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Dans les années 1980, une révolution silencieuse s'opère en Italie, non par les urnes ni par la rue, mais par la télévision. De l'ascension de Fininvest à l'entrée en politique de Silvio Berlusconi, enquête sur la manière dont les nouvelles télévisions privées ont transformé le rapport du public à l'information, au pouvoir et à la démocratie. A travers les témoignages directs de ceux qui ont construit ce système, le film révèle comment divertissement, publicité et concentration médiatique ont préparé le terrain d'une nouvelle ère politique en Europe.
Réalisé par : Fabio Lucchini
Réalisé par : Fabio Lucchini
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00:00:00Sous-titrage Société Radio-Canada
00:00:31C'est ce qu'il peut dire de Silvio Berlusconi. C'est un homme.
00:00:44Silvio Berlusconi était certes un homme, mais pas un homme comme les autres.
00:00:49Trois fois président du Conseil entre 1994 et 2011, il a dominé la vie politique et médiatique italienne pendant 30
00:00:55ans, jusqu'à sa mort en 2023.
00:01:00Il est connu dans le monde entier pour avoir été le pionnier du populisme médiatique.
00:01:04Il a emmené l'extrême droite au gouvernement en Italie pour la première fois et lancé une très jeune activiste,
00:01:11Giorgia Meloni, qui a fini par écueillir son héritage politique.
00:01:17Pourtant, Silvio Berlusconi n'a pas commencé par la politique, mais par le monde du divertissement et de la télévision
00:01:23privée.
00:01:29Pour saisir vraiment le personnage, il faut remonter à la fin des années 70, quand, avec un groupe de jeunes
00:01:35acolytes, il construit un empire médiatique.
00:01:41L'aventure démarre avec une petite chaîne locale.
00:01:45Puis Berlusconi et ses hommes créent le groupe Fininvest, qui opère les chaînes Canale 5, Rete 4 et Italia 1,
00:01:52et Publitalia 80, véritable cœur de l'Empire.
00:01:57Ça a été une véritable épopée. C'est allé tellement vite qu'on ne s'en est même pas rendu
00:02:01compte.
00:02:02On comprenait parfaitement qu'on était en train de faire quelque chose d'historique, qu'on était en train de
00:02:07changer l'Italie.
00:02:09Silvio nous a tous rendus riches. Ce n'est pas un détail.
00:02:14En 15 ans, ils imposent les codes de la télévision commerciale sur le marché et dans les esprits.
00:02:19Ils mènent une guerre sans merci contre l'Arai, la télévision publique italienne.
00:02:23Ils s'imposent comme les pionniers d'un monde nouveau. Ils deviennent les idoles des gens.
00:02:31Puis, l'impensable se produit. Le vieux monde s'effondre.
00:02:35Et ces hommes nouveaux, propulsés par la télé, s'emparent du pouvoir en Italie,
00:02:40en transformant les téléspectateurs en électeurs et Publitalia en Forza Italia, le parti politique de Berlusconi.
00:02:51Moi, j'étais un enfant à l'époque, et j'adorais la télé berlusconienne.
00:02:5740 ans plus tard, j'ai décidé d'aller à la rencontre des hommes de l'ombre de Silvio Berlusconi.
00:03:03Ceux qui, entre 1979 et 1994, ont créé un empire médiatique qui les a menés jusqu'aux plus hautes marches
00:03:11du pouvoir.
00:03:12Comment ont-ils créé l'empire de Berlusconi ? Quel est aujourd'hui leur bilan ?
00:03:30Cette histoire commence à Milan, capitale économique italienne et ville natale de Berlusconi.
00:03:36La plupart de ces hommes de l'ombre s'y rendent encore, comme Sandro Barenzo, auteur des premières émissions à
00:03:42succès.
00:03:54Ma rencontre avec Silvio Berlusconi est typique de cette époque, de la comédie à l'italienne.
00:04:04Il m'appelle et me donne rendez-vous au Grand Hôtel.
00:04:08Il me dit qu'il a beaucoup de moyens financiers.
00:04:13Précisons que nous ne savions rien de Berlusconi.
00:04:16Pour nous, c'était un inconnu.
00:04:23Toujours est-il qu'il me dit « ça vous intéresserait de faire de la télé ? »
00:04:28Je lui dis « la raille ? »
00:04:31Non, non, j'ai une autre idée.
00:04:56Je commence et je vois comment fonctionne cette télévision.
00:05:10J'ai proposé des trucs, Berlusconi s'enthousiasmait.
00:05:16Des louteries acquiescées.
00:05:22Et puis un jour, des louteries m'a pris à part et m'a dit « écoute, pour l'amour
00:05:27de Dieu, ce programme peut être très beau et très intéressant.
00:05:32C'est certainement intelligent. »
00:05:34Et moi j'étais tout content.
00:05:36Mais ces trucs-là ne vendent pas.
00:05:44Et c'est là que j'ai compris ce qu'était la télévision commerciale.
00:05:48La télévision commerciale doit faire de l'audience.
00:05:57Nous essayons de donner aux spectateurs la partie fabuleuse de la vie.
00:06:05Le rêve, ou si je peux faire une comparaison, comme la publicité, dans laquelle tout le monde est gentil, tout
00:06:12le monde est beau, etc.
00:06:27Ma première rencontre avec Berlusconi fut une rencontre fortuite.
00:06:41Berlusconi me dit « que faites-vous dans la vie ? Je suis chercheur. J'ai compris, vous ne travaillez
00:06:47pas. Mais vraiment, j'étais perplexe. »
00:06:52Berlusconi me dit « venez programmer ces films. J'ai accepté par pari, par curiosité. »
00:06:59« A l'époque, il était inconnu. Il était, comment dire, un outsider. Mais très optimiste. Sûr de son succès.
00:07:10»
00:07:11« Je suis né dans l'Arabie saoudite et j'ai fait le sheikh. »
00:07:15« Je pense qu'aujourd'hui, il faut avoir une préparation plus diversée que pour le passé. »
00:07:24« Avoir antennes dans toutes les parties du monde. »
00:07:28« J'avais 24 ans. Je m'étais mis à regarder des épisodes de la série A-Team. »
00:07:45« Je me suis mis à écrire des notes où je cherchais des corrélations entre les épisodes et leurs chiffres
00:07:51d'audience. »
00:07:54« Ce rapport inutile, je peux le dire, il a fini dans le bureau du directeur des programmes des chaînes
00:08:00Fininvest. »
00:08:03« Je me suis retrouvé quelques jours plus tard, convoqué à Milano Doué, embauché le jour même en CDI dans
00:08:10le bureau des séries télé. »
00:08:14« Je me suis revu dans les photos de cette époque et j'étais un enfant. »
00:08:31« Il n'y avait pas d'internet, pas de site web, pas de plateforme et il n'y avait
00:08:37pas Netflix. »
00:08:39« Nous nous percevions comme des innovateurs, c'est-à-dire que nous apportions dans la société italienne une chose
00:08:44nouvelle qui n'existait pas auparavant et qui a remporté un large consensus. »
00:08:49« C'est dans cet esprit de conquête que nous travaillions avec ce patron qui, à l'époque, s'intéressait
00:08:55beaucoup à la télévision. »
00:08:58« Vous devriez définir avec un seul adjectif « la Milano d'aujourd'hui » ? »
00:09:02« Je la définirais avec une phrase, si vous le permettez. »
00:09:07« Je me souviens une phrase milanese qui dit « tu travailles toujours. »
00:09:12« Tu travailles toujours, qui semble latino mais milanese autentique. »
00:09:22« Berlusconi, au bout d'une semaine, m'appelle pour me dire qu'à Milano II, la ville qu'il
00:09:27a lui-même créée, toutes les 30 minutes, quatre jeunes passent sans coup de fil pour vérifier l'audience des
00:09:33films. »
00:09:36« Oui, je suis assez satisfait. »
00:09:39« La télé commerciale a été créée pour générer des audiences. »
00:09:53« Mon jugement personnel ne comptait plus. Je devais me plier à l'audience. »
00:09:59« Par conséquent, le collaborateur le plus important de Berlusconi était sans doute Dell'Utri. »
00:10:10« Dell'Utri est l'homme qui traduit en profits ce que la télévision crée avec la séduction de ses
00:10:18programmes. »
00:10:24« L'ami de jeunesse, gardien des secrets les plus inavouables, pour comprendre l'ascension fulgurante de Berlusconi, il faut
00:10:31remonter au début de son amitié avec Marcello Dell'Utri. »
00:10:42« J'ai rencontré Berlusconi grâce à un ami de Palermo, qui avait appris que je partais pour Milan. »
00:10:52« Il m'a dit, je te donne le numéro d'un ami à moi. »
00:10:58« Il est un peu exalté, mais il est très doué. »
00:11:03« Alors, on s'est appelé, et il m'a dit, laisse tomber, viens à Milan. J'ai besoin d
00:11:08'amis pour travailler avec moi. »
00:11:18« Quand je suis allé à Milan, il était en train de construire Milano II. C'était un terrain marécageux.
00:11:26»
00:11:27« Il disait, ici, je vais construire une ville où il y aura tout, de la clinique où l'on
00:11:32est au cimetière où l'on meurt. »
00:11:34« Moi, je me disais, et puis, ouais. Mais pourtant, il l'a fait. »
00:11:39« Le consortium se propose de contribuer à la solution du problème de la maison, réalisant de grands insédiaments, avec
00:11:46de nouvelles technologies avancées, afin d'avoir aussi de réductions de costes. »
00:11:51« J'étais avec lui 24 heures sur 24. J'habitais chez lui. »
00:12:00« Mais à cette époque, dans le bâtiment, ça n'allait plus très bien. »
00:12:06« Alors on s'est dit, ce n'est plus le moment de construire. Il n'y a plus rien
00:12:10à gagner. »
00:12:14« Entre-temps, une loi fut adoptée qui admettait pour la première fois en Italie la télévision privée, même si
00:12:21limitée à un rayon de quelques kilomètres. »
00:12:25« Et là, on a eu l'idée de créer une chaîne de télévision, qu'on a appelée Télé Milano
00:12:31Canal 58. »
00:12:39« Télé Milano 58 n'est qu'une des dizaines de chaînes locales qui naissent en Italie à l'époque.
00:12:44»
00:12:44« C'est un phénomène unique en Europe. »
00:12:48« Ces petits diffuseurs explosent à partir des années 70 en Italie. »
00:12:52« La Cour constitutionnelle les autorise à diffuser à l'échelle locale en 1976. »
00:12:57« Pourquoi une délégation basque en Italie ? »
00:13:02« Pour connaître la possibilité technique, la possibilité culturelle, la possibilité linguistique de cette moyenne de diffusion. »
00:13:25« Les programmes de la télévision font schifo. »
00:13:29« Ils ne le plaisent à personne parce qu'ils ont tous les étudiants. »
00:13:32« Et c'est vrai que les 10 milliards de rafiles de l'année. »
00:13:34« Soltant maintenant, la télévision, je ne la vois plus pour rien. »
00:13:37« Ni à l'heure, ni à l'heure, ni à l'heure, ni à l'heure. »
00:13:39Ce sont des chaînes amateurs, mais légères et drôles.
00:13:42Et elles sont financées par la publicité.
00:13:44Une nouveauté absolue.
00:13:46Alors que la télévision nationale vit toujours grâce à la redévance.
00:14:03« Le débat autour des télévisions privées était particulièrement vif à l'époque. »
00:14:18« Je venais tout juste de terminer mes études. J'avais 29 ans. »
00:14:23« Une rencontre était prévue avec des représentants de grandes entreprises. »
00:14:31« Pour Publitalia, c'est Marcello Dellutri qui est venu. »
00:14:35« À la fin, il a dit, si l'un d'entre vous est intéressé pour venir travailler avec nous,
00:14:41qu'il se manifeste. »
00:14:44« Quelques jours plus tard, je me suis rendu au siège du Publitalia. »
00:14:48« Je suis allé directement parler avec Marcello Dellutri. »
00:14:51« Et il m'a accueilli en disant, je t'attendais. »
00:14:58« C'était un nouveau monde. On en avait assez de la télé en noir et blanc, de la RAI.
00:15:11»
00:15:17« On rêvait de voir quelque chose de différent à la télé. »
00:15:39« Il y avait une envie de liberté, d'innovation, d'imagination. »
00:15:44« Ce rêve Berlusconi nous l'a offert. »
00:16:00« Nous avons saisi le besoin de la société italienne de s'ouvrir au monde, de respirer, de s'amuser
00:16:10aussi. »
00:16:11« Elle qui avait été longuement réprimée au cours des années précédentes. »
00:16:17« Les chaînes privées deviennent très vite les préférées des Italiens. »
00:16:20« Ils ont su capter la demande de nouveautés, de légèreté, de divertissement qui parcourent l'Italie. »
00:16:25« Un pays meurtri qui sort des années de plomb, des années 70, »
00:16:29« marqué par le terrorisme politique et où les attentats et les assassinats ont été presque au quotidien. »
00:16:37« Mais le monde des années 80 est le prélude de la fin de la guerre froide. »
00:16:42« Ce sont les années de la montée de l'influence américaine dans tous les domaines. »
00:16:46« La culture, à la gastronomie, au sport. »
00:16:50« Berlusconi et ses hommes sont fascinés par l'Amérique. »
00:16:53« Ils copient les programmes américains, importent films et séries, »
00:16:56« deviennent les chantres du rêve consumériste américain en Europe. »
00:17:01« Berlusconi veut imiter les Américains. Il comprend que prêcher l'évangile américain, c'est être progressiste. »
00:17:10« Les États-Unis deviennent alors son phare. »
00:17:14« Berlusconi est obsédé par une idée. Concurrencer la RAI, la télévision publique nationale. »
00:17:20« Il a déclaré, nous allons concurrencer la RAI. »
00:17:24« Le samedi, il est fou ce mec. »
00:17:27« Et pourtant il l'a fait. »
00:17:33« C'est ainsi qu'est né le premier network de chaînes privées en Europe, le groupe Fininvest. »
00:17:41« Mais la loi l'empêche, car seulement la RAI peut émettre à l'échelle nationale. »
00:17:48« Les hommes inventent alors un subterfuge pour contourner la loi, le Pizzone. »
00:17:58« L'idée géniale était de créer un master appelé Pizzone. »
00:18:09« Alors, qu'est-ce que le Pizzone ? »
00:18:12« Le Pizzone est l'enregistrement d'une journée entière de programme. »
00:18:17« Sur des cassettes qui à l'époque étaient assez grandes. »
00:18:21« Empilées les unes sur les autres, elles faisaient un mètre et demi de haut. »
00:18:26« On en faisait 20 copies et on les envoyait aux antennes régionales. »
00:18:30« Dans le but de programmer à l'échelle nationale les mêmes programmes. »
00:18:33« Qui étaient diffusés au même moment avec les spots publicitaires déjà intégrés. »
00:18:40« C'est ainsi que nous sommes devenus une télé nationale, grâce à ce subterfuge. »
00:18:46« Bonne année ! Bonne année ! »
00:18:51« Avec trois chaînes qui diffusent illégalement dans tout le pays, le groupe de Berlusconi peut désormais concurrencer les audiences
00:18:57de la Lai. »
00:18:59« Ces programmes sont plébiscités par le public et reflètent la révolution culturelle qui parcourt le pays en ce début
00:19:04d'année 80. »
00:19:07« C'est la première fois en Europe qu'un groupe privé prend autant de pouvoir dans les médias et
00:19:11une véritable guerre s'enclenche entre la télévision publique et le groupe Fininvest. »
00:19:26« Ma tâche consistait à construire une grille de programme pour vaincre la rail et imposer la suprématie des chaînes
00:19:33Fininvest. »
00:19:38« Il y avait deux pivots dans la programmation de l'époque. »
00:19:43« Le premier opposait série américaine aux produits italiens. »
00:19:49« On ne les appelait pas séries à l'époque, on les appelait sitcoms. »
00:19:53« Dallas, le joyau de Fininvest. »
00:19:56« Dynasty. »
00:19:58« Il y avait Arnold. »
00:19:59« Il y avait les Jeffersons. »
00:20:01« C'est-à-dire les séries avec lesquelles nous avons tous grandi. »
00:20:13« Qui est Mike Bongiorno ? »
00:20:16« C'est le prophète Berlusconien. »
00:20:19« Mike Bongiorno incarne le lien entre l'esthétique américaine de Canale Cinque et l'héritage historique de la rail.
00:20:29»
00:20:31« Il commence à la rail en 1954. »
00:20:35« Son audience comptait jusqu'à 26 millions de téléspectateurs. »
00:20:42« L'arrivée de Mike sur Canale Cinque fait basculer le public de la rail vers Berlusconi. »
00:20:49« La troisième chose très importante est Drive-In. »
00:20:55« Drive-In. »
00:20:59« Il faut être un génie pour imaginer ça. »
00:21:03« Drive-In a engendré la débâcle du bon goût en Italie. »
00:21:19« Il y avait des filles au grossin, il y avait tout ce qui est aujourd'hui identifié dans ce
00:21:22qu'on appelle le Berlusconisme. »
00:21:25« Il a donc été désigné comme l'homme qui a ruiné le bon goût italien. »
00:21:31« Et c'est bien possible. »
00:21:38« Quoi qu'il en soit, Drive-In allait disparaître car les audiences n'étaient pas au rendez-vous. »
00:21:48« Ciao Sandro. »
00:21:52« Comment tu vas ? »
00:21:55« Comme un survivant. »
00:21:59« Un jour Berlusconi m'appelle et il me dit, je suis désolé, mais Drive-In ne fait pas assez
00:22:04d'audience. »
00:22:05« Il vaut mieux l'arrêter. »
00:22:07« J'ai donc appelé Marcello Delutri. »
00:22:11« Je lui ai dit, ne t'inquiète pas, continue parce que moi, je l'avance cette émission. »
00:22:18« Et je lui ai dit, oui, mais l'audience est faible. »
00:22:20« Elle plaît beaucoup aux publicitaires. »
00:22:24« 50 personnes ? »
00:22:25« Et lui m'a répondu, oui, les bonnes, je t'expliquerai demain. »
00:22:32« Malgré ses débuts compliqués, Drive-In est maintenu sous l'impulsion de Delutri, »
00:22:37« qui comprend mieux que tout le monde la fonction de la télévision commerciale, »
00:22:41« c'est-à-dire vendre des publicités. »
00:22:44« C'est une révolution qui va changer durablement les codes de la télévision. »
00:22:48« On a décidé de raccourcir les sketchs de 20 à 3 minutes. »
00:22:51« C'est ainsi qu'a commencé ce style de comédie rapide. »
00:22:55« Drive-In devient fondamental. »
00:23:03« L'émission est écrite selon les règles de la télévision commerciale, »
00:23:08« avec un montage effréné, fou, »
00:23:12« où la publicité intervient sans perturber, »
00:23:15« mais devient au contraire l'élément central de l'émission. »
00:23:26« Le Cinturine et un coccodrillo, »
00:23:30« qui est distribué par le tissot, »
00:23:31« qui est le prix de la télévision commerciale, »
00:23:35« qui est le prix de la télévision commerciale, »
00:23:38« qui est le prix de la télévision commerciale, »
00:23:50« qui est le prix de la télévision commerciale, »
00:23:53« Fondamentalement, »
00:23:55La publicité devient le pivot autour duquel tout le reste tourne.
00:24:15Alors que tout le monde a les yeux rivés sur les chaînes Fininvest,
00:24:19c'est un Milano doué, dans ce bâtiment anonyme, que bat le cœur de l'Empire de Berlusconi.
00:24:25C'est le siège de Publitalia O'Tanta, la société qui vend les espaces publicitaires et engrange des milliards de
00:24:31chiffres d'affaires.
00:24:35Du coup, j'ai monté une équipe de jeunes vraiment brillants.
00:24:44Ces galas que nous avons embauchés à Publitalia ont littéralement bouleversé le monde de la publicité.
00:24:56Pour la RAI, la publicité était quelque chose de marginal.
00:25:00Pour la télécommerciale, l'audience de la publicité était si cruciale
00:25:04que nous inventions n'importe quoi afin de maintenir l'audience au plus haut niveau pendant les pauses publicitaires.
00:25:12Pour les hommes de Publitalia, ce qui compte, c'est de garder le public collé à l'écran,
00:25:17lui donner ce qu'ils demandent pour qu'ils regardent toujours plus de publicité.
00:25:22Tous les âges, toutes les classes sociales sont visées.
00:25:25Personne ne doit échapper à l'emprise télévisuelle.
00:25:28« Italia Uno », c'était principalement la chaîne des jeunes.
00:25:33Il y avait les dessins animés, bien sûr, mais pas que.
00:25:40« Canal Cinque » travaillait principalement sur les classes d'âge moyenne.
00:25:47« Rete Quattro » couvrait un public légèrement plus âgé.
00:25:52Dès l'autre, il m'expliquait.
00:25:54« Commence à réfléchir à des émissions pour les femmes au foyer
00:25:57et propose-moi des idées la semaine prochaine. »
00:26:01« Je préfère la télévision de Berlusconi.
00:26:04C'est la première qui a passé les programmes avant midi.
00:26:08Alors, j'ai comme une reconnaissance pour cette télévision.
00:26:11Elle m'est sympathique. »
00:26:13« Nous n'avions qu'un objectif.
00:26:15Nous devions attirer le plus grand nombre possible de spectateurs,
00:26:19vendre le plus possible.
00:26:20Le reste, on s'en fichait.
00:26:22On ne s'intéressait pas aux idéologies, aux philosophies.
00:26:25On s'en fichait complètement.
00:26:29En quelques années, nous avons obtenu un résultat sensationnel.
00:26:33« Clamoroso. »
00:26:42En 1979, on a fait 5 milliards, puis 25 milliards,
00:26:46puis 500 milliards en 1980.
00:26:48Et depuis...
00:26:53La réussite de Publita Liottante est fulgurante.
00:26:57Silvio Berlusconi devient très puissant
00:27:00et il noue des liens au plus haut niveau,
00:27:02notamment avec Bettino Craxi,
00:27:04premier ministre socialiste de l'époque.
00:27:07Pour les hommes de Berlusconi, tout paraît possible.
00:27:12« On vendait de la pub.
00:27:15Voilà.
00:27:19Une fois, je suis allé voir des loteries et je lui ai dit
00:27:21« Marcello, certains clients voudraient aller en France,
00:27:25mais ça va nous coûter 20 millions de lire. »
00:27:29Il m'a dit « Part immédiatement. »
00:27:34Les profits étaient tellement stratosphériques
00:27:36que ça ne choquaient personne.
00:27:42Il y avait une file d'attente d'investisseurs potentiels.
00:27:45Les ventes augmentaient tellement
00:27:46qu'ils n'arrivaient plus à suivre le rythme des commandes.
00:27:51« Une fois, j'ai gagné 120 millions de lire en une journée.
00:27:57Aujourd'hui, ça représenterait 120 000 euros. »
00:28:02L'entreprise marchait bien.
00:28:03On gagnait beaucoup d'argent.
00:28:05Nous étions tous jeunes, beaux, insouciants.
00:28:08Ils étaient partout, toujours parfaitement habillés.
00:28:14C'étaient des martiens.
00:28:17Ils faisaient tellement d'argent.
00:28:36Les agences publicitaires étaient bouleversées
00:28:39et nous faisaient ouvertement la guerre.
00:28:42La RAI était très inquiète.
00:28:48Ils répondaient des rumeurs auprès des clients.
00:28:51« Celui-là va bientôt faire faillite. »
00:28:54C'était la rumeur.
00:28:56Nous avons dû surmonter des épreuves incroyables.
00:29:02La concurrence sur les chiffres d'audience
00:29:04était importante aussi sur le plan politique.
00:29:07Parce que vendre des parts d'audience
00:29:09aux annonceurs publicitaires
00:29:11signifiait avoir du pouvoir sur la société.
00:29:19La RAI voulait à tout prix rester la première.
00:29:22Et nous aurions tout fait pour la défier,
00:29:24pour pouvoir transformer efficacement
00:29:26les audiences en recettes publicitaires.
00:29:31C'était ça la mission de l'entreprise.
00:29:41Je me rappelle que le directeur général de la RAI
00:29:44avait dit « Celui-là, il doit mourir, Berlusconi,
00:29:48parce qu'il était dangereux. »
00:29:51« Il ne suffit pas de l'arrêter,
00:29:53il faut carrément le tuer. »
00:30:121984 est l'année de tous les dangers
00:30:14pour Berlusconi et ses hommes.
00:30:15Les procureurs de quatre régions italiennes
00:30:18saisissent les chaînes Fininvest
00:30:19et leur empêchent d'émettre.
00:30:21Berlusconi décide d'aller à l'affrontement
00:30:23avec les institutions
00:30:24et de miser sur ses appuis politiques.
00:30:29« Ce fut un moment dramatique.
00:30:32Nous étions très inquiets
00:30:34car l'entreprise risquait de fermer. »
00:30:39Nous étions consternés.
00:30:41Notre signal ne passait plus.
00:30:43On ne comprenait pas ce qui se passait.
00:30:45Ce fut aussi un choc pour le monde politique
00:30:47puisque cinq ministres ont démissionné.
00:30:50Alors certains disent
00:30:52« D'accord, essayons de trouver
00:30:54une solution technique. »
00:30:56Et d'autres disent
00:30:57« D'a l'outrie le premier ? »
00:30:59« Non, c'est une question de vie ou de mort.
00:31:02Nous devons interrompre les transmissions. »
00:31:14Il y a eu une véritable protestation
00:31:20de la part du public.
00:31:22Ils sont descendus dans la rue.
00:31:26La réaction du public
00:31:28face à cette fermeture
00:31:29montre que quelque chose
00:31:31est en train de changer.
00:31:33Quelque chose d'important.
00:31:34« Mais sûrement,
00:31:35la liberté d'imagine
00:31:36et la télévision
00:31:37devraient être
00:31:38si nous vivons
00:31:38dans un pays démocrate. »
00:31:40Berlusconi commence à penser
00:31:42que la télévision
00:31:45est quelque chose
00:31:46qui va au-delà du divertissement.
00:31:53Nous sommes à l'archéologie
00:31:57de ce que Berlusconi deviendra.
00:32:00La télé devient la base
00:32:02d'un pouvoir
00:32:03qui transcende la télévision
00:32:05et devient pouvoir politique.
00:32:09« J'essayons de donner
00:32:11aux spectateurs
00:32:13la partie fabuleuse
00:32:15de la vie,
00:32:16le rêve
00:32:19beau
00:32:20et
00:32:22si je peux faire
00:32:23une comparaison
00:32:24comme la publicité
00:32:25dans laquelle
00:32:26tout le monde est gentil,
00:32:28tout le monde est beau,
00:32:29etc. »
00:32:35La fermeture des chaînes
00:32:37de Berlusconi
00:32:37a provoqué
00:32:38la protestation populaire.
00:32:40Le gouvernement
00:32:40a été forcé
00:32:41d'intervenir par décret.
00:32:43Bettino Craxi,
00:32:44premier ministre socialiste,
00:32:46sauve les télévisions privées
00:32:47en leur accordant
00:32:48le droit de diffuser
00:32:49sur le territoire national.
00:32:53« À la demande générale,
00:32:55les antennes ont été
00:32:56rallumées
00:32:57et on se souvient
00:32:58de Craxi
00:32:59comme de celui
00:32:59qui a joué le rôle
00:33:00de médiateur
00:33:01au profit
00:33:02de la télévision commerciale. »
00:33:07« L'Araï est défaite
00:33:07et Berlusconi
00:33:09incarne enfin
00:33:09le rôle d'homme nouveau
00:33:10qui défend le peuple
00:33:12contre les élites traditionnelles.
00:33:15La guerre contre l'Araï
00:33:16n'a pas été seulement
00:33:17une guerre commerciale
00:33:19mais aussi un affrontement
00:33:20entre visions du monde. »
00:33:21« Nous sommes perçus
00:33:23comme le mal absolu
00:33:24parce que la télévision,
00:33:26selon l'idéologie
00:33:26des années 70,
00:33:28ne doit pas seulement
00:33:29divertir et informer
00:33:31mais surtout
00:33:32éduquer la population. »
00:33:42« La Raï avait une mission importante,
00:33:46celle d'éduquer,
00:33:47d'enseigner également
00:33:48à lire et écrire.
00:33:49« La télévision commerciale
00:33:52est née pour
00:33:55amuser
00:33:56et pousser à la consommation.
00:33:58On placait des produits,
00:34:00rien de plus. »
00:34:07« Cela a peu à peu
00:34:09changé les habitudes
00:34:11mais nous ne voulions pas
00:34:12bouleverser les habitudes
00:34:13des Italiens.
00:34:14Les Italiens avaient déjà
00:34:16été bouleversés. »
00:34:18« La Télé publique
00:34:24commençait à 17h30. »
00:34:27« Les tessures colorées
00:34:28avec le temps,
00:34:29avec les répétudes de lavage,
00:34:31peuvent se rencontrer
00:34:32des phénomènes
00:34:33de l'affiévolution. »
00:34:35« Et ça finissait
00:34:37peu avant minuit. »
00:34:41« Quand la télé commerciale
00:34:44est née,
00:34:44c'était une fête.
00:34:46On ne s'arrêtait
00:34:47même pas la nuit. »
00:34:50« La télévision
00:34:50à laquelle nous sommes entrés,
00:34:52nous commençons à penser,
00:34:53ce n'est pas une télévision
00:34:55Coca-Cola,
00:34:56ce n'est pas une télévision
00:34:57Spaghetti,
00:34:58ce serait mieux
00:34:59une télévision Beaujolais.
00:35:03Champagne le samedi. »
00:35:07« Mesdames,
00:35:08mesdemoiselles,
00:35:09messieurs,
00:35:09bonsoir,
00:35:09on vient de la prendre
00:35:10à l'instant.
00:35:11L'accord
00:35:12de concession
00:35:13de services publics
00:35:14avec le groupe financier
00:35:16de Silvio Berlusconi,
00:35:18l'homme de la télévision
00:35:19privée italienne,
00:35:20a été signé
00:35:22à 20h30
00:35:23ce soir.
00:35:25« J'ai dit,
00:35:33les gars,
00:35:34il faut aller en France
00:35:35vendre la publicité
00:35:36de la 5. »
00:35:42Les débuts de la 5 en France
00:35:44ont été marqués
00:35:44par une émission événement
00:35:46qui a coûté
00:35:47beaucoup d'argent
00:35:48à Berlusconi.
00:35:50Pendant des jours
00:35:51et des jours,
00:35:52on a enregistré
00:35:53cette émission
00:35:53où ils avaient reconstruit
00:35:54un Concorde
00:35:55à l'intérieur du studio.
00:36:03Il y avait bien sûr
00:36:04un goût très italien,
00:36:06typiquement berlusconien.
00:36:12Aujourd'hui,
00:36:13je ne sais pas
00:36:14combien cela pourrait coûter
00:36:15500 millions d'euros.
00:36:17Je ne peux pas le dire.
00:36:19et de ce Concorde
00:36:21descendait
00:36:21des stars internationales.
00:36:33Berlusconi veut exporter
00:36:34le modèle
00:36:35de la chaîne
00:36:36Canalicicoué en France
00:36:38grâce à Craxi
00:36:40qui est alors
00:36:41très puissant
00:36:43et il est très proche
00:36:45de Mitterrand.
00:36:48Pourquoi Mitterrand
00:36:49accepte-t-il
00:36:50d'accorder la concession
00:36:51à Berlusconi ?
00:36:55Mitterrand est cynique
00:36:56et comprend que le monde
00:36:58est en train de changer.
00:37:00Il comprend que
00:37:01c'était inévitable.
00:37:02Cette concession
00:37:04fut entravée
00:37:04par toute la presse
00:37:06et surtout
00:37:07par une partie
00:37:08des intellectuels
00:37:09qui voyaient
00:37:11Berlusconi
00:37:11comme le mal absolu.
00:37:15C'est une télévision
00:37:26dominante
00:37:27des sages.
00:37:28Une télévision
00:37:29pédagogique
00:37:30et une télévision
00:37:31qui représente
00:37:33seulement
00:37:33le beau,
00:37:35le vrai,
00:37:36le public
00:37:37a des désidères,
00:37:39des soignes,
00:37:40de la vulgarité.
00:37:42La télévision
00:37:43est un patoisse
00:37:44qui est explicitaire.
00:37:49Comme je ne pouvais pas
00:37:50diffuser
00:37:51de films français
00:37:52car personne
00:37:53ne voulait me les vendre,
00:37:54la seule possibilité
00:37:55que j'avais
00:37:56était de récupérer
00:37:58des films franchouillards.
00:38:02J'ai acheté
00:38:03pour très peu
00:38:04d'argent,
00:38:04je ne sais pas,
00:38:05il ne m'a rien coûté,
00:38:06un film célèbre,
00:38:07mon curé
00:38:08chez les nudistes,
00:38:09avec Prébois
00:38:10dans le rôle principal.
00:38:11« Le lion ! »
00:38:23Ce fut un succès
00:38:23exceptionnel.
00:38:24La 5
00:38:28travaillait sur la périphérie
00:38:30française
00:38:30et son public
00:38:32s'opposait
00:38:33inconsciemment
00:38:34à la télé
00:38:36de Paris,
00:38:39qui était la 1
00:38:40et l'antenne 2,
00:38:44où le franchouillard
00:38:45était méprisé.
00:38:48mini-révolution
00:38:49ce matin
00:38:49pour les 13 000 habitants
00:38:50de Coulomiers,
00:38:51petite ville tranquille
00:38:52de Seine-et-Marne,
00:38:53à une cinquantaine
00:38:53de kilomètres
00:38:54de Paris,
00:38:55où l'on recevait
00:38:55pour la première fois
00:38:56les programmes
00:38:57de la 5.
00:39:00Suspense
00:39:00pour ces nouveaux
00:39:01téléspectateurs
00:39:02qui découvraient
00:39:03en direct,
00:39:03sous nos yeux,
00:39:04le générique du journal
00:39:05de Jean-Claude Bourret.
00:39:09C'est pas mal,
00:39:10ça change
00:39:11avec les autres programmes,
00:39:12quoi.
00:39:13Et jusqu'à maintenant,
00:39:14on ne l'avait pas.
00:39:15Alors on peut, quoi.
00:39:16Ça va changer
00:39:17vos habitudes ?
00:39:18Je crois, oui.
00:39:28Ce fut une télévision
00:39:29barbare
00:39:30qui a semé
00:39:31la nouveauté.
00:39:33Une télévision libre.
00:39:41Les jeunes de Publitalia
00:39:43ont été extraordinaires
00:39:44et nous avons vendu
00:39:45énormément.
00:39:47Tout allait très bien.
00:39:48Puis Chirac,
00:39:50qui devint maire de Paris,
00:39:52fit retirer
00:39:53l'antenne de transmission
00:39:55qui se trouvait
00:39:56sur la tour Eiffel
00:39:59en disant
00:40:00qu'il n'était pas possible
00:40:01de mettre quoi que ce soit
00:40:02sur la tour Eiffel.
00:40:08Contrairement à la tour de Pise,
00:40:09la tour Eiffel
00:40:10ne penche ni à droite
00:40:11ni à gauche.
00:40:11Mais elle est l'enjeu
00:40:12tout de même
00:40:13d'une bataille politique
00:40:14entre l'opposition
00:40:14et le gouvernement.
00:40:15Depuis que celui-ci
00:40:17a décidé
00:40:17que tous les bâtiments
00:40:19publics ou privés
00:40:20de plus de 100 mètres de haut
00:40:21devaient laisser
00:40:22un libre accès
00:40:23pour y installer
00:40:24les antennes
00:40:25des futures
00:40:25et éventuelles télévisions privées.
00:40:27Mais la tour appartient
00:40:28à la ville de Paris
00:40:29et le maire,
00:40:30M. Jacques Chirac,
00:40:31estime qu'il s'agit là
00:40:32d'une véritable spoliation.
00:40:33Écoutons-le.
00:40:34C'est une espèce
00:40:35de hold-up légal
00:40:38profondément immoral
00:40:40qui ne m'étonne pas.
00:40:43Cette aventure française
00:40:44ne fut pas couronnée
00:40:45de succès.
00:40:46Elle fut fortement influencée
00:40:48par certains préjugés
00:40:50qui nous reprochaient
00:40:51de faire une télévision
00:40:52vulgaire.
00:40:56Et elle l'était, oui.
00:40:58Perlusconi voulait créer
00:40:59un réseau européen
00:41:01un peu sur le modèle
00:41:02de Murdoch aux États-Unis.
00:41:03En France,
00:41:04il existait une règle
00:41:05très claire
00:41:06selon laquelle
00:41:07un étranger
00:41:07ne pouvait pas détenir
00:41:09plus de 25%
00:41:10d'une société.
00:41:11Comme la société
00:41:12perdait beaucoup d'argent,
00:41:13Perlusconi a dit
00:41:14« Ok, j'achète 51%,
00:41:16mais vous me laissez
00:41:18diriger les programmes
00:41:19et la pub. »
00:41:20Le gouvernement français
00:41:21a préféré fermer
00:41:22une chaîne de télévision,
00:41:23la 5,
00:41:24qui employait
00:41:24mille personnes
00:41:25plutôt que de la faire
00:41:26diriger par un étranger.
00:41:28Oui,
00:41:29ils nous ont mis dehors.
00:41:31Ils refusaient
00:41:32qu'une entreprise italienne
00:41:34fasse de la télé privée
00:41:35en France.
00:41:38Ils s'étaient du jamais vu
00:41:40avec la publicité
00:41:42qui interrompt les programmes.
00:41:44C'était scandaleux.
00:41:44Ils étaient scandalisés.
00:41:48Une télé spaghettie,
00:41:49ils l'appelaient.
00:41:54« Vous voulez absolument
00:41:55rester sur la 5 de toute façon ? »
00:41:57« Je pourrais vous répondre
00:41:58à vos questions après. »
00:42:01La raison était politique.
00:42:04La télévision privée
00:42:06sonde le pays,
00:42:08montre ce que la télévision
00:42:09publique ne pouvait pas diffuser.
00:42:18Elle montre ce qui est considéré
00:42:21comme vulgaire,
00:42:22le ventre,
00:42:23les entrailles du pays.
00:42:30Ce qui se passe
00:42:31dans le ventre du pays
00:42:33déterminera ensuite
00:42:34les revendications politiques.
00:42:43La France ferme la porte
00:42:44à Berlusconi.
00:42:45Mais en Allemagne,
00:42:46en Espagne et ailleurs,
00:42:47le mania continue
00:42:48son entreprise d'expansion.
00:43:09En Italie,
00:43:10une fois ses télévisions sauvées
00:43:11grâce au gouvernement Craxi,
00:43:12il est devenu président
00:43:14d'assez mille ans,
00:43:15ce qui le pousse encore
00:43:16davantage sur le devant
00:43:17de la scène.
00:43:20Je crois que la foule
00:43:22qui l'a acclamée au stade
00:43:23l'a radicalement changée.
00:43:33J'aimerais bien savoir
00:43:35qui, en se retrouvant
00:43:36dans un stade
00:43:37avec des milliers
00:43:39et des milliers de personnes
00:43:40scandant son nom,
00:43:43resterait exactement
00:43:43la même personne.
00:43:54Berlusconi a toujours voulu
00:43:56faire des choses importantes.
00:43:58Je me souviens qu'il disait
00:44:00« Mais moi,
00:44:01qu'est-ce que je fais ? »
00:44:04« J'ai fait tout ça,
00:44:04mais je ne suis pas satisfait. »
00:44:08Je disais « Comment ça ?
00:44:09Tu as fait ceci, cela ? »
00:44:13Il cherchait quelque chose,
00:44:14je m'en souviens.
00:44:16Mais on ne parlait pas
00:44:17de politique.
00:44:18C'était impossible
00:44:19d'imaginer de faire
00:44:20de la politique,
00:44:21car personne ne l'aurait
00:44:23laissé faire de la politique
00:44:24tant que les partis
00:44:25traditionnels
00:44:26existaient encore.
00:44:53Je n'ai aucun doute
00:44:54quant au plus beau jour
00:44:55de ma vie.
00:44:57C'est le jour
00:44:58de la chute du mur
00:44:59de Berlin.
00:45:04C'est ce jour-là
00:45:05que le monde a changé.
00:45:13On a la fausse idée
00:45:14que les démocraties libérales
00:45:16sont vouées à dominer
00:45:18le monde
00:45:18sans plus de guerre.
00:45:27que l'économie de marché
00:45:29peut devenir un patrimoine
00:45:30commun à l'échelle mondiale.
00:45:47C'est dans cette voie
00:45:49que s'inscrit la pensée
00:45:50de Berlusconi,
00:45:51qui était avant tout
00:45:52un homme d'affaires,
00:45:53un vendeur extraordinaire.
00:46:03nous sommes en pleine épopée.
00:46:06Notre vision du monde
00:46:08selon laquelle les entreprises
00:46:09sont la partie saine
00:46:10de la société
00:46:11nous semble confirmée.
00:46:14Nous avons l'impression
00:46:15d'être en train
00:46:16de transformer la société.
00:46:19Qu'aurions-nous pu
00:46:20espérer de plus ?
00:46:28Le mur de Berlin
00:46:29est tombé.
00:46:30L'Amérique triomphe.
00:46:31Et les hommes
00:46:32de Berlusconi,
00:46:33qui avaient importé
00:46:34les films,
00:46:34les séries et les modes
00:46:35venus d'Amérique
00:46:36sont les gagnants
00:46:37de l'histoire.
00:46:38Que pourrait-il
00:46:39vouloir de plus ?
00:46:44Le système politique
00:46:45en place
00:46:46depuis la fin
00:46:46de la Seconde Guerre mondiale
00:46:47s'effondre en 1992
00:46:49sous les coups
00:46:50d'une enquête
00:46:50sur la corruption,
00:46:52l'opération
00:46:53Tangentopoli.
00:46:54C'est une succession
00:46:55presque incroyable
00:46:56d'arrestations
00:46:57et d'interrogatoires,
00:46:58de figures de plus en plus
00:47:00importantes de la politique italienne.
00:47:02Qu'on interpelle,
00:47:03qu'on questionne,
00:47:04qui se retrouvent
00:47:05mis en examen.
00:47:08Au début,
00:47:09nous avons traité
00:47:10cette initiative
00:47:11des juges
00:47:11avec une certaine exaltation.
00:47:15Selon moi,
00:47:16c'était de l'inconscience
00:47:18de la part
00:47:19de Berlusconi.
00:47:22Car cette initiative,
00:47:25en l'espace
00:47:25de quelques mois,
00:47:27a détruit
00:47:28les figures politiques
00:47:29qui avaient permis
00:47:30son succès.
00:47:33Les partis
00:47:34qui gouvernent
00:47:34le pays
00:47:34depuis 40 ans
00:47:35sont effacés
00:47:36de la carte électorale.
00:47:38Craxi,
00:47:39premier ministre socialiste
00:47:40et ami de Berlusconi,
00:47:42qui avait permis
00:47:43aux télévisions privées
00:47:44d'émerger,
00:47:45est accusé
00:47:45de corruption
00:47:46et contraint
00:47:47à la démission.
00:47:50Le parti communiste italien,
00:47:52devenu en 1991
00:47:53parti démocrate
00:47:54de la gauche,
00:47:55est le seul
00:47:56à ne pas être touché
00:47:57par les enquêtes.
00:47:58Il voit un boulevard
00:47:59vers le pouvoir
00:48:00s'ouvrir devant lui.
00:48:11Silvio a peur
00:48:11que les postes communistes
00:48:12qui avaient défendu
00:48:13la télévision publique
00:48:14pendant les années 80
00:48:15puissent s'attaquer
00:48:16à ces télévisions
00:48:17et à tout ce qu'il a construit
00:48:19en 15 ans
00:48:19d'épopées entrepreneuriales
00:48:21et de construction patiente
00:48:23d'alliances politiques.
00:48:40A la fin du premier semestre 1993,
00:48:44Berlusconi me demande
00:48:45de mener une enquête téléphonique
00:48:47sur les personnalités
00:48:49qui pourraient être considérées
00:48:50comme crédibles
00:48:51à la tête du pays.
00:48:58Berlusconi arrive clairement
00:49:00en tête.
00:49:01Il représente
00:49:01un potentiel de 13%.
00:49:17Je vais présenter
00:49:19les résultats
00:49:20et je dis
00:49:21« Écoutez, c'est catastrophique
00:49:23car 13%
00:49:24c'est trop
00:49:26pour ne pas effrayer
00:49:27tout le monde
00:49:28et trop peu
00:49:29pour diriger le pays. »
00:49:33Et il me dit
00:49:34« Carlo,
00:49:36c'est le résultat
00:49:37avant même
00:49:37que je candidate. »
00:49:40Je dois avouer
00:49:40que sa réponse me surprend.
00:49:42Cela me semble
00:49:43tellement incroyable
00:49:44que je lui réponds
00:49:44« Écoutez, docteur,
00:49:47c'est un jeu d'échecs.
00:49:48Cela dépend de la façon
00:49:49dont jouent les autres. »
00:49:51Et je me souviens
00:49:52qu'il m'a répondu
00:49:53« Tu penses vraiment
00:49:55que les autres
00:49:55jouent mieux que moi ? »
00:50:03La rumeur avait commencé
00:50:06à circuler
00:50:06pendant l'été,
00:50:07disons en juillet 1993.
00:50:11Mais elle s'est vraiment
00:50:12confirmée
00:50:13après l'arrivée
00:50:14et de l'automne.
00:50:20Un jour,
00:50:21il m'a dit
00:50:21« J'ai compris
00:50:23que nous devons
00:50:23créer notre propre parti.
00:50:26Mais nous étions
00:50:27déjà en octobre.
00:50:30Les élections
00:50:31étaient prévues
00:50:31pour mars.
00:50:35Alors,
00:50:35je lui ai dit
00:50:36« Comment on fait ? »
00:50:37« Je ne sais pas.
00:50:38Tout le monde le fait,
00:50:39alors faisons-le aussi. »
00:50:41Nous qui travaillions
00:50:42à la télévision
00:50:43à cette époque,
00:50:44nous étions assez
00:50:45bouleversés
00:50:46par cette chose.
00:50:47Nous étions
00:50:48un peu
00:50:48incrédules.
00:50:51J'ai eu
00:50:52un sentiment
00:50:55terrible.
00:50:56On est foutus.
00:50:59Nous participons
00:51:00à la réflexion
00:51:01et la table
00:51:02se divise
00:51:03entre
00:51:03ceux qui,
00:51:04quoi qu'il arrive,
00:51:05auraient donné raison
00:51:06à tout ce que Berlusconi
00:51:07aurait dit
00:51:08et ceux
00:51:09d'entre nous
00:51:11qui lui disaient
00:51:12« Écoutez,
00:51:13ce truc,
00:51:13on ne va pas le faire.
00:51:14C'est une folie. »
00:51:19Il a dit
00:51:20« Non,
00:51:21là,
00:51:21nous allons créer
00:51:22un parti.
00:51:24J'ai compris
00:51:24que le public
00:51:25a besoin
00:51:25d'un produit,
00:51:28un nouveau produit.
00:51:29Je sais
00:51:30comment lui donner
00:51:31ce produit
00:51:31parce que lui,
00:51:33il avait une très
00:51:34bonne mentalité
00:51:34marketing.
00:51:44L'Italia
00:51:45est le pays
00:51:45que j'aime.
00:51:46Qui j'ai
00:51:47les mères
00:51:47des risques,
00:51:49les mères
00:51:49et les mères
00:51:50des horizons.
00:51:51Qui j'ai
00:51:52imparé
00:51:53de mon père
00:51:53et de la vie
00:51:54le meu
00:51:55métier
00:51:55d'imprenditore.
00:51:57Qui j'ai
00:51:58appriso
00:51:58la passion
00:51:59pour la liberté.
00:52:01J'ai scelto
00:52:02de descendre
00:52:03en camp
00:52:03et de
00:52:04occuparmi
00:52:05de la chose
00:52:05publique
00:52:06parce que
00:52:07je ne veux
00:52:08vivre
00:52:08dans un pays
00:52:09illibéral
00:52:10gouverné
00:52:11de forces
00:52:11immatures
00:52:12et de
00:52:13hommes
00:52:13liés
00:52:14à un
00:52:15passé
00:52:16politiquement
00:52:17et économiquement
00:52:18fallimentar.
00:52:20Quand j'ai vu
00:52:21pour la première fois
00:52:22sa célèbre vidéo
00:52:23de l'entrée en politique,
00:52:25je dois être honnête,
00:52:27j'ai eu honte.
00:52:30Nous étions tous
00:52:31choqués.
00:52:32C'est une vidéo
00:52:33qui est entrée
00:52:34dans l'histoire.
00:52:35quand je l'ai vue,
00:52:37c'était ça
00:52:38ma réaction.
00:52:38Je me souviens
00:52:39des tribunes politiques.
00:52:41Merci pour cette question
00:52:42qui me donne
00:52:43l'occasion de répondre.
00:52:45Elles étaient
00:52:45toutes comme ça.
00:52:51Et là,
00:52:52il nous sort
00:52:53l'Italie
00:52:54et le pays
00:52:54que j'aime.
00:52:56Ce n'est pas
00:52:56un discours politique
00:52:58ni un article
00:52:59de journal.
00:53:00C'est avant tout
00:53:00un moment
00:53:00de télévision.
00:53:01la posture,
00:53:03le cadrage,
00:53:03la lumière.
00:53:07Tout son savoir-faire
00:53:09est présent.
00:53:14Par rapport
00:53:15au public
00:53:16qu'il voulait atteindre,
00:53:17il était parfait.
00:53:18Un nouveau
00:53:18miracule
00:53:19italien.
00:53:42J'étais consterné
00:53:44de voir l'entreprise
00:53:45se transformer
00:53:46en parti politique.
00:53:47Le responsable marketing
00:53:49commence du jour
00:53:50au lendemain
00:53:51à faire des sondages.
00:53:52Toujours des chiffres,
00:53:53mais d'autres chiffres.
00:53:55Ceux qui s'occupaient
00:53:56de la production
00:53:56commencent à faire
00:53:57des castings
00:53:58non plus pour les émissions,
00:53:59mais pour les listes électorales.
00:54:03La lutrie recycle
00:54:05les structures
00:54:05de Publitalia,
00:54:07fournit les sièges
00:54:08régionaux du parti.
00:54:14Berlusconi me dit
00:54:15« Chez Publitalia,
00:54:16t'as beaucoup d'hommes
00:54:17et de sièges.
00:54:19Il faut trouver
00:54:19des candidats,
00:54:21de nouvelles personnes. »
00:54:23Publitalia avait
00:54:23des bureaux
00:54:24dans toute l'Italie.
00:54:25Nous avions
00:54:25notre siège social
00:54:26en Campanie,
00:54:27en Vénécie,
00:54:28dans les Marches,
00:54:28en Sicile,
00:54:29en Lombardie,
00:54:30en Piémont,
00:54:31à Paris,
00:54:32en Toscane.
00:54:34Chacun doit présenter
00:54:36100 candidats
00:54:36qui n'ont jamais
00:54:37fait de politique
00:54:38et qui crèvent l'écran.
00:54:40Voilà ce qui était
00:54:41le plus important.
00:54:47Avec cette équipe,
00:54:48il n'est plus
00:54:49l'Italia.
00:54:52Forza Italia,
00:54:54c'est un lapsus.
00:55:11L'idée était de transporter
00:55:15les techniques de marketing
00:55:17de Publitalia
00:55:18en politique.
00:55:22L'élément
00:55:23qui rassemble
00:55:24l'audience
00:55:25et la politique,
00:55:27c'est le sondage.
00:55:29« Cette figure
00:55:30série,
00:55:32correcte,
00:55:33que si on voit
00:55:33en télévision,
00:55:34va prendre
00:55:35les suérettes,
00:55:35d'accord,
00:55:36en fait,
00:55:36ils l'ont critiqué,
00:55:37mais il inspire
00:55:38fiducia. »
00:55:46Tout comme les relevés
00:55:48d'audience
00:55:48influencent la grille
00:55:50des programmes
00:55:50parce que la programmation
00:55:53suit les goûts
00:55:54du public,
00:55:56ainsi le sondage
00:55:58détermine
00:55:59le programme politique.
00:56:03Il transforme
00:56:05la politique
00:56:06en émission télé.
00:56:10« En émission télé. »
00:56:22Pas seulement.
00:56:23Les téléspectateurs
00:56:24fidèles
00:56:25de Canale 5,
00:56:27Italia 1
00:56:28et Rete 4
00:56:28deviennent
00:56:30les votants.
00:56:31Les stars
00:56:32deviennent
00:56:33les témoins
00:56:34de Berlusconi.
00:56:35« Faire de la télévision,
00:56:52c'est comme
00:56:53faire un sondage
00:56:54tous les jours.
00:56:56Cette habitude
00:56:57sur des années
00:56:58et des années
00:56:59crée une relation
00:57:00empathique,
00:57:01authentique
00:57:02entre
00:57:03qui fait
00:57:04la télévision
00:57:04et qui la regarde.
00:57:09Le public
00:57:10qui regarde
00:57:10la télévision
00:57:11provient
00:57:11de toutes les régions,
00:57:13de toutes les conditions
00:57:14sociales,
00:57:14de tous les âges.
00:57:17L'Italie.
00:57:19« Il me plaît
00:57:20Berlusconi
00:57:20comme personnage.
00:57:22Si vraiment,
00:57:23il m'a toujours plu. »
00:57:24« Sa force
00:57:26nous la transmet.
00:57:27Pour nous,
00:57:27c'est un homme symbole. »
00:57:29« Tu parles
00:57:30tous les jours
00:57:31avec l'Italie.
00:57:31tu te sens
00:57:32également capable
00:57:33finalement
00:57:33de pouvoir
00:57:34dialoguer
00:57:35à un autre niveau.
00:57:37Ce n'est plus
00:57:37celui du divertissement,
00:57:39mais celui
00:57:39de la proposition
00:57:40politique. »
00:57:42« À mon avis,
00:57:43il s'est senti prêt
00:57:44à le faire. »
00:57:58Le 27 mars 1994,
00:58:01Berlusconi gagne
00:58:02pour la première fois
00:58:02les élections
00:58:03en Italie.
00:58:04Il dominera
00:58:05la scène politique
00:58:06du pays
00:58:06pendant deux décennies.
00:58:09Berlusconi
00:58:10accède au pouvoir
00:58:11avec la promesse
00:58:12d'une révolution libérale
00:58:13qui devrait rendre
00:58:14le pays
00:58:15plus riche
00:58:15et plus heureux.
00:58:19Berlusconi
00:58:19incarne
00:58:20l'idée
00:58:20du miracle italien
00:58:21de ces années-là.
00:58:23Le miracle
00:58:24dont il a été
00:58:25le protagoniste
00:58:25dans sa propre vie,
00:58:27il l'envisage
00:58:28pour le pays.
00:58:31Ce rêve
00:58:32d'un nouvel âge d'or,
00:58:33né dans les années 80
00:58:34et si bien incarné
00:58:35par les télévisions
00:58:36de Berlusconi,
00:58:38devient l'idéologie
00:58:38politique de Silvio,
00:58:40le berlusconisme.
00:58:44« Le libre marché,
00:58:47la libération
00:58:48de la bureaucratie,
00:58:49nous rêvions
00:58:50d'une Italie libérale. »
00:58:54Malgré son élo
00:58:55initial,
00:58:56Berlusconi se droitise
00:58:57de plus en plus.
00:58:59Rien n'est fait
00:58:59pour mettre fin
00:59:00au conflit d'intérêt
00:59:01entre son rôle institutionnel
00:59:03et sa place
00:59:04à la tête
00:59:04de son empire médiatique.
00:59:06Mais rien de tout ça
00:59:07ne fait vaciller
00:59:07le soutien admiratif
00:59:08de ses partisans.
00:59:11Berlusconi s'engage
00:59:12aussi
00:59:12dans une véritable
00:59:13guerre
00:59:14contre la magistrature.
00:59:15mandant pour la première
00:59:16fois
00:59:16dans la histoire
00:59:18de la République
00:59:18au président du Conseil
00:59:20impegné à Napoli
00:59:21un avviso
00:59:22de garantie
00:59:23pour concours
00:59:24inconnu.
00:59:25« Applaudissements »
00:59:45Mais le véritable projet de libéralisation n'a jamais été pleinement accompli.
00:59:50Cela dit, le communisme a été stoppé.
00:59:53Et c'était déjà un objectif, un résultat.
01:00:12Il embarque dans ses gouvernements l'extrême droite et les régionalistes xénophobes,
01:00:17qui sont aujourd'hui ses ériquiers politiques.
01:00:19Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis une mère, je suis italienne, je suis cristienne.
01:00:27Vous ne me l'avez pas pris, vous ne me l'avez pas pris.
01:00:31Le problème pour les employés et les déoccupés à Napoli comme à Milan n'est pas les parents,
01:00:39mais les centaines de mille d'immigrés que l'Europe a fait entrer dans notre maison
01:00:44pour réduire les employés des employés aux employés.
01:00:51Parmi les hommes de Londres qui ont accompagné l'ascension de Berlusconi,
01:00:55certains sont rentrés en politique avec lui, d'autres s'en sont éloignés.
01:00:59Tous ont participé à l'épopée rocambolesque qui a mené Silvio au pouvoir.
01:01:04Tous ont imaginé un monde libéré des idéologies et des conflits,
01:01:08légers et insouciants comme la télévision dont ils avaient été les pionniers.
01:01:1240 ans après, le rêve de Berlusconi et ses hommes s'est fracassé sur la réalité.
01:01:17Ce monde dont ils pensaient être l'avant-garde ne s'est jamais concrétisé.
01:01:23J'étais enfant quand Berlusconi a pris pour la première fois le pouvoir.
01:01:26J'ai presque 40 ans maintenant.
01:01:28Ma génération est la première génération post-idéologique.
01:01:32Mais les promesses qu'on lui a fait n'ont pas été ténues, bien au contraire.
01:01:38J'ai alors décidé pour ce dernier acte de mon film
01:01:41de demander explicitement à ceux qui ont été les protagonistes d'une époque désormais révolue
01:01:46ce qu'ils pensent du rôle qu'ils ont joué dans cette histoire,
01:01:49qui est aussi l'histoire de ma génération.
01:01:53Ils étaient jeunes il y a 40 ans.
01:01:55Ils sont désormais au soir de leur vie.
01:01:57Qu'en est-il aujourd'hui de leur rêve de jeunesse ?
01:02:14Si je n'étais pas parti, dans le pire des cas, je serais devenu ministre.
01:02:20Dans ce cas, cela aurait signifié que j'avais vendu mon âme au diable,
01:02:24ce qui est possible.
01:02:25Et je serais prêt à le faire, même maintenant.
01:02:29Sandro Parenzo a laissé le groupe Fin Investreto en 1984.
01:02:33Il a ensuite été producteur et éditeur.
01:02:36Il est aujourd'hui le président de Télé Lombardia,
01:02:39la chaîne régionale la plus importante du nord de l'Italie.
01:02:43Quand je revendique, bien sûr, avec ironie, la paternité de Drive-In,
01:02:48et donc du déclin du pays,
01:02:53en réalité, oui, nous en étions conscients.
01:02:58Lorsque je retournais à Venise et retrouvais mes amis,
01:03:01ils me disaient « Mais qu'est-ce que tu fous, bordel ? »
01:03:05C'était difficile à défendre.
01:03:07On peut donner n'importe quelle interprétation ou jugement à posteriori.
01:03:13Était-ce la télévision qui savait interpréter l'esprit du temps,
01:03:16ou bien elle qui le déterminait ?
01:03:22C'est une bonne question.
01:03:24À mon avis, le pays, comme par hasard, était en train de déraper,
01:03:28y compris sur le plan politique.
01:03:31Je pense que la télévision a contribué très sensiblement
01:03:34à un certain type de déclin culturel.
01:03:39Mais faisons l'hypothèse contraire.
01:03:41Si les chaînes Fininvest avaient été comme Arte,
01:03:45le pays serait-il différent ?
01:03:48Non.
01:03:49Je pense que les gens auraient tout simplement regardé moins de télé.
01:04:02L'un des protagonistes de cette histoire,
01:04:05peut-être le plus important, est Marcello Dell'Udri,
01:04:07qui a fondé Publitalio Tanta et a travaillé jusqu'en 1994,
01:04:12année de son entrée en politique avec Forza Italia.
01:04:19En 2014, il a été condamné dans un procès
01:04:22pour concours externe en association mafieuse.
01:04:25Après quatre ans d'emprisonnement, il est aujourd'hui libre.
01:04:28Il passe le plus clair de son temps
01:04:30dans la bibliothèque milanaise qu'il a fondée.
01:04:34Pour moi, c'est tout à fait banal d'en parler
01:04:37et je n'ai jamais voulu le faire.
01:04:40Tout le monde me dit,
01:04:41écris un livre.
01:04:42Mais quel livre ?
01:04:45Ils disent,
01:04:47mais oui, tu as inventé ça.
01:04:49Rien, c'est lui qui a tout inventé.
01:04:52Je l'ai aidé à mettre de l'ordre
01:04:55et à préparer les troupes.
01:05:00Voilà, c'est ça.
01:05:02L'intendance, dit-il.
01:05:07Je n'ai jamais fait de politique.
01:05:09Je ne suis pas un idéologue, moi.
01:05:11Je suis un homme pratique.
01:05:14L'idéologie,
01:05:16je ne sais presque pas ce que c'est.
01:05:19Forza Italia n'avait pas d'idéologie.
01:05:22Forza Italia était un parti libéral.
01:05:24Son idée,
01:05:25celle de Berlusconi,
01:05:29était d'assurer la liberté au pays.
01:05:32La liberté de penser,
01:05:35la liberté de commerce,
01:05:39toutes les libertés les plus importantes.
01:05:45Je ne veux pas entrer dans des sujets
01:05:47sur lesquels je ne suis pas un expert.
01:05:52Et pourtant,
01:05:53le libéralisme est bel et bien une idéologie.
01:05:56Mais c'est comme si les hommes de Berlusconi,
01:05:59si imbues de leur vision
01:06:00d'un monde de poste idéologique,
01:06:02aient confondu leur vision
01:06:03avec le monde de lui-même.
01:06:06Giancarlo Galan
01:06:07a travaillé avec le groupe de Berlusconi
01:06:09jusqu'en 1995,
01:06:11année dans laquelle
01:06:12il a fait son entrée en politique
01:06:13avec Forza Italia.
01:06:15Il deviendra président
01:06:16de la région Vénétie
01:06:17pendant 15 ans,
01:06:18sénateur et ministre.
01:06:20En 2013,
01:06:21une enquête pour corruption
01:06:22a coupé court
01:06:23à sa carrière politique.
01:06:25Il vit aujourd'hui
01:06:26isolé dans la maison
01:06:27où il est né,
01:06:28loin des fastes
01:06:29de ses années
01:06:29aux côtés de Berlusconi.
01:06:35Cette époque,
01:06:36hélas,
01:06:36moi je parle souvent de déception,
01:06:39n'est pas seulement terminée,
01:06:40elle est morte.
01:06:42Je continue à penser
01:06:43à tout ce que nous avons jeté.
01:06:46nous avons jeté
01:06:47la chose la plus précieuse,
01:06:50un rêve.
01:06:52Et un rêve,
01:06:53ça ne se reconstruit pas.
01:07:03Giancarlo Galan parle
01:07:04de la fin du rêve,
01:07:05mais l'héritage de Berlusconi
01:07:07et de son époque
01:07:07est puissant.
01:07:08Il est politique et culturel,
01:07:10mais il est aussi plus profond
01:07:11et il a affaire
01:07:12avec la publicité.
01:07:15Carlo Momigliano
01:07:16a travaillé
01:07:16chez Publitali 80
01:07:17jusqu'à 2001
01:07:18en tant que directeur
01:07:20du marketing publicitaire.
01:07:21Il est aujourd'hui retraité
01:07:23et porte sur le passé
01:07:24un regard très critique.
01:07:28L'être humain
01:07:30doit être respecté
01:07:31en tant que tel
01:07:32et non utilisé
01:07:33comme un outil.
01:07:35Quelle est la fonction
01:07:36fondamentale
01:07:36de la télévision commerciale ?
01:07:38Produire des téléspectateurs
01:07:40et vendre
01:07:41ces téléspectateurs
01:07:42comme marchandise
01:07:43aux annonceurs.
01:07:46Ainsi,
01:07:47l'être humain
01:07:47n'est plus seulement
01:07:48un moyen,
01:07:48comme dans le système capitaliste
01:07:50où il est un facteur
01:07:51de production,
01:07:52mais il devient aussi
01:07:54la marchandise
01:07:55qui est échangée.
01:08:02Dans la philosophie
01:08:03des années 80,
01:08:05cette vision
01:08:06si explicite
01:08:07de la marchandisation
01:08:08des téléspectateurs
01:08:09n'était pas considérée
01:08:11comme un élément négatif.
01:08:14Aujourd'hui,
01:08:15les considérations morales
01:08:16peuvent être différentes.
01:08:28Carlos Frecciero
01:08:29a laissé le groupe
01:08:30de Berlusconi
01:08:30en 1992.
01:08:32Il a pris ensuite
01:08:33la tête de France 2
01:08:34et France 3.
01:08:36À son retour en Italie,
01:08:37il est devenu
01:08:38conseiller d'administration
01:08:39de la télévision publique
01:08:40RAI.
01:08:42Aujourd'hui retraité,
01:08:43il se consacre
01:08:44à l'enseignement
01:08:44de la théorie des médias
01:08:45et à l'écriture.
01:08:46son analyse
01:08:48va encore plus loin
01:08:49que celle
01:08:49de Carlo Momigliano.
01:08:53Ce que je comprends
01:08:56après avoir vécu
01:08:57une époque aventureuse
01:08:58et extraordinaire,
01:09:00est que la télévision
01:09:02peut devenir
01:09:05un cauchemar,
01:09:07un outil
01:09:08de propagande,
01:09:09de persuasion politique.
01:09:14Le terme français
01:09:16explique très bien
01:09:17ce que cela signifie.
01:09:18Grille de programme.
01:09:20Une grille
01:09:21pour emprisonner
01:09:21le spectateur,
01:09:23pour le rendre
01:09:23esclave des programmes.
01:09:28L'audience
01:09:30est la préhistoire
01:09:33de ce qu'est devenu
01:09:35le numérique.
01:09:37Le numérique
01:09:38permet en quelque sorte
01:09:39au public
01:09:40de décider entièrement
01:09:42de par lui-même.
01:09:43Mais il permet aussi
01:09:45le contrôle total.
01:09:46Et c'est le thème paradoxal
01:09:48d'aujourd'hui.
01:09:50Plus la communication
01:09:51te fait protagoniste,
01:09:53plus elle te contrôle.
01:09:59La vision du monde
01:10:00des années 80
01:10:01n'a pas tenu sa promesse
01:10:02d'un monde pacifié,
01:10:03mais elle s'est réalisée
01:10:04dans la diffusion mondiale
01:10:05du modèle capitaliste.
01:10:08Les images publicitaires
01:10:09en sentent l'expression
01:10:10la plus visible.
01:10:14Aujourd'hui,
01:10:15notre monde est dominé
01:10:16par le marketing publicitaire,
01:10:18si bien que nous sommes
01:10:19tous constamment exposés
01:10:20à des images conçues
01:10:21pour nous aguicher.
01:10:25Les hommes de l'ombre
01:10:26de Berlusconi
01:10:27ont été les précurseurs
01:10:28de ce monde.
01:10:30Il est là l'héritage
01:10:31le plus profond
01:10:32des créateurs
01:10:32de la télévision commerciale
01:10:33des années 80.
01:10:35Habitués les gens
01:10:36à être constamment exposés
01:10:37aux images publicitaires,
01:10:38à devenir,
01:10:39par le simple regard,
01:10:41eux-mêmes une marchandise.
01:10:46En 2024,
01:10:47les audiences
01:10:48des chaînes
01:10:48du groupe Fininvest
01:10:49étaient en tête
01:10:50du classement en Italie
01:10:51avec une part d'audience
01:10:53de 36,9%
01:10:55contre le 36,6%
01:10:57de la télévision publique.
01:11:00Avec un chiffre d'affaires
01:11:01de presque 4 milliards d'euros
01:11:02en 2022,
01:11:04le groupe Fininvest
01:11:05est un des groupes
01:11:05produits visuels
01:11:06les plus importants d'Europe,
01:11:08avec des intérêts
01:11:09sur tout le continent.
01:11:11À sa tête
01:11:12se trouvent les enfants
01:11:13de Silvio Berlusconi,
01:11:14Pierre Silvio
01:11:15et Marina.
01:11:24Le parti fondé
01:11:25par Marcello Dell'Utri
01:11:26et Silvio Berlusconi,
01:11:28Forza Italia,
01:11:29est aujourd'hui
01:11:30au gouvernement en Italie.
01:11:31Lors des dernières élections
01:11:33politiques en 2022,
01:11:34il a réuni
01:11:358,11% des suffrages.
01:11:37Applaudissements
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