentiellement, il y a des reconstructions
04:04qu'on va se faire et l'Iran a la main mais pas tant que ça et de toute manière
04:08elle devra céder
04:10sur quelques points et la réouverture, même pour l'Iran, des exportations de pétrole peut être
04:16aussi un point très important pour financer sa reconstruction.
04:19– Donc vous misez pourquoi pas sur une poursuite à la baisse des cours du pétrole qui ont déjà bien
04:22reculé, c'est vrai, au mois de juin. Il se trouve qu'on aura mercredi,
04:24l'après-demain, l'inflation du mois de juin en zone euro, première estimation.
04:27Vous l'attendez en baisse l'inflation avec les cours du pétrole qui ont baissé ?
04:30– Légèrement en baisse mais pas assez pour complètement satisfaire le marché.
04:36On va de toute manière, ce qui est intéressant c'est savoir si on a passé un point au pas
04:39parce qu'on va avec les cours notamment du pétrole et même si ça ne se voit pas encore
04:45la hausse de taux en Europe, on pourrait y voir une descente graduelle de l'inflation
04:51qui serait quand même bien pour rassurer les investisseurs et notamment l'action de la banque centrale.
04:59– Bon, il est temps de lire un peu clair dans les messages de nos banquiers centraux.
05:04On a quand même un Kevin Warsh qui a dévoilé un vrai visage de banquier central.
05:10C'est-à-dire que oui, quand l'inflation monte, on monte les taux. Globalement, il est beaucoup plus raisonnable
05:15que prévu.
05:16On attend beaucoup de Christine Lagarde au symposium de Sintra.
05:20Est-ce qu'elle aussi, elle va un petit peu tomber le masque et nous donner la vérité des choses
05:24alors qu'après la hausse des taux de la BCE, ça laisse pas mal de questions ?
05:28– Non, le risque pour une banque centrale, c'est de ne pas être crédible.
05:36C'est-à-dire que quand on essaie de faire quelque chose, les marchés testent la banque centrale
05:40qui court après le marché et là, on peut être dans une situation assez terrible.
05:46Pour revenir sur Kevin Warsh, effectivement, il se comporte comme un vrai banquier central.
05:51Oui, il veut la crédibilité de la banque centrale.
05:54Donc, il met quand même en place toute une réforme de la Fed, ça c'est sûr.
05:57Et quand il parle d'inflation, le vrai sujet, ça va être de savoir quelle inflation.
06:01On en avait déjà parlé dans plusieurs émissions, mais c'est est-ce que l'inflation va être maudite,
06:06les calculs d'inflation va être modifiés pour justement dire il n'y a pas d'inflation aux États-Unis.
06:09La baisse du pétrole va résoudre beaucoup, pourra résoudre beaucoup de choses en tout cas,
06:15beaucoup de calculs compliqués et complexes pour les banquiers centraux.
06:18Du côté de Christine Lagarde, elle a beaucoup été décriée, ça c'est sûr, pour cette hausse des taux.
06:23En fait, elle est clairement dans son rôle.
06:26Quand on voit notamment les chiffres de distribution de crédit aux entreprises cette semaine,
06:32on est à un niveau record, en tout cas on est à près de 5% de croissance de la
06:36distribution de crédit en Europe.
06:37On n'est pas non plus dans une dynamique extrêmement baissière en termes de croissance économique.
06:42L'inflation est à plus de 3%, évidemment qu'il faut que la banque centrale réagisse.
06:47Alors il faut qu'elle réagisse de manière graduelle.
06:49On n'est plus du tout comme on était dans une situation en 2022.
06:53Et à mon avis dans son discours, et elle l'a déjà répété lors de la dernière réunion de la
07:00banque centrale européenne,
07:01la banque centrale est là pour gérer l'inflation, elle n'est pas là pour gérer la croissance.
07:05La croissance, c'est les entreprises et les Etats.
07:07Donc elle va en tout cas redonner le bébé aux Etats pour créer les conditions de la croissance.
07:15On va reparler certainement du plan de Draghi, de l'union bancaire, etc.
07:20Et ça, elle va appuyer dessus.
07:21Et elle est dans son rôle en tout cas pour monter les taux actuellement.
07:24On n'est pas dans des conditions extrêmement restrictives encore pour l'économie européenne.
07:28Donc oui, si les taux de la BCE montaient encore, ce serait en fait un signal pour pousser effectivement les
07:32Etats,
07:33l'Union, la zone euro en tout cas, à assouplir ces règles de sorte de favoriser la croissance.
07:38Ce serait une façon de mettre la balle dans leur camp, voilà.
07:41A bon jouer plutôt que de compter sur nous la banque centrale.
07:43Je pense qu'il y a eu un tort, notamment pour les marchés mais aussi pour les différents gouvernements européens,
07:47c'est d'avoir toujours la banque centrale qui était là en assurance, en financement potentiel,
07:53contre en tout cas pour lisser le cycle et éviter des récessions.
07:57Là, la banque centrale dit, nous ne sommes pas là que pour effectivement gérer de la croissance.
08:03Nous sommes en appui en gérant l'inflation parce qu'il faut bien comprendre qu'une inflation importante
08:07peut être finalement dévastatrice pour une croissance ou en tout cas une confiance dans la croissance.
08:14Donc elle est là pour se gérer cette partie-là.
08:16Le reste doit être géré par, encore une fois, les plans de relance, l'union que l'on doit mettre
08:22en place au sein de l'Europe.
08:23Bon, on verra ce qu'elle dit ce soir, donc discours inaugural à Sintra.
08:26Mais surtout, le grand moment, ce sera mercredi table ronde à laquelle participera aussi Kevin Warch.
08:31Il sera aussi le président de la Banque du Canada et le président de la Banque d'Angleterre.
08:34Ça vous fait sourire ?
08:36Effectivement, je pense que ça va être un dîner où les discussions vont être compliquées
08:41parce que le président de la Fed n'a pas du tout les mêmes volontés que les trois autres présidents,
08:53qu'ils soient du Canada, d'Angleterre ou de l'euro.
08:57C'est la question qu'on se pose, qui sera le plus mal à l'aise en fait ?
08:59Kevin Warch de devoir communiquer alors qu'il ne veut pas communiquer ?
09:01Ou la Banque centrale européenne, par exemple, qui a relevé ses taux, qui pourrait encore les relever alors que le
09:06pétrole baisse ?
09:07C'est un peu la question qu'on se pose, nous.
09:08Alors, on peut se poser la question, est-ce qu'un Américain actuellement peut être mal à l'aise ?
09:13En tout cas, à son poste, je ne le pense pas.
09:16Je pense qu'ils sont véritablement certains de ce qu'ils sont en train de faire,
09:19de la stratégie qu'ils vont mettre en place.
09:22En Europe, en Angleterre, la situation est extrêmement compliquée,
09:25donc c'est difficile de, en tout cas, justifier une autre action que celle qu'elle a.
09:32Et Christine Lagarde peut apparaître, effectivement, comme l'entre-deux avec les autres banquiers centraux.
09:39Bon, l'Europe, vous choisissez quelle valeur là désormais ?
09:42Alors, effectivement, avec ce que je viens de dire, je pense que je suis plus positif sur l'Europe actuellement
09:45et je pense que si on a une baisse des marchés, ça va profiter au marché européen.
09:49Alors, évidemment, j'ai choisi deux valeurs européennes, deux grandes valeurs.
09:52Alors, une de mes chouchoutes, vous avez demandé des chouchoutes depuis longtemps au Schneider Electric.
09:57C'est vrai que Schneider Electric, qui est connu, mais on parle de fleuron aux Etats-Unis,
10:01mais en Europe, on a des fleurons, vraiment, et des entreprises mondialisées.
10:05Schneider Electric, c'est quasiment un tiers aux Etats-Unis, un tiers en Asie,
10:09et puis l'autre partie en Europe, donc vraiment mondialisées.
10:14Des marges extrêmement fortes, on est à peu près à 18-18% de marge,
10:19et la marge se stabilise alors qu'on est dans une croissance de volume,
10:24et surtout, 23% du chiffre d'affaires qui est directement lié au data center,
10:28dans sa gestion et de l'efficience de l'énergie.
10:31Et là, il y a une visibilité avec les hyperscalers qui n'a jamais été démentie,
10:36et qui ne sera certainement pas démentie pendant plusieurs années.
10:40Donc, on a vraiment une valeur de croissance qui attire les investisseurs,
10:45qui est mondialisée, et c'est assez rare quand même d'avoir des entreprises
10:49comme Schneider Electric, et qui peuvent, sur tous les marchés,
10:53à la fois en Asie, en Europe ou aux Etats-Unis,
10:56montrer des potentiels de croissance et d'innovation importantes.
10:59Bon, Schneider Electric, donc votre choix.
11:02Depuis le début de l'année, ce titre, il progresse évidemment de 18%.
11:06Vous estimez qu'il doit aller beaucoup plus haut.
11:08Sur un an, on est à plus 20.
11:09Oui, plus 20 sur un an, par rapport à une valeur d'une telle qualité,
11:13je pense qu'il y a encore du potentiel.
11:14Ok, sur trois ans, on est à plus 71%. Une deuxième valeur ?
11:17Une deuxième valeur qui, dans un portefeuille, permet aussi de stabiliser
11:22par rapport à Schneider Electric, c'est AXA.
11:25Alors, AXA, effectivement, tout le monde connaît,
11:26mais je pense que le secteur de l'assurance, au vu des taux d'intérêt,
11:30mais surtout de l'implication dans l'intelligence artificielle
11:32et dans l'amélioration de l'efficience de tous les business de l'assurance
11:35dans les prochaines années, c'est une valeur qu'il faut garder en portefeuille.
11:38C'est une vraie cash machine, un dividende qui est à plus de 5%,
11:42et qui est complètement décorrélée, d'une certaine manière, d'une valeur
11:46comme Schneider et qu'il faut avoir en portefeuille.
11:48Il y a une gestion des coûts qui est en train d'être faite
11:51et qui va être faite, qui va encore une fois améliorer cette rentabilité.
11:54Et AXA, c'est de la croissance sur le dommage et l'assurance vie.
11:59Tous les segments d'activité d'AXA sont en croissance
12:02et ça devrait perdurer, en tout cas, pour les mois prochains.
12:07Merci beaucoup Alexandre Eze avec nous aujourd'hui.
12:09Deux idées de valeur, AXA donc et Schneider Electric.
12:12Merci.
Commentaires