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  • il y a 2 jours
Lundi 26 janvier 2026, retrouvez Pierre-Yves Dugua (Correspondant américain) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.

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Transcription
00:00Le dernier quart d'heure de Smart Bourse, c'est le quart d'heure thématique.
00:08Chaque lundi, le thème, c'est le thème américain, la vie politique, économique, financière américaine
00:14que nous décryptons avec notre correspondant américain, Pierre-Yves Dugas, à distance avec nous.
00:19Il y a peut-être même une actualité météorologique aux Etats-Unis avec cette tempête ou cette vague de froid
00:26qui est en train de frapper l'ensemble du pays, qui calme peut-être un peu les esprits.
00:31Je ne sais pas, Pierre-Yves, parce que c'est vrai que les derniers jours ont encore été mouvementés.
00:35Je parle sur le plan domestique aux Etats-Unis avec cette police de l'immigration et des frontières
00:42qui a commis, je vais le dire comme ça, une bavure encore à Minneapolis, dans l'état du Minnesota.
00:49Pierre-Yves, ça commence à cranter évidemment sur le plan politique et sur le plan économique.
00:56Et avec des milieux d'affaires à Minneapolis qui commencent à se mobiliser sérieusement
00:59pour faire baisser cette pression.
01:03Alors, vous vous souvenez l'an dernier quand Donald Trump avait dit
01:07« Je vais envoyer la garde nationale et des troupes fédérales à San Francisco
01:11pour nettoyer les rues qui sont pleines de clochards, de drogués et de dealers ».
01:17Quelques gens importants qui ont l'oreille de Donald Trump,
01:22en particulier Marc Benioff, patron de Salesforce, société dont le siège se trouve à San Francisco.
01:29Marc Benioff a téléphoné, mais il n'était pas le seul, à Donald Trump en lui disant
01:34« Monsieur le Président, ne faites pas ça.
01:37N'envoyez pas des troupes fédérales et la garde nationale dans les rues de San Francisco.
01:41Ça va aggraver la situation.
01:43On va avoir des clashes. »
01:44On est peut-être un petit peu dans une situation similaire aujourd'hui,
01:49avec une soixantaine de sociétés qui sont établies dans le Minnesota
01:55et de très grands noms qui ont une empreinte nationale.
01:58Best Buy, le numéro un de la distribution de produits électroniques.
02:02Target, qui a quand même 2 000 grandes surfaces aux États-Unis.
02:06Cargill, une des plus grandes sociétés non cotées dans le domaine de l'agroalimentaire.
02:13Hormel, US Bank Corp, Medtronic dans l'équipement médical.
02:21Les patrons de ces sociétés tirent le signal d'alarme en disant
02:25« Il faut de manière urgente procéder à une désescalade,
02:29parce qu'on ne peut pas continuer à avoir autant de violence dans les rues de Minneapolis-Saint-Paul.
02:36C'est mauvais pour l'image de l'État.
02:39Ça engendre des drames épouvantables,
02:43puisque deux citoyens américains maintenant sont morts
02:46sous les balles de la police de l'immigration.
02:49Et on espère que Donald Trump va tenir compte de cette opinion,
02:54car il aime écouter les patrons, bien plus que les élus locaux,
02:58bien plus que le gouverneur du Minnesota, Tim Walz,
03:03auquel il ne fait absolument pas confiance.
03:06Vous vous souvenez, c'était le colistier de Kamala Harris.
03:09Mais Tim Walz ne peut pas se représenter,
03:12parce qu'il est fortement affecté par un scandale
03:16qui est un élément important de la décision de Trump d'ailleurs
03:19d'envoyer des procédés à une purge des sans-papiers dans cet État.
03:26Tim Walz est considéré comme indirectement responsable
03:30d'une énorme fraude aux aides sociales
03:33qui a entraîné l'inculpation de 85 immigrés,
03:37tous originaires de Somalie,
03:40et qui portent sur des centaines de millions de dollars.
03:42Donc on est peut-être à un virage
03:45où les Républicains modérés
03:47sont en train d'oser élever la voix
03:52pour dire au Président
03:53qu'il faut calmer le jeu
03:55en matière de lutte contre l'immigration clandestine,
03:58et où les milieux d'affaires
03:59qui sont très silencieux depuis un an
04:01disent au Président Trump
04:03« Attention, on a franchi une ligne rouge. »
04:07Comment est-ce que tout ça s'intègre
04:11avec les discussions qui doivent permettre
04:14d'éviter un nouveau shutdown à la fin du mois, Pierre-Yves ?
04:20Oui, alors, le temps qu'il fait à Washington
04:24et les 25 à 30 centimètres de neige
04:26qui sont tombés vont compliquer les choses
04:28parce qu'il faut peut-être que le Congrès
04:30procède à un certain nombre de votes importants
04:33d'ici minuit, vendredi.
04:37Les démocrates, devant les mois tout à fait légitimes
04:42suscités par la mort de cet urgentiste de 37 ans
04:49sous les balles de la police de l'immigration,
04:51les démocrates ont dit « Il est hors de question
04:53que nous, au Sénat, nous adoptions
04:55le budget du département de la Sécurité intérieure
05:02qui est l'organe fédéral qui contrôle ICE,
05:07c'est-à-dire les services de l'immigration et des douanes,
05:10et la police aux frontières.
05:13Dans un paquet législatif qui comprend le financement
05:16de six grands départements fédéraux,
05:20dont la Défense, dont le Département d'État,
05:24il y a aussi le Département de la Sécurité intérieure
05:26à hauteur de 64 milliards sur un total d'un peu plus de 1 200 milliards.
05:32Si ce budget qui a été adopté à la Chambre
05:35n'est pas adopté en tant que tel,
05:37avec ses six composantes par le Sénat,
05:40nous irons directement vers un shutdown partiel,
05:44certes, mais shutdown néanmoins vendredi à minuit.
05:48Ce que souhaitent les démocrates,
05:50c'est un vote sur les cinq composants parmi les six,
05:55notamment le Pentagone,
05:57et qu'on évacue le budget du Département de la Sécurité intérieure
06:02pour obtenir rapidement des réformes
06:06sur les procédures qui sont employées par la police et l'immigration
06:09pour appréhender les sans-papiers.
06:11Est-ce qu'on a le temps de faire ça en quelques jours ?
06:13Ce n'est pas évident.
06:14Et d'autant plus que si le Sénat venait à découper en rondelles
06:19cet énorme paquet législatif,
06:22il faudrait que de l'autre côté, à la Chambre,
06:24les représentants fassent la même chose.
06:26Donc il est tout à fait possible que l'on ait un shutdown.
06:29Tout ça participe tout de même un petit peu aussi
06:31de la gesticulation politique,
06:34parce que concrètement,
06:36ICE n'a pas besoin de ce budget.
06:40L'agence est déjà doté de crédits considérables,
06:44grâce à la loi qui a été votée au mois de juillet
06:46et qui lui a permis notamment de doubler ses effectifs en quelques mois.
06:51L'aspect sécuritaire, c'est évidemment un des piliers,
06:54un des objectifs centraux de Donald Trump.
06:57L'autre étant de résoudre la crise du pouvoir d'achat,
07:00Affordability Crisis, comme il le dénomme chez eux.
07:05Pierre-Yves, est-ce qu'en interdisant aux grands fonds d'investissement
07:09et autres institutionnels d'intervenir sur le marché des maisons individuelles,
07:12est-ce que Donald Trump est sur une bonne piste ?
07:18Alors je voudrais faire une réponse très courte.
07:19Non.
07:20En fait, c'est une légende,
07:22une légende qui a été perpétrée,
07:25entretenue, amplifiée sur les réseaux sociaux,
07:27selon laquelle de grands institutionnels de Wall Street
07:31pèseraient sur le marché immobilier résidentiel,
07:33achèteraient par centaines des propriétés,
07:37feraient grimper les prix et ensuite imposeraient des loyers très élevés aux pauvres américains.
07:42Il n'y a pas de gros institutionnels américains,
07:46notamment BlackRock qui a été accusé de cela.
07:49BlackRock n'est pas du tout dans ce business-là.
07:52Il y a un certain nombre d'institutionnels qui sont spécialisés là-dedans,
07:57mais ce ne sont pas des géants de Wall Street,
07:59c'est des sociétés comme Amherst, des sociétés comme Pretium,
08:03des sociétés comme Invitation Homes, par exemple.
08:07Mais leur empreinte sur le marché résidentiel immobilier est très faible.
08:13On parle de 2 à 3 % peut-être du parc résidentiel
08:17et ils interviennent, lorsqu'ils interviennent,
08:20plutôt dans des marchés déprimés.
08:23On les voit intervenir a priori davantage autour de Nashville, autour de Dallas
08:28et pas dans les marchés où les prix continuent de grimper fortement,
08:32New York, la région de Washington ou encore la Californie.
08:36Pour autant, Donald Trump souhaite faire quelque chose
08:41et il rejoint les éléments les plus populistes du Parti démocrate
08:44et il a donné instruction par décret au secrétaire au Trésor
08:47d'abord de définir quels étaient ces institutionnels
08:51qui interviennent sur le marché immobilier et de leur interdire.
08:55En fait, il y a des petits institutionnels qui interviennent sur le marché résidentiel,
09:00qui achètent une douzaine, parfois plus, de logements
09:04et qui cherchent ainsi à compléter des revenus.
09:09Mais leur intervention n'est pas de nature à bouleverser le rapport de l'offre et de la demande,
09:13qui est le point fondamental du déséquilibre aujourd'hui sur le marché immobilier,
09:18parce que la demande reste forte, l'économie américaine va bien,
09:22mais l'offre de propriété n'augmente pas.
09:25Elle n'augmente pas pour toutes sortes de raisons,
09:27notamment en raison des taux d'intérêt,
09:30mais aussi parce que toutes sortes de réglementations environnementales
09:34ainsi que la privation de la main-d'œuvre immigrée
09:37ralentissent considérablement le travail de construction aux États-Unis.
09:44On a un stock de propriétés à vendre
09:46qui est entre trois et quatre mois au rythme actuel de vente des maisons existantes.
09:52Ce niveau-là de stock, historiquement, est beaucoup trop bas
09:55et ne correspond pas au point d'équilibre entre l'offre et la demande.
09:58Quand on a un stock de trois à quatre mois, les prix continuent de monter.
10:02Il faudrait que ce stock de propriétés à vendre monte à six ou sept mois
10:06pour que l'on commence à avoir un ralentissement de l'augmentation
10:09des prix de l'immobilier résidentiel aux États-Unis.
10:13Le prix médian d'une maison individuelle aujourd'hui est de 405 000 dollars.
10:19Sujet compliqué.
10:20Alors l'affordability en général et la question du logement
10:24avec ce manque d'offres structurelles ou latent aux États-Unis
10:29mais comme dans d'autres pays, avec la question de si Donald Trump
10:33veut faire baisser les taux, faire baisser les taux longs,
10:36c'est aussi resolvabiliser la demande
10:37et donc s'exposer à une hausse supplémentaire des prix de l'immobilier, Pierre-Yves.
10:42Alors il veut le beurre et l'argent du beurre.
10:44Il l'a dit d'ailleurs à Davos, il a dit que des millions d'Américains,
10:49et c'est vrai, sont devenus millionnaires grâce à l'augmentation des prix de leur logement
10:55et je ne veux pas que ces gens-là s'appauvrissent.
10:58Donc oui, effectivement, on ne va pas faire baisser le prix des maisons à ce moment-là.
11:02Vous savez que plus de la moitié des propriétaires de résidences individuelles
11:07sont détenteurs de crédits hypothécaires où le taux fixe du prêt est de 4% ou inférieur.
11:154% c'est beaucoup moins que le taux actuel du marché qui est entre 6 et 7.
11:20Oui, et puis j'avais en tête une autre proportion.
11:20Donc dans ce cas-là, les propriétaires ne veulent pas manger parce qu'ils veulent garder leur mortgage.
11:24Oui, et puis une autre proportion, c'est que de plus en plus de propriétaires au fil du temps
11:28n'ont plus de mortgage associé évidemment à leur logement.
11:31Donc ils sont nets, le patrimoine est net de tout emprunt désormais.
11:36Mais bon, c'est compliqué, une forme de triangle d'incompatibilité évidemment
11:40parmi tous les objectifs poursuivis en même temps par Donald Trump
11:44et nous en faisons la chronique régulière grâce à vous Pierre-Yves Dugas avec nous
11:49chaque lundi dans ce quart d'heure américain que vous pouvez suivre en direct bien sûr sur Bsmart for Change
11:55ou retrouver en replay sur bsmart.fr ou encore en podcast sur l'ensemble de vos plateformes préférées.
12:06Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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