- il y a 13 heures
Stéphane Boujnah, président du directoire d'Euronext, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce vendredi 22 mai. Il a abordé la croissance à deux chiffres enregistrée par Euronext pour le huitième trimestre consécutif, l'impact de la guerre sur l'entreprise, et la baisse de l'indice PMI, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Il est 8h18 sur BFM Business et sur RMC Live. Notre invité c'est Stéphane Boujna. Bonjour, vous êtes le
00:05président du directoire d'Euronex, je le rappelle, opérateur boursier européen avec évidemment la Bourse de Paris mais aussi celle
00:11de Milan, d'Amsterdam, d'Oslo ou encore d'Athènes.
00:14Huit trimestres que la croissance de vos bénéfices dépasse les deux chiffres. On va reparler du premier trimestre qui est
00:20record et il faudrait quand même le dire, le titre Euronex a pris 20% depuis les débuts de l
00:25'année.
00:25Vous ne faites pas partie des entreprises qui quand elles rentrent dans le CAC 40 ont une sorte de malédiction
00:30pour vous pour l'instant boursièrement et sur le plan des résultats, tout va bien ?
00:35Oui, oui tout va bien. C'est comme vous l'avez dit très justement, le huitième trimestre de croissance à
00:41deux chiffres, pas seulement d'ailleurs sur le résultat, sur le chiffre d'affaires aussi et sur le résultat net
00:46par action.
00:47Tout simplement parce qu'il y a deux effets. On est en train de tirer parti, de tirer profit de
00:56tout le travail de diversification de l'entreprise qui a été fait depuis des années.
01:01On tire parti, on tire profit de tout le travail de gestion extrêmement rigoureuse des coûts.
01:05On a une marge d'Ebida qui approche désormais 65% alors que quand l'entreprise a été mise en
01:12bourse, la marge était plutôt proche de 30%.
01:14Donc il y a un énorme travail sur les coûts et sur la gestion opérationnelle, un énorme travail sur la
01:18diversification des revenus.
01:20Et puis par ailleurs, comme une partie de notre activité est liée au volume, à peu près 17% du
01:26chiffre d'affaires d'Euronex est fait par les transactions sur les actions.
01:30Quand vous avez des mouvements comme la guerre en Iran, il se passe des rotations d'actifs, des gens qui
01:37vendent et des gens qui achètent plus par secteur.
01:40Exactement comme ce qui s'est passé l'an dernier au moment de Liberation Day quand les tarifs américains, les
01:45tarifs douaniers ont été mis en œuvre.
01:47Exactement comme deux ans avant ou trois ans avant au moment de la troisième invasion de l'Ukraine.
01:52Donc la géopolitique qui pousse à la rotation des actifs, qui pousse à la hausse des volumes, vous profite ?
01:58Oui, c'est-à-dire qu'une partie de notre activité consiste à permettre à ceux qui veulent acheter et
02:03vendre des actifs pour gérer leurs risques,
02:06d'avoir une plateforme avec le plus de liquidités possibles pour le faire.
02:10Donc les actifs qui tournent le plus, ce sont ceux qui sont liés aux hydrocarbures et les traders de tous
02:18les produits liés à la chaîne d'hydrocarbures.
02:20Mais ensuite vous avez les actifs qui sont liés aux matières premières en général, qu'elles soient agricoles ou minérales.
02:27Et puis vous avez les actions.
02:28Mais vous voyez où je veux en venir Stéphane Boujna, c'est qu'on parle de Total en disant que
02:32c'est des profiteurs de guerre,
02:33ils profitent du conflit parce qu'ils vendent du pétrole.
02:36Vous, vous êtes sur un autre secteur complètement différent, mais est-ce qu'on pourrait vous faire le même reproche
02:42?
02:42Je trouve que c'est une formule nulle, profiteur de guerre.
02:49C'est vraiment pour alimenter une théorie des complots qui n'aide pas à comprendre la réalité.
02:57Il n'y a pas de profiteur de guerre.
03:00On a une situation où M. Trump et ses alliés ont engagé des opérations.
03:08Ça a des conséquences sur un certain nombre de marchés.
03:11Ça crée de la rotation d'actifs, c'est-à-dire que des gens vendent des actions de certains secteurs
03:16qui vont être moins profitables et achètent des actions d'autres secteurs qui vont être plus profitables.
03:20La plateforme sur laquelle se font ces opérations voit ses volumes augmenter.
03:28Mais je veux dire, ce n'est pas un projet de capter ou d'alimenter...
03:34Non, non, c'est sur l'aspect rente et l'aspect...
03:38Il n'y a pas de rente.
03:38On profite d'un contexte géopolitique.
03:40Quand on était en croissance dans les autres trimestres,
03:46puisque c'est le huitième trimestre de croissance,
03:48on ne disait pas que vous êtes des profiteurs de paix.
03:50Donc, je suis au huitième trimestre de croissance à deux chiffres
03:54et il y en a eu sept autres dans lesquels il n'y avait pas la guerre en Iran.
03:57Sur les indices, justement, on le voit, ça tient.
04:00Ça tient même plus que bien parce qu'aux États-Unis, on enchaîne quand même les records.
04:05Quand on voit la différence avec les marchés obligataires
04:07qui, eux, sont plutôt en difficulté avec des taux qui montent,
04:10est-ce que cette dissonance vous inquiète, vous interpelle ?
04:15Non, d'abord, je ne suis pas né pour être inquiet.
04:16Je suis né pour prendre des décisions et essayer de traiter
04:20les problèmes que notre génération doit traiter.
04:23Donc, ce n'est pas une question d'inquiétude.
04:25Ce qui est vrai, c'est que pour prendre l'exemple de la France,
04:28le CAC est à 8 000 points.
04:31Juste avant le Covid, en 2020, le CAC était à 6 000 points.
04:35C'est-à-dire qu'on est aujourd'hui à un niveau du CAC
04:41qui est supérieur à ce qu'il était avant le Covid,
04:43avant l'invasion de l'Ukraine, avant l'arrivée de Trump,
04:45avant les tarifs douaniers, avant l'invasion.
04:48Donc, les entreprises offrent des performances
04:51que les marchés considèrent assez bonnes.
04:53Le CAC est aujourd'hui au même niveau qu'il était à peu près il y a un an.
04:56Donc, c'est dire qu'en dépit de la guerre en Ukraine,
04:59les marchés considèrent que les perspectives de croissance
05:02des entreprises du CAC 40 sont comparables à ce qu'elles étaient il y a un an.
05:07Est-ce trop optimiste ?
05:10Peut-être, mais quand on parle aux gestionnaires d'actifs,
05:13ce qu'ils vous disent, c'est que, un, les résultats publiés
05:16depuis le début de l'année par les entreprises sont bons.
05:20Deuxièmement, ils ont la conviction que la guerre
05:22est encore circonscrite géographiquement
05:24et encore limitée dans le temps.
05:26Évidemment, si ça durait encore, l'opinion changeait.
05:30Mais le sentiment, c'est que beaucoup des choses sont réversibles.
05:32Il y a un débat pour savoir combien de temps faudra-t-il,
05:35non pas pour vider le détroit d'Hormoz,
05:37mais surtout pour remettre en état
05:39les infrastructures de production et de raffinage
05:42qui ont été détruites.
05:44Bien sûr, il y a des secteurs dont on parle le plus
05:47qui sont affectés.
05:48Les hydrocarbures, la production d'hélium
05:51qui est un dérivé du gaz du Qatar, etc.
05:53Bien sûr.
05:54Mais le sentiment général, c'est qu'à l'échelle du CAC 40,
05:59ça n'a pas de différence majeure.
06:01Je pense que ça peut évoluer, parce que, bien sûr,
06:03si les choses...
06:04Vous avez vu les indices PMI d'hier sur le flash,
06:08elles sont terrifiantes.
06:10C'est-à-dire qu'on a des secteurs sur les services
06:12où on est sur une situation économique.
06:14Alors là aussi, c'est du sentiment,
06:16c'est de l'anticipation,
06:17mais on est au niveau du Covid.
06:18Mais vous avez absolument raison de souligner ce point.
06:20C'est que je parle du CAC parce que c'est un indice
06:23qu'on peut suivre dans la durée,
06:25mais qui est biaisé par le fait qu'il représente
06:27les 40 plus grosses entreprises,
06:29qui sont évidemment les plus mondialisées.
06:31Et donc, ça n'est pas l'économie française.
06:34C'est les grandes entreprises françaises.
06:35C'est différent.
06:36Et donc, quand vous faites référence aux PME,
06:40bien sûr, là, vous avez les effets de baisse de la consommation,
06:42les effets de renchérissement des entrants,
06:45et notamment des hydrocarbures,
06:46où là, probablement, vous avez des effets que vous indiquez.
06:48Et vous, vous regardez l'état de l'économie française.
06:51Vous êtes dans quelle situation ?
06:54On a vraiment deux camps.
06:54Parce qu'on a Sébastien Lecornu et le gouvernement qui dit
06:56« Tout va bien, on résiste ».
06:58Et puis, on a ceux qui, quand même, regardent la hausse des taux longs,
07:02les PMI, qui regardent la hausse du chômage.
07:04Vous êtes dans quel camp ?
07:06Je ne sais pas dans un camp.
07:07J'essaye de traiter la complexité à la place qui est la mienne dans mon entreprise.
07:13Mais si vous me demandez quelle analyse de moyen terme je fais,
07:18je pense que le sujet majeur,
07:22c'est l'impasse dans laquelle est notre système de redistribution.
07:27L'impasse totale dans laquelle est notre système d'allocation de la dépense publique.
07:34C'est ça, le vrai cancer.
07:36Vous dites « impasse ».
07:38C'est-à-dire qu'il n'y a pas de possibilité d'en sortir ?
07:41Ici, on en sort par un traitement extrêmement radical.
07:46L'impasse parce que, l'an dernier, nous avons dépensé 65 milliards d'euros
07:52des impôts que nous payons pour payer nos créanciers,
07:56pour payer le coût de notre dette publique.
07:59Cette année, nous allons probablement dépenser autour de 72 milliards.
08:04L'année prochaine, un peu plus de 80 milliards et peut-être 90 milliards.
08:10Donc, qu'est-ce que ça veut dire 80 à 90 milliards ?
08:13Ça veut dire qu'on va dépenser l'année de l'élection présidentielle
08:15pour payer nos créanciers beaucoup plus que ce qu'on paye ensemble
08:20pour les enfants qui, de l'école maternelle jusqu'au bac,
08:25les enfants et les jeunes, qui vont à l'école.
08:29Ça veut dire que l'effort qu'on nous demande d'allouer à nos créanciers,
08:33qui est lié à notre stock de 3 400 milliards de dettes,
08:36au fait qu'on émet 350 milliards de dettes environ en plus chaque année,
08:40est colossal.
08:41Donc, quand vous avez ce niveau d'endettement
08:43et une démographie qui est défavorée,
08:45avec moins de gens qui entrent sur le marché de travail
08:47que de gens qui en sortent,
08:48eh bien, vous avez une situation qui est une impasse
08:51sauf à agir sur plus de quantité de travail,
08:56moins de dépenses publiques
08:57et plus de prélèvements sur la consommation.
08:59Est-ce que vous parlez aux candidats,
09:01la multitude de pré-candidats à la présidentielle ?
09:04Est-ce que certains vous interrogent justement
09:06sur la situation économique du pays ?
09:08Est-ce que vous avez des échanges ?
09:09Oui, oui, pas tous,
09:10mais oui, c'est un certain nombre qui sont curieux de savoir
09:13pas seulement ce qu'il faut faire,
09:15parce que ça, tout le monde a à peu près une idée précise
09:17de ce que je décris comme étant une impasse,
09:19mais sur la manière de doser la répartition de l'effort, etc.
09:24Et en fait, ce que je leur dis,
09:25parce que Euronext opère la bourse d'Athènes,
09:28de Lisbonne, de Milan, de Dublin,
09:32donc de 4, de 5 pays qu'on appelait autrefois les PIGS,
09:35les parcs Portugal, Irlande, Italie...
09:37Ils sont loin de la situation d'il y a 15 ans.
09:40La Grèce célèbre sa troisième année d'excédent budgétaire,
09:43le Portugal aussi.
09:44Donc, ce que je leur dis, c'est que d'autres l'ont fait.
09:47D'autres l'ont fait de manière assez radicale,
09:49ont demandé à leur proposition des efforts
09:50pour se sortir de l'impasse de la dette.
09:52Avec des larmes, oui.
09:53Avec des larmes, mais ça c'est l'effort.
09:54Vous savez, Thucydide disait se reposer ou rester libre,
09:57il faut choisir.
09:58On peut continuer à emprunter beaucoup
10:00et à laisser de la dette à nos enfants,
10:04ça c'est très facile.
10:05Simplement, à un moment, le gratuit n'existe pas.
10:07Il faudrait bien rembourser cet argent.
10:09Parce qu'on dit que les Français ne savent pas faire de sacrifices.
10:12En fait, ils font un sacrifice
10:14de manière assez radicale, déterminée,
10:17tous les jours.
10:18C'est le sacrifice de leurs propres enfants.
10:19Parce que quand vous décidez
10:21de laisser cette montagne de dettes à vos enfants,
10:23de consommer plus que ce que vous pouvez vous payer,
10:27vous laissez la dette à vos enfants.
10:28Donc, on discute de ce genre de choses.
10:32Après, la question, c'est la faisabilité politique
10:35de ce genre d'exercice et quel est le dosage
10:37qu'ils pourront mettre dans le débat présidentiel
10:39de la partie du sang, de la sueur et des larmes
10:44par rapport à, demain, distribution gratuite de Tchouros.
10:48Il nous reste quelques secondes.
10:49Vous discutez avec tout le monde
10:50ou vous faites partie de ceux qui pensent
10:51qu'il ne faut pas discuter avec certains partis politiques
10:53comme le Rassemblement National, par exemple ?
10:55Non, je n'ai pas eu de dialogue avec le Front National,
11:00le Rassemblement National.
11:01À mon âge, on dit encore Front National.
11:04Ni avec LFI, d'ailleurs.
11:06Je pense que si ces gens-là nous invitent à l'Assemblée,
11:10évidemment, nous irons au Sénat.
11:13Enfin, en l'occurrence, il n'y a aucun des deux au Sénat.
11:15Mais publiquement ?
11:17Oui, non seulement il faut que ce soit public,
11:19il faut que ce soit dans le cadre des institutions.
11:20Moi, je parle à tous ceux que les Français ont élus
11:23pour les représenter au Parlement, pour les aider
11:25à se former une opinion au Parlement, pour écrire la loi.
11:29En revanche, je ne souhaite pas légitimer, crédibiliser
11:35des forces qui sont des forces de la fermeture, du repli
11:39et qui sont, de mon point de vue, toxiques à la prospérité des entreprises.
11:45Quand on propose d'inverser la hiérarchie des normes
11:48et de rendre la loi française supérieure au traité,
11:55ce qu'on propose, en fait, c'est de quitter l'Union européenne
11:57parce qu'il n'y a pas de construction européenne possible
11:59sans la hiérarchie des normes qui prévaut.
12:00Là, vous parlez de la Rassemblement nationale.
12:01Non, mais c'est très important.
12:03Ce n'est pas un préjugé que j'ai, ce n'est pas un sentiment.
12:08C'est une opinion qui est que, bien sûr, à l'intérieur de mon entreprise,
12:11je suis d'une neutralité absolue et chacun respecte le lieu de l'entreprise
12:18de la manière la plus neutre possible.
12:20Mais si on est convoqué ou invité au Parlement,
12:22on doit y aller parce que ce sont des gens qui sont élus par les Français
12:25qui nous reçoivent.
12:26Mais sur le fond, pour contribuer au débat public,
12:29je pense que c'est très grave de prendre des risques,
12:33de sombrer dans l'Europe.
12:35Parce que les Français seront plus pauvres
12:36si on sombre dans un détricotage de la construction européenne.
12:40Merci beaucoup Stéphane Bougelin d'être venu ce matin
12:42dans la Matinat de l'économie.
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