00:01Bonjour Charles, merci de nous accompagner ce matin. Vous êtes responsable mondial de la stratégie action de Société Générale CIB.
00:08Avec vous on va parler des records, encore et toujours à Wall Street, encore hier soir sur le S&P
00:13500 et sur le Nasdaq de cette saison de résultats qui s'achève en Europe mais aussi aux Etats-Unis.
00:18Et puis tiens de cet écart de performance entre le Nikkei et le Topix, deux indices stars de la bourse
00:24japonaise avec d'un côté c'est vrai le Nikkei qui enchaîne des plus hauts.
00:28Et puis le Topix qui n'est pas très loin de ses plus hauts mais qui depuis le conflit en
00:33Iran sous-performe très clairement son grand frère.
00:37Alors ce n'est pas parce que je suis le frère aîné que j'aime voir cette surperformance mais ce
00:43que vous évoquez là Etienne, effectivement en fait c'est finalement une américanisation des indices japonais.
00:49Ce que je veux dire par là c'est que le Topix qui est pondéré par les prix, enfin qui
00:52est pondéré par les capitations boursières, à la différence de son camarade le Nikkei qui lui est pondéré par les
00:56prix, ne bénéficie pas de cette bulle tech.
00:59On peut appeler bulle ou boum en tout cas de la tech puisqu'on a à peu près trois valeurs
01:04dans l'indice Nikkei qui font 50% globalement de la performance.
01:08Donc ce que l'on observe aux Etats-Unis, on l'observe aussi en Asie.
01:11Donc c'est moins une coloration japonaise qu'une réalité sur le secteur de la technologie.
01:15Sans parler bien sûr de la bourse de Séoul où là ça tient à deux valeurs avec SKINX et Samsung.
01:21Tout ça fait dire que les marchés asiatiques sont sur des plus hauts historiques, Wall Street également.
01:26Et puis au milieu de ces deux continents, il y a l'Europe qui est à la traîne parce que
01:29malheureusement on n'a pas assez de valeurs technologiques.
01:32Comment vous aujourd'hui en tant que responsable mondial de la stratégie action de Société Générale CIB,
01:36vous arrivez à naviguer dans ce marché qui d'un côté enchaîne les records historiques de part et d'autre
01:42du monde
01:44et puis entre deux l'Europe qui est à peine, on le voit encore ce matin, le CAC 40 est
01:47sous les 8000 points.
01:48Oui, alors en fait il y a une autre dimension dans cette équation aussi, c'est la crise en Iran
01:54et le fait que l'on fait le constat de notre fragilité énergétique en Europe.
01:59Et un certain nombre de pays émergents font le même.
02:02En fait on a d'un côté, d'un point de vue macroéconomique, une incertitude
02:06et une pression sur les prix pétroliers qui fait que lorsque vous dépendez du baril, vous êtes plus fragile.
02:13C'est le cas de l'Europe, c'est le cas d'un certain nombre de pays émergents.
02:16Et puis effectivement la continuation de ce rallye dans les valeurs liées à l'IA.
02:21Lorsqu'on relève les compteurs lors de cette saison de résultats, on a eu les principaux chiffres aux US,
02:27on est passé en termes de dépenses, de CAPEX liées à l'IA, à 755 milliards de dollars aux Etats
02:34-Unis,
02:35c'est-à-dire une hausse massive déjà par rapport à 2025 qui était un gros chiffre.
02:39Vous évoquiez d'ailleurs la Corée, ça commence presque à donner des idées.
02:43Ce matin le marché coréen prend un petit peu de retrait parce que certains se disent
02:46tiens il y aurait peut-être un dividende civique à faire payer sur les super profits de l'IA.
02:51Ça me rappelle un petit peu ce qu'on a vu sur les taxes sur les super profits des pétroliers
02:54quand il y a beaucoup d'argent sur la table.
02:56À un certain moment ça donne de la créativité fiscale,
02:59mais ce que ça montre aussi c'est que c'est là que se trouve la véritable croissance des profits
03:04pour l'instant.
03:05Et en Europe c'est vrai qu'on n'a pas assez d'acteurs majeurs qui puissent porter les indices.
03:10La bourse est toujours dans l'anticipation.
03:12Alors là sur ces valeurs liées aux semi-conducteurs, elle ne s'est pas trompée
03:15puisque c'est vrai que cette saison des résultats trimestriels a été fantastique pour Samsung
03:21qui va devenir l'une des entreprises les plus rentables du monde cette année
03:24pour SKINX également.
03:26Mais une fois qu'on a vu ces titres doubler ou presque là depuis le début de l'année,
03:30comment aujourd'hui on alloue son argent ?
03:32Comment on conseille ses clients, Charles de Boison,
03:35dans le sens où les arbres ne montent pas jusqu'au ciel
03:37et où on n'a pas comme ça des valeurs liées aux semi-conducteurs
03:40qui vont doubler tous les trois mois ?
03:42Non, effectivement, ça fait partie des discussions clés avec nos clients.
03:46C'est ce qu'il y a de la complaisance dans les marchés.
03:48Est-ce qu'on s'habitue à des prix qui montent sans arrêt ?
03:53Corneille, pas le dramaturge, le chanteur canadien,
03:56disait « dis-moi, dis-moi, le prix des étoiles filantes ».
03:59Et de fait, la question de la valorisation,
04:01elle n'est pas encore vraiment à l'heure actuelle.
04:04C'est plutôt presque un TINA.
04:05Il n'y a pas d'alternative pour utiliser l'acronyme américain.
04:10Les gens sont portés en se disant
04:11« s'il y a peu de croissance, je vais la prendre là où elle est ».
04:15Ce sont les actions liées à la technologie américaine.
04:17« Si j'ai des craintes sur le prix de l'énergie, je vais éviter d'être sensible à ça
04:21».
04:21Et on est tous invités à beaucoup de modestie
04:24quant à notre capacité à anticiper l'issue de la guerre.
04:27Bien fort qu'il dira.
04:28Ça fait déjà quatre ans et plus qu'en Ukraine,
04:31malheureusement, la guerre continue.
04:33Donc nous, nous avons d'abord une approche qui est de dire
04:35« nous n'allons pas parier sur une issue binaire ».
04:39Nous ne savons pas.
04:40On peut se dire que l'administration Trump,
04:43à l'horizon des élections de mi-mandat,
04:45a plutôt intérêt à ce qu'il y ait une forme de résolution.
04:48Mais on voit bien que d'un jour à l'autre, ça dépend.
04:51En revanche, se dire quelles sont les thématiques plus long terme.
04:53Donc éviter le bruit, se concentrer sur le signal.
04:56Par exemple, cette thématique que j'évoquais de dépendance énergétique,
05:00elle fait sourdre cette thématique de souveraineté en Europe.
05:03C'est un des axes clés.
05:04L'autre axe clé, c'est d'être plutôt sur la commande publique
05:07que la dépense privée.
05:09J'ai plus confiance dans les grands plans de relance.
05:12« One big beautiful bill act » aux États-Unis,
05:14les plans en Allemagne,
05:16plutôt que d'espérer que le consommateur véritablement se relève.
05:18Et d'ailleurs, dans la saison de résultats,
05:20on le voit, les secteurs le plus liés à la consommation en Europe
05:22ont été à la traîne.
05:25Donc, discernement moyen terme,
05:28j'ai envie de dire qu'on reste agnostique
05:30sur l'issue de la guerre court terme.
05:32La croissance, elle est visible sur ce secteur technologique.
05:35C'est vrai que ça attire les flux.
05:36Je comprends ce phénomène TINA.
05:38C'est vrai que ça faisait longtemps qu'on n'avait pas entendu TINA.
05:40C'était depuis les taux.
05:41C'était toujours son dernier concert, mais les zéros.
05:45Mais néanmoins, il n'y a pas que la tech.
05:47Comment aujourd'hui, on trouve des secteurs attirants ?
05:49Alors, c'est vrai qu'il y a le secteur énergétique,
05:51mais si demain, c'est la fin de la guerre au Moyen-Orient,
05:54et bien sûr, on le souhaite tous,
05:55le pétrole va baisser et donc les valeurs énergétiques également.
05:58Donc, c'est vrai que ça ne fonctionne plus.
06:01Quels sont les autres secteurs aujourd'hui qui vous attirent ?
06:04Effectivement, il y a des risques liés à la durée de cette crise pétrolière.
06:09Pour l'instant, on est en train de parler d'impact d'inflation,
06:13d'éventuelle stagflation, pas de récession encore.
06:17Nous, on a plutôt envie de se dire qu'on reste, je dirais,
06:21sur des valeurs qui parfois sont un peu oubliées,
06:23industrielles, qui font de l'électrification.
06:25Je l'avais évoqué sur votre plateau il y a quelques séances.
06:29On voit de grands plans d'investissement sur l'outil productif,
06:33même l'électrification, les câbles, etc.
06:35Alors, ça ne fait pas forcément rêver les gens de se dire
06:37« je change de compte électrique ».
06:38Enfin, c'est la réalité économique de ces centres de données,
06:42ces data centers dont on parle.
06:43Il faut bien un moment envoyer du pouvoir,
06:45enfin, du pouvoir, de l'énergie là-dedans.
06:48À l'inverse, je dirais que des secteurs comme l'automobile en Europe,
06:51ça reste compliqué.
06:52On peut dire « c'est pas cher, c'est pas cher ».
06:54Enfin, tout a un prix,
06:56mais parfois, pour de bonnes raisons,
06:59on ne paye ça pas grand-chose.
07:03La consommation discrétionnaire,
07:04on voit le luxe, c'est vrai,
07:05typiquement à Paris qui plombe,
07:07le CAC 40 qui explique une bonne partie du CAC 40.
07:10Est-ce que dans cette consommation discrétionnaire,
07:12vous voyez des éléments positifs
07:14où vous dites « le jour où la guerre va s'arrêter,
07:16ça va reprendre, typiquement,
07:18quand le moral des consommateurs reviendra, par exemple ? »
07:21Oui, alors, je vais être clair,
07:23non, pas pour l'instant.
07:24Voilà.
07:25D'abord, parce que ceux qui ont des économies,
07:27ce sont ceux qui ont beaucoup d'argent.
07:29On a toujours parlé des économies mises de côté
07:32qui éventuellement seraient redéployées.
07:34La réalité, c'est que le rapport à la consommation
07:36des gens qui ont beaucoup d'économies
07:37n'est pas le même que ceux qui ont peu d'économies.
07:40Donc, espérer qu'il y ait une relance dans le vêtement,
07:42dans parfois le tourisme, dans l'automobile,
07:45personnellement, ce n'est pas un péril
07:46que je suis prêt à faire.
07:48Par ailleurs, on le voit,
07:51on a réussi dans cette saison
07:52à battre des attentes de profit,
07:54de croissance qui étaient quand même relativement faibles.
07:56Alors, comme dirait Corneille,
07:57cette fois-ci, le dramaturge,
07:58pas le chanteur, à vaincre sans péril,
08:00on triomphe sans gloire.
08:02En Europe, c'était vraiment la phrase clé
08:04pendant cette saison.
08:05Faire mieux que 3%, n'importe qui peut le faire.
08:07Sauf qu'aux Etats-Unis,
08:08c'est les trois quarts des secteurs
08:09qui ont une croissance à deux chiffres,
08:10même à plus de 20% de leur profit.
08:13Et même cette attente très faible,
08:16on a réussi à ne pas y arriver
08:18dans ces secteurs de la consommation.
08:19Donc, non, moi,
08:20espérer un rebond comme ça de la conso,
08:22ça n'est pas le choix que je fais.
08:25Merci beaucoup de nous avoir partagé
08:27vos convictions ce matin.
08:28Charles de Boison,
08:28responsable mondial de la stratégie
08:30Action de Société Générale,
08:32CIB, pour dresser un petit peu
08:33les grandes performances
08:34des indices mondiaux et de ces secteurs,
08:36sachant que la période de résultats trimestriels
08:38se termine, se clôture,
08:40que ce soit en Europe,
08:41mais aussi aux Etats-Unis.
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