00:00Le dernier quart d'heure de Smartbourg, chaque lundi, c'est notre quart d'heure américain consacré à l'actualité politique, économique américaine.
00:12Et Pierre-Yves Dugas que nous retrouvons à distance, notre correspondant américain.
00:16Bonsoir et bienvenue Pierre-Yves, tous mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année 2026.
00:22Avant d'évoquer 2026 avec vous, Pierre-Yves, petit retour en arrière sur l'année 2025.
00:27J'aime bien cette histoire dans les marchés.
00:30Alors est-ce que c'est un changement profond ou est-ce que c'est une parenthèse ?
00:34En tout cas, le retail à la main.
00:37Et quand je dis le retail, ce sont les investisseurs particuliers qui, en 2025,
00:42ont sans doute mieux navigué que les grands investisseurs institutionnels et autres gestionnaires d'actifs dans l'univers des marchés, Pierre-Yves.
00:50Oui, c'est un phénomène manifeste en 2025 et qui a toute chance de continuer en 2026.
00:59Sa manifestation la plus spectaculaire s'est produite au mois d'avril.
01:03On en parlait à l'instant avec nos invités.
01:06Le 3 avril, quand le marché perd 5 %, les particuliers sont acheteurs nets.
01:16Ils ont injecté ce jour-là 3 milliards de dollars de flux dans des actions.
01:22Et ça a duré tout le mois.
01:25Et les institutionnels se sont laissés, dans un premier temps, déborder.
01:29Ils ont eu peur des annonces faites par Donald Trump ce jour-là en matière de droits de douane.
01:35Annonces qui étaient bien plus inquiétantes que ce qu'ils avaient anticipé.
01:39Mais les particuliers, eux, ont sauté à pieds joints sur l'occasion de « buy the dip », comme on dit en anglais.
01:46C'est-à-dire de profiter de ce creux pour rafler des actions qui étaient brusquement soldées.
01:53Et les institutionnels ont été à la traîne et ont dû ensuite prendre plusieurs semaines avant de rattraper tout cela.
02:00Les particuliers représentent plus de 20 % du volume de transactions désormais.
02:07C'est plus qu'il y a quelques années.
02:10Et ils jouent un rôle moteur.
02:12Vous savez, traditionnellement, on dit à Wall Street, avec une certaine condescendance,
02:16il y a le « smart money ».
02:18C'est les institutionnels qui disposent de moyens et d'informations considérables,
02:23notamment sur les flux de la clientèle institutionnelle.
02:30etc., sans parler de leur puissance de recherche et de leur réseau d'informations.
02:36Et puis, il y a le « dumb money », l'argent idiot,
02:39qui, traditionnellement, en tout cas pendant des décennies,
02:42a été l'argent des particuliers qui ont toujours raté le creux de la vague
02:46et sont arrivés trop tard.
02:48Le contraire s'est produit à la sortie du confinement.
02:51Ce sont, en 2020, déjà les investisseurs particuliers
02:57qui ont les premiers compris que le moment était venu d'acheter
03:01et les institutionnels se sont retrouvés en retard.
03:05La même chose s'est produite cette année au mois d'avril.
03:08JP Morgan a fait des calculs et a observé
03:10qu'une forte proportion de portefeuille d'investisseurs individuels
03:15a battu les indices cette année et a battu des professionnels.
03:20Et c'est intéressant de voir que deux phénomènes.
03:24D'abord, les particuliers, maintenant, sont sur tous les marchés.
03:28Les cryptos, les marchés de matières premières,
03:32et par le biais de fonds cotés,
03:34des marchés qui étaient jusqu'à présent réservés aux professionnels
03:38par le « private equity ».
03:41Deuxième phénomène intéressant, ils sont de plus en plus jeunes.
03:44Il y a une statistique qui m'a fait tomber de ma chaise
03:46qui, je pense, vous surprendra, Grégoire.
03:51Je m'accroche.
03:52On a posé la question en 2015 à des Américains
03:57entre 22 et 25 ans.
03:59On leur a demandé « Avez-vous, dans votre compte chèque,
04:01puisé pour investir dans des actions ? »
04:05En 2015, 6% d'entre eux l'avaient fait.
04:10En 2025, un tiers l'a fait.
04:13Ils ont découvert la bourse au moment du confinement.
04:18Ils s'embêtaient à la maison.
04:19Ils ont toutes sortes d'applis qui sont conçus pour les jeunes.
04:24Itoro, Robin Hood, Jean Passe et des meilleurs.
04:29Ils sont accros d'une forme de boursicotage
04:33qui leur rappelle le jeu, le casino et les paris sportifs.
04:37Ce n'est pas forcément une bonne nouvelle.
04:38Et ils sont là pour rester.
04:42Et ils sont d'autant plus jeunes
04:43qu'ils n'ont pas connu,
04:45comme certains usagers suivent mon regard,
04:49le pic du Nasdaq en 2000.
04:53Et le Nasdaq, qui, de 2000 à 2022,
04:55a perdu 78%.
04:57Ils étaient trop petits pour s'en rappeler.
05:00Et on a également oublié de leur dire,
05:02probablement,
05:03qu'avant que le Nasdaq ne retrouve son niveau de 2000,
05:07il a fallu attendre 2015.
05:09Nous avons, avec l'apparition
05:11de cette nouvelle génération d'investisseurs
05:15accros d'applis d'investissement,
05:17un phénomène qui participe un peu à un put
05:20qui vient prendre à contre-pied
05:24beaucoup d'institutionnels
05:26qui se croyaient très forts
05:27et plus intelligents que les autres.
05:28Très intéressant comme phénomène.
05:31Et comme vous le dites,
05:31c'est vrai que la confiance est auto-entretenue
05:34pour une génération qui n'a connu
05:35que des marchés montants.
05:37Et beaucoup de ces achats
05:38se font également
05:39avec des effets de levier très importants.
05:41On achète à crédit
05:43des actions ou des actifs risqués
05:44aujourd'hui,
05:45notamment aux Etats-Unis.
05:48Pierre-Yves,
05:48pendant que la France opère
05:50en ce début d'année sans budget,
05:52les Etats-Unis vont opérer en 2026
05:54sous l'apanage
05:56de la grande et belle loi budgétaire
06:00victoire de Donald Trump,
06:03bien sûr.
06:05Peut-être l'occasion d'en redire un mot
06:07et de savoir ou repréciser
06:10ceux qui vont en profiter le plus
06:12versus ceux qui en profiteront peut-être le moins.
06:15Alors, c'est une très bonne idée.
06:18Je vais faire juste un pas en arrière
06:21pour rappeler le système systématique
06:24qui, je crois, est maintenant en vigueur
06:26en France aussi,
06:26mais qui est vraiment traditionnel
06:28et qui joue un rôle très important
06:29dans les liquidités des ménages américains,
06:31qui est la retenue systématique
06:33à la source de l'impôt.
06:36La grande loi fourre-tout
06:39de Donald Trump a été votée en juillet.
06:42Mais les ajustements sur le prélèvement
06:44tous les 15 jours,
06:46qui est fait sur le salaire
06:47que perçoivent les Américains,
06:50n'a pas été fait.
06:51En gros, nous avons les deux tiers
06:53des contribuables américains
06:54qui ont trop payé en 2025.
06:57Et donc, ils vont récupérer en 2026
07:00pour les deux tiers d'entre eux
07:03ce surcoût fiscal.
07:07C'est beaucoup d'argent,
07:08c'est 125 milliards de dollars.
07:12À cela va s'ajouter
07:13les nouvelles baisses d'impôts
07:15qui entrent en vigueur,
07:16qui frappent en particulier
07:18les Américains
07:19qui dépendent de pourboire.
07:22Et tout cela va injecter,
07:25potentiellement dans la consommation
07:26ou dans l'investissement
07:27et dans l'épargne,
07:29beaucoup de liquidités supplémentaires.
07:32Et ça va faire plaisir
07:33aux Américains
07:34qui paient des impôts.
07:35Ou alors, bien entendu,
07:38c'est le problème classique
07:40de la stimulation de la consommation
07:43par la baisse d'impôts,
07:44n'en profite que, par définition,
07:46ceux qui payent des impôts.
07:47Et par définition,
07:49ceux qui payent des impôts,
07:50ce sont les gens qui sont plutôt riches
07:51parce que les pauvres ne payent pas d'impôts.
07:53Donc, nous avons un phénomène
07:55qui va être, de manière comptable,
07:58extrêmement stimulatif de la consommation,
08:00mais qui va surtout favoriser les riches
08:02parce que les pauvres, au contraire,
08:04vont être victimes, à l'inverse,
08:07de limitations qui ont été introduites
08:10dans cette loi
08:11chère à Donald Trump en juillet,
08:14limitation ou augmentation
08:15ou réduction, en tout cas,
08:17des avantages sociaux
08:18qui leur étaient consentis,
08:20notamment au titre du programme
08:21de l'aide alimentaire,
08:22food stamps,
08:24et suppression des subventions
08:27accordées aux Américains
08:28qui sont obligés
08:29de souscrire à une police
08:32d'assurance maladie.
08:34Ce qui veut dire en net net
08:35qu'en gros,
08:3630% des Américains
08:38les plus pauvres
08:39vont perdre du pouvoir d'achat,
08:4230% au milieu
08:43vont à peu près être
08:44en situation neutre,
08:45et les 30% les plus riches,
08:47eux, vont en bénéficier.
08:48Et les chiffres sont importants,
08:50les estimations du labo
08:52de recherche de l'université de Yale
08:54sont assez édifiantes.
08:57Pour les 10% les plus pauvres,
08:59c'est une perte nette
09:00sur 12 mois
09:01de 2200 dollars à peu près.
09:04Pour les 10% les plus riches,
09:06c'est un gain net
09:07de 9700 dollars.
09:10Donc nous avons,
09:10on le sait depuis déjà
09:12maintenant plusieurs trimestres,
09:13en gros,
09:14les 10% américains
09:16les plus riches
09:16qui représentent 50%
09:18de la consommation,
09:19ce phénomène risque
09:20de s'aggraver,
09:22et l'écart entre les plus riches
09:24et les plus pauvres
09:24en termes de capacité
09:25à consommer,
09:26va encore
09:27se creuser.
09:30D'où,
09:30effectivement,
09:31ce risque
09:32de voir une économie américaine
09:34qui continue de croître,
09:35mais qui est dépendante
09:36de la bonne humeur
09:37des riches,
09:38qui,
09:39en cas de coup de grisou
09:40sur les marchés boursiers,
09:42pourrait avoir
09:42un effet richesse
09:43qui joue à la baisse.
09:44Merci beaucoup Pierre-Yves,
09:45merci pour ce décryptage
09:47hebdomadaire
09:48des enjeux américains
09:49dans ce quart d'heure américain.
09:51Pierre-Yves Dugas,
09:51notre correspondant américain
09:53avec nous chaque lundi
09:55dans Smart Bourse
09:56sur Bsmart,
09:57en direct à 17h45
09:58si vous nous suivez
09:59en live
10:00ou à retrouver bien sûr
10:01en replay
10:02sur bsmart.fr
10:03ou en podcast
10:03sur l'ensemble
10:04de vos plateformes préférées.
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