- il y a 5 heures
La Monnaie de Paris ne frappe plus seulement la monnaie: elle grave désormais l'heure. Beaubleu devient la première maison horlogère à collaborer avec cette institution fondée il y a plus de mille ans, pour une collection dont les cadrans portent l'empreinte unique de ce haut lieu du patrimoine parisien. Une alliance qui n'a rien d'anecdotique : elle ancre Beaubleu dans ses racines à l'élégance résolument française, et offre à chaque pièce une dimension historique et artistique rare. Rencontre avec son fondateur pour comprendre comment une telle collaboration se construit et ce qu'elle dit de l'avenir de la marque.
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00:04On passe à Tempolux, c'est avec votre invité Laurent, le temps est infiniment circulaire.
00:09Effectivement, merci Sybille. Je reçois aujourd'hui Nicolas Ducouder, le fondateur de la marque Beaubleu,
00:16qui a une actualité débordante, une marque que je suis depuis quasiment sa naissance.
00:24Et je suis très fier aujourd'hui d'avoir Nicolas, qui vient d'engager une nouvelle ère pour la marque
00:34Beaubleu.
00:34Je vais le laisser se représenter et nous expliquer tout ça. Bonjour Nicolas.
00:40Bonjour, je suis Nicolas, je suis le fondateur et le designer de la maison Beaubleu.
00:45Et c'est vrai qu'il y a une nouvelle page qui se tourne, en tout cas qui s'écrit
00:48à la fois pour Beaubleu,
00:49mais aussi plus largement pour l'horlogerie, l'horlogerie plutôt même française,
00:54puisque du coup, on a sorti notre nouvelle collection en édition limitée, qui s'appelle La Pièce,
00:59avec du coup la monnaie de Paris, qui du coup frappe en fait les cadrans en plein cœur de la
01:04capitale.
01:05Alors ça, c'est la grosse nouveauté effectivement chez Beaubleu.
01:08Ce sera peut-être la grosse nouveauté pour d'autres marques à venir,
01:13puisque je crois que la volonté de la monnaie de Paris, c'est de s'insérer pleinement dans ce milieu
01:17horloger.
01:18Et ça, c'est quand même très nouveau.
01:20Oui, en fait, ils ont un savoir-faire qui existe depuis presque 1200 ans,
01:25et ils voulaient justement préserver ce savoir-faire.
01:27On utilise de moins en moins la monnaie, et donc ils ont ce savoir-faire,
01:31ils voulaient le capitaliser peut-être dans autre chose.
01:33Ils ont ciblé l'horlogerie, et ils ont vu que Beaubleu était une marque parisienne,
01:37donc ça faisait sens aussi pour eux.
01:39Et donc du coup, on a eu la primeur de démarrer du coup avec ce savoir-faire-là,
01:42et de créer une collection finalement presque à quatre mains sur ce savoir-faire-là,
01:47qui n'existait pas jusqu'à aujourd'hui.
01:48C'est la première fois que ça se fait ?
01:50En horlogerie, oui.
01:51C'est la première fois, en tout cas, de la monnaie de Paris,
01:54justement de frapper des cadrans de montres,
01:56parce que ce n'est pas les mêmes contraintes,
02:00ce n'est pas les mêmes exigences, etc.
02:02Mais du coup, avec leur savoir-faire,
02:03ça permettait d'amener d'autres choses en termes de design,
02:06et donc il y avait une vraie valeur ajoutée,
02:08et donc c'est ce qu'on a fait avec eux depuis 14 mois maintenant.
02:12Oui, parce que techniquement, il doit y avoir quand même pas mal de contraintes.
02:16Quelles sont les contraintes techniques ?
02:18Alors déjà, c'est l'approche qui va être différente,
02:20c'est-à-dire qu'en horlogerie, on a une manière de faire des cadrans
02:22ou même des boîtiers, etc.
02:24Et eux, ils voient la chose déjà de manière totalement différente,
02:27c'est-à-dire qu'eux, ils voient en négatif et positif,
02:28puisqu'on va avoir une partie négative qui va créer du positif sur une pièce.
02:33Les contraintes, ça va être eux, d'abord des contraintes de poids pour eux,
02:36par rapport à l'or, etc.
02:38Et en termes de détail, la manière dont ils vont concevoir un détail,
02:43ce n'est pas exactement la même manière qu'en horlogerie ou en automobile.
02:46Ça va être des logiciels qui vont être très particuliers
02:49et un savoir-faire qui va être encore beaucoup aussi à la main
02:52pour arriver à avoir des subtilités, en tout cas sur le cadran, qui n'existent pas.
02:56Et donc, l'idée aussi, c'était dans cette collaboration,
02:59c'était de se dire, bon, l'idée de faire un cadran
03:03avec le savoir-faire de la monnaie de Paris,
03:04pas juste un cadran de montre qu'on aurait pu faire ailleurs.
03:08Et donc, en gros, on avait une palette, finalement, de savoir-faire
03:11et de se dire, OK, on va pousser ces curseurs-là.
03:14L'idée, c'était au maximum pour montrer justement ce qui était possible de faire.
03:17Et on se retrouve avec des éléments du cadran
03:20qui ne sont habituellement pas possibles de faire
03:23parce que l'approche est différente.
03:26Et donc, du coup, amener un peu un nouveau territoire
03:29en termes de design, en termes d'horlogerie.
03:30Et c'est ça qui nous a beaucoup plu, en tout cas.
03:32Et donc, vous avez résolu les contraintes techniques
03:38pour le design.
03:40Comment on vient, quand on est créateur de montres,
03:46donner des directives à la monnaie de Paris
03:50sur des machines qui ne sont pas utilisées en horlogerie ?
03:55Comment on fait pour faire naître ces cadrans
03:58qui sont superbes au demeurant
04:01et très nouveaux ?
04:03Alors, on ne donne pas de directives, déjà, pour commencer.
04:07En tout cas, pour l'approche, déjà, c'est un peu...
04:09On se tourne un peu autour
04:11pour essayer de comprendre un peu
04:13déjà quel bois on est fait en termes de design
04:15et aussi en termes de savoir-faire
04:17parce que c'est d'abord de la recherche de se découvrir.
04:19Et donc, ça a été un peu...
04:21On m'a mis un peu dans les ateliers
04:22et on m'a dit, voilà comment on travaille une pièce de monnaie.
04:25Voilà ce qu'on fait.
04:26Voilà l'outil, comment on va le travailler à la main
04:29avec des petits bouts de scotch,
04:30avec des cutters, des choses comme ça,
04:33encore très artisanales.
04:34Et il dit, voilà les contraintes qu'on va avoir.
04:37Voilà toute la variété de traitements de surface,
04:39par exemple, qu'on peut avoir.
04:41Et donc, finalement, il nous présente la palette.
04:43Ensuite, on va voir les artisans graveurs,
04:48tous ceux qui font d'abord aussi, eux,
04:50le design de leur propre pièce
04:51et voir aussi l'approche qu'ils vont avoir.
04:53Et donc, en sachant ça,
04:55moi, j'agrège finalement tous ces savoir-faire-là
04:58et j'essaie de me dire,
05:00OK, comment on va pouvoir le sublimer ?
05:02On parle de hauteur, de différence de hauteur,
05:04de brillance qui ne devrait pas exister à ces endroits-là
05:06parce qu'on, normalement, ne peut pas l'atteindre
05:08avec une technique classique.
05:11OK, à ce moment-là, quand on va concevoir le cadran,
05:16l'idée, c'est d'agréger tout ça.
05:17Et donc, moi, après, du côté design,
05:19c'était dire, OK, en fait, on parle finalement,
05:21la chose qu'on a en commun, ça va être la lumière.
05:23C'est finalement comment on va essayer de la créer,
05:25de la guider dans le cadran
05:26pour arriver à la fois avoir de la profondeur,
05:28de l'expressivité, des choses comme ça.
05:30Et donc, déjà, on a ce noyau dur commun.
05:33Et donc, moi, je voulais justement mettre en avant ça
05:35en disant, OK, on va faire exploser la lumière
05:37un petit peu dans ce cadran-là.
05:38On va la guider, l'organiser.
05:40Par rapport à leurs outils.
05:43Et donc, à la fois, c'était valorisant pour eux
05:44parce que du coup, ils se sentaient écouter.
05:46Et donc, ça a permis aussi de faire des compromis
05:49dans les deux cas.
05:50Parce que c'est toujours comme ça.
05:51Quand on crée, ce n'est pas forcément
05:52une sorte de compromis.
05:53Mais en tout cas, on a cette direction
05:54qui est celle de la lumière, de la profondeur
05:56et de la qualité.
05:57Et après, on a ce cheminement qu'on fait
05:59à quatre mains, vingt mains différentes.
06:00Mais pour s'adapter, finalement.
06:04Et ces pièces-là, la collection, la pièce,
06:08s'adresse au public du beau bleu habituel
06:10ou vous visez une autre clientèle pour ça ?
06:14Alors, généralement, quand on fait une collection,
06:16on vise en soi tout le monde et personne.
06:19Là, c'est surtout toujours une approche artistique,
06:22en tout cas de design,
06:23et d'essayer de travailler de manière un peu générale
06:26genre le concept du temps,
06:28comment on le perçoit, comment on le lit,
06:29comment on l'interprète.
06:31Et donc, ça reste finalement dans la même continuité
06:34de se dire, on travaille des facettes du temps.
06:37Là, cette facette-là, elle est plus liée à la lumière,
06:39parce que d'une manière ou d'une autre,
06:40que ce soit l'horloge solaire ou des choses comme ça,
06:42la lumière a toujours intervenu dans la lecture de l'heure,
06:45enfin du temps, du moins.
06:46Et donc, on travaille cet aspect-là.
06:47Et puis après, les autres collections et celles d'avant,
06:49on travaillait d'autres aspects.
06:51Donc, finalement, elle va parler peut-être aux chauvins
06:56et aux parisiens pour pouvoir avoir une pièce
07:00qui est frappée à Paris.
07:00Mais à part cette petite coquinerie,
07:04cette petite chose, il n'y a personne qui est visé en soi là-dessus.
07:09Parce que Beaubleu est une marque qui s'internationalise aujourd'hui.
07:13Le fait d'avoir ce côté monnaie de Paris,
07:15quelque part très français, très parisien,
07:18ça vous permet d'assumer et de renforcer
07:21cette patte très parisienne finalement qu'a la marque
07:25pour aller séduire encore plus à l'international ?
07:28Oui, je pense qu'en fait, ça fait presque 9 ans qu'on est là.
07:32Mais malgré tout, on reste quand même une jeune maison.
07:35Et ça, je pense encore pour les 100 prochaines années.
07:37Mais c'est vrai qu'à la fois, ça permet d'ancrer un peu plus
07:40sur le territoire la production en France.
07:44Donc, c'est surtout une affaire de cohérence, je pense.
07:47Et ça permet aussi, de manière générale,
07:50pour l'horlogerie, en l'occurrence française,
07:51de dire qu'il y a une horlogerie qui existe autre qu'au Japon ou en Suisse.
07:55Elle existe aussi en France.
07:56Il y a des acteurs qui sont assez surprenants,
08:00parce qu'on n'attend pas du coup la monnaie de Paris.
08:02Mais je pense que c'est ça aussi une des signatures de l'horlogerie française.
08:04C'est qu'on ne l'attend pas là et elle l'est quand même là de sa manière.
08:08Et c'est vrai que du coup, pour l'international,
08:11c'est plus aussi une histoire de réaliser qu'il y a encore des savoir-faire
08:16qui sont cachés, qui sont cachés pendant 1200 ans,
08:20mais qui peuvent justement renaître ou en tout cas s'appliquer à l'horlogerie.
08:24Et c'est ça.
08:24Je pense que l'international, maintenant, voit qu'il y a plusieurs pôles d'attractivité.
08:29Ce n'est pas uniquement la Suisse, le Japon,
08:32mais maintenant la France est un acteur très sérieux à l'international.
08:36C'est une grande série, ce que vous allez réaliser ?
08:39Alors en termes de quantité, on est à peu près à 8000 pièces.
08:44Après, c'est décliné en neuf modèles qui sont à deux lignes différentes.
08:48On va avoir la pièce numéro 1 qui va travailler une horlogerie
08:52qui va être finalement plus en lien avec l'ADN de Beaubleu.
08:58Et on va avoir la pièce numéro 2 qui va être vraiment la mise en valeur,
09:02la mise en avant de ce que fait la monnaie.
09:09Vous avez une part non négligeable dans le renouveau de cette horlogerie française.
09:18Elle va où, cette horlogerie française ?
09:21Parce que quand on regarde un peu les différents acteurs
09:26et les différentes opinions sur les marchés internationaux,
09:29tout le monde dit « Regardez ce que fait la France en ce moment, c'est incroyable.
09:32Il y a un vrai renouveau par rapport à un marché un peu vieillissant en Suisse et même au Japon.
09:38»
09:38D'un autre côté, ils disent « Attention, le SAV, ce n'est pas toujours terrible.
09:42Faites gaffe avec ça. »
09:43On en est où aujourd'hui dans cette vague d'horlogerie française
09:48qui va conquérir l'international ?
09:50Je pense qu'il y a plein de bonnes volontés.
09:52Il y a plein de marques qui se créent.
09:54Il y a aussi quand même pas mal de marques qui restent.
09:56Parce que c'est aussi ça qu'on va regarder sur les dernières années.
10:00Et je pense que sans le savoir,
10:03ou en le sachant de manière plus inconsciente,
10:06en tout cas, on commence à créer une identité française.
10:10Alors, si je parle d'une identité, ça va être peut-être la communication,
10:15ou le design, ou un peu de tout, ou la production.
10:18La Suisse est beaucoup basée sur la production.
10:20Le Japon, ça va être aussi un sens du détail.
10:22Enfin voilà, chacun va avoir sa propre identité.
10:24Donc on travaille, je pense, sans le savoir vraiment,
10:28mais collectivement en tout cas.
10:29Il y a plein de marques et de maisons qui, justement,
10:33font pas mal de bruit pour dire qu'il y a une émulation qui se crée en France.
10:40Donc, je pense que là, au niveau de l'international,
10:45pour eux, c'est surtout une sorte de bulle d'air frais,
10:47en disant qu'il y a une nouvelle horlogerie
10:49qui n'est pas obligée de remplacer l'autre,
10:51mais qui complète finalement ce qu'il y a aussi d'autres typologies de passionnés.
10:55Il y a des gens qui rentrent par le biais de la technique,
10:58d'autres du savoir-faire, d'autres de la tradition, de l'héritage, etc.
11:02Et il y a d'autres facettes qui vont être soit plus du design ou d'autres choses.
11:05Et la France, en tout cas, tire son épingle du jeu là-dessus.
11:10Et après, sur la partie industrielle, c'est un peu ça.
11:15C'est que chacun essaye de créer quelque chose
11:18et on essaye de trouver des synergies en disant
11:20« Ok, à ce moment-là, est-ce qu'il n'y a pas un pôle horloger qui peut se
11:22créer ? »
11:23Est-ce que, justement, pour maintenant faire face à la demande ?
11:26On a réussi à créer une demande, maintenant on y fait face.
11:29Et je pense qu'au fur et à mesure des années,
11:32je pense qu'on va avoir une sorte de collectif qui va se créer.
11:35Aujourd'hui, on réalise que quand on présente sa propre marque,
11:38on dit « Ah oui, mais vous avez aussi telle marque et telle marque qui existent,
11:42c'est trop bien ce que vous faites en France. »
11:43Et donc, à force de l'entendre, on va peut-être aussi aller voir nos copains français
11:47et se dire « Bon, manifestement, on ne peut pas… »
11:51Enfin, manifestement, on fait partie d'un collectif.
11:52Donc peut-être que l'idée, c'est de concrétiser ça de plein de formes que ce soit.
11:57Oui, parce qu'on repart de zéro en France, en termes de…
11:59Enfin, de zéro, pas loin, en termes d'outils industriels dédiés à l'horlogerie,
12:05qui est en train de se remonter petit à petit avec toutes les bonnes volontés
12:08et surtout les demandes qu'il y a en termes de volume de montres françaises aujourd'hui.
12:13Et c'est un phénomène qui est assez français.
12:16On ne l'observe pas en Allemagne, en Belgique, en Espagne ou en Italie.
12:22Non, non, pas vraiment.
12:23Alors, il y a un peu l'Angleterre qui commence à naître un peu deux, trois marques
12:28et c'est très bien parce que je pense qu'il faut une pluralité
12:32justement dans les différentes manières de voir l'horlogerie.
12:35C'est…
12:38Oui, c'est… comment dire ?
12:41Tout le travail là qui va devoir se faire, c'est un travail sur le long terme.
12:46C'est-à-dire que de se dire « Il y a des choses qui se sont arrêtées »
12:49il y a dans les années 70 ou 80 où finalement tout le savoir-faire français,
12:54même pas le savoir-faire français, il y a une partie du savoir-faire horloger tout court
12:57qui est partie en Suisse et même ça bien avant.
13:02Et donc du coup, ça va être… il faut avoir un peu d'humilité en se disant
13:06« On démarre, il y a une petite flamme qui a été allumée, une petite boule de neige qui a
13:10été créée.
13:11Maintenant, il va falloir pousser sur les 20, 30, 50, 60 prochaines années
13:14pour justement avoir aussi toute notre légitimité et pas de se dire que c'est…
13:20Voilà, que ce soit… que la cohérence soit à la fois dans le propos, dans le design,
13:26dans la partie industrielle, la partie SAV comme vous mentionnez,
13:31et puis dans la communauté, etc. »
13:33Merci beaucoup Nicolas Ducoudert.
13:35Je rappelle que vous êtes fondateur de Beaubleu.
13:37Merci Laurent.
13:38Et tout de suite, on passe à Boujbée.
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