- il y a 27 minutes
William Perrier, directeur général de Cycles Lapierre, était l'invité d'Erwan Morice dans Good Morning Business, ce vendredi 14 août. Ils sont revenus sur les répercussions de la faillite de la maison mère Accell sur le développement de la marque Lapierre ainsi que les procédés de la recherche de repreneur, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Fabricant de vélo, cherche, repreneur, Lapierre, le spécialiste Dijonais du cycle est plombé par la faillite du groupe Axel, sa
00:07maison mère.
00:08La marque française a demandé au début du mois à être placée en redressement judiciaire.
00:12Bonjour William Perrier.
00:13Bonjour.
00:14Merci d'avoir accepté notre invitation.
00:16Vous êtes directeur général des cycles Lapierre.
00:19Alors le tribunal de commerce de Dijon doit examiner la situation de l'entreprise dans une dizaine de jours.
00:24Audience le 25 août, une première audience qui doit permettre au juge de statuer sur l'ouverture ou non d
00:30'une procédure de redressement judiciaire.
00:32Une période d'observation, là, c'est cette dizaine de jours qui arrive pendant laquelle vous voulez démontrer peut-être
00:37que vous êtes capable de poursuivre l'activité
00:41et de maintenir en vie cette entreprise qui fête cette année ses 80 ans.
00:45Oui, effectivement, le 25 août sera une date un peu cruciale en cette année des 80 ans de la marque
00:51Lapierre.
00:53La situation des cycles Lapierre et indirectement du groupe Axel est juste la conséquence de la période post-Covid
01:02où au final le vélo a été au cœur de tous les ménages, la demande a été importante
01:08et l'outil industriel et pas que Axel ou pas que les cycles Lapierre s'est un peu déréglé pendant
01:13cette période,
01:14pas que dans l'industrie du vélo d'ailleurs.
01:16Et à partir du moment où les choses se sont remises en place, la demande s'est stabilisée
01:20et donc ça a créé des stocks énormes et les entreprises comme les nôtres n'aiment pas le stock parce
01:24que ça coûte de l'argent.
01:26Et donc pour réduire ces stocks-là, on a dû mettre en place tout un tas d'actions
01:31qui malheureusement ont impacté nos marges et donc les résultats de l'entreprise.
01:34Et on a essayé au cours des dernières années de courir après cette performance de restructuration financière au niveau du
01:43groupe
01:44et malheureusement des discussions de rachat avec un partenaire étranger qui ont échoué à la fin du mois de juillet
01:51et qui nous ont conduit dans cette situation.
01:53Donc ce n'est pas l'été que vous attendiez bien sûr, on annule les vacances, on se met en
01:58ordre de bataille
01:59pour essayer de sauver l'entreprise, là c'est la priorité et le cap pour sauver aussi une centaine d
02:05'emplois.
02:07Exactement, oui effectivement ce n'était pas l'été attendu, la semaine dernière le 5 août on a annoncé à
02:12tous nos employés
02:13cette demande de redressement judiciaire et le fait que le groupe Axel auquel on appartenait déposait le bilan.
02:19Bien évidemment il y a eu plusieurs sentiments, le premier c'est la frustration, la colère etc.
02:26Et de suite le collectif s'est mis en ordre de marche, donc les salariés sont venus nous voir très
02:31rapidement
02:32pour savoir comment ils pouvaient agir etc.
02:35J'ai la chance d'être bien entouré avec le comité de direction et je tiens à les remercier
02:39parce que leur été aussi a été chamboulé, les derniers jours et le dernier week-end aussi
02:46mais c'est notre façon à nous de répondre à ce challenge.
02:50Alors on le sait et vous l'avez parfaitement expliqué, c'est aussi un problème structurel dans votre industrie
02:55après les années fast Covid où le vélo a explosé, on avait même du mal, il fallait attendre parfois des
03:01semaines
03:01quand on commandait son vélo pour le recevoir.
03:04On a vu, c'est une autre histoire, mais Marc Simoncini avec Angèle aussi qui a fini par revendre et
03:10mettre fin à ce projet.
03:12Alors votre entreprise, et vous l'admettez bien sûr, elle est en difficulté
03:15mais la situation quand même elle s'est améliorée ces derniers temps.
03:1919 millions d'euros de pertes en moins en un an.
03:23Si cette trajectoire se poursuit, c'est probablement ce que vous espérez,
03:27il y a peut-être un espoir que quelqu'un accepte de se lancer dans ce projet avec vous.
03:34Effectivement, alors juste pour rebondir sur la première partie de votre point sur le marché.
03:38Le marché, effectivement, quand on regarde le pic Covid, etc.,
03:42on est en recul sur l'exercice 2025, un peu plus de 3 milliards d'euros.
03:46Par contre, quand on prend un peu de distance et qu'on compare à 2019,
03:50qui était finalement l'année de référence, le marché continue de croître.
03:54Et quand on voit les différentes politiques et les développements des infrastructures,
03:57et je pense qu'ici à Paris, c'est la ville citée en exemple,
04:02les mœurs sont évoluées et finalement, c'est les conséquences positives de cette période Covid,
04:08c'est que les gens ont compris que se déplacer à vélo, ça pouvait faire partie de la solution du
04:12quotidien.
04:13Ça, c'est le premier point.
04:14Concernant notre entreprise, effectivement, on n'a pas attendu d'être dans cette situation pour agir.
04:19J'ai pris mon poste en février 2024 et j'ai eu une approche plutôt pragmatique.
04:26Quand vous perdez de l'argent, vous devez essayer d'arrêter cette hémorragie-là.
04:30Donc effectivement, on a réduit nos pertes entre l'exercice 24 et 25.
04:34On a attaqué l'exercice 26 en se disant, très certainement, on va perdre des parts de marché
04:39parce qu'on souhaite se recentrer sur des vélos qui nous amènent de la marge
04:43pour faire cette fameuse bascule dans notre compte de résultats.
04:45Quel type de vélo alors ?
04:47Écoutez, les tendances marché supportent les vélos route, compétition et gravel.
04:53C'est l'un des seuls segments sur le marché qui continuent de progresser plus de 10% par rapport
04:59à 2025.
05:00Et l'électrique ?
05:00L'électrique se stabilise et est un petit peu en retrait par rapport aux projections que le marché et qu
05:07'on se faisait.
05:08Mais voilà, il y a des catégories qui fonctionnent toujours comme ça.
05:11Bien évidemment, le vélo du quotidien électrique fait partie des trois segments que je citais.
05:16Et on a du coup structuré et focalisé notre offre sur ces modèles-là pour pouvoir nous permettre de, au
05:23final,
05:24retrouver de la performance et de la marge pour permettre à notre compte de résultats d'inverser cette situation.
05:31Et quand on regarde sur les six premiers mois, la trajectoire que vous décriviez continue.
05:37Donc effectivement, ça fera partie aussi des éléments qu'on apportera dans les discussions avec nos investisseurs.
05:43Mais la priorité, c'est le tribunal de commerce.
05:46Et je suis persuadé qu'ils seront sensibles aux actions qu'on a déjà menées.
05:49Mais c'est possible pour vous, William Perrier, de conserver une production française à l'heure où on voit que
05:56la production chinoise aussi se déverse sur le marché européen.
05:59On en parle dans l'automobile, mais c'est vrai aussi dans le cycle, dans votre activité, avec des prix
06:04qui sont quand même bien inférieurs.
06:06Peut-être aussi la qualité, mais à ce que vous faites chez La Pierre ?
06:10Avant effectivement de parler de la façon dont on se bat depuis des années pour garder notre industrie en France,
06:16effectivement, vous soulevez un sujet qui fait partie des problématiques structurelles de notre marché.
06:23Et c'est mon combat en tant que...
06:25Alors je suis directeur général des cycles La Pierre, mais aussi élu à l'Union des entreprises Sports et Cycle,
06:30qui est le syndicat de notre industrie.
06:32Et je mène une bataille avec mes confrères depuis quelques mois sur ces fameux faux vélos.
06:38Alors vous en voyez ici, c'est les fameux vélos où vous n'avez pas besoin de pédaler.
06:43Les fat bikes.
06:43Les fat bikes.
06:44Qui sont très dangereux d'ailleurs, qui roulent sur des pistes cyclables.
06:47Très dangereux, parce que si je prends ma casquette de chef d'entreprise,
06:51ils pénalisent nos entreprises parce que niveau normes, sécurité,
06:55ils sont complètement hors cadre, alors que nous, on investit pour respecter les normes.
07:00Ça, c'est le premier sujet.
07:02Et puis, c'est grosso modo des adolescents ou des personnes qui prennent un risque au quotidien
07:09parce qu'ils vont plus vite que 25 km heure.
07:13Et c'est des vélos qui ne respectent pas malheureusement les normes de sécurité.
07:17Donc ça, c'est malheureusement des sujets sur lesquels on a...
07:20Mais ça, à la rigueur, oui, vous pouvez le dénoncer, mais vous n'avez pas la main.
07:24C'est pas vous qui allez changer la situation.
07:25Je pense qu'en tant qu'élu à l'Union des entreprises Foire et Cycle,
07:28on discute énormément avec le gouvernement.
07:31Mais est-ce que ça bouge ?
07:31Il y a déjà des actions qui ont été menées pour faire en sorte de limiter la propagation de ces
07:37vélos-là.
07:38On le voit, il y a des pays en Europe qui ont statué, comme les Pays-Bas.
07:42Il faut un peu de courage.
07:43On parle souvent de courage managérial dans les entreprises.
07:45Un peu de courage politique aussi pour agir sur ces sujets-là.
07:48Il en va de la sécurité de nos utilisateurs.
07:52L'industrie française n'est pas morte.
07:57On a des gros acteurs en France.
07:58Il n'y a pas que Lapierre qui assemble des vélos en France.
08:00On pense à Moustache dans les Vosges ou dans l'ouest de la France avec MFC.
08:07On s'est battus au sein de notre organisation, au sein du groupe,
08:10pour maintenir cette activité-là parce qu'on a un savoir-faire.
08:13Et malheureusement, il s'est un peu évaporé et déplacé au fil des années.
08:16Mais à Dijon, on assemble entre 20 et 25 000 vélos haut de gamme.
08:21Chaque année ?
08:22Chaque année.
08:23Quand on parle de haut de gamme, ça nécessite de la précision.
08:25Ça nécessite un savoir-faire.
08:26Et on s'est battus pour cela.
08:28Quand on en parle avec nos politiques locales,
08:31d'ailleurs ancien ministre François Rebsamen ou Nathalie Kunders, maire de Dijon,
08:36ce sont des éléments qui sont clés dans le sujet de Lapierre.
08:41Donc on espère que cette volonté d'assembler à Dijon,
08:44cette volonté de relancer cette marque française, intéressera des investisseurs.
08:47Vous nous avez parlé d'une piste qui est tombée à l'eau fin juillet.
08:51Est-ce que vous avez reçu depuis d'autres marques d'intérêt ?
08:54Ou est-ce que vous-même, vous avez rencontré des personnes possibles repreneurs ou investisseurs ?
08:58Écoutez, Lapierre fait partie des fleurons de l'industrie française.
09:04Donc les marques d'intérêt, on en a eu déjà au cours des derniers mois.
09:08Bien évidemment, depuis mercredi dernier, mon compte LinkedIn reçoit énormément de messages.
09:14Et je pense qu'il va falloir être, comment dirais-je, pragmatique dans la réception de ces demandes
09:19et ne pas partir dans tous les sens.
09:21Et ça, c'est ce sur quoi je m'engage.
09:23Maintenant, effectivement, on a reçu entre 10 et 15 marques d'intérêt.
09:26Dans ces 10-15 marques d'intérêt, il y a toutes différentes typologies d'investisseurs.
09:31On ne va pas faire les fines bouches si on arrive à une étape de notre avenir.
09:35Parce que le temps est limité aussi.
09:36Le temps est limité, tout dépendra de la décision du tribunal de commerce.
09:40Mais on a déjà cartographié finalement les typologies d'investisseurs
09:44avec lesquelles on souhaiterait potentiellement s'engager.
09:47Je le dis, je ne vais pas faire de promesses de dire
09:49« Ok, je vais uniquement me focaliser sur ces typologies-là ».
09:52Mais on a appartenu à un grand groupe qui a voulu jouer avec un portefeuille de marques
09:57et au final fragiliser l'ADN de la marque Lapierre.
09:59Donc, ce n'est peut-être pas la direction première.
10:02On a appartenu aussi à un fonds d'investissement
10:06et la financialisation de notre industrie.
10:08À la finalité, elle est très complexe parce qu'au final,
10:12on est une industrie qui est très petite
10:14et qui fonctionne de manière parfois un peu archaïque.
10:19Donc voilà, on sait où on veut aller.
10:22On sait les efforts qu'on a faits pour intéresser.
10:25Quelles raisons, pour terminer, ce que vous voyez d'être optimiste
10:28et qu'est-ce que vous dites aux éventuels investisseurs,
10:31justement entrepreneurs qui nous écoutent
10:35et qui peut-être s'intéressent ou auraient des raisons de s'intéresser à ce projet
10:39qui est un projet entrepreneurial, industriel ?
10:42À 100%. Je le disais tout à l'heure,
10:44on a des hommes et des femmes qui se battent maintenant depuis 80 ans
10:48pour faire en sorte que cette marque existe sur le marché français.
10:52Lapierre fait partie des top marques sur le marché français.
10:55Donc, ils n'achètent pas une coquille vide,
10:57ils achètent un nom et une notoriété,
11:01un réseau de distribution de plus de 800 revendeurs
11:03et un chiffre d'affaires assuré.
11:05Ils achètent aussi potentiellement une entreprise
11:10qui a déjà amorcé sa transformation,
11:12qui n'a pas attendu d'être au pied du mur pour se réinventer.
11:18Et le troisième point, non des moindres,
11:21même si le marché se transforme,
11:24la mobilité douce, le sport,
11:27on l'a vu, l'engouement lors du dernier Tour de France,
11:30femmes et hommes,
11:31avec les champions français comme Paul Sexas ou autres.
11:34Le vélo, qui soit du quotidien ou sportif,
11:37est redevenu à la mode
11:39et c'est à la finalité ce qu'on prônera
11:42au tribunal de commerce et aux investisseurs.
11:44Et on ne peut que vous souhaiter de réussir
11:47à sauver cette belle entreprise française,
11:49Lapierre.
11:50Merci beaucoup d'être venu.
11:51Merci pour ce témoignage aussi,
11:53William Parier,
11:54directeur général des cycles Lapierre.
Commentaires