- il y a 7 semaines
L’organisme de formation La Ruche accompagne des entrepreneurs à impact. Sophie Vanier, sa présidente, explique que l'ancrage local ou la création de synergies entre créateurs d’entreprises peuvent devenir des tendances porteuses pour les prochaines années. Elle revient aussi sur l’augmentation des entreprises à reprendre, qui peut être un levier de transformation écologique et sociétale de l’économie.
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00:00Prête pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui
00:07compte dans notre économie et je reçois aujourd'hui Sophie Vannier, bonjour.
00:11Bonjour. Bienvenue, vous êtes la présente de La Ruche, date de création 2008, c'est à la
00:17fois un incubateur, un organisme de formation. Présentez-nous La Ruche.
00:21Avec plaisir. En effet, La Ruche, elle se définit au pluriel. Vous avez raison,
00:27on a plusieurs métiers. On s'est créé en 2008 dans l'envie de promouvoir un
00:31entrepreneuriat plus responsable, de bon sens, dans ce qu'on appelle l'entrepreneuriat impact et puis
00:36on a autour de ça développé différents métiers d'animation de communauté, donc on anime des
00:42entrepreneurs dans cette idée qu'on est plus forts ensemble. On les accompagne avec des mentors,
00:48des workshops collectifs, des formats aussi individuels, avec de l'expertise vraiment
00:53pour les aider à développer leurs idées, leurs projets, parfois même à lever des fonds. Et puis on
01:00accompagne les compétences, donc vous le mentionnez, on est aussi un organisme de formation parce que
01:04l'entrepreneuriat c'est aussi des compétences spécifiques et aussi quand on entreprend dans la
01:09pacte, il y a aussi des petites spécificités et donc on est aussi un organisme de formation.
01:14Une entreprise à impact, un entrepreneur ou une entrepreneur à impact, c'est quoi pour vous ? Ça signifie quoi ?
01:20Alors ça signifie qu'on a une double finalité dans son projet et je parle de projet parce qu'on peut
01:26avoir une entreprise, une association, un collectif et être entrepreneur à impact. Et cette double
01:32finalité c'est répondre à un enjeu de société, donc il y a souvent une réponse à un enjeu d'intérêt général,
01:39mais aussi aller chercher une dynamique entrepreneuriale, une pérennité économique,
01:44cette envie d'avoir une proposition de valeur et d'être dans cette posture entrepreneuriale.
01:51Donc finalement l'entrepreneuriat impact, je crois que c'est avant tout une posture,
01:54celle de chercher des solutions et donc d'être vraiment un trouveur de solutions pour résoudre des
02:02problèmes de société. Il y en a pas mal, on a besoin d'entrepreneurs à impact clairement.
02:07Cette notion, cette idée d'impact social, ça a toujours fait partie de vos choix professionnels ?
02:14Depuis quand c'est important pour vous ?
02:16C'est vrai que je suis un peu tombée dans la marmite. Quand je suis sortie d'études, moi j'avais fait du droit
02:22initialement avec cette envie d'aller vers le droit de l'environnement. Puis j'ai fait une école de
02:28commerce en me disant je vais pouvoir faire plein de choses en faisant du commerce. Et c'est en études,
02:33en échange en Australie, que j'ai découvert ce qu'on appelait la responsabilité sociale des entreprises.
02:37Donc aujourd'hui tout le monde connaît la RSE, mais c'était donc en 2010, c'était moins connu. Et
02:42c'est vrai que là je me suis dit c'est génial, on peut être dans une logique d'entreprise et aussi
02:49dans une logique d'engagement. Et c'est à ce moment là où j'ai compris qu'on pouvait être un
02:51professionnel engagé. J'avais jamais vraiment su qu'on pouvait être à la fois engagé dans une carrière.
02:58Et donc moi c'est en 2010, donc j'ai croisé le chemin d'un des cofondateurs de la Ruche. J'ai
03:04commencé à travailler avec lui puis ensuite on a lancé les programmes d'incubation pour la Ruche.
03:09Avec plus de 20 programmes d'accompagnement, plus de 4000 entrepreneurs accompagnés, 16 espaces à Paris en région.
03:19Programme d'accompagnement, je m'arrête là-dessus, qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce que... Vous avez des exemples de
03:25programmes d'accompagnement qu'on peut un peu détailler ?
03:27Oui, en fait la Ruche on a vraiment cette volonté de donner du pouvoir d'agir aux gens. Soit sur les
03:33enjeux qui les révoltent, réchauffement climatique, inclusion, etc. Et ils portent à des solutions et
03:39on va les accompagner à les mettre en œuvre. Donc vraiment, c'est quoi cette idée ?
03:45Est-ce que ça peut devenir une entreprise ou pas ? Est-ce que c'est plutôt une association ?
03:49Est-ce qu'il peut y avoir une viabilité ? Qui sont mes partenaires stratégiques ? Quel est mon rôle, moi, dans ce projet ?
03:55Et donc le programme d'accompagnement, c'est vraiment cette idée d'accompagner
03:58à tous les stades clés d'un projet la personne et son équipe. Et puis c'est aussi le pouvoir
04:05d'agir sur sa propre vie. Et donc on travaille beaucoup, nous, avec les publics qu'on appelle
04:11sous-représentés dans l'entrepreneuriat. Donc des chômeurs de longue durée, on a un programme
04:16pour entrepreneurs réfugiés, on a des programmes d'entrepreneuriat pour les femmes, dans les quartiers
04:21prioritaires de la ville, pour plein de gens qui sont un peu éloignés des dispositifs
04:24d'accompagnement, et pour lequel l'entrepreneuriat peut être une façon de se remobiliser,
04:31de se rapprocher de l'emploi, et puis aussi de créer son propre emploi.
04:35Et donc là, on va travailler avec le Réseau pour l'Emploi, France Travail, avec tout un tas de partenaires
04:40aussi sur le territoire, pour aider la personne, l'accompagner, à se poser la question de ce qu'elle a envie
04:46de faire, ce qu'elle sait faire aussi, et voilà, mettre les jalons, faire un plan d'action, et puis lancer petit à petit son projet.
04:55Depuis sa création, 2008, comment la ruche a évolué ? C'était une association ? C'est devenu une entreprise ?
05:02C'est un peu les deux ?
05:04Ah c'est ça, on dit les deux, mon colonel !
05:07Nous, on est... C'est assez spécifique dans l'entrepreneuriat impact, on appelle ça des modèles hybrides.
05:12C'est-à-dire qu'on a une association, qui était l'association historique de 2008, et qui perdure toujours,
05:19et qui porte les programmes les plus militants, on va dire.
05:22On a deux incubateurs pour entrepreneurs réfugiés, qu'on porte avec un assureur et sa fondation qui s'appelle
05:29The Human Safety Net, et donc là, c'est vrai que c'est l'association qui porte ce programme, on va chercher des subventions.
05:34Les programmes sont entièrement gratuits pour les personnes, donc ça c'est l'association.
05:38Et cette association, elle a créé une entreprise de l'économie sociale et solidaire, donc c'est une entreprise
05:45qui a un label, et ce label il s'appelle ESUS, ça veut dire entreprise d'utilité sociale et solidaire,
05:53et cette entreprise, elle a des activités plus commerciales, donc l'activité co-working,
05:58l'activité de formation, et donc là, c'est un vrai, ce qu'on appelle social business.
06:03Avec cette tribune que vous aviez publiée dans les échos, dans laquelle vous dites,
06:08les entrepreneurs sociaux font souvent preuve de frilosité quant à leurs engagements politiques,
06:13mais ils y sont quotidiennement confrontés.
06:15Les fondements de l'entreprise sociale sont bel et bien politiques, la création d'emplois,
06:20l'insertion professionnelle, l'inclusion, la distribution de la valeur.
06:23Est-ce que d'une certaine façon, ce que je comprends, un entrepreneur social, il fait de la politique par son engagement ?
06:31Oui, il fait de la politique avec un grand P, dans le sens où il agit vraiment dans le sens de la cité, de la politique,
06:38puisqu'en effet, il crée de l'emploi, il s'engage souvent dans l'entrepreneuriat social pour une valeur partagée, pour l'inclusion,
06:45et donc c'est une politique qui n'est pas une politique partisane, mais qui défend un modèle de société.
06:51Et c'est là aussi, parfois, où l'économie sociale et solidaire, les entrepreneurs à impact,
06:56ils appellent aussi un peu les politiques, pour avoir une plus forte vision de...
07:03Enfin, finalement, on a des politiques économiques, mais c'est quoi notre économie politique ?
07:08Mais ils sont... Enfin, ces entrepreneurs sociaux ou ces entrepreneurs à impact,
07:14est-ce qu'ils ne sont pas naturellement plus sollicités par des...
07:19Alors, on est en pleine campagne des élections municipales, on vote dans trois mois,
07:22par des candidats qui sont plutôt à gauche, plutôt écologistes, qui vont venir et qui vont dire
07:27« Ah tiens, t'es un entrepreneur à impact, soutiens-moi ! »
07:31Alors, oui, tout à fait, c'est vrai.
07:37Après, c'est vrai que nous, on a un enjeu de faire bouger toutes les lignes.
07:42En tout cas, c'est vrai que nos idées, on a envie qu'elles n'appartiennent pas que...
07:47À telle ou telle partie.
07:48À telle ou telle partie.
07:51Puisqu'en fait, le bon sens, il appartient à tout le monde, entre guillemets.
07:55Et parfois, c'est là où c'est le plus dur, où il faut porter les messages les plus forts,
07:59et pas forcément là où on sait qu'on a déjà des valeurs communes et un socle commun.
08:05Mais on pourrait considérer que la ruche ou des mouvements qui représentent l'entrepreneuriat à impact
08:12s'engagent en politique, disent voter pour telle ou telle.
08:16Vous voyez ce que je veux dire ?
08:17Oui, tout à fait.
08:18D'ailleurs, ça a été une grande question au moment de la dissolution, en juin 2024.
08:23On s'est beaucoup mobilisés en se posant la question,
08:26quel est notre rôle avec cette montée de l'extrême droite, de cette dissolution ?
08:31Et donc, il y a eu des choix qui ont été faits.
08:33Et je sais que la ruche, on a vraiment fait un choix d'appeler au vote,
08:37de rappeler les valeurs qu'on défendait,
08:39et de clairement amener les gens à se mobiliser
08:42pour lutter contre cette montée d'extrême droite,
08:46et pour, du coup, directement protéger les valeurs
08:50de partage, d'entraide, d'inclusion, de diversité, d'accueil,
08:56qui nous sont chers.
08:57Alors, la ruche, c'est aussi une sorte de vigie,
09:00de point d'observation des grandes tendances de l'entrepreneuriat.
09:03Qu'est-ce qui émerge pour vous aujourd'hui ?
09:06Qu'est-ce que vous voyez sortir des créations d'entreprises,
09:12des demandes qui vous sont faites ?
09:14Alors, c'est vrai qu'on est une sorte de vigie.
09:17Après, on aime bien aussi faire le jeu de la boule de cristal,
09:19parce qu'en ce moment, il y a beaucoup de ça aussi.
09:22On est dans un monde qui est en train de se renouveler,
09:24qui est extrêmement en train de changer,
09:26dans une incertitude économique, politique,
09:29qu'on n'a jamais vraiment vécu avec nos 15 ans d'existence.
09:32On est un peu dans quelque chose de très nouveau.
09:36Et on voit plein de choses hyper intéressantes émerger,
09:39et qui nous ramènent vachement aussi à nos valeurs de début.
09:43Donc, dans les premières tendances qu'on voit émerger,
09:45et c'est un peu une lame de fond depuis déjà quelques années,
09:49mais là, ça devient de plus en plus fort,
09:50c'est le retour de la proximité du local.
09:53De l'ancrage local.
09:54De l'ancrage local.
09:55Et ce n'est pas un repli sur soi,
09:59c'est plutôt une nécessité de retourner dans les lieux,
10:03donc dans les espaces de coworking qui avaient été un peu désertés
10:06à un moment du tout télétravail, du tout à distance.
10:09Là, les gens reviennent dans les espaces de coworking,
10:11vont chercher du lien, ont envie de consommer local.
10:15Même dans la grande distribution, on l'a vu,
10:17les grands magasins sont devenus de plus en plus locaux,
10:19dans les villes, dans les cœurs de bourre.
10:21Et donc, on le voit aussi chez nos entrepreneurs à impact,
10:24cette envie d'avoir des solutions locales,
10:28très ancrées sur le territoire.
10:29Et en 2026, je pense qu'on va avoir beaucoup de solutions
10:32en milieu rural qui ont été un territoire
10:36qui ont été un peu oubliés, on va le dire.
10:41Et donc là, il y a un grand appel à manifestation
10:43de la Banque des Territoires qui remet la ruralité,
10:47les montagnes au cœur du sujet.
10:49Et donc, ça va être très intéressant
10:50parce que là, on va tous se mettre en ordre de marche
10:52pour chercher des solutions, innover, faire ensemble.
10:55Ce que j'entends dans ce que vous dites,
10:57c'est aussi cette notion de collectif.
10:59Parce que quand on est chef d'entreprise,
11:00souvent, on se sent assez seul
11:03pour prendre des décisions dans plein de domaines différents.
11:09Toutes ces décisions qui passent par celui ou celle
11:12qui dirige l'entreprise.
11:13Est-ce qu'il y a cette notion de collectif aussi
11:15ou de recherche de collectif que vous voyez ?
11:17Oui, tout à fait.
11:18Et ça, c'est une tendance qui émerge aussi très fortement.
11:21Déjà, les incubateurs, on observait qu'on accompagnait
11:25moins des équipes seules,
11:26ce qu'on appelle des solo entrepreneurs.
11:28Et on cherchait plus à accompagner des équipes.
11:31Puisqu'on sait qu'en fait, en équipe,
11:33on va plus loin, plus vite, etc.
11:36Mais c'est vrai aussi au sein de l'écosystème.
11:39Et en fait, dans l'entrepreneuriat impact,
11:41c'est évident qu'on ne peut pas régler les problèmes seuls.
11:43Et si on parle, par exemple, de territoire et de ruralité,
11:45il y a tout un tas de freins à lever.
11:47C'est la fracture numérique, les enjeux de mobilité,
11:50les enjeux de formation.
11:51Et donc, c'est bien en se coopérant et en créant des dynamiques de parcours,
11:55tous ensemble, qu'on va pouvoir accompagner au mieux les personnes.
11:59Et donc, 2026, ce sera vraiment le temps de la coopération.
12:03Mais donc...
12:04Et ça aura deux vertus, pour les personnes et pour les structures.
12:08Parce qu'on sait que le secteur associatif est très aussi malmené.
12:12Et en fait, en coopérant, on crée aussi de la mutualisation, de l'entraide.
12:16Et donc, c'est vrai que vous avez raison, la coopération, elle est...
12:18Elle est majeure, mais il faut des espaces pour ça.
12:22Enfin, vous voyez ce que je veux dire.
12:23On peut avoir des chefs d'entreprise qui sont dans un rayon de 50 kilomètres,
12:29mais qui ne vont jamais se croiser.
12:31Alors oui, il y a des espaces qui se créent, il y a des réseaux.
12:34Il faut rejoindre les réseaux d'entrepreneurs.
12:37Et il y en a, en fait, un peu partout sur les territoires.
12:41Donc, voilà.
12:43Et puis, il y a les tiers-lieux.
12:44Il y a une grosse dynamique de tiers-lieux aussi,
12:45qui sont des lieux où on peut venir se rencontrer,
12:48apprendre ce que fait l'autre et imaginer des synergies.
12:50Alors, il y a une autre tendance, ce sont les métiers du CAIR.
12:53Déjà, le constat.
12:56Quel constat vous faites ?
12:57Sur quoi ? Sur des entreprises qui se créent ?
13:00Des reconversions vers les métiers du CAIR ?
13:02Alors, nous, le constat qu'on fait, ce n'est pas forcément que les métiers.
13:05Mais c'est la notion du prendre soin,
13:09qui est une notion qui émerge énormément avec tous ces enjeux,
13:13des risques psychosociaux.
13:15Et puis, on a conscientisé tous les enjeux de santé mentale des dirigeants.
13:21Donc, il y a vraiment quelque chose qui a émergé en 2025,
13:24aussi avec cette année autour de la santé mentale.
13:26Même si ce n'est pas passé grand-chose.
13:28Avec les changements de gouvernement,
13:32on n'a pas vu beaucoup d'actions concrètes liées à la grande cause.
13:35D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si elle a été prolongée en 2026.
13:38Exactement.
13:39Mais ça a essaimé des graines.
13:41Et je pense qu'il y a eu un éveil de conscience,
13:44et dans les entreprises,
13:46et chez les dirigeants,
13:47chez les salariés.
13:48Et en fait, tout le monde a envie de prendre plus soin
13:50de soi-même,
13:52des autres.
13:52Et donc, c'est aussi dans la façon dont on va entreprendre,
13:56où aujourd'hui, on se pose aussi des vraies questions
13:58sur la charge mentale,
14:00la charge de travail.
14:02Et le fait de faire ensemble vient aussi nourrir
14:04cette envie de faire mieux.
14:06Et dans aussi ce qu'on appelle un peu l'écologie de soi-même.
14:10C'est-à-dire, avant, on avait des entrepreneurs
14:12qui se cramaient,
14:13qui travaillaient 50 heures semaine.
14:15Il y avait un peu cette idée de
14:17il faut travailler à fond,
14:19très tôt le matin, très tard le soir.
14:20Et c'est ça, un entrepreneur.
14:21Et en fait, ça, ça change beaucoup.
14:24Et donc ça, on le voit aussi émerger
14:25chez nos entrepreneurs à impact.
14:27Et alors, vos programmes d'accompagnement,
14:29ils vont dans ce sens-là ?
14:31C'est-à-dire, vous avez des programmes spécifiques
14:32pour soutenir des transitions professionnelles
14:35vers le care, vers les métiers du care ?
14:37Oui, tout à fait.
14:39Déjà, c'est vrai qu'on a de plus en plus
14:40de programmes autour du care et de la santé.
14:44Donc là, on accompagne un programme,
14:47enfin, pardon,
14:48un projet qui s'appelle BordiCare.
14:49C'est une application avec une intelligence artificielle
14:53pour venir outiller des personnes borderline.
14:57Et donc ça, c'est quand même des sujets assez nouveaux.
14:59En plus d'aller chercher l'intelligence collective
15:00pour venir créer des outils pour les patients.
15:04Donc on a des projets qui émergent comme ça.
15:05Et aussi, nous, dans nos programmes,
15:08on va aider nos entrepreneurs à prendre soin d'eux,
15:11à prendre soin de leurs équipes,
15:13même parfois à prendre soin de leurs familles.
15:15Et donc on va créer un espace, des outils
15:17pour prendre conscience de ce qui est important pour nous.
15:21Et puis on a beaucoup parlé avant de la vie pro
15:23et de la vie perso, cet équilibre,
15:25qui était parfois juste équilibre vie pro-perso,
15:28une question.
15:29Et maintenant, c'est vraiment un axe fort dans les programmes.
15:32Alors, il y a une tradition dans cette émission,
15:34c'est que l'invité du Grand Entretien
15:35pose une question à un invité de la semaine suivante.
15:37À votre place, la semaine dernière,
15:39il y avait Nicolas Petit, le président du groupe FAS.
15:42Voici sa question.
15:42Bonjour Sophie.
15:45Alors moi, je travaille dans le secteur du bâtiment
15:47qui subit des grandes transformations
15:50liées à la transition environnementale
15:52avec des contraintes réglementaires qui augmentent.
15:56Et puis on a aussi de vraies difficultés de main-d'œuvre.
15:59Alors ma question est simple,
16:00c'est quelles opportunités cela peut ouvrir
16:03pour créer des entreprises à impact ?
16:06Alors je reprends la question de Nicolas Petit
16:09sur est-ce qu'une période de transformation comme celle-là,
16:12de mutation, c'est une opportunité justement
16:17pour les métiers à impact ?
16:18Est-ce qu'on voit plus de métiers à impact
16:20ou d'entrepreneurs à impact se lancer dans ces périodes-là ?
16:24Alors c'est clairement une opportunité.
16:27En plus, c'est vrai qu'il y a des réglementations.
16:29On l'a beaucoup vu avec la loi EGalim
16:31qui a encadré l'usage du plastique à usage unique.
16:36Donc ça a créé beaucoup d'entrepreneurs
16:38qui ont inventé des solutions dans l'alimentation,
16:42partir avec une cuillère en bois,
16:46une cuillère comestible.
16:48Il y a eu plein de choses.
16:50Et donc en effet, ça peut être fécond d'innovation.
16:54Donc ça, c'est vrai.
16:56Ensuite, il ne faut pas se cacher qu'en ce moment,
16:57c'est quand même dur.
16:59On n'a pas de budget, vous le disiez tout à l'heure
17:01quand on se parlait.
17:05Donc il y a quand même beaucoup d'incertitudes.
17:06Donc il ne faut pas être...
17:08Enfin, il faut être assez pragmatique.
17:10Oui, il y a des opportunités.
17:12Mais en un moment, on est quand même un peu en attente
17:15qu'il se passe quelque chose sur les budgets.
17:17Et spécifiquement dans le secteur du bâtiment,
17:21notamment du groupe FAS,
17:23c'est un secteur à métier à impact ?
17:28En tout cas, c'est vrai qu'il y a une marche
17:31pour créer de l'impact
17:33et transformer son métier énorme.
17:35Et ce que j'entends, c'est la question,
17:37c'est aussi qu'il y a un manque de manœuvre énorme.
17:40Et donc c'est là où c'est intéressant.
17:43C'est que nous, la Ruche, on a deux piliers.
17:46On a créé une économie plus responsable
17:48et une économie plus inclusive.
17:49Et quand on dit ça, c'est que la transformation,
17:52l'impact, elle se fera pas sans tout le monde.
17:54Et dans tous les sujets des métiers en tension,
17:57mais c'est vrai dans le bâtiment,
17:58dans la restauration, dans les aides de domicile,
18:01il faut qu'on aille chercher des personnes
18:02qui ne sont pas en emploi aujourd'hui,
18:04qu'on les sensibilise à ces métiers-là,
18:06qu'on leur montre le sens et qu'on les forme.
18:08Et donc, oui, c'est une question
18:10et une opportunité pour les entrepreneurs à impact,
18:14mais ça se fait avec France Travail,
18:16avec les entreprises,
18:17et donc c'est que des solutions
18:18qui sont forcément tripartites
18:19pour créer les chaînes de
18:22« j'apprends, je connais le métier,
18:24je suis formée,
18:25et à la fin, j'ai un métier clé en main pour y aller. »
18:28Alors, vous observez une autre tendance,
18:29c'est le « repreneuriat ».
18:31Bon, je comprends à peu près le mot,
18:33mais je veux bien que vous me définissiez
18:34de quoi on parle.
18:36Alors, c'est vrai que la reprise d'entreprise,
18:38c'est un vrai sujet.
18:40Je crois que là, dans les dix prochaines années,
18:41il y a 700 000 entreprises à reprendre,
18:44qui sont parfois et souvent des entreprises,
18:46parce que les dirigeants arrivent à la retraite,
18:49parce que c'est le moment pour eux
18:51de passer à autre chose,
18:52et que naturellement, il n'y en a qu'un tiers
18:54qui trouve des repreneurs.
18:56Et donc là, il y a déjà une tendance
18:58de dire, d'un point de vue démographique,
18:59qu'il y a un vrai sujet à trouver
19:01les repreneurs de ces entreprises.
19:03Et en fait, c'est un fort impact
19:04de reprendre une entreprise,
19:06parce que ça sauvegarde des emplois,
19:07ça permet de poursuivre
19:10le développement économique de ces projets-là.
19:12Donc je pense qu'il y a à nous aussi
19:15des incubateurs de s'emparer
19:16du sujet de la reprise.
19:19Et puis, il y a une tendance aussi
19:20que les entrepreneurs d'il y a 15 ans,
19:22qui étaient les entrepreneurs à impact,
19:24on en voit beaucoup
19:25qui ont passé la main sur leurs projets
19:28et dans leur nouvelle envie d'entreprendre,
19:30ont envie de reprendre des entreprises
19:32et d'y ajouter plus d'impact.
19:34De les modifier.
19:35De les modifier.
19:36Parfois même de changer de modèle économique.
19:38De transitionner.
19:39Et une entreprise qui faisait peut-être,
19:43qui exportait beaucoup,
19:44une entreprise de tissu,
19:45de dire comment en fait
19:45on relocalise ces boîtes,
19:48comment on crée plus d'impact.
19:50Et donc, il y a une génération d'entrepreneurs
19:51qui étaient les pionniers de l'impact
19:53en 2010,
19:55qui en 2025 ont envie
19:57de reprendre des boîtes
19:58et de les transformer.
19:59Et c'est ultra intéressant.
20:00Avec un enjeu,
20:01des enjeux de transmission,
20:03transmission des savoir-faire notamment.
20:05Et ça, vous l'accompagnez ?
20:08Vous les accompagnez ces transmissions ?
20:10Il y a un énorme enjeu de transmission, oui.
20:13Et beaucoup d'humains en fait.
20:15C'est vrai qu'il y a l'enjeu humain
20:16avec le cédant,
20:18avec les équipes qu'on récupère,
20:20avec les clients,
20:20les fournisseurs.
20:22Et donc ça,
20:22c'est un métier qu'on découvre,
20:25nous à La Ruche,
20:25parce que pour l'instant,
20:26on a souvent accompagné des entrepreneurs
20:27qui voulaient développer leurs solutions.
20:30Oui, qui voulaient créer leur entreprise.
20:31Exactement.
20:31Et là, c'est très différent.
20:33Ça existe déjà,
20:34et je vais reprendre.
20:35Et donc en effet,
20:36ça s'accompagne
20:37un peu différemment,
20:41et notamment beaucoup
20:42sur les enjeux humains.
20:44Et donc il y a plein de bonnes pratiques
20:45à partager,
20:46et puis il y a surtout parlé
20:47avec d'autres gens
20:47qui ont fait la démarche avant,
20:49puisque nous,
20:50on croit toujours beaucoup
20:50au pair-à-pair,
20:51donc tout à fait.
20:53On parle de beaucoup
20:54de micro-entreprises
20:55accompagnées par La Ruche ?
20:57Eh bien ça aussi,
20:58de plus en plus.
21:00Donc on sait qu'en 2024,
21:02c'était un million
21:03de nouvelles entreprises créées,
21:05donc une grande majorité
21:06de micro-entreprises.
21:08Et ce qu'on observe,
21:10donc nous,
21:10pour vous donner quelques chiffres,
21:11on oriente environ 12 000 personnes par an
21:13autour de l'entrepreneuriat,
21:15et on en accompagne 5 000.
21:16Et donc parmi ces 5 000,
21:18il y en a un certain nombre
21:19qui sont micro-entrepreneurs.
21:20Et cette année,
21:23on a une vague de micro-entrepreneurs
21:25qui se posent la question
21:26de leurs responsabilités sociétales.
21:29Et c'est intéressant
21:29parce que la RSE
21:30a souvent été plutôt
21:31au niveau des grands groupes,
21:33c'était des sujets de marque,
21:36il y avait des obligations, etc.
21:37Et puis là,
21:38de voir des solos-entrepreneurs,
21:40des micro-entrepreneurs
21:41qui se posent la question
21:42de leur impact,
21:43du choix de leur fournisseur,
21:45des valeurs
21:46qu'ils veulent mettre
21:47dans la façon
21:48dont ils déploient leurs services,
21:50eh bien moi,
21:51je trouve que ça me fait
21:51beaucoup de bien
21:52parce que dans un moment
21:53où on a l'impression
21:54que ça ne bouge plus tellement
21:55à un niveau plus gros,
21:57plus corporel, etc.
21:58ça nous rappelle
21:59que le collectif
22:00et la masse,
22:01le volume
22:01et de dire
22:02si tous ces entrepreneurs
22:03ils reprennent conscience
22:04qu'ils peuvent avoir un impact,
22:06c'est de là peut-être
22:07où il peut y avoir
22:07un changement systémique.
22:09Mais qu'est-ce qui était
22:09en train de changer ?
22:11C'est-à-dire qu'auparavant...
22:13Cette envie de mettre du sens,
22:14je pense.
22:14Oui, auparavant,
22:15on se disait
22:15de toute façon,
22:17je crée une micro-entreprise
22:18donc mon impact est micro
22:20et ça ne rentrait pas
22:22dans la grille de lecture
22:23alors qu'aujourd'hui,
22:24ça rentre dans la grille de lecture ?
22:25Exactement,
22:25ça rentre dans la grille de lecture
22:26et ça rentre aussi
22:27dans cette envie
22:28de mettre du sens,
22:29de faire les choses bien,
22:31de s'aligner
22:32entre son métier
22:33et ses valeurs
22:35et donc aujourd'hui,
22:36c'est vrai qu'on a accompagné
22:38pendant par exemple
22:38très longtemps
22:39sur le secteur de la cosmétique.
22:40Il y a des gens
22:41qui se lancent en cosmétique
22:43et en fait là,
22:45tout le monde a envie
22:45d'utiliser des produits locaux,
22:47a envie d'aller,
22:48d'avoir des offres
22:50aussi plus inclusives.
22:52On se rend compte
22:52que les réflexions
22:53que nous on avait
22:54à une échelle de société,
22:55les micro-entrepreneurs
22:57se la posent aussi.
22:58Mais est-ce qu'on envoie...
23:00Et que ce n'est plus du coup
23:01juste une façon
23:01de créer son propre emploi
23:02mais aussi d'avoir un impact.
23:04Oui, j'ai bien compris
23:05d'avoir un impact.
23:05Mais est-ce qu'on en sent
23:05les effets
23:07sur l'économie locale ?
23:09Je reviens au point de départ
23:10de notre discussion
23:11sur cet ancrage local.
23:13C'est-à-dire que
23:14est-ce que l'économie,
23:16cette économie locale,
23:18elle devient de plus en plus
23:20sociale et solidaire
23:21d'une certaine façon.
23:24Est-ce que vous voyez
23:24ce modèle-là
23:25grandir ?
23:28Pas tant que ça.
23:30Non, mais moi,
23:31c'est un signaux faible
23:32que j'observe
23:32parmi les 5000 candidatures
23:34qu'on a.
23:35Donc, ce n'est peut-être
23:35pas représentatif
23:36de tout ce qui se passe.
23:38Mais on sait quand même
23:39que généralement,
23:39ces signaux faibles,
23:41ils sont synonymes
23:43d'un changement sociétal.
23:46Et donc, oui,
23:47je pense que...
23:48Et sur les territoires,
23:49je suis bien sûre
23:50qu'ils les voient,
23:50ces entrepreneurs-là
23:51qui ont envie
23:52justement de mieux
23:54s'investir sur leur territoire.
23:57Donc, on peut appeler
23:58de nos voeux,
23:58en tout cas,
23:59que si ça ne bouge pas
24:01au niveau des grands groupes,
24:04en tout cas pas aussi vite
24:05qu'on le souhaite,
24:06il y a quand même
24:07toutes des citoyens,
24:08des citoyennes,
24:09des entrepreneurs,
24:10des micro-entrepreneurs
24:10qui ont pris
24:11la conscience
24:13des enjeux
24:15et qui,
24:16à leur propre échelle,
24:17aussi essayent
24:17de les résoudre
24:19pour eux-mêmes
24:19parce que c'est important,
24:21mais aussi
24:21parce que c'est un impact direct
24:22sur tout leur écosystème.
24:23Un dernier thème,
24:24il nous reste un peu
24:25moins de deux minutes,
24:25je voudrais qu'on parle
24:26de vulnérabilité.
24:28On a reçu sur ce plateau
24:29Alexandre Fayol
24:30qui livre un témoignage
24:31dans son livre
24:32sur sa propre histoire,
24:34vulnérable.
24:37On parlait de care,
24:39de la santé mentale.
24:43Est-ce que vous voyez
24:46des entrepreneurs,
24:47hommes ou femmes,
24:47accepter d'être vulnérables
24:48alors qu'avant,
24:50c'était presque un gros mot,
24:51il fallait au contraire
24:52ne jamais montrer ses failles.
24:56Alors dans l'entrepreneur,
24:57il y a un pacte.
24:59Je pense qu'on a toujours su
25:00qu'on était vulnérable.
25:01On a des modèles économiques
25:03très fragiles,
25:04on est toujours en train
25:05de chercher
25:06à retrouver une rentabilité,
25:09on est entre des subventions,
25:10des prestations,
25:10donc je pense qu'on l'a toujours su.
25:11Mais on ne le disait pas forcément
25:14parce que ça faisait peur.
25:16En fait, aujourd'hui,
25:17on peut dire
25:17que c'est vrai
25:18qu'on est vulnérable
25:18et comme on le sait,
25:21on va chercher des solutions
25:22pour créer
25:24des modèles plus robustes.
25:27Il y a eu deux tendances
25:27qui ont apparu en même temps.
25:29Dire la vulnérabilité,
25:31c'est vrai qu'on est
25:32très enclin
25:33aux politiques publiques,
25:36à l'écosystème,
25:37à l'inflation,
25:38tout ça,
25:38ça a des impacts directs
25:39aussi sur nous.
25:40Mais du coup,
25:41on va aller chercher
25:41des modèles plus robustes.
25:43Et donc, aujourd'hui,
25:44on va être moins
25:44dans un monde de start-up
25:45à aller chercher
25:46de la surcroissance.
25:49Mais on va plutôt
25:49être dans un modèle
25:50de se dire
25:50comment on va chercher
25:51de la pérennité durable
25:53et sur le long terme.
25:54Et donc, ce qui est intéressant,
25:55c'est que cette vulnérabilité,
25:56elle ne vient pas seule,
25:57mais elle vient avec cette envie
25:58de créer des modèles
25:59de robustesse économique
26:01et du coup,
26:02des modèles plus pragmatiques.
26:03Et nous,
26:03c'est vraiment notre travail
26:04maintenant à La Ruche,
26:05c'est d'essayer
26:05d'accompagner
26:06le pragmatisme
26:07à la fois pour les leaders
26:09parce qu'ils sont
26:10dans une certaine incertitude
26:11et pour les modèles économiques
26:13en disant
26:13pour survivre,
26:16il faut être robuste
26:17et pragmatique.
26:18Merci beaucoup, Sophie Vannier.
26:20A bientôt sur Bsmart for Change.
26:21On passe tout de suite
26:22à notre rubrique
26:24Startups et Smart Ideas.
26:25Sous-titrage Société Radio-Canada
26:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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