00:008h23, retour de la matinale de l'économie. Notre invité c'est Guillaume Rostand.
00:04Bonjour, vous êtes le président de French Tech Barcelona, directeur marketing de Lilligo.
00:08Quand on habite à Barcelone aujourd'hui, est-ce qu'on reçoit beaucoup de coups de fil d'entrepreneurs français ?
00:14On en reçoit beaucoup et surtout, il y a depuis deux ans, ça a été multiplié par deux
00:18et c'est une tendance qui va en s'accélérant.
00:20Alors ils vous disent quoi ?
00:22En résumé, je dirais qu'ils disent que le deal en France n'est plus bon.
00:26Alors le deal c'est qu'en fait on accepte de travailler contre de l'impôt,
00:30qu'on a des perspectives et qu'on accepte un certain niveau de contraintes.
00:33Et aujourd'hui, ils disent en fait non, je préfère partir ailleurs.
00:37Mais pas forcément dans un paradis fiscal, ce qui est intéressant avec Barcelone,
00:40c'est que l'Espagne n'est pas un paradis fiscal, mais ils disent en fait le deal n'est plus bon.
00:43Donc je cherche un endroit où il y a un meilleur équilibre, vie pro, vie perso.
00:46Et puis dans la vie pro, en fait, ce que je vais pouvoir faire comme initiative
00:49et ce que je vais devoir contribuer.
00:51Mais c'est que c'est bien plus large que la question des impôts.
00:53Donc ce n'est pas une question de calcul fiscal vraiment brut,
00:56c'est une question de sentiment de déclassement et de ne pas pouvoir avancer.
01:00Exactement, c'est un peu justement le mouvement qu'il y a eu dans ces dernières années.
01:03Moi je dirais 2023-2024, c'est qu'en fait on fait beaucoup de bruit sur les impôts,
01:08mais quelque part on ne parle pas forcément du consentement à l'impôt.
01:11Donc il y a une question de consentement à l'impôt,
01:13où les Français qui travaillent, les créateurs de valeur disent en fait le deal n'est plus bon.
01:18Mais il y a au-delà de ça effectivement un sentiment de désarroi, de déclassement,
01:22où ils se disent en fait je serais mieux au soleil de Barcelone ou ailleurs ou plus loin
01:26qu'à Paris ou qu'en France parce qu'en fait je n'ai plus envie de contribuer
01:30et je me sens vraiment presque en train d'essayer de sauver ma peau.
01:34Oui, je n'ai plus envie de contribuer.
01:35Mais les impôts ça joue quand même un rôle, ce que vous dites,
01:37ce n'est pas un paradis fiscal.
01:38J'ai regardé un peu la fiscalité à Barcelone avant de venir.
01:41Vous aussi vous voulez partir ?
01:42Ça donne envie franchement.
01:43Sur les sociétés en tout cas, c'est 15% d'IS sur les deux premières années bénéficiaires seulement
01:47contre 25% en France.
01:49Enfin il y a des seuils mais voilà c'est 25%.
01:50Les charges salariales qui sont largement inférieures aussi.
01:53Et puis il y a le régime Beckham alors que je ne connaissais pas moi du nom du footballeur.
01:57C'est donc, je parle sous votre contrôle,
01:58mais c'est jusqu'à 600 000 euros de revenus pour les étrangers.
02:01L'impôt sur le revenu c'est seulement 24%, quelque chose comme ça, c'est ça ?
02:05Oui exactement.
02:06Donc c'est quand même, c'est pas mal.
02:08Bien sûr mais Beckham c'est un peu,
02:10enfin ça se publie qu'il y a assez peu de gens.
02:11La plupart des gens avec qui je parle n'en profitent pas forcément.
02:15Mais effectivement ça fait partie des dispositifs fiscaux
02:17qui permettent aussi à l'Espagne d'être compétitif et d'être attractif.
02:20Mais globalement ce n'est pas un paradis fiscal.
02:23Et surtout quand je parle de ça,
02:24c'est que je l'oppose quelque part à des destinations qui se vendent,
02:27qui sont devenues des prestataires de services fiscaux.
02:29On les connaît, c'est Dubas, c'est la Bulgarie, c'est Chypre.
02:31Mais donc effectivement il y a des phénomènes,
02:34enfin il y a des mécanismes d'incentive.
02:35Mais bon, ils ne durent pas toute la vie
02:37et ils sont quand même réservés à certains cas précis.
02:39– Mais c'est à quelle taille aujourd'hui la French Tech à Barcelone ?
02:42– Aujourd'hui, alors nos membres on en a à peu près 3000.
02:46En 6 ans on est passé de 400 à 3000.
02:48– Ah quand même !
02:48– Et je dirais que le nombre de Français
02:50qui travaillent dans les secteurs de la tech à Barcelone
02:52c'est entre 6 et 8 000 personnes.
02:54– Mais c'est des gens qui commencent, qui se lancent à Barcelone,
02:56qui se disent bon bah l'Espagne, la croissance économique est là,
02:59j'y vais, il y a un marché.
03:00Ou c'est des gens qui ont commencé en France et qui changent de pays ?
03:03– En fait il y a tout.
03:05Il y a effectivement les Français qui sont installés depuis des années
03:07et puis qui lancent leur activité assez naturellement
03:09parce qu'ils vivent à Barcelone.
03:11Il y a ceux qui décident de bouger et de déménager
03:13pour des raisons plus personnelles
03:14et qui progressivement vont faire migrer leur activité vers Barcelone
03:18et embaucher à Barcelone parce qu'effectivement vous avez raison,
03:20ça coûte moins cher.
03:21Et ensuite il y a vraiment les entreprises
03:23qui décident un déménagement total.
03:25– Et pour recruter, est-ce que c'est aussi facile en Espagne ?
03:28Parce que pour le coup, la France a un vrai point fort là-dessus
03:31quand on parle notamment d'intelligence artificielle de tech,
03:33c'est qu'on a des talents, on a des ingénieurs de très haut niveau, etc.
03:36Donc est-ce que vous embauchez en Espagne
03:37ou est-ce que vous faites venir des ingénieurs français
03:40en leur disant venez au soleil de Barcelone, ça va être formidable ?
03:42– Alors c'est une très bonne question
03:43parce que faire venir en Espagne c'était le cas jusqu'à 10 ans
03:46et c'est mon cas personnel, j'y suis arrivé il y a 14 ans pour cette raison.
03:51Mais en fait il y a eu un effet d'entraînement
03:52par le fait que Barcelone est devenue une destination tech importante depuis 10 ans
03:57parce que la ville a investi dessus,
03:59parce que des entreprises se sont créées, ont grossi
04:01et donc ont généré leur propre génération de futurs entrepreneurs.
04:05Donc aujourd'hui le marché est très liquide
04:06et ce n'était pas le cas il y a 10 ans
04:08et franchement aujourd'hui je pense que le pourcentage de talents
04:10qu'on est obligé de faire venir d'ailleurs
04:12a radicalement baissé singulièrement depuis 5 ans
04:14parce qu'en fait les talents sont arrivés déjà.
04:16– Et vous ressentez ce dynamisme économique
04:18que nous on regarde avec envie
04:20avec nos 0,5% de croissance aujourd'hui ?
04:22Vous sentez la croissance espagnole ?
04:24– Oui on la sent, alors c'est vrai que sentir la croissance
04:27il n'y a pas forcément quelque chose de très physique
04:29mais en tout cas on le sent dans les conversations,
04:31dans le fait que l'Espagne a un peu l'impression
04:33non pas que c'est son moment mais qu'elle est sortie aussi
04:35d'une période assez difficile
04:36parce qu'il faut voir que la crise de 2008
04:38ça a été un gigantesque, une déflagration dans ce pays
04:41et donc oui il y a quelque chose de positif
04:43quand on parle avec les entrepreneurs,
04:45quand on parle avec les talents
04:45et c'est ce qui aussi crée l'envie de venir.
04:48– Quand vous avez ce discours d'exil d'une certaine manière
04:51alors vous faites partie quand même d'un organisme,
04:53d'un label gouvernemental,
04:54French Tech c'est aussi ça,
04:55ils regardent ça comment ceux qui gèrent la French Tech en haut ?
04:58– Alors justement moi ce que j'ai envie de dire c'est que je vois que la réponse à cette situation
05:04que moi je regrette, je ne fais pas du prosélytisme,
05:07c'est de dire en fait le message c'est qu'il n'y a plus d'attractivité,
05:10de compétitivité en France, ça s'est effrité.
05:12Et moi si je me suis occupé de la French Tech depuis toutes ces années,
05:15c'était précisément pour participer à l'image de la France à l'étranger
05:19et qu'aujourd'hui c'est en train de se dégrader
05:21après des années où quand même on a été considéré comme une des nations phares de ce secteur.
05:25– Start-up nation.
05:26– Voilà, on était la start-up nation.
05:28– Là c'est fini.
05:29– Bah c'est pas fini parce que je pense qu'il y a toujours une certaine malgré tout admiration
05:32pour les Français, pour ce qu'ils sont, mais beaucoup moins pour le pays.
05:35Et en fait c'est pas du French Bashing que de dire qu'on est triste pour notre pays
05:39qu'ils soient dans cet état-là.
05:41En revanche les talents eux existeront toujours.
05:43Donc la France est toujours très bien considérée pour ses talents,
05:46pour vraiment sa capacité à créer des belles boîtes.
05:49En revanche le pays en lui-même on se dit mais qu'est-ce qui s'est passé ?
05:52– Merci beaucoup Guillaume Rostand d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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