00:00 Future Finance, l'édition Make the First Move dédiée à la transformation de la finance d'entreprise, vous est présentée par Lozam.
00:08 [Musique]
00:17 Salut à tous ! Modernisation de la fonction finance.
00:19 Et alors, pardon pour le terme de jargon, mais vous travaillez dans la finance, je pense que ça ne va pas vous surprendre.
00:26 On va parler de décillotage finalement avec Ludovic Delcloix. Bonjour Ludovic !
00:31 Bonjour Stéphane !
00:31 Tu es le patron de la finance et de la performance, c'est ça ?
00:35 Exactement !
00:35 Pour le groupe Auchan, donc ?
00:37 Pour le groupe Auchan, 14 pays, 32 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 160 000 personnes, oui.
00:42 Et dans décillo ?
00:44 Alors, je suis arrivé dans ce groupe il y a un peu plus de 4 ans pour m'occuper de la fonction production de l'ensemble de l'information financière
00:51 avec un passé de groupe du CAC 40. Et donc, j'ai découvert effectivement une fonction qui était très silotée avec d'un côté une finance.
00:59 Alors, une finance avec ce qu'on appelle la consolidation. Donc, c'est des gens qui sont un peu dans une tour d'ivoire
01:03 et qui produisent des chiffres mais sans savoir exactement de quoi ils parlent. Et puis à côté de ça, une performance…
01:09 Conso, sans savoir de quoi ils parlent. Ah oui, sans avoir de… Tu me fais peur là, parce que la conso quand même, ils savent de quoi ils parlent.
01:15 C'est la relation avec le business qui manque, c'est ça ?
01:17 Exactement, ils savent exactement de quoi ils parlent. Ils ont une technicité très forte, mais ils n'ont aucune sensibilité business.
01:25 Et à côté de ça, une performance qui était plutôt le point fort de chez Auchan avec une vision assez dynamique des résultats mensuels, etc.
01:34 Mais avec une manière de compter différente, c'est-à-dire des P&L éco, etc. Donc, qui ne correspondait pas à ce qui était consolidé périodiquement.
01:43 Donc, c'est un peu problématique. Et un troisième service qui était le plan. Alors le plan, c'était une sphère qui produisait de très beaux pavés,
01:50 de 500 pages que personne ne lisait avec de très beaux graphiques qui montraient une croissance de 3-4% chaque année, mais finalement,
01:57 il ne servait pas à grand-chose. Oui, voilà. Et puis, croissance qui ne se réalisait pas. C'est surprenant Ludovic, parce que, évidemment,
02:02 chacun le sait, Auchan est une entreprise familiale. On voit beaucoup ce silottage que tu viens de décrire dans des groupes cotés
02:10 parce que tu as une obligation de reporting et de communication au marché qui est souvent, il faut bien se le dire, totalement artificielle.
02:15 Enfin, tu l'as peut-être vécu, toi, dans le groupe du CAC 40 dans lequel tu avais travaillé. Qu'est-ce qu'il y a ? Juste, on ne va pas me dire,
02:21 mais qu'est-ce qui crée ces strats à un moment et qui fait que la finance s'enquilose ? C'est un peu ce que tu décris.
02:27 Exactement. Alors, ce qui crée ces strats, c'est un regard porté uniquement sur la vision P&L, donc le chiffre, la top line et puis le chiffre qui reste en bas.
02:37 Mais une vision bilancielle, finalement, dans un groupe familial qui est beaucoup moins regardé, regardé plutôt sur une fréquence annuelle
02:44 et encore avec du recul, etc. Et il faut savoir quand même que même si nous sommes un groupe familial, nous sommes une EIP,
02:50 une entreprise d'intérêt public, puisque nous émettons de la dette sur le marché. Et donc, nous avons strictement les mêmes obligations qu'un groupe coté.
02:55 Ah, dis donc ! Et c'est dans ce cadre-là que je suis arrivé là, puisqu'on publie donc un rapport financier. Avec du reporting trimestriel ?
03:00 Alors, non, le reporting trimestriel, l'information n'est pas obligatoire. Donc, nous publions sur un format semestriel.
03:06 Mais quand je suis arrivé, on produisait des rapports financiers fin août au titre des résultats du juin et fin mars au titre de l'année.
03:15 Donc, c'était assez décalé par rapport évidemment au marché. Donc, le job, ça a été de dessiloter, regrouper l'ensemble de ces équipes-là
03:23 pour qu'on puisse parler le même langage, donc arrêter des visions de comptes un peu différentes où on mettait de l'exceptionnel, des comptes éco, etc.
03:33 Pour n'avoir qu'une seule ligne, puisque de toute façon, on est obligé de produire l'information dans le rapport, qui est une information full IFRS, totalement normée.
03:41 Et donc, l'idée, ça a été de partir de cette information qui est en top et qui est communiquée au marché, puisqu'elle est obligatoire,
03:47 et de la descendre au niveau le plus fin, c'est-à-dire au niveau de l'analytique, au niveau du magasin. Donc, full IFRS, etc.
03:52 C'est ce chantier-là qu'on a mené et qui permet donc d'avoir désormais des états financiers, c'est-à-dire des P&L, mais aussi maintenant bilan et cash flow tous les mois,
04:01 qui permettent de piloter au plus près la trajectoire financière, puisque vous savez que dans nos métiers, on a une grande saisonnalité.
04:08 Attends, Louis Dehuis, tu peux la piloter magasin par magasin ?
04:11 Alors, bien sûr, on la pilote magasin par magasin, exactement, avec une analyse de rentabilité magasin par magasin, parce qu'évidemment, il ne faut pas juste regarder…
04:20 À l'échelle du monde ?
04:21 À l'échelle du monde, exactement.
04:22 Waouh !
04:23 Voilà. Et donc, c'est tout ce projet-là qu'on a mis en avant.
04:25 Enfin, juste par curiosité, ça fait combien d'indicateurs qui remontent quotidiennement, hebdomadairement, mensuellement ?
04:33 Alors, la vision P&L, puisqu'elle est mensuelle, c'est qu'on a plus de 2 000 points de vente dans le monde, dans les 14 pays aujourd'hui.
04:43 Qu'est-ce qui a été cette opération de dé-silotage, cette grande opération de dé-silotage ? En combien de temps tu l'as faite ?
04:49 Alors, on l'a faite en 2 ans, effectivement.
04:51 Qu'est-ce qui a été le plus compliqué ?
04:53 Alors, c'est un changement de culture et puis le fait de mettre tout le monde au pas sur une vision totalement normée.
05:00 Donc, il fallait beaucoup d'acculturation sur l'IFRSC.
05:04 C'est quand même quelque chose de pas très évident, surtout dans un univers, dans un groupe familial où d'autres enseignes n'ont pas ces obligations de publication,
05:14 puisqu'elles se financent par des poules bancaires. Donc, apporter cette culture-là, culture de marché, finalement, et démocratiser cette culture de marché par les débits de DA, etc.
05:24 Parce que mon obsession, c'est de pouvoir se comparer en permanence au marché, à la fois en termes de qualité de l'information, mais aussi en termes de délai.
05:33 Je te parlais des délais tout à l'heure. Désormais, depuis l'année dernière, nous publions en même temps que...
05:39 Et j'en suis très fier. Les ensembles des équipes en sont très fiers, c'est en nous publiant en même temps que nos pairs,
05:45 c'est-à-dire la grande enseigne bleue, par exemple, ou une enseigne qui est un peu en difficulté en ce moment.
05:50 C'est-à-dire qu'on publie fin février et on publie fin juillet nos résultats. Donc, ça donne beaucoup plus de rythme.
05:55 Tu viens de parler de Carrefour et Casino, là. C'est ça ?
05:57 Exactement.
05:59 Parce que Sistemu Intermarché, qui sont eux des modèles coopératifs, ne sont pas soumis à ces obligations de publication.
06:07 Non, non, exactement.
06:08 Ton sujet aussi, c'est l'ensemble du reporting extra-financier qui va devenir de plus en plus important, obligatoire, etc.
06:18 Et alors là, pour le coup, l'obligation de dessinottage, elle est totale.
06:21 Seul le business et seuls les acteurs de terrain peuvent faire remonter les données extra-financières.
06:25 Exactement. Là aussi, c'est une révolution puisqu'on a l'habitude de reporter une DPEF, une déclaration de performance extra-financière chaque année.
06:32 Malheureusement, c'était quelque chose qui était plutôt dans le giron de la RSE.
06:36 La RSE qui était une place prégnante puisque la directrice RSE est membre du Comex, donc au même titre que moi.
06:43 Mais c'était quelque chose de siloté. Là aussi, j'ai dit pour la CSRD, puisque nous sommes dans les obligations de 2024, c'est plus possible.
06:51 On ne peut pas gérer comme ça. Donc, on doit transférer la production de ce rapport au sein des équipes de la direction financière.
06:59 Puisque évidemment, tout ce que tout le monde a en tête, c'est qu'aujourd'hui, on a un rapport financier.
07:03 C'est un peu has been aujourd'hui, puisqu'on va parler de plus en plus d'un rapport de valeur qui va agréger l'extra-financier qui s'appelle CSRD,
07:10 rapport de durabilité avec le financier pour merger les deux. Donc, il faut s'y préparer.
07:14 Dès maintenant, il faut produire de manière uniforme dans le même outil tant qu'à faire l'ensemble de l'information et essayer d'être le plus pratico-pratique.
07:22 Parce qu'au bout du bout, le delivery, on doit délivrer fin février 2025 ce premier rapport.
07:27 Alors justement, il nous reste quelques secondes, mais c'est là où la technologie est importante.
07:31 C'est-à-dire toi, tu dis alors là, c'est OneStream, mais plateforme unique, finalement, devient indispensable. C'est ta conviction ?
07:38 Exactement. Elle est absolument nécessaire pour mener à bien cette transformation et surtout se projeter dans les obligations qui vont nous arriver dans les années qui viennent.
07:45 Puisque les commissaires au compte auditent aujourd'hui les comptes, mais progressivement, ils vont auditer de plus en plus de données extra-financières.
07:50 Donc, autant être tous ensemble dans la même base.
07:54 Merci pour tout ça, Ludovic. Ludovic Delcois, donc, qui nous accompagne.
07:59 Future Finance, l'édition « Make the first move » dédiée à la transformation de la finance d'entreprise, vous a été présentée par Lausanne.
08:06 [SILENCE]
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