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  • il y a 6 heures
Il y a 65 ans, le service militaire adapté est né aux Antilles pour faire face au chômage. Il permet aujourd’hui aux jeunes de 18 à 25 ans de s’insérer dans l’emploi et de participer au développement de leur territoire. Pendant quatre ans, ils peuvent apprendre ou réapprendre un nouveau métier.

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Transcription
00:00– L'invité de ce Smart Impact, c'est le général Patrice Bellon, bonjour.
00:10– Bonjour.
00:10– Bienvenue, vous êtes le commandant du service militaire adapté,
00:13c'est un dispositif qui est destiné aux jeunes ultramarins qui fêtent ses 65 ans,
00:19vous commandez ce SMA depuis deux ans.
00:22C'est quoi le service militaire adapté ?
00:24J'avoue, je ne le connaissais pas, donc je veux bien que vous nous le présentiez.
00:26– Je suis ravi de vous le présenter parce qu'effectivement c'est connu dans les Outre-mer,
00:30un peu dans l'Hexagone.
00:32C'est un dispositif d'insertion socioprofessionnelle qui s'adresse à des jeunes de 18 à 25 ans
00:37qui sont souvent éloignés de l'emploi ou de la formation.
00:40L'objectif c'est vraiment de les former, de les qualifier et de les insérer dans l'emploi
00:45dans nos territoires d'Outre-mer pour la plupart.
00:48Il y a une double vocation, une vocation de développer sur le territoire un certain nombre de filières
00:55pour ces jeunes et en même temps de les remobiliser
00:59parce que souvent ils n'ont pas forcément eu toutes les chances au départ.
01:03Donc on leur permet de prendre confiance en eux et de se remobiliser vers l'emploi.
01:07– Et donc c'est un dispositif qui fête cette année ses 65 ans.
01:12Si on fait un peu d'histoire, il a été créé où, comment, dans quel contexte ?
01:17– Il a été créé en 1961 aux Antilles, tout d'abord dans un contexte où les Antilles souffraient d
01:23'un chômage assez important
01:26pour les jeunes de Martinique et de Guadeloupe essentiellement, mais aussi en Guyane.
01:31Il y a eu à cette époque des émeutes d'ailleurs assez violentes.
01:35L'idée c'était vraiment de s'occuper de cette jeunesse,
01:37de faire en sorte qu'elle puisse être considérée aussi comme des citoyens par entier
01:42à un moment où la départementalisation pouvait poser quelques difficultés à l'époque.
01:46Aujourd'hui le dispositif a vraiment évolué totalement,
01:50vraiment avec une phase où le service militaire était obligatoire jusqu'en 1996
01:55et le service militaire adapté s'est évolué à la suspension du service militaire
02:00en un dispositif d'insertion social professionnelle à part entière.
02:04Donc c'est l'une des trois missions du SMR.
02:07Avec une importance qu'on a peut-être du mal à mesurer ici effectivement à Paris ou dans l'Hexagone,
02:15mais sociale, économique pour les territoires ultramarins ?
02:19Exactement, en fait je vous parlais de trois missions.
02:21L'insertion social professionnelle, le développement du territoire,
02:24et ça c'est vraiment la deuxième mission essentielle,
02:27permettre à ces jeunes de participer au développement du territoire
02:30au travers des filières, des 90 filières que l'on met en œuvre dans nos régiments,
02:34c'est en 12 familles professionnelles.
02:36Et le troisième volet c'est aussi de participer au secours, au soutien des populations en cas de crise naturelle.
02:41Donc c'est non seulement un dispositif qui a une vocation sociale,
02:49mais également une vocation aussi d'aide, de secours aux populations quand c'est nécessaire.
02:54Alors ils ont quel profil ces jeunes ? Déjà c'est de quel âge à quel âge ?
02:57Alors c'est 18 à 25 ans, ces jeunes.
03:00Vous avez deux catégories de jeunes, les trois quarts d'entre eux sont des jeunes qui sont sortis du système
03:04scolaire,
03:05en général sans diplôme, en général parce que c'est assez variable en fonction des territoires.
03:11Et le quart restant, ce sont des jeunes diplômés qui sont éloignés d'emploi,
03:15qui sont au chômage depuis plusieurs années et qu'on remobilise vers l'emploi.
03:19Donc les premiers font des stages en moyenne de 10 mois,
03:24et les deuxièmes sont engagés chez nous pendant cinq ans, par contrat successif d'un an.
03:30Ils sont employés comme secrétaire, comme aide-formateur, comme mécanicien.
03:34Et l'idée c'est qu'au bout de quatre ans, ils commencent à appréhender un métier pour s'insérer
03:39dans la vie.
03:40Combien de jeunes sont formés chaque année ?
03:43Et est-ce qu'il y a des territoires d'outre-mer qui utilisent plus le SMA que d'autres
03:48?
03:48Alors, nous accueillons 5800 jeunes, et le plus gros régiment se trouve à La Réunion,
03:53avec 1300 jeunes accueillis, et le plus petit en nombre c'est 380 jeunes à la Martinique.
04:01Est-ce qu'il y a un lien entre, comment je peux vous poser la question,
04:04entre la vitalité économique du territoire et l'utilisation du SMA ?
04:08C'est-à-dire que plus les difficultés économiques sont importantes,
04:12plus vous allez voir des jeunes se tourner vers vous.
04:14C'est ça, c'est ce lien qu'on peut exactement faire.
04:19On en voit déjà, on est militaires dans des situations difficiles.
04:22Nos jeunes, effectivement, dans les territoires où la situation est la plus délicate,
04:28en termes d'emploi, en termes de précarité, viennent vers nous assez facilement.
04:33Je prends juste l'exemple à Mayotte, après Chido.
04:35Beaucoup de jeunes frappent à la porte du SMA,
04:39notamment pour trouver une formation,
04:41mais aussi pour avoir une certaine sécurité en termes de logement,
04:46puisqu'ils sont logés, nourris chez nous,
04:49et de se remobiliser dans la vie,
04:53dans un contexte qui est quand même dégradé à Mayotte.
04:57C'était aussi le cas en Vekedonie, après les émeutes de mai 2024.
05:00On va voir quelques chiffres sur les résultats
05:04en matière d'insertion de ce SMA, ce service militaire adapté.
05:0880% d'insertion à la sortie,
05:11ça représente 62% d'emplois durables en CDD,
05:15de plus de 6 mois ou en CDI,
05:1722% d'emplois de transition,
05:1816% de poursuites de formation,
05:20ou 12% qui rejoignent les forces armées.
05:22On va revenir un peu sur ces chiffres,
05:23mais tiens, je rebondis sur le fait qu'il y en ait qui deviennent militaires.
05:28C'est aussi, ça n'a pas été créé pour ça,
05:31mais c'est aussi un levier de recrutement ?
05:32C'est aussi un levier de recrutement,
05:34mais ce n'est pas la vocation essentielle du service militaire adapté.
05:38Alors certes, on a ce fond de sac,
05:40ce qu'on aime bien l'appeler.
05:41Fond de sac, oui.
05:42Oui, qui permet d'avoir justement ces valeurs,
05:45ces notions de dépassement de soi,
05:49de vivre en collectivité,
05:50toutes ces valeurs propres au domaine militaire,
05:52la discipline, le respect de ses camarades, de ses chefs.
05:56Oui, pendant quelques mois, ils testent ça.
05:58Et donc, certains d'entre eux se disent,
06:00ça peut me correspondre.
06:02Voilà.
06:03Donc, pendant deux mois, ils sont formés grâce à ce fond de sac
06:08et qu'on continue tout au long de la formation.
06:10Mais l'idée, c'est vraiment de faire en sorte que ces jeunes s'insèrent localement.
06:15On privilégie qu'effectivement, ils participent au développement du territoire
06:18en trouvant un emploi dans les 90 filières que l'on met en œuvre.
06:22Alors justement, 90 filières,
06:24vous avez cité quelques-uns des métiers,
06:26mais c'est tous les métiers ou presque quand on dit 90 filières ?
06:30Oui, enfin, c'est très varié.
06:32Ça va des agents de prévention de sécurité à l'aide à la personne,
06:35en passant par des formations très courtes,
06:38où on prépare sur des concours de la fonction publique territoriale, par exemple.
06:42Donc, effectivement, c'est varié.
06:44Vous avez aussi, en Nouvelle-Calédonie, des filières qui ont trait au travail dans les mines.
06:51Voilà, aussi, on forme des jeunes à utiliser ce qu'on appelle les tomberaux.
06:58C'est des gros camions qui permettent de transporter le minerai.
07:02Vous avez même des jeunes femmes.
07:04Et c'est vrai qu'elles sont conductrices.
07:07En Nouvelle-Calédonie, c'est assez fréquent.
07:10D'ailleurs, on accueille en économie 42% de jeunes femmes dans notre régiment.
07:15Et globalement, au SMA, c'est 32%.
07:16Voilà, donc il y a vraiment un lien, effectivement.
07:19Ces filières, à vous entendre, je me dis, vous êtes en lien direct,
07:24peut-être permanent, avec le tissu économique local.
07:27C'est-à-dire, ça répond aussi à une demande, peut-être, des entreprises,
07:31des patrons, des représentants patronaux.
07:34Donc, nous sommes en lien permanent avec le monde de l'entreprise.
07:36C'est une transformation qui a eu lieu à partir de 2012.
07:39Lorsque le dispositif est passé de 3 000 jeunes à 6 000 jeunes,
07:42il a fallu revoir l'économie du système et se rentrer vers le monde de l'entreprise.
07:45Aujourd'hui, chaque régiment a des liens très forts avec les organisations patronales,
07:48avec les chambres consulaires, avec les associations.
07:51Et l'idée, c'est vraiment d'être en lien direct avec les besoins du territoire.
07:54Qu'est-ce qu'ils vous disent, les jeunes ?
07:56Les retours d'expérience, c'est quoi ?
07:59Ils se sentent vraiment transformés.
08:01Ils reprennent confiance en eux.
08:02Ils disent merci en partant, souvent.
08:04Alors, 14 % d'entre eux vont vers des armées, comme je l'ai dit.
08:09Mais tout le reste reste, va vers, en général, reste sur le territoire à 80 %.
08:14Et voilà.
08:15Et donc, la marque que ça fonctionne, c'est que, globalement,
08:19la première chose qu'ils vous disent, lorsqu'ils vous disent,
08:22pourquoi vous êtes venu au SMA, c'est parce qu'un frère, une soeur, un ami, un cousin,
08:28des parents sont passés par le SMA.
08:30Et ça, ça montre bien la vitalité de notre dispositif.
08:34Ça peut être dur au début ?
08:36C'est-à-dire qu'on passe d'une vie où on est, ce que vous décriviez,
08:42c'est-à-dire un peu éloigné de l'emploi, peut-être un peu déconnecté,
08:45et d'un seul coup, on se prend la discipline militaire.
08:49Les premiers apprentissages sont parfois un peu rudes.
08:51OK.
08:52Bon.
08:52Vous dites ça.
08:53Vous enrobez ça.
08:54Oui, j'enrobe ça.
08:55Mais effectivement, derrière, vivre en collectivité,
08:58c'est déjà pas quelque chose, forcément, que ces jeunes appréhendent correctement.
09:03D'ailleurs, j'ai une psychologue à Martinique qui me disait,
09:06la première raison pour laquelle les jeunes viennent nous voir,
09:10c'est parce qu'ils n'ont pas l'habitude de vivre avec d'autres,
09:13dans une chambre de 6 ou de 8.
09:15D'ailleurs, chaque régiment a des psychologues au profit des volontaires,
09:18pour les aider, justement, à appréhender leur passage chez nous,
09:21mais aussi à prendre confiance en eux.
09:24Et c'est vrai que ces volontaires, en fait, ont dans nos régiments
09:32cette volonté de s'en sortir par eux-mêmes.
09:36Et ça, ça se voit assez rapidement.
09:38Et c'est bien le parcours qu'on leur donne pendant les deux premiers mois.
09:44On leur apprend à se dépasser, à prendre confiance en eux.
09:48Le goût d'effort participe directement à leur réussite.
09:53Et c'est vraiment le fait d'être dans le collectif qui entraîne ces jeunes
09:57et qui peut leur permettre de grandir et de s'élever.
09:59La France qui renoue, finalement, avec un service militaire volontaire
10:02de 10 mois à partir de cet été.
10:05Vous citiez la date tout à l'heure.
10:06Est-ce qu'avec le recul, c'était une erreur de supprimer le service militaire en 1996 ?
10:09Ça correspondait à un contexte particulier.
10:12Et donc, nous sommes adaptés à ce contexte.
10:16Aujourd'hui, le contexte est en train d'évoluer significativement.
10:20C'est vu de voir les activités.
10:21Et je pense qu'effectivement...
10:22Oui, il y a le contexte de menace de guerre.
10:24C'est sûr qu'il donne une logique à recréer un service militaire volontaire.
10:31Mais il y a aussi d'autres notions.
10:34Le sentiment d'appartenance à la nation, le civisme.
10:36Enfin, voilà, c'est aussi ça ce qu'on associe.
10:38Exactement, c'est ce qu'apporte.
10:41Et vraiment, il ne faut pas oublier ces valeurs essentielles, d'ailleurs,
10:43qui sont prégnantes dans l'ensemble des dispositifs militaires.
10:47On n'est pas les sols à les porter, mais elles sont essentielles.
10:49Le service militaire adapté participe à cette cohésion nationale
10:53au travers de ce qu'on fait dans nos territoires ultramarins.
10:56Ça manque ?
10:58Je pense qu'effectivement...
11:00Dans la société française ?
11:00Dans la société française, c'est important aujourd'hui
11:03que d'y attacher cette forme d'attention à tous les niveaux de la société, en fait.
11:10Et je pense qu'on y contribue directement par ce dispositif
11:13qui est un dispositif civil ou militaire.
11:15Un dernier mot, j'ai vu qu'il y avait une fondation SMA,
11:18une fondation service militaire adapté qui a été créée il y a 2-3 ans.
11:22Pourquoi ? Quelle complémentarité avec le service militaire adapté ?
11:26L'idée, c'est vraiment d'avoir une action complémentaire à la nôtre
11:28puisque lorsque les jeunes quittent le dispositif du service militaire adapté,
11:32on les suit pendant une petite année.
11:34On ne peut pas aller beaucoup plus loin parce qu'on enchaîne d'ailleurs les cohortes.
11:37L'idée, c'est que derrière, on ait une visibilité sur ce que sont devenus ces jeunes
11:42et on leur apporte de quoi créer leur propre entreprise,
11:48satisfaire des formations pour lesquelles ils n'auraient pas été jusqu'au bout,
11:54notamment des permis.
11:56Et donc, chaque dossier est utilisé avec beaucoup d'attention par la fondation
11:59et l'idée, c'est vraiment de leur permettre de pouvoir lancer leur propre entreprise.
12:05Et c'est une belle fondation qui est aidée par des partenaires très attentifs
12:12à ce qu'on réussisse et qu'on porte ces dossiers au meilleur niveau.
12:15Merci beaucoup Patrice Bellon et à bientôt sur Be Smart for Change.
12:20C'est l'heure du Zoom de ce Smart Impact.
12:22On continue de parler jeunesse, emploi.
12:24.
12:25– Sous-titrage FR 2021
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