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  • il y a 6 heures
Ce mercredi 3 juin, Bastien Drut, économiste chez CPR AM, s'est penché sur le rythme de vente mondial des semiconducteurs, les effets macroéconomiques de l'IA, et la croissance des valeurs tech face aux risques géopolitiques, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00Il nous rejoint, 15h44, Bastien Dru, économiste pour CPRM.
00:04Bonjour Bastien.
00:05Bonjour.
00:06Vous allez rendre votre verdict face au marché, ce moment qu'on va vivre ensemble, ce verdict que vous allez
00:09rendre.
00:10Est-ce que vous l'assumez ?
00:11Oui, tout à fait, oui.
00:12On vous écoute.
00:14En fait, les ventes, enfin les semi-conducteurs seront bientôt le bien le plus vendu du monde.
00:22Attendez, merci.
00:24Vous êtes macroéconomiste, Bastien, je pensais que vous nous parleriez de la Banque Centrale Européenne.
00:28Non, c'est vous-même qui choisissez de mettre en avant la dynamique des semi-conducteurs.
00:32En ce moment, vous dites que les semi-conducteurs seront bientôt le bien le plus vendu au monde.
00:37Alors, on n'y est pas encore et ça n'arrivera pas cette année.
00:41Mais d'ici quelques années, les semi-conducteurs seront le bien le plus vendu du monde.
00:48Ce qu'on peut voir, c'est qu'on a une très forte accélération des ventes de semi-conducteurs sur
00:52les derniers mois.
00:54Là, sur les derniers mois, on a un rythme de vente mondiale qui est aux alentours de 1 200 milliards
00:59de dollars par an,
01:01avec une progression qui est aux alentours de 30% de progression annuelle.
01:05Donc, c'est vraiment beaucoup.
01:07Et si on regarde ce que ça représente, c'est 1 200 milliards de ventes de semi-conducteurs dans le
01:12monde.
01:12C'est encore en dessous, par exemple, du pétrole.
01:15Alors, actuellement, le pétrole, c'est peut-être 3 000 milliards de dollars de vente par an.
01:20Les voitures, c'est aux alentours de 2 500 milliards.
01:23Mais ce sont des marchés qui ne progressent plus beaucoup,
01:26alors que le marché des semi-conducteurs, lui, il est en train de progresser extrêmement rapidement.
01:30On le redit, 1 200 milliards de ventes par an,
01:34c'est beaucoup plus que, par exemple, le cuivre où on est aux alentours de 200 milliards par an.
01:39Donc, on a vraiment quelque chose qui progresse assez vite.
01:41Ça, c'est évidemment lié au cycle d'investissement dans l'intelligence artificielle
01:46et notamment les investissements des hyperscalers,
01:49des sociétés qui ont des data centers à grande échelle.
01:52Ils investissent beaucoup de plus en plus.
01:55Et ces data centers, ils utilisent de plus en plus de puces électroniques,
01:58de semi-conducteurs, en particulier des puces mémoires.
02:02Et en fait, tout ça tire évidemment fortement les ventes de semi-conducteurs.
02:06Alors, il y a un effet volume, il y a un effet prix.
02:09L'effet volume, c'est notamment parce que les semi-conducteurs sont partout,
02:12dans les smartphones, dans les voitures, encore plus dans les voitures électriques.
02:16Et donc, les semi-conducteurs, la demande, elle augmente très, très fortement.
02:20Mais en plus de ça, sur certains segments comme les puces électroniques spécialisées dans la mémoire,
02:25il y a des pénuries et le prix augmente beaucoup.
02:28Là, on pourrait dire que certaines puces électroniques spécialisées sur la mémoire,
02:32leur prix a été multiplié par 8 en un an.
02:35Donc, c'est vraiment beaucoup.
02:37Et ça, évidemment, ça tire fortement les ventes de semi-conducteurs.
02:42Donc, on pourrait dire qu'étant donné la dynamique actuelle d'ici quelques années,
02:47alors peut-être en 2027, 2028, 2029, c'est difficile à dire,
02:51mais d'ici quelques années, les semi-conducteurs seront le bien le plus vendu sur les marchés internationaux.
02:56Après, encore une fois, la question, c'est pour combien de temps ?
02:59Est-ce qu'effectivement, tous ces achats ne sont pas liés à la hausse des prix qui fait que ça
03:03monte vite les prix,
03:04donc on se dépêche d'acheter ?
03:05Et derrière, il y aura peut-être une falaise et d'un coup, un effondrement,
03:07parce que tout le monde aura assez de stock en magasin.
03:10Donc là, évidemment, il y a l'effet volume et l'effet prix,
03:12mais il y a besoin de tellement de semi-conducteurs dans tellement de secteurs différents
03:17qu'on peut penser que finalement, il y a vraiment une dynamique qui est là pour longtemps.
03:22Et quand on voit à quel point l'IA ruisselle en ce moment sur les marchés,
03:25même Valeo aujourd'hui, on est sur un équipementier automobile,
03:27même Valeo gagne 17% à l'instant.
03:30Pourquoi ? Parce que d'après JP Morgan, Valeo, l'équipementier auto,
03:34va pouvoir fournir au data center des solutions de refroidissement.
03:38Ces solutions de refroidissement pour batterie de véhicules seront utiles aussi pour les data centers.
03:42On voit que c'est vraiment un cycle d'investissement qui irrigue de nombreux marchés
03:45qui sont très très différents et les conséquences en bourse sont très importantes.
03:49Si on regarde le S&P 500, il y a 20 ans, les semi-conducteurs, c'était 2% de
03:53l'indice.
03:54Aujourd'hui, c'est 17%.
03:55Donc, c'est vraiment un phénomène qui est extrêmement important d'un point de vue boursier.
03:59Vous êtes macroéconomiste.
04:00Quel regard vous portez macroéconomiquement sur tout ça, sur la hype de l'IA en ce moment ?
04:04Est-ce que c'est un phénomène boursier énorme ?
04:05Est-ce que macroéconomiquement, s'en date ?
04:07Les effets sont macroéconomiques.
04:10Si on regarde les 4 ou 5 principaux hyperscalers aux États-Unis,
04:14leurs investissements tournent actuellement aux alentours de 1,5% du PIB américain.
04:19Le PIB américain, c'est très gros.
04:20Quand même, c'est plus de 30 000 milliards de dollars.
04:23D'ici 2027, on sera peut-être à 3% du PIB américain.
04:27Donc là, ce qu'on voit, c'est que ce cycle d'investissement qui est sectoriel à la base,
04:32il rigue de nombreux autres secteurs, mais a des conséquences qui sont macroéconomiques.
04:36Et quand on regarde la croissance du PIB américain,
04:39il y a une part aujourd'hui qui est significative de la croissance américaine,
04:43qui provient de l'investissement, on va dire, dans la tech en général.
04:46Oui, on entend que 50% de la croissance américaine vient des investissements essentiellement dans la tech.
04:50C'est assez difficile à quantifier finement, mais c'est très significatif.
04:54Antoine ?
04:54Pour m'amuser, j'ai regardé un petit peu quel était l'objet le plus vendu au monde actuellement.
04:59Ça reste quand même la bouteille de coca.
05:01Il s'en vend 2 milliards par jour.
05:04En unité.
05:05En unité.
05:06En valeur, peut-être pas.
05:08Oui, non, en valeur, certainement pas.
05:09Mais peut-être que bientôt, ce sera la GeForce RTX,
05:12qui reste un petit peu la Air Jordan de la carte graphique par Nvidia,
05:16ou bien d'autres dispositifs qui vont devenir de plus en plus indispensables.
05:20Et ce n'est pas un produit chinois qui se vend plus à l'échelle mondiale, ni indien, c'est
05:23bien Coca-Cola.
05:24Alors, ça dépend où c'est fabriqué, mais c'est d'origine américaine.
05:28Marque américaine, exactement.
05:28Cette question d'une auditrice, ou auditeur d'ailleurs, je ne sais pas,
05:31Mila 077, elle nous a écrit sur X.
05:34La tech, je vous lis sa question, Bertien.
05:36La tech va-t-elle compenser le vieillissement démographique en augmentant la productivité mondiale
05:40et ainsi prolonger indéfiniment la croissance ?
05:43En tout cas, c'est tout l'enjeu.
05:45C'est des investissements dans l'IA, c'est d'effectuer des gains de productivité.
05:50Si les entreprises, en général, investissent dans l'IA, c'est pour pouvoir faire des gains de productivité.
05:55Pourquoi ? En fait, c'est parce qu'on a quand même, dans les pays occidentaux,
05:59une démographie qui est plutôt déclinante.
06:01Et ce qu'on peut observer, c'est qu'il y a des pénuries sur le marché du travail dans
06:05beaucoup de pays.
06:06Et effectivement, si on arrivait à avoir des gains de productivité grâce à l'IA,
06:11ça permettrait de contrebalancer la démographie qui est déclinante.
06:14Ce qu'on peut dire, ce n'est pas exactement l'IA, c'est au niveau de la robotisation,
06:18c'est qu'il y a des chercheurs qui ont déjà montré que les pays qui vieillissent le plus
06:22sont les pays qui investissent le plus dans la robotisation et dans l'automatisation.
06:27Parce que tout simplement, on ne trouve pas assez de personnes.
06:29Par exemple, en Corée du Sud ou au Japon pour travailler dans les usines.
06:32Et donc, il y a vraiment des investissements qui sont très forts faits dans la robotisation dans ces pays-là.
06:37Et c'est quelque chose qui est en train de se développer aussi beaucoup en Chine.
06:40Et voilà, je pense que c'est un phénomène qui est amené à se développer.
06:43Il y a des pays où effectivement, on ne trouve pas assez de main-d'œuvre pour les usines
06:46et puis des pays où on ne trouve pas assez d'usines pour les gens qui aimeraient bien trouver un
06:49emploi.
06:49Ben voilà, justement, les États-Unis, on aura dans quelques minutes l'indice ISM des services,
06:53des services pour le coup, qui sera publié, sera à 16h.
06:56Et puis l'enquête ADP sur l'emploi, elle a été publiée et montre quand même
06:58une sacrée résistance du marché de l'emploi aux États-Unis.
07:00Oui, on a une belle résilience avec 122 000 créations d'emplois dans le secteur privé.
07:05Ce qu'on peut, si on fait un peu la fine bouche,
07:08toujours souligner le fait qu'il y a à peu près la moitié des emplois
07:11qui sont faits dans le secteur de la santé.
07:12Et ça, c'est directement dans les centres de santé pour les seniors.
07:15On revient à la démographie, cette fois-ci, la démographie qui peut créer des emplois.
07:19Chaque mois, c'est dans la santé qu'il y a beaucoup de créations de postes.
07:21Ah oui, en tout cas, là, c'est un phénomène qui est très fort depuis maintenant deux ou trois ans.
07:25Ce qui est, quand on regarde le verre à moitié plein cette fois-ci,
07:29c'est intéressant de voir qu'on a des créations d'emplois en dehors du secteur de la santé.
07:33C'était déjà le cas en avril, c'est aussi le cas en mai.
07:36Donc, c'est peut-être un signe de la stabilisation du marché de travail américain.
07:42On a beaucoup parlé des États-Unis.
07:43Et puis, le reste du monde continue à tourner aussi.
07:45L'OCDE vient de publier sa nouvelle prévision de croissance mondiale.
07:48Mais dans un contexte de guerre, de guerre qui se poursuit, guerre larvée.
07:51Mais enfin, quand même, le conflit en Iran, le détroit d'Hormuz reste fermé.
07:54Et l'OCDE, du coup, abaisse sa prévision de croissance pour cette année dans le monde à 2,8%.
07:58Mais l'OCDE prévient, si le conflit perdure, ce ne sera pas 2,8% de croissance.
08:03Ce sera seulement 2,1% cette année et 1,8% l'an prochain, à l'échelle mondiale.
08:07Ça ferait de la récession dans un certain nombre de pays.
08:08En fait, si ce conflit dure relativement peu de temps, c'est quelque chose qui est absorbable par les économies
08:16développées.
08:17Parce que, notamment aux États-Unis, il y a pas mal d'épargne.
08:20Il y a eu des surplus d'épargne également en Europe.
08:22Donc, les ménages sont en train d'utiliser ces surplus d'épargne.
08:25Et puis, il y a des ménages qui sont assez riches aussi aux États-Unis.
08:28En revanche, si le conflit dure plusieurs trimestres, avec un prix du baril qui resterait au-dessus de 100 dollars
08:34de façon prolongée,
08:36ça viendrait ponctionner, finalement, le pouvoir d'achat des ménages.
08:40Et puis là, on verrait une dynamique de consommation qui serait encore plus affaiblie sur les trimestres à venir.
08:45Donc, très clairement, la durée du conflit est complètement clé pour l'évolution de la croissance mondiale.
08:50Heureusement, la BCE va relever ses taux la semaine prochaine et régler tout ça.
08:53Ou aggraver tout ça.
08:55La BCE va remonter ses taux la semaine prochaine.
08:57Maintenant, c'est quasiment fait.
08:59La BCE s'est tellement avancée en disant qu'ils allaient être très vigilants, etc.
09:03Donc, ils vont remonter les taux la semaine prochaine.
09:06Après, ça sera peut-être une hausse isolée.
09:09Notre point de vue, c'est que c'est une hausse de taux de précaution.
09:12Parce que, voilà, il y a l'inflation qui a accéléré.
09:16En revanche, on ne pense pas que la BCE pourra aller beaucoup plus loin.
09:20Notamment parce qu'on a un marché du travail en zone euro qui est beaucoup moins tendu que, par exemple,
09:26en 2022.
09:27En 2022, il y a eu une poussée inflationniste.
09:29Et ça correspondait au moment où les marchés du travail n'avaient pas été aussi tendus dans les pays développés,
09:34et en particulier en zone euro, depuis des décennies.
09:36Là, aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas.
09:39Si on regarde le nombre de postes ouverts en zone euro par rapport à 2022, il y en a 40
09:45% de moins.
09:46Donc, on a très clairement un marché du travail qui est moins tendu qu'à l'époque.
09:49Donc, la BCE, elle ne remontera pas ses taux dans les proportions attendues par les marchés financiers actuellement.
09:57Actuellement, on a des marchés qui attendent 3 ou 4 hausses de taux sur les 12 mois qui arrivent.
10:01À notre avis, c'est trop.
10:02Bastien Dru, il est économiste chez CEPRA.
10:04Merci beaucoup, Bastien, de nous avoir accompagnés.
10:06Peut-être dès l'an prochain, on verra, mais peut-être qu'en valeur,
10:09les semi-conducteurs seront le bien le plus vendu au monde.
10:12Rendez-vous l'année prochaine.
10:13Rendez-vous l'année prochaine, effectivement.
10:14Merci Bastien.
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