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Samedi 30 mai 2026, retrouvez Florence Parly (Présidente du Conseil d’administration, Groupe Air France-KLM) dans SMART WOMEN, une émission présentée par Marie-Claire Capobianco.
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00:00– Bonjour Florence Parly. – Bonjour Marie-Claire.
00:07– Merci d'avoir accepté mon invitation, très heureuse de vous recevoir.
00:10Alors Florence, inutile de vous présenter, vous êtes quand même très connue,
00:14ne serait-ce que pour avoir été pendant 5 ans ministre des Armées
00:20sous le premier gouvernement d'Emmanuel Macron.
00:23Mais pour faire court et simple, disons que vous avez démarré,
00:28après l'ENA, vous avez démarré par en gros cabinet, puis engagement politique élargi
00:34pendant environ une vingtaine d'années si je ne me trompe pas,
00:37qu'ensuite vous avez embrassé le monde de l'entreprise en rejoignant successivement
00:44Air France et la SNCF dans des fonctions exécutives, puis ministre des Armées,
00:51puis donc aujourd'hui présidente d'Air France et par ailleurs de nombreux mandats
00:57d'administration par ailleurs.
00:59Alors, vous avez une position tout à fait privilégiée, avec un spectre finalement
01:03d'observation sur la position des femmes dans les sphères de pouvoir,
01:06qui est assez significatif.
01:09Donc ma première question, très simplement, est inspirée un peu de l'actualité récente.
01:14Quand il y a eu la rencontre entre les dirigeants Trump et Xi Jinping,
01:18dans la délégation américaine, il y avait quand même quelques femmes,
01:20et pourtant, et pourtant, quand il y a eu des discussions les plus importantes
01:24autour de la table, il n'y avait plus que des hommes.
01:26Qu'en pensez-vous ?
01:28C'était un formidable retour en arrière.
01:30Ça ressemble à la période où moi j'ai commencé ma vie professionnelle.
01:35Alors j'avais fait le choix de l'État, et lorsque j'ai démarré, c'était normal.
01:42Enfin, on ne se formalisait même pas du fait d'être dans des réunions
01:47où l'on était seule femme.
01:49Donc oui, c'est un retour en arrière, et c'est grave,
01:52parce que la place des femmes dans la société,
01:57qu'il s'agisse des entreprises ou qu'il s'agisse des administrations,
02:01elle a été conquise.
02:03Elle n'est pas tombée toute seule.
02:05Donc ce sont des décennies, si je puis dire,
02:08je n'ose pas dire de combat, parce que c'est un vocabulaire un peu militaire,
02:13mais enfin, ce sont quand même des décennies pendant lesquelles
02:16il a fallu conquérir petit à petit ces positions.
02:19Et je voudrais juste faire un deuxième rappel,
02:22c'est que lorsque j'ai commencé dans l'administration il y a déjà un certain temps,
02:27il y avait quelques femmes qui exerçaient des responsabilités visibles, éminentes.
02:33Mais elles avaient en commun, à peu près toutes,
02:37d'avoir renoncé à avoir des enfants.
02:40Et donc, ce dilemme-là, c'est celui contre lequel, je crois,
02:44nous nous sommes toutes battues.
02:46Oui, alors justement, et vous faites finalement,
02:50en parlant de l'administration,
02:52justement, ça m'amène à la deuxième question,
02:54qui est, finalement, comment vous comparez la situation des femmes
02:58entre, toujours dans la sphère du pouvoir,
03:00puisque c'est vraiment le sujet,
03:02entre le monde public-politique et le monde de l'entreprise ?
03:06Et si différentes il y a, qu'elles sont-elles, finalement ?
03:09Alors, à l'époque, les différences étaient quand même réelles.
03:13La première tenait au fait que, quand même,
03:15dans la fonction publique, les rémunérations sont égales.
03:18C'est une grille qui s'applique.
03:20Bon, donc, l'écart de rémunération était beaucoup plus faible
03:25qu'il ne l'était sans doute dans les entreprises.
03:27La deuxième différence tenait, me semble-t-il,
03:30à la manière dont on traitait, dans l'administration,
03:33les absences pour maternité.
03:36Ces absences-là ne se traduisaient pas, en général,
03:40par une forme de rétrogradation dans l'évolution des carrières.
03:43Et puis, surtout, d'une façon beaucoup plus pratique,
03:47quand on revenait au bureau, on avait toujours un bureau.
03:50On n'avait pas un petit carton qui était...
03:52À l'époque, il y avait des bureaux, d'ailleurs.
03:53Voilà, il y avait des bureaux.
03:54On avait donc son bureau et on n'avait pas son petit carton
03:56qui avait été placé dans un placard.
03:59Et donc, ça, je pense que c'était quand même
04:00une différence considérable.
04:02Alors, ce qui s'est passé, c'est aussi le fait que,
04:05lorsque la question des quotas a émergé dans le débat public,
04:09donc réforme constitutionnelle en 1999,
04:13cette réforme, elle s'est d'abord appliquée à la sphère publique
04:16puisqu'il s'agissait de l'égal accès des hommes et des femmes
04:19aux fonctions électives.
04:21Donc, on était vraiment sur des sujets publics.
04:23Et ça a été le début, si je puis dire,
04:26d'un processus par lequel, petit à petit,
04:29jusqu'au monde de l'entreprise,
04:30cette problématique de la place des femmes
04:33dans les sphères de pouvoir a été posée.
04:36Alors, au départ, il faut quand même se souvenir
04:38des polémiques qui avaient eu lieu
04:41parce qu'il y avait celles qui considéraient
04:44que c'était une forme d'atteinte à l'universalisme
04:48qui était attentatoire, si je puis dire,
04:52à la dignité des femmes
04:53puisqu'on se singularisait par notre genre
04:56et puis celles qui pensaient que c'était le seul moyen
04:59de gagner du temps.
05:00Et je pense que ce sont les dernières qui avaient raison
05:02parce qu'on n'aurait jamais fait ce chemin.
05:07Finalement, en l'espace de 20 ans,
05:08il aurait fallu sans doute 100 ans.
05:10Et donc, ce qui a été très, très visible,
05:12c'est cette loi Copé-Zimmermann
05:14qui s'applique aux entreprises,
05:16pour les conseils d'administration
05:17et puis maintenant, on l'espère,
05:19pour les fonctions exécutives avec la loi RICSA.
05:22Donc, quand je parlais de combat,
05:25en fait, ce sont des combats
05:26qui ont dû être menés,
05:28qui ont nécessité beaucoup d'énergie,
05:32pas seulement d'ailleurs de la part des femmes,
05:34mais aussi de la part des hommes.
05:36Je peux en témoigner
05:37puisque cette réforme constitutionnelle de 1999,
05:40c'est Lionel Jospin qui l'a poussée
05:43et c'était vraiment quelque chose
05:45qu'il portait depuis très longtemps.
05:48Donc, pour réussir, il faut les deux.
05:50Il faut des femmes qui se battent
05:51et il faut aussi des hommes
05:52qui accompagnent ce mouvement.
05:54Mais alors, justement,
05:56comme cette prise de conscience
05:58largement partagée remonte à quelques années,
06:00vous le disiez,
06:01il y a eu beaucoup d'initiatives depuis,
06:03il y a eu les lois, etc.
06:05Pourquoi, d'après vous,
06:06et après on parlera des leviers d'amélioration,
06:09mais pourquoi on en est toujours là ?
06:10Parce que malgré tout,
06:11ça a beaucoup progressé,
06:12mais on n'est pas encore du tout
06:13à la juste place en question.
06:16Alors, je pense que nous, les femmes,
06:18nous avons aussi un peu à balayer
06:20devant notre porte,
06:21au sens où nous avons parfois
06:22des comportements
06:24qui, peut-être fossiles sans féliciter.
06:26D'ailleurs, ne sont pas tout à fait
06:28ceux des hommes
06:30et, au fond,
06:31nous considérons que
06:33si nous n'avons pas la certitude
06:34d'être 100% compétentes
06:37pour occuper un poste,
06:38eh bien, peut-être qu'il faut s'interroger
06:40sur la question de savoir
06:41s'il n'y aurait pas quelqu'un de mieux placé,
06:43par exemple,
06:44pour l'occuper.
06:46C'est quelque chose
06:47qui, sans vouloir faire des généralités
06:49qui seraient trompeuses,
06:51ne se rencontre pas
06:53dans les mêmes proportions
06:54chez les hommes.
06:54Les hommes sont toujours
06:55assez convaincus
06:56que, même s'ils n'ont pas forcément
06:58toujours démontré cette compétence,
07:00après tout,
07:00on peut bien prendre le risque,
07:02on verra bien,
07:02peut-être que ça va marcher.
07:04Et d'ailleurs,
07:04leurs employeurs réagissent
07:06de la même façon.
07:07C'est d'ailleurs ce qui m'avait frappé le plus
07:09lorsque j'ai participé
07:11pour la première fois
07:12à un comité exécutif.
07:12J'étais seule pendant 4 ans,
07:14seule femme au comité exécutif
07:15d'Air France.
07:17Et donc,
07:18les People Review
07:18étaient toujours un grand moment
07:20parce que,
07:21lorsqu'il s'agissait d'un monsieur,
07:23on était capable
07:24de parler de prise de risque,
07:26assumée.
07:27Et lorsqu'on parlait d'une dame,
07:29eh bien,
07:29il fallait absolument
07:30qu'elle ait une compétence démontrée.
07:33Et donc,
07:34il y a ce biais,
07:36bien sûr,
07:37chez les hommes,
07:37mais il y a aussi
07:38le comportement
07:39que nous,
07:40nous avons
07:40ou peut-être
07:42une insuffisante confiance en soi,
07:46comme on dit vulgairement,
07:47on fait un peu la fille,
07:48mais qui ne nous aide pas non plus.
07:51Donc,
07:51je crois que ces comportements-là
07:53changent,
07:54que les jeunes générations
07:56sont sans doute
07:57beaucoup plus
07:58affirmatives
07:59que nous n'avons pu l'être,
08:01nous.
08:01Et je pense que c'est une bonne chose
08:02parce que dans le monde
08:04dans lequel nous sommes
08:05et compte tenu des reculs
08:07que vous mentionniez
08:08tout à l'heure,
08:09eh bien,
08:10il faut redoubler
08:11d'ardeur
08:12pour pouvoir défendre,
08:13ne serait-ce que défendre,
08:14les positions.
08:15Absolument.
08:16Mais alors justement,
08:18vous avez parlé
08:19de tout ce qui avait été fait,
08:21vous avez parlé des quotas,
08:22des polémiques,
08:22etc.
08:22et on est bien d'accord
08:23pour dire que
08:24c'est ce qui a permis
08:26finalement d'accélérer.
08:28Qu'est-ce que vous voyez
08:29comme autre levier
08:31d'accélération ?
08:32Parce que là,
08:33c'est trop lent,
08:33de toute façon,
08:34même si c'est bien,
08:34c'est trop lent.
08:35Qu'est-ce qu'on peut avoir ?
08:36On termine là-dessus
08:36sur les leviers d'accélération.
08:38Alors, moi,
08:38je suis convaincue,
08:39si vous voulez,
08:39que l'éducation
08:40que nous transmettons
08:43à nos enfants
08:44d'une façon générale
08:45est vraiment
08:45le premier des leviers
08:46et l'éducation,
08:48c'est aussi les représentations.
08:49Elles se nourrissent
08:50des représentations.
08:51Donc,
08:52ce n'est pas que ce soit
08:53un sujet uniquement
08:55lié à l'école.
08:56Ce n'est pas un sujet
08:57uniquement lié
08:58à la façon dont les choses
08:59se passent dans l'entreprise.
09:01Ça se passe d'abord
09:01à la maison.
09:02Ça se passe dans la façon
09:04dont nous éduquons
09:06nos filles et nos garçons.
09:07Et il n'y a pas
09:09de raison aujourd'hui,
09:10il ne devrait pas y avoir
09:11de raison aujourd'hui
09:12d'avoir de jeunes hommes
09:14qui continuent
09:15à véhiculer
09:17les images
09:18extrêmement négatives
09:20et humiliantes
09:22qu'on peut trouver
09:23concernant les femmes.
09:25Donc,
09:25c'est bien qu'il y a eu
09:26quelque part
09:27un problème d'éducation.
09:29Donc,
09:29si nous voulons
09:30éviter
09:31cette reproduction
09:32de schémas,
09:34il faut vraiment
09:35que les pères
09:36et les mères
09:37veillent
09:38à ce que
09:39leurs filles
09:41soient en capacité
09:42de se défendre
09:43et que leurs garçons
09:44ne soient pas
09:45des,
09:45comment dire,
09:47des ennemis
09:47de la cause
09:48des femmes.
09:49ça me paraît
09:49très important.
09:50Et puis,
09:50bien sûr,
09:51le deuxième levier,
09:52c'est de ne pas
09:54considérer
09:56que les positions
09:57acquises
09:58le sont
09:58de façon éternelle
10:00et que donc,
10:01il faut poursuivre
10:02sans cesse
10:03ce combat.
10:04Ma grand-mère
10:04avait une très jolie expression,
10:06elle me disait
10:06« Ma petite fille,
10:08dans ces domaines-là,
10:09quand on n'avance pas,
10:10on recule. »
10:11Eh oui.
10:12Le bon sens
10:13des grands-mères.
10:14En tout cas,
10:14c'est bien
10:15le mot de la fin.
10:16D'ailleurs,
10:16c'est le bandeau
10:17que l'on a affiché,
10:18c'est ne rien lâcher.
10:21Voilà,
10:21ne rien lâcher.
10:22On continue.
10:23Merci beaucoup,
10:24Florence Parly,
10:24pour ce témoignage
10:26et ce partage.
10:27Merci bien.
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