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  • il y a 16 heures
Alors que les directions RSE se soucient de plus en plus de la pérennité à long terme, la finance durable peut jouer un rôle essentiel pour aider les entreprises à faire face aux risques climatiques. Ce qui fait de la sensibilisation à l’impact de la finance un enjeu important.

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Transcription
00:06Comment la finance peut aider les entreprises à se transformer, voilà le thème de notre débat.
00:11J'accueille Laurent Couderchet, bonjour, bienvenue.
00:13Vous êtes directeur impact du Crédit Coopératif, également membre du Codire du Crédit Coopératif.
00:19Et Thomas Parouty, bonjour Thomas, un habitué de Smart Impact, le président de l'agence Mieux.
00:25Alors, on a déjà reçu et parlé du Crédit Coopératif plusieurs fois dans cette émission,
00:30mais je veux bien que vous nous présentiez peut-être le modèle du Crédit Coopératif.
00:34En fait, historiquement, le Crédit Coopératif, c'est la banque coopérative des coopératives.
00:38Donc c'est la banque des entrepreneurs de l'économie sociale, ça c'est vraiment l'historique.
00:42Et puis on s'est développé, on a ouvert un peu la banque à notamment les secteurs de l'économie
00:48classique,
00:48les entreprises, mais aussi les particuliers depuis une vingtaine d'années, et plutôt les particuliers engagés.
00:55Avec un modèle coopératif, donc on peut réexpliquer ce que c'est qu'un modèle coopératif.
01:00Alors, on n'est pas coté.
01:01Donc à qui appartient la coopérative ? La coopérative appartient à ses sociétaires.
01:05Ils sont 150 000, le Crédit Coop c'est 410 000 clients, et 150 000 qui ont souscrit des parts,
01:12donc qui sont sociétaires de la banque.
01:15Et contrairement à une entreprise cotée, c'est une personne, une voix, donc c'est une gouvernance démocratique.
01:21Et est-ce qu'il y a des marchés, des secteurs dans lesquels vous intervenez plus que d'autres ?
01:25L'économie sociale et solidaire, c'est un peu notre ADN, notre famille de départ.
01:30Donc ça représente aujourd'hui encore une grosse part des financements que nous faisons,
01:34et puis de nos clientèles bien sûr.
01:37Mais aujourd'hui, beaucoup d'entreprises, coopératives ou non,
01:40et puis comme je vous le disais, Thomas, de plus en plus de particuliers engagés,
01:43qui sont extrêmement attirés par notamment un sujet dont on parle assez peu concernant la banque,
01:49que je trouve, c'est la traçabilité.
01:51Et le crédit coopératif...
01:52Où va mon argent, quoi ? Quoi il sert ?
01:53Où va mon argent ? D'où vient mon argent ?
01:56Ok, c'est important aussi.
01:58Est-ce que ce modèle, Thomas Paroudi, le modèle coopératif,
02:02il est recherché, innovant, moderne d'une certaine façon ?
02:08Alors qu'il y a quelques années, j'aurais peut-être pas posé cette question.
02:11Oui, mais c'est vrai que, alors que ce soit une banque ou que ce soit un autre secteur d
02:16'activité,
02:17le modèle coopératif, il l'attire beaucoup, et il est très pertinent et innovant,
02:22parce qu'en fait, il réfléchit sur le long terme.
02:24C'est-à-dire que, quand on est coté, on doit présenter des chiffres tous les trimestres,
02:28et là, avec les sociétaires, il y a une communauté de valeurs,
02:33et une réflexion à long terme, qui n'existe pas dans beaucoup d'entreprises prévues.
02:37Oui, avec une faculté d'innovation, qui est peut-être plus importante que dans d'autres entreprises ?
02:43En fait, ils sont plus proches de la société civile, ils sont, j'ai l'impression, plus proches du réel.
02:49Et donc, en fait, parfois, ils se posent des questions que les entreprises privées ne se posent pas,
02:54parce qu'elles réfléchissent à l'internationalisation,
02:57ou sur d'autres sujets, de rentabilité un peu court terme.
03:02Et là, quand on se pose des questions avec ce sociétaire sur les mêmes valeurs,
03:06on peut réfléchir et innover à long terme.
03:09Alors, il y a les secteurs dans lesquels vous innovez et vous investissez,
03:14et puis, il y en a aussi que vous refusez.
03:17Oui.
03:18Dans quel domaine ?
03:19Alors, généralement, je vais penser aux hydrocarbures, c'est pas très compliqué,
03:22mais dans quel domaine vous ne financez pas, vous n'investissez pas ?
03:26Parce qu'un bon impact, c'est aussi faire des choix.
03:28Donc, les choix, c'est les choix de ce qu'on veut faire,
03:29puis c'est les choix de ce qu'on renonce à faire, en fait.
03:32Et pour rebondir sur ce que disait Thomas,
03:36quand on fabrique des produits, parce que c'est ça, tu parles d'innovation,
03:39mais on a fabriqué des produits avec des clients.
03:42Ça correspondait à leur demande, quoi.
03:43Exactement, en fait, à côté du client.
03:46Même pas pour le client, avec le client et à côté du client.
03:49Et lorsqu'on a décidé d'exclure certains de nos secteurs d'activité,
03:52dans certains cas, on l'a fait parce qu'on a été titillé par des clients
03:55qui nous le demandaient et qu'on se disait, en fait, c'est une chouette idée,
03:59on veut le faire.
04:00Donc, en fait, la taille de la banque et l'ADN de la banque
04:03fait qu'on est capable d'avoir cette agilité,
04:06à la fois une grande banque, parce que c'est une banque universelle,
04:10comme on dit, donc ça veut dire qu'on peut absolument avoir
04:12tous les services classiques qu'on connaît d'une banque au crédit coopératif,
04:16et à la fois une petite banque universelle qui permet d'avoir cette agilité.
04:21Donc, oui, sur les hydrocarbures, on a refusé, il y a maintenant 15 ans,
04:27de participer au financement de l'extraction de gaz naturel,
04:34de charbon et de pétrole.
04:36Je ne sais pas pourquoi on dit gaz naturel et pas charbon naturel,
04:39pétrole naturel, en tout cas, de produits carbonés.
04:42Mais on n'a pas voulu refuser pour refuser ou pour donner des leçons,
04:47pas du tout.
04:48On a voulu ne pas le faire pour privilégier d'autres types de financement.
04:52Alors, tiens, il y a une question là-dessus, c'est l'armement.
04:55Parce que, moi, je peux comprendre qu'une banque dise
04:57qu'on ne va pas financer l'armement, sauf qu'aujourd'hui,
04:59on est plutôt dans une logique à se dire,
05:01on est obligé de se réarmer, l'Europe doit se réarmer,
05:04parce que la menace, elle est beaucoup plus importante qu'avant.
05:05Oui, on y réfléchit.
05:07Alors, l'armement, c'est typique d'une posture qu'on a eue
05:11dans les refus de financement qui venait d'un échange avec des clients
05:15qui nous disaient finalement,
05:17l'ESG exclut l'armement,
05:18dans la traçabilité que j'attends de vous,
05:20j'aimerais que vous ne fassiez pas ça,
05:22et on l'a inscrit, effectivement.
05:24Alors, on est en pleine réflexion là-dessus,
05:27mais la coopérative, le crédit coopératif appartient à ses sociétaires.
05:32Si vous êtes client du crédit coopératif,
05:35Thomas, elle vous appartient à vous.
05:37Et donc, si on bouge, on va discuter de ça avec nos sociétaires.
05:41Ce sera une volonté collective.
05:42On va en parler avec eux,
05:43on ne voit pas du tout nous bouger des choses sur le fond
05:47sans échanger avec nos sociétaires.
05:49Est-ce qu'il y a beaucoup,
05:50est-ce que c'est si fréquent que ça, Thomas Parotti,
05:52des entreprises qui renoncent à des marchés ?
05:53Moi, j'ai l'impression que c'est de plus en plus fréquent.
05:55Alors, évidemment, on connaît les trucs classiques de Patagonia
05:58qui dit « n'achetez pas ma veste », etc.
06:01Il y a Biocop qui l'avait fait.
06:02En fait, ce qu'on voit, c'est qu'il y a des bénéfices à renoncer
06:06parce que ça prouve un certain alignement de l'entreprise
06:09avec ses valeurs et avec les valeurs de ses clients.
06:13L'autre jour, avec le crédit coopératif,
06:16on a rencontré Expanscience qui a refusé de développer les lingettes,
06:21enfin, qui a décidé d'arrêter de vendre des lingettes
06:25parce que ce n'est pas recyclable.
06:27Donc, il se prépare à ça, etc.
06:28Et en fait, il y a beaucoup de gens qui disent
06:30« du coup, Expanscience et la marque Mustela,
06:32c'est vraiment une très très belle marque. »
06:34Mais à chaque fois, il y a des bénéfices.
06:36Nous, on a accompagné Nexence pendant pas mal de temps
06:39qui a décidé d'arrêter de vendre certains produits
06:41qui étaient trop carbonés.
06:44Donc, Nexence, c'est des câbles électriques.
06:46Et donc, en fait, ils ont choisi,
06:48ils ont supprimé un certain nombre de produits
06:50pour réinvestir évidemment sur des produits plus innovants
06:53et plus décarbonés.
06:54Alors, et c'est une décision lourde de conséquences quand même,
06:57renoncer à un marché pour une entreprise en coup d'arché.
07:00Et à ce moment-là, il y a quoi ?
07:01Parce qu'on parle de changement de modèle.
07:03Ça peut aller jusque-là, Thomas.
07:05Donc, vous, votre rôle, c'est quoi à ce moment-là ?
07:07C'est de les accompagner ?
07:09C'est d'accepter que peut-être une entreprise,
07:12je ne sais pas, un peu moins rentable pendant quelques années ?
07:16Comment on se place dans cette trajectoire ?
07:20Déjà, alors, le monde est fini, les ressources sont finies.
07:25Donc, il faut bien quand même commencer à un moment.
07:27Donc, nous, effectivement, on a commencé il y a une quinzaine d'années.
07:31On a commencé peut-être plus tôt que d'autres.
07:32Mais aujourd'hui, le discours, quand même, est public et pas contesté.
07:38Oui, alors...
07:38Parce qu'il est contesté, mais bon.
07:39On ne va pas ouvrir ce débat.
07:41Il y a encore eu une décision aux États-Unis hier sur les gaz à effet de serre.
07:45Bref, bon.
07:46Scientifiquement, de mon point de vue, pas contesté.
07:47Ah, bah, scientifiquement, pas contesté.
07:49On est bien d'accord.
07:51Alors, est-ce que c'est compliqué d'opérer en renonçant à des activités ?
07:56Oui.
07:57Est-ce que ça obère une partie de notre rentabilité ?
07:59Oui.
08:00Est-ce qu'on assume ça ?
08:01Oui.
08:04Et est-ce que ça obère la rentabilité de nos clients entrepreneurs ?
08:08Bah, ça dépend.
08:09Moi, j'ai le souvenir, si vous voulez, un exemple très simple d'un plasturgiste qui faisait des petites séries
08:18en France, en Ile-de-France.
08:19On lui a financé un groupe de chauffe de ses billes de plastique qui était un groupe de chauffe solaire
08:29et méthane de mémoire.
08:31Et il était au gaz et c'était avant le Covid.
08:33Je pense qu'avec le passage du Covid, je ne suis pas sûr qu'il sera encore là et il
08:37est encore là.
08:37Donc, est-ce qu'aller vers le durable va contre l'économie ?
08:42Moi, je ne pense pas, je pense même que si je rencontre un entrepreneur et qu'il ne me parle
08:46jamais de durabilité, ça m'inquiète sur sa durabilité.
08:50Est-ce que le...
08:52Non, mais ce que dit Laurent, c'est aujourd'hui, les directeurs RSE, ils pensent long terme et ils ont
08:58vraiment ce discours-là.
08:59C'est comment on évite les problèmes dans 5 ans, dans 10 ans.
09:02C'est vraiment cette réflexion.
09:03Mais le levier de transformation, l'impression que j'ai vu d'ici, c'est que le risque climatique, finalement,
09:10même dans un contexte de backlash, de coups de frein dans certains pays, et en Europe y compris, le risque
09:18climatique, ça c'est un argument qui porte pour près de beaucoup de gens.
09:21Oui, c'est le risque de l'inaction, en fait.
09:23Et c'est ça qui change, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, toutes les directions RSE disent, si on
09:28ne bouge pas, dans 5 ans, dans 10 ans, on va se faire allumer, on va perdre des marchés.
09:32On n'aura pas accès à telle ressource qui est hyper importante.
09:36Et donc, vraiment, c'est cette réflexion long terme que peuvent avoir les directions RSE.
09:40Vous travaillez aussi en forme de partenariat avec un certain nombre d'associations.
09:46Je peux citer Team for the Planet, Gen Act, le C3D qui regroupe les directeurs de développement durable.
09:53Pourquoi c'est important, ça ?
09:54Parce qu'on a une banque écosystémique.
09:57Donc, il faut que tout le monde...
09:58Oui, nous, on a envie d'être emmenés et d'emmenés, parce qu'on est au centre de l'écosystème.
10:06Typiquement, alors, par exemple, pourquoi Team for the Planet, on a créé ensemble une offre qui s'appelle Bank for
10:12the Planet ?
10:13Parce que Team for the Planet agit directement sur le sujet du climat, mais aussi sur le fait d'opérer
10:20en France.
10:21Parce qu'aujourd'hui, quand vous avez un Français qui a une bonne idée, qui permet d'apporter une solution
10:26sur le sujet du réchauffement climatique,
10:27très souvent, ça part aux États-Unis et en Chine.
10:30Vous le savez bien, vous recevez beaucoup de gens ici qui vous disent ça.
10:34Team for the Planet le fait en France.
10:36Je crois qu'ils ont investi...
10:37On en est à 47 millions d'euros qui ont été investis sur ces sujets en France.
10:42On ne pouvait pas, nous, ne pas être avec eux.
10:43Donc, on a créé cette offre Bank for the Planet, où vous ouvrez un compte crédit coopératif Team for the
10:48Planet,
10:49qui s'appelle Bank for the Planet, où à chaque fois, on reverse plus de 80 euros à Team for
10:53the Planet par compte ouvert,
10:55qui les aide donc pour leur action.
10:56Et puis, on a créé avec eux un fonds dédié qu'on a ouvert il y a à peu près
11:01deux mois.
11:03Et je crois qu'en une semaine, on avait collecté 15 millions d'euros.
11:05On doit être à 26 millions d'euros hier ou avant-hier, qui est un grand succès.
11:10Donc, en fait, vous ne pouvez pas... L'idée, ce n'est pas de réussir seul.
11:14L'idée, c'est de se faire réussir un écosystème.
11:16Et puis, c'est de nous de réussir un peu dans cet écosystème.
11:19Allez, un dernier mot. Il nous reste une minute trente pour parler théâtre.
11:22Ça peut sembler surprenant, mais c'est important, parce qu'on développe souvent la question ici des nouveaux récits, des
11:27nouveaux imaginaires.
11:28Vous avez présenté une pièce aux sociétaires du Crédit coopératif, au Trianon, et puis cet été, à Avignon.
11:34Le rôle de l'argent aujourd'hui, ça fait du théâtre, ça ?
11:37En fait, on aurait pu leur montrer ça.
11:40Je ne sais pas si on le voit, on aurait pu leur montrer ça.
11:42Ça, c'est notre circuit de l'argent.
11:43En fait, il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour, il n
11:47'y a que des preuves, en fait, dans la vie.
11:49Et ça, c'est la preuve de la traçabilité du Crédit coopératif, qu'on édite et qu'on envoie à
11:54tous nos sociétaires.
11:55Ça, c'est le petit document que j'ai reçu, moi, en tant que sociétaire, pour l'Assemblée générale.
11:59On dit d'où vient l'argent, où va l'argent.
12:01Cette pièce de théâtre, c'était ça, en fait.
12:03Donc, c'est une version un peu moins aride, on va dire, de la traçabilité.
12:09Je vais vous le laisser, Thomas.
12:09Je veux bien, ça m'intéresse.
12:10C'est plutôt sympa, mais je vous laisserai aussi notre rapport d'un pack volontaire.
12:15Mais c'était une version très...
12:16Enfin, moi, j'ai trouvé ça génial.
12:18C'est une version très sympa, qui interroge les Français sur, en fait, la traçabilité.
12:24Je vais vous amener un exemple.
12:26Est-ce que vous savez ce que c'est ?
12:27Oui, je crois, j'en ai déjà mangé.
12:29Un kiwi.
12:29C'est un kiwi, voilà.
12:31Moi, qui habite en région parisienne, j'ai plein d'amis qui sont très sensibles à la traçabilité et qui
12:36aiment les kiwi.
12:36Moi, j'aime les kiwi.
12:38J'en ai pris un ce matin.
12:40Et qui sont capables de faire des kilomètres, parfois, pour acheter un kiwi dans une boutique particulière,
12:46parce qu'il est bio, parce qu'il est traçable, parce qu'ils savent d'où vient le kiwi.
12:50En fait, on ne se pose jamais la question sur la banque.
12:53En fait, nous, Crédit Coopératif, c'est un peu ça qu'on apporte comme réponse.
12:56On apporte une réponse, et c'est très, très spécifique, une réponse de traçabilité.
13:00On est capable de dire, prouver, d'où vient l'argent, où va l'argent.
13:03Merci beaucoup à tous les deux.
13:05Merci beaucoup.
13:05Et à très bientôt sur Bsmart for Change.
13:08On passe tout de suite au grand entretien de ce Smart Appinct avec Isabelle Spiégel,
13:12la directrice de l'environnement de Vinci.
13:13Sous-titrage Société Radio-Canada
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