00:00Il nous rejoint, 15h44, Bastien Dru, économiste pour CPRM.
00:04Bonjour Bastien.
00:05Bonjour.
00:06Vous allez rendre votre verdict face au marché, ce moment qu'on va vivre ensemble, ce verdict que vous allez
00:09rendre.
00:10Est-ce que vous l'assumez ?
00:11Oui, tout à fait, oui.
00:12On vous écoute.
00:14En fait, les ventes, enfin les semi-conducteurs seront bientôt le bien le plus vendu du monde.
00:22Attendez, merci.
00:24Vous êtes macroéconomiste, Bastien, je pensais que vous nous parleriez de la Banque Centrale Européenne.
00:28Non, c'est vous-même qui choisissez de mettre en avant la dynamique des semi-conducteurs.
00:32En ce moment, vous dites que les semi-conducteurs seront bientôt le bien le plus vendu au monde.
00:37Alors, on n'y est pas encore et ça n'arrivera pas cette année.
00:41Mais d'ici quelques années, les semi-conducteurs seront le bien le plus vendu du monde.
00:48Ce qu'on peut voir, c'est qu'on a une très forte accélération des ventes de semi-conducteurs sur
00:52les derniers mois.
00:54Là, sur les derniers mois, on a un rythme de vente mondiale qui est aux alentours de 1 200 milliards
00:59de dollars par an,
01:01avec une progression qui est aux alentours de 30% de progression annuelle.
01:05Donc, c'est vraiment beaucoup.
01:07Et si on regarde ce que ça représente, c'est 1 200 milliards de ventes de semi-conducteurs dans le
01:12monde.
01:12C'est encore en dessous, par exemple, du pétrole.
01:15Alors, actuellement, le pétrole, c'est peut-être 3 000 milliards de dollars de vente par an.
01:20Les voitures, c'est aux alentours de 2 500 milliards.
01:23Mais ce sont des marchés qui ne progressent plus beaucoup,
01:26alors que le marché des semi-conducteurs, lui, il est en train de progresser extrêmement rapidement.
01:30On le redit, 1 200 milliards de ventes par an,
01:34c'est beaucoup plus que, par exemple, le cuivre où on est aux alentours de 200 milliards par an.
01:39Donc, on a vraiment quelque chose qui progresse assez vite.
01:41Ça, c'est évidemment lié au cycle d'investissement dans l'intelligence artificielle
01:46et notamment les investissements des hyperscalers,
01:49des sociétés qui ont des data centers à grande échelle.
01:52Ils investissent beaucoup de plus en plus.
01:55Et ces data centers, ils utilisent de plus en plus de puces électroniques,
01:58de semi-conducteurs, en particulier des puces mémoires.
02:02Et en fait, tout ça tire évidemment fortement les ventes de semi-conducteurs.
02:06Alors, il y a un effet volume, il y a un effet prix.
02:09L'effet volume, c'est notamment parce que les semi-conducteurs sont partout,
02:12dans les smartphones, dans les voitures, encore plus dans les voitures électriques.
02:16Et donc, les semi-conducteurs, la demande, elle augmente très, très fortement.
02:20Mais en plus de ça, sur certains segments comme les puces électroniques spécialisées dans la mémoire,
02:25il y a des pénuries et le prix augmente beaucoup.
02:28Là, on pourrait dire que certaines puces électroniques spécialisées sur la mémoire,
02:32leur prix a été multiplié par 8 en un an.
02:35Donc, c'est vraiment beaucoup.
02:37Et ça, évidemment, ça tire fortement les ventes de semi-conducteurs.
02:42Donc, on pourrait dire qu'étant donné la dynamique actuelle d'ici quelques années,
02:47alors peut-être en 2027, 2028, 2029, c'est difficile à dire,
02:51mais d'ici quelques années, les semi-conducteurs seront le bien le plus vendu sur les marchés internationaux.
02:56Après, encore une fois, la question, c'est pour combien de temps ?
02:59Est-ce qu'effectivement, tous ces achats ne sont pas liés à la hausse des prix qui fait que ça
03:03monte vite les prix,
03:04donc on se dépêche d'acheter ?
03:05Et derrière, il y aura peut-être une falaise et d'un coup, un effondrement,
03:07parce que tout le monde aura assez de stock en magasin.
03:10Donc là, évidemment, il y a l'effet volume et l'effet prix,
03:12mais il y a besoin de tellement de semi-conducteurs dans tellement de secteurs différents
03:17qu'on peut penser que finalement, il y a vraiment une dynamique qui est là pour longtemps.
03:22Et quand on voit à quel point l'IA ruisselle en ce moment sur les marchés,
03:25même Valeo aujourd'hui, on est sur un équipementier automobile,
03:27même Valeo gagne 17% à l'instant.
03:30Pourquoi ? Parce que d'après JP Morgan, Valeo, l'équipementier auto,
03:34va pouvoir fournir au data center des solutions de refroidissement.
03:38Ces solutions de refroidissement pour batterie de véhicules seront utiles aussi pour les data centers.
03:42On voit que c'est vraiment un cycle d'investissement qui irrigue de nombreux marchés
03:45qui sont très très différents et les conséquences en bourse sont très importantes.
03:49Si on regarde le S&P 500, il y a 20 ans, les semi-conducteurs, c'était 2% de
03:53l'indice.
03:54Aujourd'hui, c'est 17%.
03:55Donc, c'est vraiment un phénomène qui est extrêmement important d'un point de vue boursier.
03:59Vous êtes macroéconomiste.
04:00Quel regard vous portez macroéconomiquement sur tout ça, sur la hype de l'IA en ce moment ?
04:04Est-ce que c'est un phénomène boursier énorme ?
04:05Est-ce que macroéconomiquement, s'en date ?
04:07Les effets sont macroéconomiques.
04:10Si on regarde les 4 ou 5 principaux hyperscalers aux États-Unis,
04:14leurs investissements tournent actuellement aux alentours de 1,5% du PIB américain.
04:19Le PIB américain, c'est très gros.
04:20Quand même, c'est plus de 30 000 milliards de dollars.
04:23D'ici 2027, on sera peut-être à 3% du PIB américain.
04:27Donc là, ce qu'on voit, c'est que ce cycle d'investissement qui est sectoriel à la base,
04:32il rigue de nombreux autres secteurs, mais a des conséquences qui sont macroéconomiques.
04:36Et quand on regarde la croissance du PIB américain,
04:39il y a une part aujourd'hui qui est significative de la croissance américaine,
04:43qui provient de l'investissement, on va dire, dans la tech en général.
04:46Oui, on entend que 50% de la croissance américaine vient des investissements essentiellement dans la tech.
04:50C'est assez difficile à quantifier finement, mais c'est très significatif.
04:54Antoine ?
04:54Pour m'amuser, j'ai regardé un petit peu quel était l'objet le plus vendu au monde actuellement.
04:59Ça reste quand même la bouteille de coca.
05:01Il s'en vend 2 milliards par jour.
05:04En unité.
05:05En unité.
05:06En valeur, peut-être pas.
05:08Oui, non, en valeur, certainement pas.
05:09Mais peut-être que bientôt, ce sera la GeForce RTX,
05:12qui reste un petit peu la Air Jordan de la carte graphique par Nvidia,
05:16ou bien d'autres dispositifs qui vont devenir de plus en plus indispensables.
05:20Et ce n'est pas un produit chinois qui se vend plus à l'échelle mondiale, ni indien, c'est
05:23bien Coca-Cola.
05:24Alors, ça dépend où c'est fabriqué, mais c'est d'origine américaine.
05:28Marque américaine, exactement.
05:28Cette question d'une auditrice, ou auditeur d'ailleurs, je ne sais pas,
05:31Mila 077, elle nous a écrit sur X.
05:34La tech, je vous lis sa question, Bertien.
05:36La tech va-t-elle compenser le vieillissement démographique en augmentant la productivité mondiale
05:40et ainsi prolonger indéfiniment la croissance ?
05:43En tout cas, c'est tout l'enjeu.
05:45C'est des investissements dans l'IA, c'est d'effectuer des gains de productivité.
05:50Si les entreprises, en général, investissent dans l'IA, c'est pour pouvoir faire des gains de productivité.
05:55Pourquoi ? En fait, c'est parce qu'on a quand même, dans les pays occidentaux,
05:59une démographie qui est plutôt déclinante.
06:01Et ce qu'on peut observer, c'est qu'il y a des pénuries sur le marché du travail dans
06:05beaucoup de pays.
06:06Et effectivement, si on arrivait à avoir des gains de productivité grâce à l'IA,
06:11ça permettrait de contrebalancer la démographie qui est déclinante.
06:14Ce qu'on peut dire, ce n'est pas exactement l'IA, c'est au niveau de la robotisation,
06:18c'est qu'il y a des chercheurs qui ont déjà montré que les pays qui vieillissent le plus
06:22sont les pays qui investissent le plus dans la robotisation et dans l'automatisation.
06:27Parce que tout simplement, on ne trouve pas assez de personnes.
06:29Par exemple, en Corée du Sud ou au Japon pour travailler dans les usines.
06:32Et donc, il y a vraiment des investissements qui sont très forts faits dans la robotisation dans ces pays-là.
06:37Et c'est quelque chose qui est en train de se développer aussi beaucoup en Chine.
06:40Et voilà, je pense que c'est un phénomène qui est amené à se développer.
06:43Il y a des pays où effectivement, on ne trouve pas assez de main-d'œuvre pour les usines
06:46et puis des pays où on ne trouve pas assez d'usines pour les gens qui aimeraient bien trouver un
06:49emploi.
06:49Ben voilà, justement, les États-Unis, on aura dans quelques minutes l'indice ISM des services,
06:53des services pour le coup, qui sera publié, sera à 16h.
06:56Et puis l'enquête ADP sur l'emploi, elle a été publiée et montre quand même
06:58une sacrée résistance du marché de l'emploi aux États-Unis.
07:00Oui, on a une belle résilience avec 122 000 créations d'emplois dans le secteur privé.
07:05Ce qu'on peut, si on fait un peu la fine bouche,
07:08toujours souligner le fait qu'il y a à peu près la moitié des emplois
07:11qui sont faits dans le secteur de la santé.
07:12Et ça, c'est directement dans les centres de santé pour les seniors.
07:15On revient à la démographie, cette fois-ci, la démographie qui peut créer des emplois.
07:19Chaque mois, c'est dans la santé qu'il y a beaucoup de créations de postes.
07:21Ah oui, en tout cas, là, c'est un phénomène qui est très fort depuis maintenant deux ou trois ans.
07:25Ce qui est, quand on regarde le verre à moitié plein cette fois-ci,
07:29c'est intéressant de voir qu'on a des créations d'emplois en dehors du secteur de la santé.
07:33C'était déjà le cas en avril, c'est aussi le cas en mai.
07:36Donc, c'est peut-être un signe de la stabilisation du marché de travail américain.
07:42On a beaucoup parlé des États-Unis.
07:43Et puis, le reste du monde continue à tourner aussi.
07:45L'OCDE vient de publier sa nouvelle prévision de croissance mondiale.
07:48Mais dans un contexte de guerre, de guerre qui se poursuit, guerre larvée.
07:51Mais enfin, quand même, le conflit en Iran, le détroit d'Hormuz reste fermé.
07:54Et l'OCDE, du coup, abaisse sa prévision de croissance pour cette année dans le monde à 2,8%.
07:58Mais l'OCDE prévient, si le conflit perdure, ce ne sera pas 2,8% de croissance.
08:03Ce sera seulement 2,1% cette année et 1,8% l'an prochain, à l'échelle mondiale.
08:07Ça ferait de la récession dans un certain nombre de pays.
08:08En fait, si ce conflit dure relativement peu de temps, c'est quelque chose qui est absorbable par les économies
08:16développées.
08:17Parce que, notamment aux États-Unis, il y a pas mal d'épargne.
08:20Il y a eu des surplus d'épargne également en Europe.
08:22Donc, les ménages sont en train d'utiliser ces surplus d'épargne.
08:25Et puis, il y a des ménages qui sont assez riches aussi aux États-Unis.
08:28En revanche, si le conflit dure plusieurs trimestres, avec un prix du baril qui resterait au-dessus de 100 dollars
08:34de façon prolongée,
08:36ça viendrait ponctionner, finalement, le pouvoir d'achat des ménages.
08:40Et puis là, on verrait une dynamique de consommation qui serait encore plus affaiblie sur les trimestres à venir.
08:45Donc, très clairement, la durée du conflit est complètement clé pour l'évolution de la croissance mondiale.
08:50Heureusement, la BCE va relever ses taux la semaine prochaine et régler tout ça.
08:53Ou aggraver tout ça.
08:55La BCE va remonter ses taux la semaine prochaine.
08:57Maintenant, c'est quasiment fait.
08:59La BCE s'est tellement avancée en disant qu'ils allaient être très vigilants, etc.
09:03Donc, ils vont remonter les taux la semaine prochaine.
09:06Après, ça sera peut-être une hausse isolée.
09:09Notre point de vue, c'est que c'est une hausse de taux de précaution.
09:12Parce que, voilà, il y a l'inflation qui a accéléré.
09:16En revanche, on ne pense pas que la BCE pourra aller beaucoup plus loin.
09:20Notamment parce qu'on a un marché du travail en zone euro qui est beaucoup moins tendu que, par exemple,
09:26en 2022.
09:27En 2022, il y a eu une poussée inflationniste.
09:29Et ça correspondait au moment où les marchés du travail n'avaient pas été aussi tendus dans les pays développés,
09:34et en particulier en zone euro, depuis des décennies.
09:36Là, aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas.
09:39Si on regarde le nombre de postes ouverts en zone euro par rapport à 2022, il y en a 40
09:45% de moins.
09:46Donc, on a très clairement un marché du travail qui est moins tendu qu'à l'époque.
09:49Donc, la BCE, elle ne remontera pas ses taux dans les proportions attendues par les marchés financiers actuellement.
09:57Actuellement, on a des marchés qui attendent 3 ou 4 hausses de taux sur les 12 mois qui arrivent.
10:01À notre avis, c'est trop.
10:02Bastien Dru, il est économiste chez CEPRA.
10:04Merci beaucoup, Bastien, de nous avoir accompagnés.
10:06Peut-être dès l'an prochain, on verra, mais peut-être qu'en valeur,
10:09les semi-conducteurs seront le bien le plus vendu au monde.
10:12Rendez-vous l'année prochaine.
10:13Rendez-vous l'année prochaine, effectivement.
10:14Merci Bastien.
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