00:04Et nous enchaînons à présent avec le dernier quart d'heure de Smart Bourse, le quart d'heure américain.
00:09Comme tous les lundis, nous avons le plaisir de retrouver à distance Pierre-Yves Dugas, le correspondant américain de Smart
00:15Bourse.
00:16Bonsoir Pierre-Yves.
00:18Bonsoir Nicolas.
00:19Merci d'être avec nous dans Smart Bourse. On va revenir sur l'actualité aux Etats-Unis.
00:24On va parler de la fête dans un second temps.
00:26Mais d'abord, un mot quand même de ce blocus en Iran.
00:29Pourquoi Donald Trump pense que son blocus de l'Iran fonctionne ?
00:33C'est le premier sujet que vous avez choisi de traiter ce soir.
00:38Oui, alors, je dirais que par définition, Donald Trump est toujours très content de tout ce qu'il fait, même
00:43quand ça ne marche pas.
00:44Donc il faut quand même rappeler ce principe de base du trumpisme.
00:47Pour autant, je cherche désespérément des raisons pour rationaliser l'extrême sang-froid
00:54et le maintien de l'euphorie des marchés, notamment des marchés d'action, mais même des marchés obligataires.
00:59Alors que la situation dans le Golfe est absolument catastrophique.
01:03On vient d'apprendre il y a quelques minutes que des drôles iraniens avaient attaqué des infrastructures aux Émirats.
01:09Donc ça ressemble à la fin du cessez-le-feu.
01:11Mais Donald Trump, lui, est convaincu que son blocus marche.
01:16et il a tout de même quelques arguments.
01:21Premier argument.
01:22En fait, le blocus tel qu'il est conçu vise à interdire à l'Iran d'exporter du pétrole
01:28en positionnant des navires jusqu'à présent en dehors du Détroit
01:32pour intercepter des navires iraniens qui en sortiraient.
01:36On a appris en outre tout à l'heure qu'au moins deux destroyers américains chargés de missiles guidés
01:43étaient rentrés dans le Golfe, que désormais explicitement, d'ailleurs, Donald Trump appelle le Golfe arabique.
01:51C'est important.
01:53Il y a trois canaux de distribution du mal que les États-Unis cherchent à faire subir à l'Iran
02:00en imposant ce blocus.
02:02Le premier est celui dont on parle tout le temps, mais c'est celui qui intervient le plus lentement.
02:10Et je reprends là la typologie de Robert Brooks, le bien nommé, puisqu'il était à la Brookings Institution.
02:17Cet analyste nous dit que ce premier élément est évidemment l'interdiction de l'Iran d'exporter du pétrole,
02:27c'est-à-dire l'interdiction de l'Iran de recevoir des devises qui lui seront versées par ses clients
02:33qui sont essentiellement chinois.
02:35Ce canal-là fonctionne de manière très lente parce qu'encore beaucoup de cargos chargés de pétrole iranien
02:41ne sont toujours pas arrivés en Chine depuis le début du blocus.
02:44Il y a un deuxième canal qui est beaucoup plus douloureux, encore que les analystes se demandent s'il s
02:50'agit de mois ou de semaines.
02:51C'est celui qui empêche à l'Iran de remplir de nouveaux cargos et qui vont finalement interdire à l
03:00'Iran de stocker davantage de pétrole
03:04parce que l'Iran n'a plus la capacité de stockage.
03:07D'ores et déjà, l'Iran, apprend-on, a recours à des vieux cargos pétroliers rouillés, abîmés,
03:15qui mouillent au large de ses côtes pour stocker du pétrole.
03:19Mais si les puits de pétrole à basse pression, qui sont encore assez nombreux en Iran
03:25parce que la modernisation et l'entretien des puits de pétrole iranien n'ont pas pu se faire en raison
03:30des sanctions,
03:31si ces puits de pétrole doivent être coupés, cela va porter un coût important à l'industrie pétrolière iranienne.
03:39Quant aux puits de pétrole à haute pression, s'il faut les couper parce qu'on ne sait plus où
03:44stocker ce pétrole,
03:46il faudra de toute façon des mois pour les remettre en place.
03:48Donc, ce deuxième canal de la distribution de la sanction américaine du blocus est en train de faire mal.
03:54Mais il y a un autre canal qui a un impact plus rapide,
03:57qui est, que l'on avait déjà observé lorsque l'on a commencé à imposer des sanctions à la Russie
04:02suite à son invasion de l'Ukraine,
04:05c'est le canal purement financier de l'accès aux capitaux et de la fuite des capitaux iraniens.
04:10On le voit sur le marché parallèle de la devise iranienne, le Rial, qui est en train de s'effondrer.
04:18Les Iraniens ne peuvent plus financer leurs importations parce que si leurs navires ne peuvent plus sortir du Golfe,
04:23ils ne peuvent plus rentrer non plus dans le Golfe.
04:26Or, l'Iran doit dépenser beaucoup d'argent pour importer notamment de la nourriture.
04:29Et on a des situations de pénurie qui sont en train de s'instaurer
04:34et qui sont aggravées par des difficultés d'accès au financement.
04:38Dernier point important, on l'a vu tout à l'heure,
04:41la Chine a donné des instructions à ses établissements financiers
04:45de ne plus respecter les dictates américains
04:49et les sanctions américaines qui visent les institutions financières
04:53qui feraient du commerce avec l'Iran.
04:55Il y a des raffineurs chinois qui ont besoin de financement,
04:59qui ont besoin de payer leurs achats de pétrole iranien.
05:02Le président Xi, à Pékin, leur a dit
05:04« Un banque qui travaillait avec ses raffineurs,
05:07ignorez les Américains, nous méprisons leurs sanctions ».
05:10Ce qui prouve, à contrario, que l'effort américain de Blocus,
05:14qui est aussi financier, est en train de faire du mal aux exportations iraniennes.
05:18Un mot rapide, Pierre-Yves, sur les quelques minutes qui nous restent de la Fed.
05:23La Fed qui est en pleine transition à tous les niveaux,
05:27à commencer par la nomination d'un nouveau président.
05:31Je vois au moins trois niveaux.
05:33D'abord, il y a l'arrivée d'un nouveau patron qui a un nouveau framework,
05:37c'est-à-dire qui prétend avoir une nouvelle approche
05:39de la manière dont l'économie américaine gère les deux grandes variables
05:45qui intéressent la Fed, l'emploi et l'inflation.
05:48Il veut changer tout ça.
05:49Vous savez combien il y a d'économistes rien qu'au siège de la Réserve fédérale à Washington ?
05:56400.
05:57400 docteurs en économie.
05:59Je ne parle pas des économistes.
06:01Rien que des docteurs en économie, il y en a 400.
06:03Vous rajoutez, dans les 12 districts fédéraux régionaux de la Fed,
06:07il y en a plus de 600.
06:08D'où la question qu'a posée Scott Besson, le secrétaire au Trésor,
06:12qui s'entend très bien avec le futur patron de la Fed, Kevin Warsh.
06:16Mais que fait cette armée d'économistes ?
06:19Plus de 1 000 docteurs en économie qui nous produisent des prévisions
06:25qui jusqu'à présent sont assez mauvaises.
06:27Voilà six ans que la Fed se trompe sur son objectif d'inflation,
06:31qu'elle se trompe sur ses prévisions de croissance.
06:33Il y a un problème.
06:34Kevin Warsh veut changer tout ça.
06:37Deuxième élément important, il y a évidemment le fait que Jérôme Powell,
06:41c'est une surprise, nous en parlions la semaine dernière avec Grégoire,
06:45Jérôme Powell va rester comme gouverneur.
06:47Bien sûr.
06:47Simple gouverneur, dit-il.
06:49Il ne veut pas faire de l'ombre au nouveau patron.
06:51Mais sa présence trahit non seulement son inquiétude personnelle
06:54quant aux futures tentatives de restriction de l'indépendance de la Fed
06:59que veut imposer Donald Trump.
07:00Mais il va probablement influencer pendant quelques semaines, voire quelques mois,
07:06les décisions clés que va devoir prendre la Fed en matière de taux.
07:10Troisième élément de la transition, l'environnement a changé.
07:14Il est très difficile d'envisager maintenant des baisses de taux par la réserve fédérale.
07:19On voit que la BCE a pratiquement fait ses décisions et va relever ses taux.
07:22Et il va falloir que Kevin Warsh, qui a un biais favorable à des baisses de taux,
07:27s'entendent face à cette dissidence qui est manifeste au sein du Conseil des gouverneurs
07:33de la réserve fédérale.
07:34Il y a maintenant au moins trois présidents régionaux de la réserve fédérale
07:38qui s'opposent aux biais favorables à une réduction des taux.
07:43Et l'environnement nous a déjà montré que, compte tenu de la hausse des prix de l'énergie,
07:47l'inflation aux États-Unis dépasse 3,3%.
07:50Il est difficile de justifier à court terme une baisse de taux.
07:54Kevin Warsh a du pain sur la planche.
07:56Avec notamment, et on en parlait juste avant dans Planète Marché,
08:00cette possibilité qu'a Kevin Warsh d'agir différemment
08:04et notamment directement sur la réduction du bilan de la Fed
08:08et en fonction des outils mis en place,
08:10il pourrait atteindre quand même l'objectif de faire baisser les taux longs
08:15comme le souhaite Donald Trump, Pierre-Yves.
08:19Alors, Kevin Warsh a quitté la réserve fédérale en 2011 parce qu'il n'était pas d'accord sur l
08:28'assouplissement quantitatif.
08:29Voilà quelqu'un qui a une grande expérience de la manière dont fonctionne la réserve fédérale,
08:34qui a géré avec Ben Bernanke la grande crise financière et qui était opposé à la poursuite de l'assouplissement
08:41quantitatif.
08:41Il ne veut pas que l'on continue de gonfler le bilan de la réserve fédérale.
08:47Il veut procéder à une forte réduction, graduelle évidemment, pour ne pas bouleverser les marchés.
08:54Et comme le disait un de nos invités tout à l'heure, il veut réduire la duration.
08:57Il va falloir renégocier cet accord qu'il y a entre la réserve fédérale et le Trésor
09:04sur le type d'instrument que la réserve fédérale peut accumuler dans son bilan,
09:10en particulier sur les hypothèques.
09:13Kevin Warsh voudrait que la réserve fédérale n'accumule que des titres du Trésor
09:19et cesse de jouer, car il veut limiter ses montants de rachat de titres,
09:25cesse de jouer une politique qu'il considère comme intrusive dans les circuits du crédit américain
09:30et cesse de financer indirectement le déficit américain
09:35en ne stockant que le minimum de créances du Trésor de courte durée sur le bilan de la Fed.
09:41Merci beaucoup Pierre-Yves Dugas de nous avoir accompagné dans le dernier quart d'heure de Smart Bourse.
09:46Je rappelle que vous êtes le correspondant américain de Smart Bourse.
09:49Merci beaucoup.
09:50Merci à vous également d'avoir suivi Smart Bourse en direct sur Bsmart4Chain.
09:55Je vous rappelle que vous pouvez retrouver l'émission en replay sur bsmart.fr.
09:59Nous écoutez en podcast et quant à moi, je vous dis à demain à 17h en direct sur Bsmart.
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