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Lundi 11 mai 2026, retrouvez Koralie Theresine (Lauréate, Margaret Junior 2026), Romain Vanoudheusen (Directeur Scientifique, Cultures Numériques, Innovation, adjoint à l’orientation de l’offre de formation, Réseau Canopé) et Marie-Christine Levet (Présidente et Co-fondatrice, Educapital) dans SMART TECH, une émission présentée par Delphine Sabattier.
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00:08Bonjour à tous, des outils, des formations, il me semble très urgent aujourd'hui d'équiper les profs face à
00:15l'intelligence artificielle.
00:16Alors j'ai sollicité deux experts sur le sujet qui viendront nous en parler en plateau, c'est notre sujet
00:21à la une aujourd'hui de Smartech.
00:24Mais d'abord, je vous propose qu'on parte à la découverte d'une toute jeune pousse, elle s'appelle
00:28Coralie Thérésine et elle est avec moi.
00:36Coralie Thérésine a 22 ans, elle est étudiante à l'école supérieure d'ingénieurs Léonard de Vinci, spécialisée en data,
00:43en IA, membre du parcours de recherche.
00:46Bonjour Coralie, merci beaucoup d'être avec nous.
00:48Merci à vous de m'accueillir.
00:49Et puis, toutes nos félicitations parce que vous avez lancé un projet de jumeaux numériques entièrement dédié à la santé.
00:56Pouvez-nous en faire un petit pitch rapidement ?
00:58Oui, bien sûr.
01:00Alors mon projet, qui est né dans le cadre du parcours de recherche de mon école, a pour vocation de
01:06détecter précocement le sepsis.
01:08Donc le sepsis, c'est une infection disproportionnée du système immunitaire.
01:13Et mon but, en fait, c'est de détecter le sepsis avant qu'il arrive.
01:18Vous êtes intéressée à cette maladie parce qu'elle vous touche de près ? Ou c'était un projet de
01:25recherche de toute façon de l'école ?
01:27Un peu des deux, je dirais. Elle me touche de près. J'ai eu une expérience personnelle avec cette maladie.
01:33Mais je pense également qu'elle touche 11 millions de personnes et c'est aussi suffisant pour s'y intéresser.
01:40Et c'est avec plaisir que je le fais.
01:41Comment est-ce que vous avez procédé, alors quand vous êtes lancée dans cette aventure, de créer un projet technologique
01:47?
01:47J'ai été d'abord bien épaulée, bien guidée, bien accompagnée.
01:52La première phase a pour vocation vraiment la recherche, l'état de l'art.
01:57Pour savoir déjà ce qui se fait, je ne suis pas la première à m'intéresser à cette problématique.
02:02Et enfin, et ensuite plutôt, la phase de prototypage avec un jeu de données qui est disponible.
02:11Et là, donc la troisième phase qui se penche vers l'application, je dirais, dans des milieux hospitaliers.
02:19Et je suis actuellement dedans.
02:20Mais le choix de partir sur un jumeau numérique, quand est-ce qu'il s'est imposé ?
02:23Quand est-ce que vous vous êtes dit que c'est vraiment la bonne idée d'aborder le problème ?
02:28Je me suis dit que c'est la bonne idée déjà face à la complexité et au grand nombre de
02:33données.
02:33Il faut avoir en fait des algorithmes assez poussés pour vraiment anticiper cette détection.
02:41Et donc voilà cet outil qui existe dans beaucoup d'autres domaines.
02:46Et ça aussi est intéressant de l'appliquer en santé.
02:49Et c'est-à-dire, vous construisez un jumeau numérique, de quoi précisément ?
02:54C'est un jumeau numérique qui représente un peu le fonctionnement interne du corps à travers les variables médicales que
03:03l'on a.
03:03Variables biologiques également, des comptes rendus médicaux, des radios.
03:09Il se base en fait sur toutes ces données pour un peu représenter le fonctionnement du corps.
03:14Les organes, les nerfs, les muscles, jusqu'où vous allez en fait ?
03:18Alors pour le moment, moi je suis plutôt sur les données biologiques, donc les données médicales également.
03:25Les flux, les flux sanguins ?
03:26Pas encore, pas encore.
03:29Déjà, donc les données biologiques, la pression altérielle,
03:33tous les outils qui peuvent être issus des appareils qui sont présents en milieu hospitalier.
03:40D'accord, donc vous partez de la donnée existante et ensuite ça vous permet de simuler quoi donc ?
03:46Une attaque virale ?
03:48Ce qui permet de simuler, ça va être le corps.
03:53Est-ce que, quels sont les indicateurs qui pourraient se pencher vers une infection qui est au sepsis ?
04:00À travers la compréhension du sepsis.
04:02Donc on essaye un peu de définir ce que c'est le sepsis.
04:06Pour cela, on se base par exemple sur les travaux de Surviving Sepsis Campaign
04:11et également de l'échange avec le milieu, les médecins.
04:15Et en faisant ça, on peut se dire, voilà, quelques heures avant, le corps aurait telle réaction.
04:21Et c'est grâce à ça qu'on peut prédire le sepsis.
04:24Et vous avez accès aux données médicales, vraiment, de personnes qui sont atteintes de la maladie ?
04:33Oui, on a accès à ces données-là.
04:36Alors, il y en a, mais étant dans un centre de recherche, il faut donc passer certaines certifications.
04:45Et ensuite, on a accès à ces données-là, à des jeux de données, des datasets qui viennent de différents
04:49pays,
04:50afin de travailler dessus.
04:51Alors, vous êtes distinguée lauréate des Margaret Awards 2026 par JFD,
05:00la JFD, donc la journée de la femme digitale, dans la catégorie junior.
05:04Vous allez bénéficier comme ça d'un programme d'accélération ?
05:07C'est ça, oui.
05:08Je bénéficie d'un programme d'accélération, que ce soit...
05:12Vous en attendez quoi, vous ?
05:14Qu'est-ce que j'en attends ? Je dirais de l'accompagnement, je le remarque déjà, du soutien, des
05:22opportunités.
05:24Parce que quel est votre objectif à terme ?
05:26Mon objectif à terme, c'est de développer cet outil jusqu'au bout,
05:30de pouvoir véritablement avoir un outil utilisable par les médecins,
05:35pas que dans un seul centre hospitalier, pas qu'uniquement en France,
05:39mais vraiment un outil qui aide tout un chacun.
05:42Mais ça veut dire sortir le projet de l'école, ça ?
05:44Oui.
05:45Vous créez une entreprise ?
05:48L'entreprise, pour moi, ce n'est pas vraiment une finalité.
05:51Je dirais que c'est plus le produit final.
05:53Et ensuite, si les hôpitaux décident de l'utiliser, il est à disposition.
05:59Donc c'est que vous le concevez plutôt comme un projet de recherche en sciences ouvertes
06:04qui serait utilisable par tous les professionnels,
06:07tous les hôpitaux, les centres hospitaliers qui auraient envie ou besoin de l'utiliser, c'est ça ?
06:13C'est ça.
06:13Et après, je pense qu'au fur et à mesure, je verrai un peu ce qui pourrait en être de
06:20ce projet.
06:21Mais c'est vrai que pour le moment, mon but, c'est qu'il soit un outil utilisable d'abord.
06:26Mais vous, vous vous projetez où par la suite ?
06:29Moi, j'aimerais en fait continuer à travailler sur des soucis de santé.
06:33Il y en a énormément.
06:35Et donc, ça veut dire qu'il y a matière à faire là-dedans.
06:38Et donc, c'est un peu ça.
06:40Je ne sais pas exactement encore lequel.
06:43Mais plus j'avance et plus je dirais que ça se dessine et ça se concrétise.
06:49En utilisant la technologie ?
06:51En utilisant l'IA et ses outils.
06:53Et plutôt du côté de la recherche ?
06:55Plutôt du côté de la recherche, oui.
06:56D'accord.
06:56Moi, je trouve que c'est complètement intriqué.
06:59Il faut.
07:00Et comment l'école se projette là-dessus ?
07:03Parce que vous allez quitter l'école à un moment.
07:05Donc, que va devenir ce projet ?
07:07Il va continuer.
07:09Il va continuer.
07:09Moi, je m'inscris en fait dans une lignée, je dirais, d'élèves qui à chaque fois apportent un peu
07:14une certaine pierre à l'édifice.
07:15J'ai conçu cette partie jumeau numérique, mais d'autres aussi travaillent sur vraiment le sepsis en lui-même, comment
07:21le comprendre.
07:23Et donc, au contraire, je trouve que cette reconnaissance, c'est aussi une reconnaissance pour l'école qui va permettre
07:29de poursuivre ce projet et de voir un peu toutes les opportunités qui en découlent.
07:36Merci beaucoup et encore félicitations pour votre prix de Margaret Junior 2026.
07:41Merci Coralie Thérésine.
07:42Donc, je rappelle que vous êtes à la tête et à l'initiative de ce projet de jumeau numérique appliqué
07:48à la santé.
07:50Allez, c'est l'heure pour nous de nous intéresser à l'éducation.
07:52On reste donc un peu dans votre domaine, mais cette fois, on va s'interroger sur comment aider les professeurs,
07:57les enseignants, les maîtres et les maîtresses face à l'intelligence artificielle.
08:06Des outils, des formations, de quoi ont besoin les profs, les enseignants face à l'intelligence artificielle ?
08:11Et c'est la question que nous allons traiter aujourd'hui à la une de Smartech.
08:15Voilà, moi j'ai appelé ça une urgence, il faut équiper les profs parce que j'ai vu vraiment beaucoup
08:20de désespoir, même ici sur ce plateau du côté des enseignants.
08:24Alors, pour en parler, Marie-Christine Levey est avec nous.
08:26Bonjour Marie-Christine.
08:27Bonjour Delphine.
08:28Fondatrice et PDG d'Éducapital, premier fonds d'investissement dans l'éducation en France.
08:34Et Romain Vanoudezden est à distance.
08:36Bonjour Romain.
08:37Vous êtes directeur scientifique, culture numérique, innovation, adjoint à l'orientation de l'offre de formation au sein du réseau
08:43Canopée.
08:44Donc, le réseau Canopée, en quelques mots, c'est un opérateur ministériel de l'éducation nationale qui est chargé de
08:50la formation, justement, des enseignants.
08:52Donc, vous avez toutes les réponses. Est-ce que vous voyez aussi, d'ailleurs Romain, cette panique du côté des
08:57profs face à l'IA ?
09:01Panique, peut-être pas. Je pense que le terme est un peu fort. Par contre, une forte interrogation et des
09:06changements cruciaux qui sont à venir.
09:09Oui. Moi, je dis panique parce que j'ai quand même reçu un enseignant dans le supérieur qui était objecteur
09:14de conscience face à l'intelligence artificielle.
09:17Marie-Christine, il y a quand même une très très forte inquiétude.
09:21Oui, mais les profs sont de moins en moins réticents. Il y a une étude intéressante qui a été publiée
09:25par ECOIMA qui montre que 40% des profs sont des convaincus critiques, 40% sont des pragmatiques et 20
09:36% sont des réticents.
09:37Donc, j'ai reçu des exceptions.
09:39Il y avait beaucoup plus de réticents auparavant, mais les profs, je pense, commencent à l'utiliser pour eux.
09:45Et en phase 2, ils ont des élèves qui se sont totalement emparés de l'outil.
09:50Les outils d'IA génératifs, je trouve que c'est une révolution civilisationnelle.
09:54C'est aussi fort que l'avènement du web et du moteur de recherche.
09:57Et je pense qu'aujourd'hui, il y a 10 millions d'élèves, d'étudiants, de lycéens, de collégiens qui
10:02utilisent des outils d'IA génératifs.
10:04Donc, les profs ont en phase 2, finalement, des élèves qui arrivent en cours en ayant déjà souvent demandé la
10:11réponse à Tchad-GPT.
10:13Donc, je trouve que leur métier est totalement transformé.
10:16La pédagogie doit se réinventer.
10:18Le devoir à la maison, est-ce qu'il a vraiment du sens ?
10:21L'oral du bac où on prépare des devoirs à la maison, est-ce qu'il a vraiment du sens
10:26?
10:26Est-ce qu'il ne faudrait pas plus aller en cours et justement développer sa capacité de communication et plancher
10:32sur un sujet sans Tchad-GPT ?
10:34Donc, c'est clair qu'il y a une énorme remise en question des profs et un énorme besoin de
10:38formation.
10:39Je crois que 80% des profs demandent à être formés.
10:42Oui, il y a quand même de quoi se sentir désemparé, Romain.
10:46Qu'est-ce qu'on leur donne aujourd'hui comme outil pour les aider à s'y retrouver, justement, face
10:50à cette transformation majeure ?
10:54Clairement, et c'est tout le rôle de Réseau Canopée, c'est le premier des outils,
10:59et d'ailleurs peut-être le seul outil véritablement dont auraient besoin les enseignants
11:04et toute la communauté éducative, ce n'est pas juste les enseignants,
11:07mais ce sont tous les éducateurs qui tournent autour de nos jeunes.
11:12C'est de la formation, c'est de l'accompagnement, c'est comprendre ce qu'est l'IA d'abord,
11:17tout comme il a été nécessaire et peut-être qu'on n'a pas très bien réussi de comprendre ce
11:22qu'était le numérique.
11:24Est-ce que ça peut changer ? Comme le disait Marie-Christine Levé,
11:27il y a énormément de changements de posture qui sont induits par cette technologie.
11:33Et notre rôle, le rôle de Réseau Canopée en particulier, c'est de faire émerger des pratiques pertinentes,
11:41des pratiques pédagogiques pertinentes, parce qu'il est nécessaire de penser d'abord la pédagogie avant de penser la technique,
11:48et puis de pouvoir répondre à des questions que je vais dire très triviales,
11:51mais c'est comment je fais demain matin dans ma classe avec mes élèves,
11:55qui en effet peuvent en savoir parfois plus que ce que je pensais,
12:00dans une dimension un peu différente de je pensais arriver et être celui qui donne le savoir,
12:08et donc maintenant je suis celui qui va faire émerger les connaissances au sein d'une classe.
12:13Et là, l'IA, tout comme le numérique, sont des catalyseurs extrêmement forts, puissants et très intéressants,
12:23des leviers éducatifs très intéressants, mais qu'il faut pouvoir maîtriser.
12:27Et c'est là où des opérateurs parlent.
12:30Non, mais vous disiez que, aujourd'hui c'était davantage des facilitateurs,
12:36en tout cas c'était vers ça qu'on devait tendre pour faire émerger des connaissances,
12:39mais est-ce que ce n'est pas déjà le cas quand même depuis quelques années ?
12:43Et comment est-ce qu'on peut apporter une seule et même réponse ?
12:46Est-ce qu'on peut apporter une seule et même réponse d'ailleurs aux enseignants face à cette transformation ?
12:54Et il ne faut pas prendre le corps enseignant comme étant un corps unique,
12:57et donc non, forcément il y a des réponses différentes,
13:00parce qu'on a affaire à des êtres humains qui sont face à d'autres êtres humains.
13:05L'éducation c'est d'abord un enjeu social et qui fait société d'ailleurs,
13:11qui est un des ciments de la société.
13:13Et c'est principalement ça qu'il faut pouvoir construire avec tous les enseignants
13:19et avec la plupart d'entre eux, et donc s'adapter finalement à tout cela.
13:23Et là encore, les intelligences artificielles génératives en particulier
13:28sont des outils qui peuvent nous aider, nous collectivement la société,
13:32à avancer dans cette optique-là.
13:36Oui, alors le prof aujourd'hui passe quand même 50% de son temps,
13:39la moitié de son temps, à faire autre chose que finalement d'être en contact
13:42avec les élèves et à faire de la pédagogie.
13:45Et donc tous les outils...
13:46C'est-à-dire qu'est-ce qu'il fait d'autre ?
13:47Alors il fait de la préparation de cours, de la préparation de quiz, de QCM,
13:50qui est quand même une tâche assez rébarbative.
13:53Il fait de l'administratif, il fait de la correction des copies.
13:56Un prof passe en moyenne 6h30 par semaine à corriger des copies.
13:58Et ça, tous ces outils d'IA, aujourd'hui il y a plein d'outils d'IA
14:02qui aident à préparer des cours, qui aident à faire des quiz, des QCM,
14:05plein d'exercices, qui sont quand même une tâche assez répétitive
14:09et qui vont permettre au prof de gagner du temps, du temps utile
14:14pour faire de la pédagogie, pour s'occuper d'élèves qui ont plus de problèmes.
14:20Et ils auront, grâce à des outils, ils pourront avoir des tableaux de bord
14:23où ils verront en 30 secondes, finalement, quel est l'élève qui a eu des difficultés,
14:28où il a eu des difficultés, etc.
14:29Donc c'est énormément d'outils qui peuvent,
14:32alors je n'aime pas trop cette expression de prof augmenté,
14:35parce que je trouve que voilà, mais à un moment donné,
14:37qui peuvent l'aider à mieux faire son métier et avoir plus de temps.
14:40Mais c'est vrai qu'il y a un énorme sujet de formation des profs.
14:44J'avais écouté l'audition à la commission parlementaire,
14:48il y avait 35 000, je crois, journées de formation des profs,
14:51c'est super, mais c'est peu par rapport à 850 000 profs.
14:56Aujourd'hui, les profs, c'est le seul salarié en France qui n'a pas de RH.
15:02Le prof n'a pas de RH, tous les salariés dans toutes les entreprises,
15:05ils sont formés régulièrement, ils sont évalués, etc.
15:07Un prof, il voit un inspecteur deux fois dans sa vie, il est un peu seul,
15:11donc il faut énormément l'accompagner.
15:14Et tous ces outils peuvent l'accompagner à vraiment faire de la pédagogie
15:18et à développer, moi, ce que j'aime bien, c'est cette école des 4 C,
15:22dont parlait le philosophe Yuval Harari,
15:25c'est l'école qui permet de développer l'esprit critique,
15:27le jugement à l'ère de l'IA.
15:29Il va falloir vraiment même analyser, aider les élèves à analyser ce qui sort de l'IA.
15:34Parce qu'entre une question posée à DeepSync, une question posée à ChatGPT,
15:39une question posée à Mistral, il y a des valeurs différentes, etc.
15:43Il va falloir les aider à développer cet esprit critique,
15:46les aider à développer des capacités de communication,
15:50des capacités de convaincre les autres à l'oral, de collaborer en équipe.
15:54C'est toutes ces choses que finalement, on n'a pas le temps de faire à l'école aujourd'hui.
15:59Heureusement pour la formation des profs, il y a le réseau canopée, Romain.
16:04C'est quand même la question de l'outil.
16:06Vous nous avez expliqué qu'en fait, la réponse face à cette transformation,
16:09ce n'est pas forcément des outils pratiques.
16:12Mais ces outils, il ne va quand même falloir les mettre entre les mains des professeurs.
16:16Ces outils qui, comme le dit Marie-Christine, peuvent aider les professeurs
16:19à transformer leur manière de travailler.
16:24Oui, bien sûr.
16:25Notre rôle, ce ne sera jamais de donner un outil, évidemment,
16:31et encore moins un outil dont on n'est pas sûr de la souveraineté des données.
16:35Donc, il ne sera jamais question, finalement, de dire,
16:39utilisez Gipsy ou ChatGPT qui ont été mentionnés.
16:43Et au contraire, l'État est en train de travailler à une distribution de licences
16:49et d'accès à un outil qui serait souverain, un ChatGPT souverain qui s'appelle l'assistant IA
16:56et qui doit être mis à disposition, normalement, de tous les agents du service public.
17:00Donc, l'éducation met bien au-delà, probablement à la fin de l'année 2026.
17:05C'est une première réponse extrêmement intéressante parce que c'est une brique sécurisante
17:12et un des outils, entre guillemets, qu'il faut pouvoir donner aux enseignants, c'est de la sécurité.
17:18C'est un cadre, finalement, d'usage qui me permet à moi, en tant qu'enseignant,
17:25d'y aller sans avoir à me poser énormément de questions
17:28et d'avoir, par contre, les éléments de réponse pour accompagner et les élèves
17:32et les parents des élèves ou les étudiants sur les questions de souveraineté des données en particulier.
17:38Donc, ça, c'est vraiment très important et c'est une des premières briques, finalement,
17:45accompagnée de ce qui est déjà mis en place par le ministère de l'Éducation nationale,
17:50qui est la charte d'usage des IA, puisque, évidemment, les enseignants,
17:56les 870 000 enseignants qu'on a en France, sans compter ceux du supérieur,
18:02n'ont pas attendu, cet assistant IA, n'ont pas attendu d'avoir une charte d'usage
18:08pour aller regarder.
18:10Les enseignants sont, globalement, plutôt des hackers,
18:14des gens qui vont fouiner, qui vont regarder, qui vont construire
18:17avec deux bouts de papier et des ciseaux.
18:22Eh bien, là, ils font un peu la même chose.
18:23Ils vont chercher tout ce qu'il faut pour pouvoir construire,
18:28tout ce qu'il faut et qui est, globalement, mis à disposition.
18:31Je ne vais pas parler de gratuité, parce que parler de gratuité pour un ChatGPT,
18:35ce serait occulter le fait qu'on donne beaucoup à ChatGPT à chaque fois qu'on l'utilise.
18:40Ah oui, absolument.
18:41Oui, oui, ça, les modèles économiques des grandes plateformes numériques,
18:44on les connaît bien.
18:46Alors, oui, parce qu'en termes d'outils, sur la sécurité, la confiance,
18:50ça veut dire que vous allez aussi privilégier des solutions de start-up françaises, alors ?
18:54Alors, sur ce sujet-là, je pense que déjà, il y a une urgence à créer une filière
18:58EdTech française souveraine, ce qu'on n'a pas réussi à faire depuis quand même pas mal d'années.
19:03Et là, on est confronté au fait qu'il va y avoir une utilisation massive des outils d'IA génératifs.
19:09Et les outils d'IA génératifs, des LLM, que ce soit ChatGPT, Claude, Mistral,
19:16ce ne sont pas des outils pédagogiques.
19:17Déjà, ils ne se rappellent pas de la manière dans laquelle l'élève apprend.
19:24Ils donnent la réponse toute faite, et donc, ils ne sont pas dans une logique de faire progresser l'élève.
19:29Donc, on va arriver, il y a une étude qui est très intéressante, qui a été faite par le MIT,
19:33qui a montré que quand on arrive dans un état de déficience cognitive,
19:39puisque quand on réécrit ce que ChatGPT vous a donné comme réponse,
19:4385% des personnes, que ce soit des jeunes ou même des adultes,
19:47ne se rappellent pas de ce qu'ils ont recopié quelques jours, même quelques heures après.
19:52Donc, on est en train de développer une génération de gens qui vont vraiment avoir une déficience cognitive forte.
20:00Et donc, au contraire...
20:01Je l'ai dit, mais ça peut atteindre des profs aussi.
20:03Mais au contraire, les Z-Tech et les outils pédagogiques qui se basent sur les grands modèles,
20:10mais qui entraînent des données pédagogiques, des données qui font attention aux données,
20:16et qui en plus mettent en place de la pédagogie, qui ont vraiment des outils pédagogiques,
20:20eux, ils font progresser l'élève, c'est vraiment la maïotique socratique,
20:24c'est je fais accoucher l'élève, il le fait progresser pas à pas, il le fait retenir.
20:30Et donc, c'est pour ça que c'est urgent d'avoir des Z-Tech pédagogiques
20:35qui, bien sûr, se basent sur les LLM, mais qui ne sont pas les LLM.
20:39Et bon, et face à l'État qui veut développer son propre outil souverain,
20:42je suis assez sceptique, parce qu'aujourd'hui, il y a 2000 entreprises Z-Tech qui le font,
20:49qui le font très bien, qui sont des entreprises très agiles,
20:54qui aussi ont souvent des moyens, qui ont des ingénieurs, etc.
20:58Et au contraire, qui pourraient travailler en coordination avec l'État,
21:02et bien sûr, dans une logique de respect fort des données des élèves.
21:07Mais il y a urgence à le faire, puisque si on attend trop longtemps,
21:10on va avoir une mainmise totale des outils d'IA génératifs basiques.
21:15C'est-à-dire, si l'offre n'est pas assez riche,
21:17ou si l'offre n'est pas assez convaincante, ou facile à utiliser...
21:21Mais l'offre, elle existe aujourd'hui, il y a plein d'EdTech qui proposent des outils d'IA génératifs.
21:26Oui, dans le portefeuille qui sera proposé, on va dire, officiellement,
21:29parce que Romain nous avait expliqué que les profs étaient des hackers,
21:31mais il y a quand même cette offre officielle qui leur est proposée.
21:34Si dans cette offre officielle, finalement, il n'y a pas grand-chose qui correspond
21:39aux vrais besoins, aux vrais usages et aux vraies commodités qu'on a sur le marché,
21:43ça risque d'être un échec.
21:45Donc, comment est-ce qu'on fait pour intégrer, effectivement, une filière EdTech ?
21:49Est-ce que ça, ça fait partie des réflexions que vous avez, vous ?
21:53Qu'on a forcément avec le ministère, et c'est vrai que le ministère,
21:57Marie-Christine l'a dit,
22:01il est dans une position où il est, évidemment, avec un rôle étatique,
22:05et ce dont je parlais, l'assistant à l'IA, c'est bien à destination des enseignants,
22:09et pas pour un usage auprès des élèves.
22:11Donc, il y a une distinction à faire à ce niveau-là.
22:13Par contre, et le ministère impulse également une politique,
22:18auprès de, peut-être pas suffisamment de EdTech,
22:21là, mais des EdTech qui ont produit et qui mettent à disposition des outils pédagogiques
22:28avec de l'IA ou non, ça existe.
22:31Ils sont implantés et ils sont impulsés par l'État à différents niveaux,
22:37par le ministère de l'Éducation nationale,
22:39et en particulier via la direction du numérique éducatif,
22:42avec des programmes comme le P2IA.
22:44Le P2IA, l'idée, c'était de mettre de l'investissement et de la recherche et développement,
22:49de financer du recherche et développement pour des solutions à destination des élèves du primaire.
22:57Et donc, c'est des outils qui ont, par exemple, été un soutien énorme au moment de la pandémie.
23:04Donc, il y a un rôle, en effet, à jouer au niveau de l'État et auprès d'une filière.
23:10Il faut pouvoir, et c'est une des missions du ministère,
23:15et il faut que ces compétences d'usage soient développées en parallèle des outils.
23:23Sinon, les compétences d'usage dont je parlais avec la formation.
23:26Si on y va avec des outils seulement, ça ne va pas suffire.
23:29Et si on y va avec de la formation exclusivement théorique, ça ne suffira pas non plus.
23:33Il y a en effet tout un engagement important à faire,
23:36et qu'il soit pensé de l'outil, de la formation et évidemment un cadre sécurisé et sécurisant,
23:44posé par l'État, que ce soit au niveau pour les enseignants, pour les élèves, pour les parents,
23:49mais aussi pour la filière.
23:51Effectivement, il y a eu de l'argent dépensé et donné par le programme d'investissement d'avenir
23:57pour développer des aides tech éducatives et des choses que même certains pays étrangers nous ont enviées
24:03dans l'apprentissage de la lecture avec de l'IA adaptatif
24:07qui permet vraiment de s'adapter à chaque élève en fonction de son niveau,
24:12de l'apprentissage des maths.
24:13Il y a eu plein d'études d'impact qui montrent qu'avec ces outils d'IA adaptatives,
24:18les élèves en difficulté progressent beaucoup mieux.
24:20Donc là, vraiment, ça a été montré par des études de recherche.
24:23Très intéressant aussi, ça a été montré que les filles, par exemple, en maths,
24:26ont progressé quatre fois plus que sans outils,
24:30parce que souvent les filles se mettent elles-mêmes leurs propres barrières.
24:34Mais tous ces outils qui ont été développés sont restés à l'état d'expérimentation,
24:41de POC, etc.
24:42Et on n'a pas eu d'une politique nationale de vraiment créer un marché
24:47et les conditions d'un marché.
24:48Mais ça, c'est toujours le même sujet.
24:49On finance au départ, mais après, il n'y a pas la partie achat.
24:53Il n'y a pas la partie achat, création de marché.
24:55Et quand on va dans les pays voisins, sans aller aux États-Unis, en Chine, etc.,
24:59on va en Angleterre, on va dans les pays nordiques, en Angleterre, dans un grand salon d'éducation,
25:03qu'est-ce qu'on voit ?
25:04On voit le prof avec son petit sac qui passe dans toutes les stands des différentes EdTech,
25:09qui voit le produit qui l'intéresse le plus.
25:11Et aujourd'hui, il y a un projet qui n'a jamais vu le jour.
25:17C'est de créer un chèque EdTech pour les enseignants.
25:20Un chèque ?
25:20Un chèque EdTech pour les enseignants et sur une plateforme pour leur proposer de choisir l'outil dont ils ont
25:26besoin.
25:27Alors, bien sûr, avec des directives faites par la Médication Nationale,
25:30parce qu'il ne s'agit pas que chaque école fasse ce qu'elle veut, etc.
25:34Il y aura des directives sur des sujets très importants, sur les données,
25:38sur ce qu'on apprend de faire en classe.
25:39Mais à un moment donné, de donner beaucoup plus...
25:41Comme une place de marché, en fait, dans laquelle les solutions seraient validées par l'éducation nationale
25:45et dans laquelle les profs pourraient faire leur shopping.
25:48Voilà, et donner beaucoup plus de liberté pédagogique aux profs.
25:50Juste pour, parce qu'on arrive déjà à la fin, terminer sur l'urgence.
25:55Parce qu'on a parlé de la question de la manière dont ça peut modifier l'enseignement,
25:58faciliter les préparations des cours, de la classe.
26:02On n'a pas parlé du problème de la correction des copies.
26:06La correction des copies, c'est un gros sujet.
26:07On voit arriver plein, plein d'attèques sur le sujet,
26:12avec des résultats assez bluffants.
26:15Alors, est-ce que ça veut dire une solution qui va nous aider à voir s'il y a de
26:18l'IA ou pas dedans ?
26:19Alors, il y a des solutions aussi qui essayent de voir si les élèves trichent.
26:23Oui, c'est ça.
26:23Il y en a pas mal qui se sont développées.
26:25Il y a des solutions qui essayent aussi, des solutions assez simples,
26:28qui peuvent aussi...
26:29Le professeur s'enregistre et finalement c'est l'IA qui va...
26:34rendre l'écrit, faire un peu un compte-rendu de ce que le professeur aura dit
26:38et le présenter à l'élève sous différentes formes,
26:41en remplissant aussi, là tu l'as bien fait, là tu l'as pas bien fait.
26:43Donc voilà, il y a plein de sujets d'évaluation.
26:46Et surtout, l'avantage de la correction des copies,
26:48c'est que derrière, elle peut donner naissance à des exercices de remédiation.
26:52C'est-à-dire, qu'est-ce qu'il faut progresser ?
26:55Quels sont les sujets sur lesquels tu dois avancer ?
26:57Oui, la correction des copies, c'est un gros sujet.
26:59C'est un gros sujet parce que c'est beaucoup de temps souvent un peu rébarbatif passé par les profs.
27:04Alors que c'est super important en fait pour la suite.
27:07Romain, vous avez 30 secondes pour me dire pour vous vraiment
27:09quel est l'urgence, le sujet le plus important aujourd'hui pour aider les profs ?
27:14Pour moi, c'est les accompagner dans un véritable changement de posture
27:18et en particulier de s'intéresser à la façon dont les jeunes utilisent déjà l'IA.
27:25On a interrogé plusieurs jeunes sur les représentations qu'ils ont de l'IA en éducation,
27:30que ce soit des collégiens ou des lycéens.
27:32Et à chaque fois, en fait, on a bien vu qu'ils étaient OK pour apprendre à vivre avec la
27:36technologie,
27:37qu'ils faisaient déjà preuve de beaucoup d'esprit critique.
27:40Et finalement, ce qui manque, c'est peut-être encore que les enseignants, eux,
27:44soient convaincus, soient suffisamment curieux et sans a priori des usages de certaines applications
27:49qui ne sont même peut-être pas forcément des applications éducatives,
27:52mais qu'ils s'appuient sur tout ça.
27:55Donc, c'est des véritables compétences numériques et pédagogiques qui sont à travailler
28:00et qui vont dans le sens évidemment de ce qu'on pourrait envisager
28:05comme étant après des critères d'employabilité.
28:08L'adaptabilité des élèves, elle est vraiment primordiale.
28:12Merci beaucoup. Merci Romain Vanoudeusden d'avoir été avec nous du réseau Canopé.
28:17Marie-Christine Levet d'Édu Capital, merci également.
28:18Merci beaucoup.
28:19Et je dirais les formés, les formés avant tous les francs.
28:21Les formés, les formés, la curiosité, on a bien compris.
28:23Merci à tous les deux. Merci à tous de nous suivre.
28:26C'était Smartech, votre émission sur la tech que vous regardez sur la chaîne Bsmart.
28:29A très bientôt.
28:35Sous-titrage Société Radio-Canada
28:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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