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  • il y a 16 heures
Le changement de taille d’une entreprise peut créer des contraintes vis-à-vis des partenaires, des clients, des ressources humaines, etc. Nos invités reviennent sur les enjeux pour les coopératives de ne pas changer leur ADN dans cette situation.

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Transcription
00:12Thomas a posé le cadre, place à vos arguments maintenant messieurs.
00:16On passe au pour ou contre, changer d'échelle pour une coopérative c'est forcément renoncer à une part de
00:21son indienne.
00:22D'abord pour ou contre, on fait un tour de table et ensuite chacun pourra plaider.
00:26Ce contre, c'est pas du tout antinomique.
00:29Contre aussi, on l'a vécu.
00:32Contre aussi, mais si.
00:34Ah, merci pour l'effort de nuance, un peu piment.
00:37La merde n'est pas contradictoire, donc je vais être pour cette affirmation, même si j'ai envie d'être
00:40d'accord avec eux, on va essayer de trouver des arguments.
00:43Jain, vous pouvez plaider.
00:45Non, je confirme qu'il y a des enjeux, l'augmentation de la taille d'une organisation, d'une structure,
00:51quoi qu'il arrive, elle présente des frictions, vous l'évoquiez Thomas auparavant,
00:56des frictions avec le réel, des frictions avec le reste de l'environnement économique.
01:03Néanmoins, grandir dans une organisation, ça ne fait pas forcément renoncer au projet qu'il a fondé ou qui est
01:09porté par ses membres.
01:11Ce qui est intéressant, au contraire, c'est qu'en grandissant, une coopérative, elle peut renouveler ses pionniers,
01:16elle peut renouveler les gens qui vont donner une vitalité au projet.
01:19Mais évidemment, ça suppose d'y mettre de la volonté, une certaine vigilance et de l'énergie pour que le
01:27projet soit vivant, soit actualisé,
01:29soit pas un totem sacré qu'on laisse fossiliser, et que les moyens soient mis pour que les liens entre
01:39les personnes,
01:39notamment sur l'enjeu de la gouvernance démocratique, soient entretenus par des moyens humains,
01:47des moyens qui permettent de rendre tout ça concret, vivant, et c'est pas qu'on ne s'arrête pas
01:53à une relation,
01:56une interaction à toutes les âgées, et des âgées qu'on va ramener sur quelque chose,
02:00les assemblées générales, pardon, qu'on va ramener à quelque chose de rabougri et de peu passionnant.
02:07Ok, on va pouvoir en parler plus en détail. Olivier ?
02:11Moi aussi, plutôt contre, parce qu'on a aussi vécu, moi, ça fait 9 ans que je suis chez Enercop,
02:17on a doublé de taille, à peu près, et aussi en termes de salariés.
02:21Toi, tu as parlé de la gouvernance avec les sociétaires, j'ai plutôt parlé de l'interne, moi aussi,
02:26parce qu'il y a des enjeux opérationnels dedans, il y a des renouvellements qui se font,
02:31il y a des compétences qu'on va chercher ailleurs, et puis on a dû passer à peu près d
02:35'une centaine à plus de 200 salariés,
02:38pour nous, et puis après, il y a toutes les autres coopératives Enercop,
02:41donc quelque chose de beaucoup plus vaste et de beaucoup plus large,
02:44et donc s'installe une espèce de complexité là-dedans.
02:47Et ça, c'est très important de se dire qu'on ne traite pas la même chose à 20 personnes,
02:52ou à 250, ou à 300.
02:54Et la réponse qu'on a trouvée, nous, de notre côté, c'est la gouvernance partagée.
02:58C'est le principe d'avoir de l'intelligence collective à l'intérieur même de notre fonctionnement.
03:04Et ça, ça permet de garder un petit peu l'engagement que chacun peut avoir dans les coopératives,
03:11et de garder des modes de fonctionnement qui soient quand même relativement agiles.
03:15Ça fonctionne avec un petit peu de difficulté parfois, parce qu'il faut s'y mettre.
03:19C'est des postures plutôt de coopération que des postures de direction, comme on les connaît un petit peu.
03:24Mais ça, ça a été la vraie réponse.
03:26Et aujourd'hui, on a réussi à passer de 80 à peu près salariés, quand je suis arrivé,
03:32à plus du double aujourd'hui.
03:34Et si on prend le réseau, à presque plus du triple.
03:36Et donc, il y a ce mode de fonctionnement en interne qui est extrêmement important.
03:41Et puis derrière, il y a l'acceptation de se confronter à la réalité extérieure.
03:45Et de ne pas camper sur des principes qui ont été à la genèse d'un projet,
03:51mais de se dire qu'on doit aussi s'adapter un petit peu à une forme de réalité.
03:54Je pense que tout le monde est passé par là.
03:57En revanche, les débats sont un peu lourds,
03:59parce qu'il y a toujours des personnes qui vont ramener aux principes d'origine,
04:03et puis d'autres qui vont vouloir aller un petit peu plus loin.
04:05Mais c'est cette friction-là qui est extrêmement importante pour nous.
04:09Sinon, en fait, finalement, la rentabilité prend le dessus,
04:11alors que là, nos valeurs prennent le dessus.
04:14Peut-être avant de laisser Léo apporter sa nuance,
04:17je voudrais bien rebondir directement sur ce point,
04:19parce que c'est peut-être là que j'avais le plus envie d'insister
04:21en m'affirmant pour cette proposition.
04:25C'est qu'en fait, le mode de débat démocratique dans l'entreprise
04:29peut exister indépendamment du statut juridique de l'entreprise en question.
04:33Là où il y a une grosse différence, c'est qu'une personne, une voix,
04:36signifie globalement un consensus systématique sur des décisions,
04:40et on peut peut-être débattre de ce point-là après.
04:42Là où, dans une entreprise comme celle dont je viens aujourd'hui,
04:45je pense que les plus grandes innovations de notre entreprise
04:47n'auraient sans doute pas eu lieu
04:48s'il avait fallu décider collégialement,
04:50parce que le groupe n'aurait pas accepté de prendre les risques nécessaires.
04:53Une boîte d'informatique qui invente un modèle basé sur la permaculture,
04:56qui s'appelle la permentreprise,
04:57n'aurait pas existé s'il avait fallu le valider dans un codire
04:59de gens qui pilotent de l'activité informatique.
05:02Mettre la nature au conseil d'administration
05:03en donnant du capital de l'entreprise,
05:05ça ne se serait pas fait s'il avait fallu faire accepter ça par un grand groupe.
05:08Donc, il y a une limite à l'exercice, je dirais, de ce point de vue-là.
05:11Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas prendre des bonnes décisions,
05:13mais je pense que sur des prises de risques, ça peut être une limite.
05:15Et puis, je termine quand même pour compléter en disant
05:17mais sur celui-là, il n'y a pas trop de débat à mon avis,
05:18c'est qu'il y a une limite sur l'accès au capital,
05:20parce qu'on l'a dit, aujourd'hui,
05:22les acteurs financiers veulent une rentabilité,
05:25veulent que leur capital leur confère un pouvoir,
05:28et dans le modèle coopératif, il y a des limites à ça,
05:30et c'est un garde-fou essentiel,
05:32mais sans doute que ça limite la capacité des coopératives
05:34à lever des fonds, même si ces dernières années,
05:36je pense qu'il y a des levées citoyennes
05:37qui montrent qu'on peut trouver d'autres vecteurs
05:39de développement et d'acquisition de capital
05:41qui sont hyper intéressants.
05:43Vous aviez dit contre ?
05:45Alors, moi, j'avais dit plutôt contre,
05:46si je pense qu'il y a un certain nombre d'éléments
05:50à prendre en compte.
05:51La première chose, quand on parle de développement,
05:53de changement d'échelle,
05:55et ça, c'est valable pour toutes les entreprises,
05:57il ne faut pas que le changement d'échelle
05:58soit une fin en soi,
06:00il vaut mieux se le rappeler,
06:01mais ce n'est pas un projet stratégique,
06:02le changement d'échelle,
06:04il faut que ce soit au service,
06:05toujours d'une vision politique,
06:08je dirais, de l'entreprise, de la coopérative,
06:11donc voilà, sinon, on risque d'y perdre
06:14un petit peu notre ADN.
06:16La deuxième chose que j'aimerais avancer,
06:20c'est qu'on peut garder son ADN tout en grandissant
06:25si on maintient une communication assez régulière
06:29avec nos sociétaires pour les décisions essentielles,
06:34notamment sur cette question du changement d'échelle,
06:36est-ce que c'est un projet d'entreprise,
06:38est-ce qu'on a envie de grandir ?
06:39Et ça, il faut le partager activement
06:41et avoir une validation formelle
06:44de la part de nos sociétaires
06:46pour pouvoir engager sereinement, finalement,
06:49ce changement d'échelle,
06:50et ça, pour moi, c'est une condition aussi
06:51de garder son ADN.
06:52Est-ce qu'on est toujours bien aligné ?
06:54Est-ce qu'on a toujours ce souhait partagé
06:57d'aller dans cette direction stratégique
07:00qui va nécessiter de grandir,
07:02de passer de 100 à 200, 300, 400 salariés,
07:04de peut-être travailler plus à l'international ?
07:09Tout ça sont des choix stratégiques
07:11qui doivent absolument continuer à être partagés.
07:14Il ne faut pas que ça vienne balayer
07:15ce mode de fonctionnement,
07:17parfois plus lent,
07:18qui nécessite plus de temps.
07:20Mais ça, c'est absolument important.
07:22Et avec ces conditions-là,
07:23je pense qu'on peut garder notre ADN.
07:26Et la dernière chose,
07:26je remondis un petit peu sur ce que disait Chahine
07:29à l'instant.
07:31Les statuts coopératifs nous offrent
07:34des principes fondateurs
07:36sur une personne égale une voix,
07:38la lucrativité limitée,
07:39l'idée d'avoir une expression démocratique
07:41dans la structure.
07:43Mais si on ne les fait pas vivre au quotidien,
07:46c'est quelque chose d'un petit peu suspendu.
07:48C'est un petit peu comme des élections.
07:52Alors on a un pouvoir citoyen,
07:54on est en démocratie,
07:54mais on nous interroge une fois tous les cinq ans.
07:56Et ça veut dire quoi, les faire vivre au quotidien ?
07:57Les faire vivre au quotidien,
07:58c'est avoir la possibilité,
08:00là je me positionne en tant que collaborateur de la NEF,
08:03essayer de communiquer régulièrement
08:06avec les sociétaires sur les grands événements
08:07de la coopérative,
08:08et pas uniquement en Assemblée Générale,
08:10pas leur demander leur avis uniquement
08:11au moment prévu par les statuts juridiques.
08:14Est-ce qu'une Assemblée Générale,
08:14pour rappel, ça a lieu combien de fois par an ?
08:16Une fois par an.
08:17Une fois par an.
08:18Et c'est les orientations essentielles.
08:20Attention, je ne dis pas qu'il ne faut pas
08:22préparer au mieux cet événement-là,
08:24c'est un événement majeur de la coopérative,
08:26mais faire l'effort d'avoir des lettres d'information,
08:30d'expliquer, d'avoir des échanges et des réunions
08:32de l'animation, vraiment de la vie coopérative.
08:35Et nous, en grandissant, notre expérience,
08:38et je crois que ça a été le cas aussi côté Enercop,
08:41et dans d'autres coopératives,
08:42on a vu la nécessité de professionnaliser aussi
08:46l'animation de la vie coopérative.
08:48Au départ, il n'y avait qu'une seule personne,
08:50aujourd'hui, nous, on a trois personnes
08:51qui ne font que de l'animation du sociétariat,
08:54pour leur expliquer les grandes décisions,
08:56les orientations, le développement de la gamme,
08:58pour faire en sorte qu'ils soient
09:00le plus informés, le plus éclairés possible,
09:03pour que le projet reste vivant,
09:05et que ce ne soit pas une chambre d'enregistrement
09:09que pourrait être l'Assemblée Générale.
09:10Est-ce que c'est une façon-ci d'orienter
09:11la prise de décision, in fine,
09:13quand les questions se posent en AG ?
09:16Le fait de les tenir régulièrement au courant,
09:18et de fédérer autour de...
09:19Oui, ça permet déjà de préparer,
09:21collectivement, mais c'est surtout,
09:22ça les prépare, ça prépare vraiment
09:25les sociétaires à comprendre réellement les enjeux.
09:27Ça va très vite, une Assemblée Générale,
09:29on est là pendant une demi-journée, une journée.
09:31Parfois, on ne lit pas forcément dans le détail
09:35les grandes orientations.
09:37Donc voilà, je dirais que je suis plutôt contre,
09:40mais il y a un certain nombre de garde-fous
09:41qu'il faut bien avoir à l'esprit.
09:43Si je peux me permettre,
09:44il y a un point qui est intéressant,
09:44c'est sur la question de la vitesse
09:45et la question de quels sont les risques qu'on prend.
09:49La gouvernance démocratique,
09:50elle vient apporter justement
09:52ce que vient d'évoquer Léo,
09:55la gouvernance au niveau des grandes orientations,
09:58des orientations politiques et stratégiques
09:59de l'entreprise.
10:00C'est vrai dans d'autres formes
10:02d'entreprises non démocratiques
10:05ou non coopératives,
10:07mais ça, ce sont les visions de long terme.
10:10Ce n'est pas le cheminement du quotidien.
10:14Ce n'est pas la tactique de l'entreprise,
10:18ce ne sont pas les décisions opérationnelles.
10:20Les décisions opérationnelles,
10:21comme l'a évoqué Olivier,
10:22elles peuvent se prendre de différentes façons,
10:24mais quels que soient les statuts
10:24de l'entreprise par ailleurs,
10:26l'entreprise coopérative,
10:27elle vient juste apporter le fait
10:29que la vision de long terme
10:30se travaille dans le cadre
10:32d'une gouvernance démocratique
10:34et qu'il est donc souhaitable
10:36de poser, je pense,
10:37à mon avis,
10:38c'est vraiment un enjeu
10:39à voir comme quelque chose de positif.
10:42Non pas un consensus mou
10:43qui doit réunir 100%,
10:45ça doit réunir la moitié des sociétaires.
10:48Donc le fait de prendre le temps,
10:49c'est plutôt quelque chose de positif ?
10:50C'est quelque chose,
10:51je trouve,
10:52de très intéressant
10:53du point de vue de la...
10:55Plus stratégique.
10:56De la stratégie,
10:57effectivement,
10:57du long terme,
10:58de la réflexion,
10:59de l'appropriation,
11:00mais ça a été évoqué également.
11:02Et il ne faut pas se tromper
11:04entre la gouvernance opérationnelle
11:05et la gouvernance politique
11:06de l'entreprise.
11:08Et à ce titre,
11:09la coopérative
11:11ne vient pas,
11:12empiétant son fonctionnement,
11:13ne vient pas
11:15obliger à une discussion permanente
11:17de tout, tout le temps,
11:17avec tout le monde.
11:18Néanmoins,
11:18c'est vrai qu'on peut se demander
11:20comment le principe démocratique
11:22d'une coopérative
11:23qui est une personne
11:24égale une voix
11:25peut être maintenu
11:27quand la structure grandit
11:28et qu'il y a de plus en plus
11:29de sociétaires.
11:30Moi,
11:30parmi les adhérents
11:31de notre alliance,
11:33il y a des membres
11:34où il y a une soixantaine
11:35de sociétaires,
11:36d'autres où il y en a
11:37près de 60 000,
11:38si je ne dis pas de basis.
11:40C'est ce qu'évoquait
11:42Léo tout à l'heure,
11:43c'est comment est-ce
11:44qu'on travaille
11:45ce métier de l'animation,
11:46comment on choisit
11:47les questions
11:48que l'on pose
11:48à nos sociétaires
11:50ou aux actionnaires
11:51de n'importe quelle entreprise.
11:52C'est le conseil d'administration,
11:54parfois ça s'appelle
11:55le conseil de surveillance
11:56ou le directoire,
11:57mais ça,
11:57c'est les formes
11:59d'entreprise
12:00indépendamment
12:00de statut coopératif.
12:03Et ça,
12:04c'est toujours la même chose,
12:05ce sont les représentants
12:07choisis par l'Assemblée générale.
12:09qui vont définir ces questions.
12:10Et le point crucial,
12:12c'est que si on ne pose
12:13que des questions réglementaires
12:14de type validation des comptes
12:16qui sont posées
12:17dans toute forme d'entreprise,
12:19personne n'a envie
12:20de discuter uniquement
12:21de la validation des comptes
12:23et des pouvoirs aux porteurs.
12:25Donc,
12:25il y a un enjeu à savoir
12:26comment est-ce qu'on vient
12:27travailler les sujets clés,
12:29justement,
12:30les risques qu'on a envie de prendre,
12:31ce qu'on n'a pas envie de prendre,
12:32la vision de long terme,
12:33des choix forts pour l'entreprise
12:35qui vont aussi marquer
12:37son positionnement
12:37en marketing,
12:38quelque part,
12:38dans un univers concurrentiel.
12:41Ça peut s'éviter
12:42de faire des grosses bêtises,
12:43parce que dans l'autre sens,
12:44il y a des entreprises lucratives
12:46qui ont fait des choix stratégiques,
12:48parfois très osés,
12:50dangereux,
12:51voire complètement fous,
12:52qui se sont ramassés
12:53en le faisant.
12:54Et ces décisions-là
12:55n'auraient peut-être pas été prises
12:56s'il y avait eu
12:57un débat démocratique
12:58dans l'entreprise avant
12:59pour lancer des gammes de produits
13:01qui n'ont rien à voir
13:01avec le cœur de mission initiale,
13:02qui n'ont pas de sens
13:03dans une vision.
13:04Donc, ça peut aussi
13:05éviter des grandes erreurs.
13:08Et justement, Olivier,
13:08la question se pose
13:09pour Enarcoop,
13:09parce que vous fonctionnez
13:10avec des clients sociétaires,
13:12très structure territoriale.
13:13Est-ce que les décisions
13:15sont fatalement plus lentes
13:16que pour une entreprise classique ?
13:18Elles le sont plus,
13:20mais je rejoins
13:21ce que vous venez de dire.
13:23Le fait que les décisions
13:24soient rapides ou pas,
13:25c'est rare qu'on ait besoin
13:26d'une décision extrêmement rapide
13:28quand on est plutôt
13:29sur un enjeu politique
13:31ou un enjeu de positionnement
13:32de la coopérative.
13:33Il y a un très bon exemple
13:34pour nous,
13:35c'est qu'on a traversé
13:36une crise énergétique
13:37qui est centenaire,
13:40en 2022 et 2023.
13:42C'était des moments
13:42où les prix de l'énergie
13:44ont été multipliés
13:44par 10, par 20,
13:45par 100 parfois
13:46dans la journée.
13:48On avait besoin
13:49de prendre des décisions
13:50relativement rapides,
13:51mais finalement,
13:52on a pris le temps
13:52du débat démocratique
13:53parce qu'il y avait
13:54des possibilités
13:55d'avoir accès
13:56à des mécanismes
13:57auxquels on n'avait
13:57jamais touché jusque-là.
13:59Mais on a pris le temps
14:00et on a pris,
14:01en gros,
14:02un an,
14:03six mois,
14:04huit mois,
14:04mais un an en tout
14:05pour présenter
14:07les options possibles
14:08aux clients et sociétaires
14:10ou sociétaires et clients.
14:12Et il y a eu un choix
14:13qui a été fait
14:13en fonction
14:14de différents intérêts.
14:16Quel est le prix
14:17que je paye ?
14:17Quel est l'intérêt
14:18pour la survie
14:19de la coopérative
14:20ou des coopératives ?
14:21Et finalement,
14:22ce débat-là,
14:23il a été relativement serein.
14:25Il a pris du temps,
14:26mais le fait
14:27de l'avoir fait
14:27un an plus tard,
14:28ça a permis
14:29d'aligner tout le monde
14:30et ça a été beaucoup
14:30plus puissant après.
14:32Si on avait pris
14:33une décision unilatérale
14:34comme ça peut arriver
14:34dans plein d'entreprises,
14:36on aurait de toute façon
14:37fait face
14:38à des difficultés.
14:39Moi,
14:39je viens d'entreprises
14:41avant
14:41qui sont extrêmement
14:43pyramidales,
14:44très militaires.
14:45Et je vous donne
14:45un petit exemple,
14:46c'est que quand j'étais
14:48très proche
14:48du comité exécutif,
14:50vous aviez des gens
14:51qui remontaient
14:51des problématiques
14:52très proches du terrain.
14:54Quand elles arrivaient
14:55au comité exécutif,
14:56en général,
14:56la question n'était plus
14:57la même parce que
14:58ça avait passé dix personnes
14:59et quand la décision
15:00redescendait,
15:01ce n'était pas la même
15:01non plus et la personne
15:02qui avait posé la question
15:03au départ ne comprenait
15:03pas la réponse.
15:04Et ça recommençait
15:05comme ça,
15:06pendant des plombes.
15:07Alors qu'aujourd'hui,
15:08nous, il y a un phénomène
15:10aussi qui est extrêmement
15:10important dans notre façon
15:11de fonctionner,
15:12c'est la transparence.
15:14La transparence avec
15:15les sociétaires,
15:15ils s'engagent,
15:16ils ne s'engagent pas,
15:16ils sont là,
15:17ils votent,
15:17ils ne votent pas,
15:18ils veulent venir
15:18et puis après moins
15:19et puis après un peu plus.
15:20Mais au moins,
15:21ils ont des outils.
15:27Vous pouvez changer
15:27les informations
15:28avec les autres sociétaires,
15:29vous pouvez parler
15:30de votre coopérative locale,
15:31vous voulez parler
15:32de la fourniture d'électricité
15:33qui est plutôt nationale.
15:34Donc il y a des outils
15:35aussi de transparence,
15:36il y a un engagement,
15:37une posture et vous parliez
15:38tout à l'heure de consensus,
15:40ce n'est pas ça qu'on cherche
15:41nous, c'est le consentement.
15:43Le consentement,
15:43ce n'est plus personne dit non.
15:44C'est-à-dire qu'il n'y a pas
15:45d'argument pour ne pas y aller.
15:47Ça prend un peu de temps
15:48mais c'est extrêmement efficace.
15:50Thomas le disait
15:51dans son édito
15:52« Grandir oblige à arbitrer ».
15:53Est-ce qu'à la Nef,
15:55vous avez dû simplifier
15:57ou abandonner
15:59même pour grandir ?
16:03On a eu à faire
16:04des arbitrages.
16:06J'ai un exemple récent,
16:07je ne sais pas
16:08si ça répond exactement
16:08à cette question-là.
16:10Je n'ai pas de souvenirs
16:11sur des arbitrages
16:14liés vraiment
16:15au changement d'échelle
16:16mais un petit peu quand même.
16:17Il y a trois ans,
16:20après cinq, six années
16:22où la Nef a vécu
16:24une autre crise
16:24qui était la crise
16:25des taux bas.
16:26Nous, on est un établissement bancaire,
16:28les taux se sont complètement effondrés
16:29et notre modèle d'affaires,
16:31c'est un modèle
16:31qui est basé sur
16:33on collecte de l'épargne
16:34et on prête cet argent
16:36à des entreprises engagées
16:37dans la transition écologique
16:39et sociale.
16:40Ni plus ni moins,
16:41c'est extrêmement simple
16:42et donc l'effondrement des taux
16:43a fait qu'on a commencé
16:45à avoir des difficultés économiques
16:47assez intéressantes.
16:48On pourra peut-être revenir après
16:50sur combien les sociétaires
16:51ont été précieux
16:53à ce moment-là
16:53dans leur abnégation
16:56à rester dans le projet
16:58dans les moments
16:58les plus difficiles
16:59ou à remettre au pot
17:00même pour dire
17:01on a besoin
17:01que ce projet existe.
17:03Ils nous ont soutenus
17:03pendant ce moment-là
17:05et quand on a commencé
17:06à sortir la tête de l'eau,
17:08on s'est dit
17:08dans un an,
17:10dans deux ans,
17:10on va commencer
17:11à gagner de l'argent
17:12et donc on a mis en arbitrage
17:13et là aussi,
17:14c'était quelque chose
17:15qui était un petit peu nouveau
17:16pour nous.
17:17Six mois avant
17:17l'Assemblée Générale,
17:18on a fait travailler
17:19les sociétaires
17:20par groupe de 300,
17:21500,
17:22puis des plus petits groupes
17:23jusqu'à arriver
17:23à une vingtaine de personnes
17:26pour faire une proposition.
17:27Donc là,
17:28c'était une proposition
17:28de résolution
17:30posée à l'Assemblée Générale
17:31qui ne venait pas
17:32de l'équipe opérationnelle,
17:34qui ne venait pas
17:34de la direction,
17:35qui ne venait pas
17:35du conseil de surveillance
17:36pour dire dans quel ordre
17:37vous voulez utiliser,
17:40à quelle fin
17:41vous voulez utiliser
17:42les bénéfices
17:42qu'on va faire
17:43dans les prochaines années.
17:44Et déjà,
17:45sur le principe,
17:46c'était quelque chose
17:47d'assez fort,
17:47ça a énormément
17:48mobilisé en interne
17:49puisque les sociétaires
17:51ont leur posé clairement
17:52une question
17:53qui n'est pas neutre
17:54quand même,
17:54qui est hyper importante,
17:55surtout que ce n'était pas
17:57uniquement pour l'année suivante,
17:58c'était une ligne directrice
18:00pour les années à venir.
18:02Et la deuxième chose
18:03qui était particulièrement
18:03intéressante comme arbitrage,
18:05c'est qu'ils ont arbitré
18:08dans l'ordre
18:09pour réinvestir
18:11dans l'outil de production.
18:13Il faut que l'argent
18:14qui est généré chaque année
18:17serve d'abord
18:17l'outil de production,
18:18en deux,
18:19qu'elle serve
18:19en complément de salaire
18:21pour les salariés,
18:23vraiment rémunérer
18:23un peu plus ses salariés,
18:2513e mois,
18:26intéressement, etc.
18:26Mais il faut vraiment
18:27qu'il y ait des mécanismes
18:28encore plus forts
18:29pour soutenir les salariés.
18:31Et en dernier,
18:32s'il reste quelque chose,
18:33vous nous servez des dividendes.
18:34Donc ça,
18:34j'ai trouvé ça
18:35assez intéressant
18:36en termes d'intelligence collective,
18:39cette capacité déjà
18:40à conduire.
18:40Ce n'est pas une règle
18:41des coopératives
18:41de ne pas verser de dividendes ?
18:43De ne pas en verser,
18:44si,
18:44on peut verser des dividendes.
18:46Il y a des limitations.
18:48Il y a des limitations.
18:49Mais en tout cas,
18:50dans le « peu »
18:52qui pouvait se partager,
18:53ils ont décidé
18:54de le mettre en dernier.
18:55S'il reste quelque chose,
18:56éventuellement...
18:57Et comment vous vous expliquez
18:58cet engagement,
18:58ce soutien des sociétaires
18:59alors même que vous étiez
19:00en difficulté ?
19:02Moi,
19:02je pense que c'est
19:03le message
19:05et la raison pour laquelle
19:06aussi,
19:06parce que c'est forcément
19:07un dialogue
19:07pour lequel ils investissent
19:09la coopérative.
19:10Comme on l'a dit,
19:11on ne leur propose pas
19:13de pouvoir
19:16en pouvoir démesuré
19:18par rapport
19:18à la quantité d'argent
19:20qu'ils vont pouvoir placer.
19:21On ne leur propose pas
19:22d'avoir
19:24des plus-values de cession
19:26de leur part
19:27à un moment donné
19:28qui leur permettent
19:28de générer énormément d'argent.
19:30On ne leur propose pas
19:31d'avoir une rémunération
19:32de leur capital
19:32qui soit démesurée
19:35au travers des dividendes.
19:36Donc,
19:36ils viennent forcément
19:37pour autre chose.
19:38Ils viennent pour une vision,
19:40pour un projet politique.
19:41Ils viennent parce que
19:42pour eux,
19:42c'est important
19:43que la NEF existe,
19:44qu'Enercop existe
19:45ou que d'autres structures
19:46de ce type existent.
19:48Et donc,
19:48il y a une forme
19:50de résilience
19:51dans leur qualité
19:53de sociétaire.
19:55Ils sont venus
19:55pour ça
19:56et de voir
19:57cet outil
19:58possiblement en danger.
19:59Nous,
19:59on a été quand même
20:00un petit peu en danger
20:01pendant ces années-là.
20:02Je peux d'autant plus
20:03le dire que maintenant,
20:04c'est derrière nous.
20:05et oui,
20:07ils sont venus pour ça.
20:08Ils sont venus
20:08parce qu'ils voulaient
20:09que le projet de la NEF
20:11continue à perdurer
20:13encore des décennies
20:14et continue à se développer.
20:16Et le fait est
20:16que vous avez atteint
20:17l'équilibre aujourd'hui.
20:18Et le fait est
20:18qu'on a atteint l'équilibre
20:19en grande partie aussi
20:20grâce à ce soutien,
20:21je le répète,
20:22assez indéfectible.
20:23Les sociétaires
20:23ne sont pas partis massivement.
20:26Mais en plus,
20:27quand on a dû faire
20:27des appels,
20:28des levées de fonds
20:29pour pouvoir justement
20:30nous aider
20:31à remonter la pente,
20:32ils répondaient présents.
20:33Et Olivier,
20:34vous pensez que c'est la même chose
20:34chez NERCOP ?
20:35On a eu exactement
20:37le même phénomène.
20:38On a fait une assez
20:39grosse levée de fonds
20:41l'année dernière.
20:42On a eu une très forte
20:44mobilisation des sociétaires.
20:46On a eu une très forte
20:47mobilisation,
20:48et vous parliez tout à l'heure
20:49des outils.
20:50Il y a aussi des outils
20:52qui sont spécifiques
20:52pour nos organisations
20:54comme les titres participatifs
20:55par exemple,
20:55qui nous permettent
20:56d'avoir aussi des choses
20:58qui sont intéressantes
20:59pour les personnes
21:00qui nous soutiennent.
21:01Et pour revenir
21:02à ce que vous mentionniez
21:04sur l'ANEF,
21:05on a eu plusieurs moments
21:06assez difficiles quand même.
21:07Le monde de l'énergie,
21:08ça n'a pas toujours été simple.
21:09On a des fluctuations
21:12extrêmement fortes
21:13des prix.
21:13Et donc,
21:14il faut avoir
21:14cette résilience-là
21:15un peu à court terme.
21:17Mais à chaque fois
21:17qu'on en a eu besoin,
21:18on a pu compter
21:19sur nos sociétaires.
21:20Et je pense que
21:21si on avait aidé plus
21:22dans une logique
21:23d'entreprise privée classique,
21:25je pense que ça aurait été
21:26beaucoup plus difficile.
21:27Donc, ça amène...
21:28J'ai beaucoup aimé
21:29le mot de résilience.
21:30Je pense que ça amène quand même,
21:31vous l'aviez dit
21:32dans l'éditorial tout à l'heure,
21:34mais ce fondement,
21:36ces racines-là
21:37qui sont ancrées
21:38assez fermement
21:39et qui permettent aussi
21:41d'entretenir un projet
21:42qui est au-delà
21:43de la rentabilité,
21:44ça, ça fait du sens.
21:45Et quand ça fait du sens,
21:46il y a de la mobilisation.
21:49Restez avec nous, messieurs.
21:50On passe à la prochaine séquence.
21:51Sous-titrage Société Radio-Canada
21:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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