00:01Et notre invité avec nous ce matin à 8h36, vous l'avez dit, sur BFM Business, sur AMC Live
00:06depuis Cap PME, l'événement où on essaie de faire remonter les solutions des entrepreneurs
00:11notamment en vue de la campagne présidentielle.
00:13On est avec Guillaume Gibault dont j'écorche le nom, ça doit faire 15 ans Guillaume que j'écorche votre
00:17nom, je continue.
00:18Écoutez, on garde cette habitude, ça me va, je continue à venir avec plaisir.
00:21Là c'est bon, Guillaume Gibault, président fondateur du Slip français.
00:23On était quelques instants avec Cédric Meston et avec une patronne dans la plasturgie.
00:27On parlait du découragement des entrepreneurs.
00:29Vous qui avez fait pivoter votre boîte, qui avez changé le modèle économique, il y a des moments où vous
00:34êtes découragé ou pas ?
00:35Alors oui, bien sûr, mais je crois que c'est ce qu'on a le plus cher dans notre économie.
00:39Le courage d'entrepreneur, c'est ça, c'est la seule chose qui fait tenir les boîtes et des équipes
00:43avec, bien sûr.
00:44Mais c'est sûr qu'en tant d'entrepreneurs, notre métier c'est de gérer des merdes toute la journée,
00:47des imprévus,
00:48des nouvelles économiques qui démarrent le matin et puis voilà, il faut s'adapter.
00:51Mais je crois qu'effectivement, mon grand sujet c'est de se dire la compétitivité, ça passe par les usines,
00:57par le travail.
00:57C'est avant tout une bataille morale, de se dire en fait c'est possible, on peut le faire, on
01:00va y arriver.
01:01Si on part perdant, c'est sûr, on n'a aucune chance d'y arriver.
01:03Donc nos entrepreneurs, le courage il est là, c'est sûr.
01:06Il y a des moments où on est découragé, c'est normal comme tout le monde.
01:08Mais en fait, on a envie d'y aller, on a envie de se battre pour nos entreprises, pour nos
01:11équipes.
01:11Et ça, je pense que ça ne bougera jamais.
01:13Donc c'est là, maintenant il faut le transformer.
01:15Alors vous, votre bataille morale, elle a eu beaucoup d'embûches, parce que quand on est sur le textile, en
01:19plus, on se rajoute une petite couche d'en mer.
01:22Et sur le slip encore bien.
01:22Comme vous dites, et sur le slip, je ne vous dis pas.
01:24Évidemment, vous êtes toujours très fort en jeu de mots.
01:27Sur la question du positionnement d'une made in France, vous, vous croyez toujours qu'on peut avoir un made
01:33in France qui n'est pas haut de gamme,
01:35qui peut être mass market.
01:37Là, sur votre bilan, sur votre positionnement, vous en êtes où ?
01:40L'idée, c'est de faire un produit qui est haut de gamme dans la qualité, parce qu'on fabrique
01:44en France.
01:44C'est essentiel de faire un produit qualité qui va durer dans le temps, qui crée de l'emploi, qui
01:47fait moins de carbone,
01:47mais par contre, d'être accessible en prix.
01:49Le made in France, tous les Français ont compris que c'est plus d'emplois, moins de CO2, plus de
01:52l'un social.
01:53C'est un des rares sujets politiques sur lequel, d'ailleurs, tout le monde est d'accord.
01:56C'est rare.
01:56Donc, fabriquer en France, tout le monde est d'accord.
01:58Maintenant, comment on fait ça dans un prix compétitif et un sous-vêtement ?
02:01Ça ne peut plus valoir comme 40 euros, comme on le faisait au début.
02:03Aujourd'hui, on a réussi en trouvant la solution à l'usine, en investissement dans des machines automates.
02:08Aujourd'hui, nos usines, bonne nouvelle et fierté à Aubervilliers.
02:11On a 76 personnes.
02:12On fabrique 4500 slips par jour et 1500 t-shirts à peu près.
02:15Donc, on a vraiment industrialisé la production.
02:18On a automatisé.
02:19On a des équipes super compétentes.
02:21On met beaucoup moins de temps.
02:22On a des machines automates qui font plusieurs opérations en une, qui augmentent la qualité,
02:26qui vont réduire le temps de fabrication et donc le prix de confection.
02:29Et on arrive à quoi ? 20 euros ?
02:31Et on arrive autour de 20 euros le sous-vêtement.
02:33Et l'idée, c'est de continuer avec les volumes, avec le produit plus accessible.
02:36Les clients nous font confiance.
02:38On a trouvé 200 000 nouveaux clients depuis qu'on a changé de modèle.
02:41C'est colossal.
02:42On a fait 16% de croissance en 2025.
02:44On a réussi à prouver une vraie rentabilité économique.
02:46Donc, on est au début d'une nouvelle histoire pour nous.
02:48Et on pense, et moi, c'est ce que je parle depuis 15 ans,
02:50le sous-vêtement, c'est un symbole.
02:52On est très fiers de vendre des slips.
02:54C'est un produit éminemment important le matin.
02:56Mais l'idée, c'est de se dire que c'est l'essence, c'est l'exemple parfait.
02:59C'est un produit, a priori, anodin, du quotidien.
03:02On peut le faire dans tous les métiers.
03:03Par contre, c'est ce que je disais, ça suppose d'avoir le parti pris moral au début,
03:07de se dire, mais en fait, la bataille, elle n'est pas perdue.
03:10La deep tech, l'IA, c'est super.
03:12Mais en fait, l'industrie manufacturière de fabrication de produits du quotidien,
03:16c'est un enjeu national de production.
03:18Ça crée de l'emploi, ça crée des emplois induits, ça fait de la vitalité dans le territoire.
03:22Donc, c'est ça qu'on porte et quoi de mieux que le slip pour montrer que c'est possible.
03:24Vous avez changé la distribution, le canal de distribution.
03:27Vous allez réouvrir des boutiques.
03:29Ce n'est plus comme ça que ça marche ?
03:31Aujourd'hui, on avait ouvert 20 boutiques, ce qui a fait connaître l'entreprise
03:34dans une logique un peu plus mode avec un produit un peu plus cher
03:37parce qu'on était contraint par l'entreprise.
03:38À des endroits chers ?
03:39À des endroits avec des loyers chers ?
03:40À des endroits premium.
03:41Moi, je n'ai jamais voulu le vendre très cher, le produit, 40 euros.
03:44Je le vendais très cher parce que je l'achetais très cher.
03:47Et finalement, moi-même, je dis qu'il ne faut pas perdre la bataille morale,
03:49mais en fait, comme je ne connaissais pas l'usine,
03:51pendant 12 ans, j'ai acheté le prix qu'on me donnait.
03:54Sauf qu'aujourd'hui, avec les équipes...
03:55Vous êtes devenu un industriel.
03:56On est devenu industriel grâce à l'arrivée de Léa en direction exécutive à mes côtés,
03:59qui est industriel de métier.
04:00Elle a fait 20 ans dans toutes les usines du monde.
04:02Elle a dit, mais en fait, à quel moment, on ne fait pas la même chose ailleurs
04:05que ce qu'on fait ailleurs dans le monde ?
04:07Faisons en France les mêmes machines automatiques, les mêmes process,
04:09l'industrialisation.
04:10Et encore une fois, c'est valable dans le sous-vêtement textile,
04:12mais c'est valable dans tous les métiers.
04:13Et vraiment, je pense que...
04:15Et nous, ce serait le message politique qu'on voudrait porter.
04:17En fait, on le voit bien, les financements, l'accompagnement
04:21sont souvent fléchés vers des innovations de rupture,
04:23la deep tech, les batteries.
04:24Super, il faut le faire.
04:25Mais l'industrie manufacturière, qui peut paraître un peu has-been parfois,
04:29en fait, elle crée de l'emploi, elle enracine les boîtes dans les territoires
04:33et elle peut être compétitive pour notre marché intérieur.
04:35Et je pense que ça, on l'a totalement oublié.
04:36Et c'est quoi le verrou, pour vous, qu'il faut faire sauter avec un sujet
04:39peut-être qu'il faut porter pendant la campagne ?
04:41C'est le coût du travail ? C'est quoi ?
04:42Nous, on aime bien l'idée de la valeur ajoutée d'une entreprise.
04:45Donc, dans le plan comptable, la valeur ajoutée, c'est ce que l'entreprise génère
04:48et ce qui reste vraiment sur le territoire.
04:50Et il peut y avoir des entreprises qui font beaucoup de chiffres d'affaires,
04:52beaucoup de rentabilité, mais très peu de valeur ajoutée
04:54parce qu'elles ne produisent rien en France.
04:56Et finalement, pour nous, on le voit, tous les politiques appellent de leur vœu
04:59la réindustrialisation.
05:00En fait, faisons-le vraiment.
05:01Et nous, on le voit, les financements ne sont pas fléchés
05:03vers les industries manufacturières.
05:04C'est un peu un gros mot, alors qu'en fait, c'est comme ça qu'on crée de l
05:08'emploi,
05:08c'est comme ça qu'on crée de la valeur ajoutée, de la valeur locale.
05:10J'ai visité l'usine Renault qui fabrique de la R5.
05:13Ils fabriquent entre 600 et 900 R5 par jour.
05:16On est capable de fabriquer une voiture full électrique en France, à Douai.
05:19Et voilà, je crois qu'on a besoin d'exemples qui montrent que c'est possible
05:21et on arrête de commencer nous-mêmes de se mettre des coups de fouet dans le dos
05:23en disant que ça ne va jamais marcher.
05:24Quand vous parlez au reste de l'industrie textile,
05:27on vous prend toujours pour un illuminé
05:29ou vous commencez à faire campagne à des gens qui vous suivent ?
05:33L'avantage, c'est que les bons résultats et la rentabilité mettent tout le monde d'accord.
05:36Mais oui, depuis 15 ans, on est un peu l'électron libre
05:39et quelque part, c'est une liberté qui est très française.
05:41Mais non, l'idée, c'est de jouer collectif.
05:43On travaille toujours avec 30 ateliers partenaires partout en France.
05:46Et finalement, il y a une seule chose qui met tout le monde d'accord,
05:48c'est les volumes et le travail.
05:50Quand une usine a un carnet de commandes qui est rempli
05:52parce que les clients, monsieur, madame, tout le monde,
05:54qui ont bien compris, et nous, je vous l'avais dit,
05:56c'est les Français qui nous ont sauvé les fesses,
05:58quand les Français nous commandent plein de slips,
05:59ça met l'usine sous tension et ça fait des bons prix de compétitivité.
06:02Et donc, un cercle vertueux.
06:05Je pense que l'idée, c'est que si les Français
06:07ne se commandent pas dans les boîtes françaises,
06:09ça mettra tout le monde d'accord et on ne se posera plus de questions
06:10parce qu'on aura tellement de boulot et tant mieux
06:12qu'on n'aura plus le temps de se poser des questions.
06:13Merci beaucoup, Guillaume Gimaud,
06:14d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
06:16Merci.
Commentaires