00:00Le pétrole flambe depuis hier soir, les contrats à terme à plus de 118 dollars le baril sur les contrats
00:06de jeu.
00:07On est à un niveau les plus élevé depuis 2022.
00:10Notre invité c'est Romel Skura, bonjour, merci d'être avec nous ce matin,
00:13chercheur associé à l'IRIS, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis.
00:18Hier, ce qu'on a vu dans la séquence autour de Donald Trump et notamment de ses rendez-vous avec
00:22les pétroliers,
00:24c'est qu'on n'est plus sur une guerre courte, là on est passé sur une guerre longue, c
00:28'est assez clair.
00:28Oui et non. Attention, Donald Trump s'est piégé lui-même dans cette guerre qu'il a fait contre la
00:34vie de son vice-président,
00:36de la secrétaire générale de la Maison Blanche Susie Wills, des généraux du Pentagone, des sénateurs républicains
00:40et surtout de sa base, sa base baga, la grande obsession de Donald Trump.
00:43Et pour la première fois en plus de dix ans, cette base commence à se détourner du président,
00:48un président qui avait promis qu'il n'entraînerait jamais le pays dans une de ses guerres style Irak-Afghanistan.
00:53Donc on a un président fragilisé auprès de sa base, auprès aussi de son entourage immédiat.
00:59Vince et Susie Wills dont je parlais il y a quelques instants commencent à le marginaliser de plus en plus,
01:03sans parler d'élections qui s'annoncent très méchamment perdues et d'une inflation qui repart à la hausse.
01:08Bref, un président qui s'est piégé lui-même et qui, on l'a vu depuis plusieurs semaines,
01:12cherche absolument une sortie de secours.
01:14Il est prêt à valer de nombreuses couloves, à beaucoup de compromis avec les Iraniens.
01:17Mais pour cela, il faudrait qu'il lui donne quelques miettes pour qu'il puisse avoir un papier
01:21pour prétendre avoir obtenu le deal du siècle et garder un petit peu la tête haute face à ses électeurs.
01:25Donc lui, il veut que ça finisse ?
01:26Lui, il veut absolument que cela finisse.
01:30Mais les Iraniens ne veulent pas que ça se finisse.
01:33Pour l'instant, la frage la plus radicale des gardiens de la Révolution aujourd'hui tient les reines du pays
01:39et ils tirent un maximum sur la corde eux aussi pour obtenir un maximum.
01:43Bref, Trump n'a pas beaucoup de solutions.
01:44Soit il reprend des bombardements comme ceux auxquels on a assisté.
01:48Le résultat, le régime des Mollas tient toujours.
01:51Soit il décide une invasion au sol, c'est évidemment impossible, il faudrait 200 000, 300 000 hommes.
01:56Soit il a donc deux autres solutions.
01:58Soit un bombardement très très sévère, très très dur.
02:00Il va peut-être devoir s'y résoudre.
02:03Ou alors, il tente de poursuivre la partie de poker menteur en prétendant,
02:09en prétendant, sachant que le blocus fonctionne quand même.
02:12Ça a assisti quand même l'Iran, en prétendant qu'il est prêt à patienter pendant des mois.
02:16Mais ce n'est pas le cas.
02:17Il faut qu'il s'en sorte.
02:18Et puis, dans quelques semaines, il y a le 250e anniversaire des États-Unis, 4 juillet prochain.
02:22Et Trump prévoyait de se présenter devant les Américains,
02:25comme le nouvel Alexandre Logan, le grand, pardon, celui qui aurait vaincu les Perses.
02:29Visiblement, ce n'est pas le cas.
02:30Annalisa.
02:31Romuald, vous avez mentionné le vice-président,
02:34le vice-président qui s'éloigne de Donald Trump.
02:36Et selon les médias américains, le vice-président craint que Pete Exet, le secrétaire à la Défense,
02:41soit en train de mentir à Donald Trump sur l'état réel de l'arsenal balistique.
02:45Est-ce que ça peut créer à terme une rupture au sein de l'administration Trump ?
02:48Oui, on s'approche d'une potentielle, je dis bien potentielle rupture.
02:52Le secrétaire à la guerre est sur la même longueur d'onde que Donald Trump.
02:58Ils ne peuvent pas se sentir avec Gini Vance.
03:00Gini Vance, qui est déjà aussi sur les starting blocks pour l'élection présidentielle de 2028.
03:05Et donc, aussi, tous ces petits mots, toutes ces paroles,
03:09ces prises de décision de la part de Gini Vance,
03:11ont également pour objectif de montrer, démontrer aux Américains
03:15qu'il est opposé, qu'il a toujours été opposé à cette guerre,
03:18qui est quand même la guerre la plus impopulaire de l'histoire des États-Unis,
03:21la plus impopulaire.
03:22Même la guerre d'Irak, la seconde guerre d'Irak en 2003,
03:25était beaucoup plus populaire au départ, j'entends.
03:28Bref, il y a aussi ici des gesticulations politiques.
03:33Mais oui, on pourrait avoir un clash avec un Trump, je le répète,
03:37qui est quand même de plus en plus marginalisé.
03:38Rappelez-vous, il y a quelques semaines, il y a une semaine,
03:41lorsqu'il a été évacué de la Situation Room,
03:44parce qu'on avait peur que le président soit un petit peu hystérique,
03:47qu'il prenne des décisions trop hâtives.
03:49On en est quand même là.
03:50Alors, Trump a connu un rebond de popularité
03:52après la tentative d'assassinat de samedi,
03:54mais celle-ci risque de ne pas durer.
03:57Le coût de la guerre, 25 milliards de dollars,
04:00c'est les chiffres qui ont été donnés hier.
04:02C'est peu, et à la fois beaucoup,
04:04c'est peu au regard de l'ensemble du budget américain,
04:07mais ça reste énorme.
04:08C'est quelque chose qui est, dans l'opinion publique,
04:11qui est débattu aujourd'hui ?
04:13Débattu, oui et non.
04:14Mais en tout cas, qui est, comment dirais-je,
04:17les Américains sont dégoûtés,
04:19dans leur très grande majorité,
04:20par cette guerre qui nous coûte une somme astronomique,
04:25parce que ces chiffres ne sont pas les chiffres exacts.
04:28On sait tous qu'ils ont été évidemment minimisés.
04:30Ah, c'est beaucoup plus que ça ?
04:31Je n'ai pas les chiffres, mais on s'en doute.
04:32Je veux dire, le secrétaire de la guerre minimise évidemment le coût de cette guerre.
04:36Dans un pays quand même où plus de 30 millions d'Américains,
04:40plus de 32 millions n'ont pas d'assurance santé,
04:4215 autres millions vont les rejoindre d'ici quelques mois,
04:44où on a le système d'éducation le plus inégalitaire des pays de l'OCDE, etc.
04:48C'est quand même beaucoup d'argent pour rien,
04:51pour à terme, au mieux, je dis bien,
04:53obtenir un deal qui sera moins bon que celui que Trump a déchiré,
04:57le fameux deal de 2015 sur le nucléaire iranien.
04:59Il y avait cette date du 1er mai,
05:00où il devait y avoir une discussion au Congrès,
05:03parce que normalement il y avait 60 jours où Donald Trump pouvait faire ce qu'il veut,
05:05puis après il faut aller devant le Congrès.
05:06C'est totalement anecdotique, il n'ira pas,
05:09et ce n'est plus une règle qui est en vigueur, ou c'est important ?
05:12Symboliquement, c'est important,
05:14mais c'est un Congrès quand même où il a encore la majorité,
05:17et qui de toute façon le suivra.
05:20Donc on n'est pas dans un moment d'importance.
05:22Mais il y a néanmoins des débats qui risquent d'être houleux,
05:24dont Trump se serait bien passé à un moment, je le répète,
05:27où son opinion bague se détourne de lui.
05:29Et en même temps, Trump a repris contact hier avec Vladimir Poutine,
05:33ils ont échangé pendant une heure et demie.
05:35Quelle est la position de Poutine aujourd'hui dans ce conflit ?
05:38Poutine essaye de jouer les faiseurs de paix.
05:41Poutine sait très bien que Trump va revenir sur le dossier ukrainien
05:44une fois qu'il en aura terminé avec la guerre en Iran.
05:48Et quand je l'entends par terminer,
05:49j'entends le moment où il aura obtenu une feuille de route,
05:51un petit papier qui lui permettra de prétendre aux Américains
05:53qu'il a gagné la guerre.
05:55Trump est obsédé par la guerre en Ukraine,
05:57il a déjà fait énormément de concessions à Vladimir Poutine.
06:01Poutine essaye donc de jouer les entremetteurs.
06:03S'il pouvait réussir à pousser un petit peu l'origine de Téhéran à négocier,
06:09il sait que Trump lui serait redevable
06:11et que donc, il aurait encore plus de concessions que ce qu'il a déjà obtenu.
06:15On a l'impression qu'ils ont parlé de deux sujets différents.
06:17Il y en avait Poutine d'un côté qui parlait de l'Iran,
06:20les États-Unis qui parlaient de l'Ukraine.
06:23On a l'impression qu'ils ont parlé, mais pas de la même chose.
06:25Oui, on a toujours eu un petit peu un dialogue de sourds entre ces deux personnes.
06:29mais ce qu'il y a toujours d'amusant, si je puis dire,
06:32c'est ô combien Trump peut être mielleux avec Poutine ou même avec Xi.
06:38Il n'y a jamais un petit pic, il n'y a jamais une petite moquerie
06:40comme on peut le voir avec les chefs d'État occidentaux,
06:43avec normalement les principaux alliés des États-Unis.
06:46Non, hier, c'était deux personnes qui se cajolaient,
06:49qui savent qu'ils auront besoin l'un de l'autre,
06:52qu'elles auront ces personnes besoin l'une de l'autre.
06:55Trump a besoin de sa paix en Ukraine après avoir déclaré une guerre.
06:58Il veut quand même rester le faiseur de paix
07:00pour obtenir son prix Nobel, qu'il n'aura jamais maintenant.
07:02Mais bon, il peut toujours rêver.
07:03Et Poutine a besoin, lui, de Trump.
07:06Merci beaucoup, Romuald,
07:07ce qui aura d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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