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  • il y a 9 minutes
Ce jeudi 30 avril, Romuald Sciora, chercheur associé à l'IRIS et directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils ont discuté de la flambée du prix du pétrole, qui a atteint leur plus haut niveau depuis 2022, et de la déclaration de Donald Trump concernant la possibilité d'un blocus pouvant durer plusieurs mois. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le pétrole flambe depuis hier soir, les contrats à terme à plus de 118 dollars le baril sur les contrats
00:06de jeu.
00:07On est à un niveau les plus élevé depuis 2022.
00:10Notre invité c'est Romel Skura, bonjour, merci d'être avec nous ce matin,
00:13chercheur associé à l'IRIS, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis.
00:18Hier, ce qu'on a vu dans la séquence autour de Donald Trump et notamment de ses rendez-vous avec
00:22les pétroliers,
00:24c'est qu'on n'est plus sur une guerre courte, là on est passé sur une guerre longue, c
00:28'est assez clair.
00:28Oui et non. Attention, Donald Trump s'est piégé lui-même dans cette guerre qu'il a fait contre la
00:34vie de son vice-président,
00:36de la secrétaire générale de la Maison Blanche Susie Wills, des généraux du Pentagone, des sénateurs républicains
00:40et surtout de sa base, sa base baga, la grande obsession de Donald Trump.
00:43Et pour la première fois en plus de dix ans, cette base commence à se détourner du président,
00:48un président qui avait promis qu'il n'entraînerait jamais le pays dans une de ses guerres style Irak-Afghanistan.
00:53Donc on a un président fragilisé auprès de sa base, auprès aussi de son entourage immédiat.
00:59Vince et Susie Wills dont je parlais il y a quelques instants commencent à le marginaliser de plus en plus,
01:03sans parler d'élections qui s'annoncent très méchamment perdues et d'une inflation qui repart à la hausse.
01:08Bref, un président qui s'est piégé lui-même et qui, on l'a vu depuis plusieurs semaines,
01:12cherche absolument une sortie de secours.
01:14Il est prêt à valer de nombreuses couloves, à beaucoup de compromis avec les Iraniens.
01:17Mais pour cela, il faudrait qu'il lui donne quelques miettes pour qu'il puisse avoir un papier
01:21pour prétendre avoir obtenu le deal du siècle et garder un petit peu la tête haute face à ses électeurs.
01:25Donc lui, il veut que ça finisse ?
01:26Lui, il veut absolument que cela finisse.
01:30Mais les Iraniens ne veulent pas que ça se finisse.
01:33Pour l'instant, la frage la plus radicale des gardiens de la Révolution aujourd'hui tient les reines du pays
01:39et ils tirent un maximum sur la corde eux aussi pour obtenir un maximum.
01:43Bref, Trump n'a pas beaucoup de solutions.
01:44Soit il reprend des bombardements comme ceux auxquels on a assisté.
01:48Le résultat, le régime des Mollas tient toujours.
01:51Soit il décide une invasion au sol, c'est évidemment impossible, il faudrait 200 000, 300 000 hommes.
01:56Soit il a donc deux autres solutions.
01:58Soit un bombardement très très sévère, très très dur.
02:00Il va peut-être devoir s'y résoudre.
02:03Ou alors, il tente de poursuivre la partie de poker menteur en prétendant,
02:09en prétendant, sachant que le blocus fonctionne quand même.
02:12Ça a assisti quand même l'Iran, en prétendant qu'il est prêt à patienter pendant des mois.
02:16Mais ce n'est pas le cas.
02:17Il faut qu'il s'en sorte.
02:18Et puis, dans quelques semaines, il y a le 250e anniversaire des États-Unis, 4 juillet prochain.
02:22Et Trump prévoyait de se présenter devant les Américains,
02:25comme le nouvel Alexandre Logan, le grand, pardon, celui qui aurait vaincu les Perses.
02:29Visiblement, ce n'est pas le cas.
02:30Annalisa.
02:31Romuald, vous avez mentionné le vice-président,
02:34le vice-président qui s'éloigne de Donald Trump.
02:36Et selon les médias américains, le vice-président craint que Pete Exet, le secrétaire à la Défense,
02:41soit en train de mentir à Donald Trump sur l'état réel de l'arsenal balistique.
02:45Est-ce que ça peut créer à terme une rupture au sein de l'administration Trump ?
02:48Oui, on s'approche d'une potentielle, je dis bien potentielle rupture.
02:52Le secrétaire à la guerre est sur la même longueur d'onde que Donald Trump.
02:58Ils ne peuvent pas se sentir avec Gini Vance.
03:00Gini Vance, qui est déjà aussi sur les starting blocks pour l'élection présidentielle de 2028.
03:05Et donc, aussi, tous ces petits mots, toutes ces paroles,
03:09ces prises de décision de la part de Gini Vance,
03:11ont également pour objectif de montrer, démontrer aux Américains
03:15qu'il est opposé, qu'il a toujours été opposé à cette guerre,
03:18qui est quand même la guerre la plus impopulaire de l'histoire des États-Unis,
03:21la plus impopulaire.
03:22Même la guerre d'Irak, la seconde guerre d'Irak en 2003,
03:25était beaucoup plus populaire au départ, j'entends.
03:28Bref, il y a aussi ici des gesticulations politiques.
03:33Mais oui, on pourrait avoir un clash avec un Trump, je le répète,
03:37qui est quand même de plus en plus marginalisé.
03:38Rappelez-vous, il y a quelques semaines, il y a une semaine,
03:41lorsqu'il a été évacué de la Situation Room,
03:44parce qu'on avait peur que le président soit un petit peu hystérique,
03:47qu'il prenne des décisions trop hâtives.
03:49On en est quand même là.
03:50Alors, Trump a connu un rebond de popularité
03:52après la tentative d'assassinat de samedi,
03:54mais celle-ci risque de ne pas durer.
03:57Le coût de la guerre, 25 milliards de dollars,
04:00c'est les chiffres qui ont été donnés hier.
04:02C'est peu, et à la fois beaucoup,
04:04c'est peu au regard de l'ensemble du budget américain,
04:07mais ça reste énorme.
04:08C'est quelque chose qui est, dans l'opinion publique,
04:11qui est débattu aujourd'hui ?
04:13Débattu, oui et non.
04:14Mais en tout cas, qui est, comment dirais-je,
04:17les Américains sont dégoûtés,
04:19dans leur très grande majorité,
04:20par cette guerre qui nous coûte une somme astronomique,
04:25parce que ces chiffres ne sont pas les chiffres exacts.
04:28On sait tous qu'ils ont été évidemment minimisés.
04:30Ah, c'est beaucoup plus que ça ?
04:31Je n'ai pas les chiffres, mais on s'en doute.
04:32Je veux dire, le secrétaire de la guerre minimise évidemment le coût de cette guerre.
04:36Dans un pays quand même où plus de 30 millions d'Américains,
04:40plus de 32 millions n'ont pas d'assurance santé,
04:4215 autres millions vont les rejoindre d'ici quelques mois,
04:44où on a le système d'éducation le plus inégalitaire des pays de l'OCDE, etc.
04:48C'est quand même beaucoup d'argent pour rien,
04:51pour à terme, au mieux, je dis bien,
04:53obtenir un deal qui sera moins bon que celui que Trump a déchiré,
04:57le fameux deal de 2015 sur le nucléaire iranien.
04:59Il y avait cette date du 1er mai,
05:00où il devait y avoir une discussion au Congrès,
05:03parce que normalement il y avait 60 jours où Donald Trump pouvait faire ce qu'il veut,
05:05puis après il faut aller devant le Congrès.
05:06C'est totalement anecdotique, il n'ira pas,
05:09et ce n'est plus une règle qui est en vigueur, ou c'est important ?
05:12Symboliquement, c'est important,
05:14mais c'est un Congrès quand même où il a encore la majorité,
05:17et qui de toute façon le suivra.
05:20Donc on n'est pas dans un moment d'importance.
05:22Mais il y a néanmoins des débats qui risquent d'être houleux,
05:24dont Trump se serait bien passé à un moment, je le répète,
05:27où son opinion bague se détourne de lui.
05:29Et en même temps, Trump a repris contact hier avec Vladimir Poutine,
05:33ils ont échangé pendant une heure et demie.
05:35Quelle est la position de Poutine aujourd'hui dans ce conflit ?
05:38Poutine essaye de jouer les faiseurs de paix.
05:41Poutine sait très bien que Trump va revenir sur le dossier ukrainien
05:44une fois qu'il en aura terminé avec la guerre en Iran.
05:48Et quand je l'entends par terminer,
05:49j'entends le moment où il aura obtenu une feuille de route,
05:51un petit papier qui lui permettra de prétendre aux Américains
05:53qu'il a gagné la guerre.
05:55Trump est obsédé par la guerre en Ukraine,
05:57il a déjà fait énormément de concessions à Vladimir Poutine.
06:01Poutine essaye donc de jouer les entremetteurs.
06:03S'il pouvait réussir à pousser un petit peu l'origine de Téhéran à négocier,
06:09il sait que Trump lui serait redevable
06:11et que donc, il aurait encore plus de concessions que ce qu'il a déjà obtenu.
06:15On a l'impression qu'ils ont parlé de deux sujets différents.
06:17Il y en avait Poutine d'un côté qui parlait de l'Iran,
06:20les États-Unis qui parlaient de l'Ukraine.
06:23On a l'impression qu'ils ont parlé, mais pas de la même chose.
06:25Oui, on a toujours eu un petit peu un dialogue de sourds entre ces deux personnes.
06:29mais ce qu'il y a toujours d'amusant, si je puis dire,
06:32c'est ô combien Trump peut être mielleux avec Poutine ou même avec Xi.
06:38Il n'y a jamais un petit pic, il n'y a jamais une petite moquerie
06:40comme on peut le voir avec les chefs d'État occidentaux,
06:43avec normalement les principaux alliés des États-Unis.
06:46Non, hier, c'était deux personnes qui se cajolaient,
06:49qui savent qu'ils auront besoin l'un de l'autre,
06:52qu'elles auront ces personnes besoin l'une de l'autre.
06:55Trump a besoin de sa paix en Ukraine après avoir déclaré une guerre.
06:58Il veut quand même rester le faiseur de paix
07:00pour obtenir son prix Nobel, qu'il n'aura jamais maintenant.
07:02Mais bon, il peut toujours rêver.
07:03Et Poutine a besoin, lui, de Trump.
07:06Merci beaucoup, Romuald,
07:07ce qui aura d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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