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Le Vietnam, alors partie de l'Indochine française, a fourni hommes et ressources durant la Première Guerre mondiale. Plus de 90 000 soldats, ouvriers et paysans s'engagent sous le drapeau colonial, se voyant promettre terres et gloire. Sur le front ou dans les usines d'armement, leur sacrifice reste oublié.
Réalisation : Clément Gargoullaud
Réalisation : Clément Gargoullaud
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00:16Nous sommes à Saigon, les choses ont bien changé, on s'entend.
00:22On ne voit plus les petits sans-pans individuels.
00:26Presque tous les Vietnamiens envoyés en France pendant la Première Guerre mondiale sont passés par Saigon.
00:38Ils ont travaillé dans les usines de guerre. Missiles, balles, toutes les munitions.
00:53« Comme disait le général Végan, bien l'encadrer, le soldat Adamit est un excellent combat. »
01:04« On se focalise sur le conflit et on ignore les aspects positifs. »
01:19« Cet épisode est un peu oublié et sans doute que venir ici, c'est une façon de réactiver cette
01:26mémoire. »
01:31« Je suis Mireille-Ivanot, je suis conservateur de bibliothèques. »
01:58« J'ai mené un travail de thèse sur la main-d'œuvre coloniale et en particulier les travailleurs vietnamiens
02:04qui avaient été amenés en France pendant la Première Guerre mondiale. »
02:19« Les archives de ce fonds, c'est l'histoire des 90 000 travailleurs et tirailleurs indochinois qui ont été
02:27recrutés pendant la Première Guerre mondiale de 1915 à 1919 pour venir travailler en France. »
02:36« Ce sont quand même des messages et des lettres qui sont extrêmement spontanées. »
02:44« Certaines lettres nous dévoilent les sentiments, les révoltes quelquefois ou les enthousiasmes de ces ouvriers quand ils sont en
02:54France. »
02:59« C'est tout à fait exceptionnel d'avoir cette vision des vietnamiens eux-mêmes, vision extrêmement critique à la
03:07fois de leur séjour en France et de leur relation avec les Français. »
03:25« À l'époque, le Vietnam était sous domination française. »
03:37« Quelques années avant la Première Guerre mondiale, il y a eu des inondations conséquentes et donc beaucoup de cultures
03:46perdues. »
03:48« Cela a entraîné une vague de migration et un taux de chômage élevé. »
03:54« Le Vietnam, le futur Vietnam, s'il ne s'appelle pas encore comme ça, est un pays profondément rural.
04:04»
04:09« On dit que les soldats, les tirailleurs, quand ils partent, n'avaient auparavant pour horizon que les limites de
04:17la haie de bambou qui clôturait les villages. »
04:26« Quand la guerre a éclaté, on ne s'attendait pas à ce qu'elle dure aussi longtemps. »
04:34« La France s'est rendue compte qu'elle manquait de main d'oeuvre et le nombre de tués ou
04:39blessés sur le front ne cessait d'augmenter. »
04:42« Elle s'est donc tournée vers les colonies. »
04:48« On ne sollicite pas plus les colonies, elles seraient prêtes, on y aurait des ressources en main d'oeuvre,
04:54on pourrait recruter. »
05:00« Chaque commune devait fournir un certain nombre de recrues à l'armée et c'était les notables qui devaient
05:07normalement désigner les inscrits et fournir le nombre de recrues attendus. »
05:16« En cas de désertion, par exemple, c'est la commune qui était tenue responsable. »
05:21« Elle était frappée d'une amende et elle devait évidemment fournir un remplaçant. »
05:25« En 1916, le recrutement précipité parce que les ordres arrivent, surprennent tout le monde, on veut faire du zèle,
05:32c'est là que se produisent des résistances et des violences. »
05:36« Et un administrateur français dit, bon, je ne sais pas si le recrutement sera très profitable, mais en tout
05:43cas je constate que ça a été une très belle opération de police. »
06:48« Mais nos chouens ne sont-ils pas tous déterminés par les circonstances ? »
06:53« Il s'agit d'un des rares témoignages écrits et publiés pendant la guerre, d'une recrue en provenance
07:11d'Indochine. »
07:12« Il s'agit là d'un combattant, Bertrand François Kahn, qui vient du sud, de Saigon. »
07:21« Le grand François Kahn raconte à la fois son départ d'Indochine, le voyage, ses découvertes tout au long
07:27du voyage en bateau, son arrivée à Marseille, où il découvre réellement et pour la première fois la France. »
07:36« Il raconte ses deux années depuis le début de la guerre et son envoi sur le front de la
07:42Marne. »
07:47« L'auteur écrit, depuis quelque temps déjà, des bruits persistants de guerres imminentes circulent en ville et trouvent leur
07:54écho dans notre caserne où ils amènent une agitation. »
07:58« Je réfléchis beaucoup à ce terrible événement qui est venu perturber la monotonie de notre quotidien militaire. »
08:06« Nous avons appris que l'Allemagne avait déclaré la guerre à la France. »
08:11« Il est temps de nous comporter en hommes et de prouver que nous, cochons chinois, méritons de nous battre
08:16aux côtés des Français de métropole. »
08:22« Le moment est venu de prévenir ma pauvre mère de ma décision. Je ne sais où puiser le courage
08:27de lui annoncer. »
08:36« Je jette un dernier long regard à ce que je laisse derrière moi, ma chère patrie et ma famille.
08:44»
08:47« Autour de moi, l'océan a perte de vue. Je me sens terriblement seul. »
08:59« Ils partent de Saïgon pour rejoindre la Malaisie, puis la pointe de l'Inde, l'île de Ceylan. Ils
09:09passent ensuite par Djibouti pour enfin arriver à Port Said. »
09:14« Je n'oublierai jamais la traversée du canal de Suez. Quel moment incroyable ! »
09:28« Un avion survolant notre bateau largua un magnifique bouquet orné de rubans de trois couleurs. »
09:34« L'émotion me submergea. »
09:41« Je ressentis la même ferveur quelques jours plus tard, lorsque j'aperçus l'horizon derrière un rideau de brume.
09:48»
09:49« Trop loin, je pus distinguer les côtes de Provence. »
10:14« Quand ils arrivent, certains sont d'abord très affaiblis par la traversée. »
10:21« Ils sont un peu entassés, c'est éprouvant. »
10:24« Il y a eu des malades, y compris des épidémies de choléra. »
10:28« C'est extrêmement difficile à surmonter pour ceux qui n'ont pas été contaminés. »
10:41« Certains ont encore leur chapeau conique. »
10:44« Je dirais qu'il y a un folklore, qui d'ailleurs, à mon avis, est aussi destiné à la
10:49population française. »
10:50« Quand on les fait défiler comme ça, il faut qu'il y ait une adhésion de la population française
10:55à l'arrivée. »
10:58« Les gens sont étonnés, ils sont assez séduits pour certains. »
11:03« On entend des commentaires de Vietnamiens qui arrivent, qui sont très, très amusés. »
11:13« Les Français découvrent les Vietnamiens. »
11:17« Ils n'en ont encore jamais vu et ils se disent, voici les Anamites. »
11:29« On est curieux des deux côtés. »
11:35« Lorsqu'un Vietnamiens voit pour la première fois un avion allemand et un avion français s'affronter dans les
11:47airs,
11:48il n'a pas les mots pour décrire la scène. »
11:51« Il dit, ils se battent dans le ciel, telles deux feuilles de bambou emportées par le tourbillon d'un
11:57typhon. »
12:01« Les premières réquisitions des Anamites a lieu en 1916. »
12:20« Au total, il y a eu autour de 90 000 travailleurs et tirailleurs. »
12:26« Il y avait un préjugé de la part du commandement français vis-à-vis des soldats vietnamiens. »
12:40« D'abord la loyauté sur laquelle l'état-major français était sceptique. »
12:46« Et surtout sur le fait que c'était des petits bosoms qui ne supporteraient pas le froid l'hiver.
12:52»
12:52« Et puis, ce ne sont pas des combattants, ce ne sont pas des guerriers. »
12:56« Il s'est révélé par la suite que ce n'était pas vrai. »
13:06« Le commandement français s'est rendu compte qu'en contraire, ils avaient d'excellents combattants, comme disait le général
13:11Végan. »
13:12« Bien l'encadrer, le soldat Anamite est un excellent combattant, d'excellents soldats. »
13:24« Ils les ont envoyés dans les Balkans pour combattre les Bulgares et puis ils les ont envoyés en Syrie
13:31pour combattre la grande révolte des Druzes. »
13:53« Les Vietnamiens ont vu les Allemands, les Français et les Britanniques s'entretuer sans merci. »
14:02« Même si des hommes mouraient par dizaines, la pluie d'obus était incessante. »
14:08« C'était la première fois qu'ils voyaient une guerre de ce genre. »
14:11« Ils ont comparé ça à un combat de coq. »
14:14« Ces hommes étaient en sang, mais ils ne s'arrêtaient pas pour autant. »
14:22« Nous portions notre uniforme. Nos sacs à dos étaient prêts et nous avions notre fusil à l'épaule. »
14:37« Nous reçûmes chacun 120 balles. »
14:40« Le moment était venu d'aller sur le champ de bataille où le combat faisait rage. »
14:48« La destruction dont nous fûmes témoins nous laissa sans voix. »
14:52« Il s'agissait bel et bien d'un champ de bataille. »
14:57« Aucun bâtiment n'était intact. »
15:05« Tout n'était plus que des ruines. »
15:14« Oui, c'est réell, c'est réelle. »
15:16« Mon sens, c'est réelle. »
15:35« Le moment est passé. »
15:38« À l'épaule, l'épaule, l'épaule et bien d'un champ de bataille. »
15:53On parle toujours de Verdun, on parle du chemin des Dames, mais ici il n'y avait rien.
15:57Et on se rend compte que c'était très important, au début de la guerre ici c'était très important.
16:04Les milliers de morts qu'il y a ici en un an de temps, et ça c'était oublié, on
16:09n'y pensait pas.
16:15Les Allemands creusaient des tunnels partout, partout, partout, et ils étaient installés, ils vivaient sous terre carrément,
16:20ils s'installaient durablement, ils se fortifiaient, et ils attendaient qu'on les déloge, et ils savaient que c'était
16:27presque impossible.
16:44Les tirailleurs, surtout des troupes d'étape, mais aussi les combattants, ils découvrent une guerre qui effectivement change de caractère.
16:58On passe d'une guerre traditionnelle de mouvement à une guerre de position, et une guerre qui est terrible, dans
17:04des tranchées,
17:04dans des conditions de froid, d'humidité, totalement inconnues en plus, de ces tirailleurs qui arrivent d'un pays où
17:12la température n'est pas la même.
17:30Alors ici on a rassemblé tout un tas d'objets, ça c'est un couteau de tranchée qu'on leur
17:35a donné pour l'attaque du 25 septembre.
17:36On s'aperçut qu'ils n'avaient pas d'armes pour combattre dans les tranchées, le fusil et la baïonnette
17:41ne convient pas,
17:42donc on leur donne des couteaux de bouchée.
17:47Ça c'est le casque spécial des coloniaux aussi.
17:49Un casque ordinaire de l'infanterie, c'est la grenade enflammée, la boule là c'est la grenade, la flamme
17:55au-dessus,
17:55et les coloniaux ont l'encre de marine.
17:57On voit les plantes, les pointes de l'encre de marine là, l'encre de marine est là.
18:05Alors ça c'est des éclats d'obus, ça ça ressemblerait plus à une balle, ça ça c'est une
18:10balle.
18:21Le lendemain matin, nous nous levâmes à 4 heures,
18:24et nous nous attâmes de nous préparer pour lancer une attaque sur la ligne allemande.
18:31Je faillis trébucher sur un cadavre en marchant au milieu d'une rivière de boue et de sang.
18:44Nous sautâmes dans leurs tranchées pour nous battre avec eux en un contre un.
18:56Notre capitaine tomba à mes pieds, tué par une balle ennemie.
19:01Nous ne pûmes le sauver.
19:05J'étais sous le choc.
19:24On sait comment ils ont vécu leur souffrance,
19:26l'odeur, l'odeur des corps décomposés,
19:30les mouches, le bruit, ceux qui devenaient sourds,
19:33c'était infernal.
19:38Quand on connaît toute leur histoire, c'est presque insupportable.
19:52Là, on est arrivé dans le poste d'observation.
19:55On passe dans la salle, un petit tunnel.
20:01Les deux adversaires étaient face à face,
20:04souvent à 40 mètres l'un de l'autre.
20:09Quand on retrouve un corps,
20:11on appelle ça fouiller, minutieusement,
20:14avec respect.
20:16Pour nous, c'est comme si c'était notre copain.
20:19C'est comme si on était en 19,
20:21qu'on retrouve notre corps malheureux de trancher.
20:28C'est un moment de respect,
20:30c'est un moment de...
20:31C'est de l'émotion.
20:34Je peux vous dire que...
20:36On est des spectateurs,
20:38mais il y a des moments, il y a des silences.
20:41On est à un quart d'heure sans dire un mot.
21:09Je me retrouvais face à face avec un officier allemand.
21:12Il avait son revolver braqué sur moi,
21:14et il tire à trois balles.
21:19Les trois balles touchèrent mon casque et le transpercèrent.
21:22Par chance, la plaque de métal en affaiblit la force.
21:26Je réagis sans attendre et abattus mon assaillant.
21:40Mais très peu de temps après,
21:42un autre allemand surgit derrière lui une grenade à la main.
21:47J'eus le réflexe de me baisser
21:49pour ne pas la prendre en pleine poitrine.
21:52Elle toucha mon poignet gauche
21:54et laissa le reste de mon corps intact.
21:59La douleur fut horrible.
22:03Et je me demandais ce qu'il ferait ensuite.
22:07Vidé de toutes mes forces,
22:09je m'enfonçais dans le sol.
22:31En voyant des photos de soldats vietnamiens,
22:34j'ai ressenti de la tristesse.
22:41On les a amenés,
22:42on leur a fait traverser la moitié du globe.
22:45On les lance dans une guerre
22:47qui ne les concerne pas.
22:52Ils ont sacrifié quatre ans de leur vie.
22:55C'est énorme.
22:58Ils ont contribué à la défense
23:01des frontières françaises.
23:10Et ils ont fait tourner
23:12l'industrie de l'armement.
23:20Ce qui est attendu de l'Indochine,
23:22ce sont des travailleurs,
23:23autant que des soldats.
23:27On a cette idée aussi,
23:29le cliché bien connu
23:30de l'asiatique habile
23:31de ses dix doigts,
23:33capable donc d'apprendre
23:35toutes sortes de métiers
23:37depuis les travaux des champs.
23:42On a besoin de ressources minières.
23:44Ils ont travaillé dans les mines.
23:45On a besoin de l'acier.
23:50À l'exploitation forestière,
23:52on consomme beaucoup de bois
23:53pour toutes sortes de raisons.
23:57C'est pourquoi on demande
23:59pas mal d'ouvriers
24:00en espérant trouver
24:01des ouvriers qualifiés.
24:06dans les sons.
24:22Ça c'est mon tableau.
24:24Dans sa nance avec moi, mon père, ma mère.
24:29Votre grand-père qui était venu...
24:31Mon grand-père, c'est là.
24:32Il est né en 1897 et il est arrivé vers 1917, c'est ça ?
24:37Oui, voilà.
24:39Ça, c'est une photo de mon grand-père.
24:41Vous voyez, en 1940, c'est au dépôt de Miramas.
24:46Il est resté en France toute sa vie jusqu'en 1955, en 70.
24:52Donc votre grand-père est ici ?
24:54Mon père, ici, avec son béret.
24:58Il avait toujours le béret.
25:01Alors ça, c'est un diplôme qu'il a eu.
25:04Il a une matricule au SC 1983.
25:08Il a une matricule d'ouvrier spécialiste.
25:10Ça veut dire qu'il avait une qualification.
25:12Il avait une formation de métier.
25:14Donc il a dû faire la réparation de la construction d'avions,
25:21ou des trucs comme ça.
25:22Les ailes d'avions qui étaient en bois ?
25:24Moi, les avions étaient en bois, plus ou moins.
25:36Au début, quand ils sont arrivés,
25:38ils ont été affectés aux usines de fabrication d'avions.
25:47Le travail dans les usines d'aviation,
25:48ce n'est pas le travail le plus dur que les Vietnamiens ont rencontré.
25:52Le travail dans les poudreries et les arsenaux
25:54était sans doute bien plus compliqué.
26:16et puis ils ont été.
26:24OK ?
26:24C'est sûr que ça ne s'est pas comme ça.
26:24OK ?
26:29Les vestiges qui nous restent ici, c'est les anciens socles de citernes, donc là des
26:36citernes horizontales et juste derrière des citernes verticales.
26:40Dans ces citernes, il y avait différents acides, ils composaient avec pour créer des
26:45explosifs.
26:45Ils utilisaient la gravité pour après alimenter les ateliers qui étaient en contrebas.
27:00Il faut imaginer, là on voit une forêt, mais à l'époque et principalement en 14-18,
27:06il y avait des bâtiments partout.
27:13Ces coloniaux sont affectés dans des usines absolument gigantesques.
27:29Ils ont été amenés beaucoup à travailler au tassage de la poudre dans les obus 75.
27:38Beaucoup de ceux qui seront à l'atelier d'essorage vont développer quand même des maladies
27:43à la fois de peau et des maladies pulmonaires.
27:49La mortalité, surtout dans les premières années, en 1916 chez les ouvriers coloniaux, est
27:54plus importante que chez les ouvriers français.
28:02Les premiers commentaires, c'est vraiment sur la pénibilité du travail.
28:06Ils disent que le travail à la poudre c'est extrêmement dangereux, que c'est un travail qui les conduit
28:13à la mort.
28:14Ils enjoignent leurs compatriotes à ne pas venir.
28:28Ils avaient des masques un peu pour se préserver, mais toujours très difficiles à supporter.
28:33Donc en fait, ils avaient pris le parti, pour certains en tout cas, de ne pas s'en servir
28:38et de rentrer dans l'atelier en apnée, de faire les manipulations qu'ils avaient à faire
28:43et de ressortir vite pour pouvoir respirer, reprendre une boutée d'air.
28:56Et là, les vareuses se protègent des projections d'acide qu'ils ont manipulées au quotidien.
29:10Ce sont des ouvriers casernés qui sont aussi surveillés et qui sont soumis à une discipline
29:15militaire dans la vie quotidienne.
29:17Quand ils rentrent le soir au cantonnement, ils ne peuvent pas faire ce qu'ils veulent.
29:21Ils ne sont pas libres de leurs mouvements.
29:23On ne veut pas les voir se promener comme ça dans les villes.
29:26On redoute en fait le contact avec les populations civiles.
29:38À Saint-Chamas, par exemple, il y avait un comité d'assistance aux travailleurs indochinois
29:43qui créé un foyer indochinois dans la poudrerie.
29:48C'est à la fois pour les occuper, mais aussi pour les retenir.
29:55On organise des jeux, des cours d'alphabétisation, des fêtes.
30:05On fait venir, par exemple, des instruments de musique d'Indochine.
30:18Par exemple, à la poudrerie de Bergerac, on a même apporté les costumes de dragon.
30:29Il est sûr qu'il y a une volonté quand même de contrôler leurs déplacements.
30:33Il faut dire qu'ils arrivent aussi à s'échapper et que la rencontre avec la population française, elle est
30:39réelle.
30:39Elle est déjà réelle dans le cadre de l'usine.
30:45Dans le contexte de la guerre, ils étaient les hommes qui étaient en contact avec les Françaises dans l'usine.
30:53« On se focalise sur le conflit et la violence, sur la haine entre ennemis, et on ignore les aspects
31:04positifs. »
31:09Pendant la guerre, de nombreux Vietnamiens ont eu des histoires avec des femmes françaises.
31:27Au pays, personne n'aurait osé ne serait-ce que lever les yeux vers une femme ou un homme français.
31:33Mais là, en France, Français et Vietnamiens étaient égaux.
31:37Les soldats sortent avec des Françaises, les fréquentent et couchent même avec elles.
31:58Ils avaient beaucoup de succès. Ils le disent eux-mêmes. Nous sommes les plus beaux.
32:04Nous sommes d'une beauté bien supérieure à celle de toutes les nations. C'était extraordinaire.
32:09Ils s'habillent très élégamment autant qu'ils peuvent.
32:11Un des contrôleurs se plaint, en particulier à Tarbes, qu'ils passent leurs dimanches et leurs heures perdues dans les
32:21commerces d'habillement de la ville.
32:23Ils sont élégants.
32:32Une femme française écrit à un Vietnamien.
32:36« À mon bien-aimé, je suis dans une inquiétude mortelle. »
32:40« Je ne sais pas où il est. Je ne vis plus. J'attendais une lettre de toi hier. »
32:45Enfin, c'est des lettres très enflammées. Et souvent, ils répondent comme ça.
32:49Il y a des allusions sexuelles beaucoup plus importantes dans certaines lettres des Vietnamiens.
32:54Mais les relations amoureuses sont extrêmement nombreuses. Et il y a toute cette littérature amoureuse.
33:10Le gouvernement général fait installer 7 bureaux de censure à l'arrivée en Indochine, dont le travail essentiel est de
33:20retirer de tous les courriers
33:22toutes ces photos qui représentent des Vietnamiens aux bras de Française.
33:34Ça, c'est une photographie, alors très clairement, d'un homme qui a une liaison et qui a peut-être
33:41même épousé une Française, souhaitée en bonne santé.
33:49Ce sont des photographies qui sont faites chez des photographes des villes, dans des attitudes qui sont très, très différentes,
33:55des attitudes contraintes, des photographies de l'armée.
34:04Là, on est dans quelque chose de très nouveau, qui est d'ailleurs relaté dans les courriers des Vietnamiens, puisqu
34:10'ils disent « Là-bas, les femmes nous dédaignent.
34:13Et on ne peut jamais les approcher. Et ici, elles nous accueillent. »
34:18Ça va plus loin que l'accueil, puisqu'il y a vraiment des liaisons. Il y a même des enfants
34:22qui naissent. Et des mariages, des projets de mariage.
34:30Il y a des inquiétudes sur l'issue de la guerre chez ces hommes-là, sur la possibilité de rester,
34:36surtout quand des enfants sont nés.
34:38Il y a un courrier très, très drôle entre deux médecins qui se trouvent à Fréjus, qui a une liaison
34:43avec une Française. Ils vont avoir un enfant. Il est très inquiet sur l'avenir.
34:47Et son ami qui lui répond très ironiquement « Mais ne t'inquiète pas, de toute façon, tu contribues à
34:52repeupler la France. »
34:53Donc il y a cette ironie terrible aussi, qui affleure toujours, qui est une forme de revanche pour certains. C
35:02'est très net.
35:20On est venu chercher des cartons, qui sont des archives du contrôle général des travailleurs et des tirailleurs indéchinois en
35:28France.
35:30Il y a 3000 lettres qui arrivent par jour au contrôle postal indochinois. Les contrôleurs, on ouvre à peu près
35:38600 par jour.
35:41Sur ce rapport-là, du mois de juin 1919, les théories du socialisme aveugle ont certainement pénétré chez nos indigènes
35:48et en particulier soulignées chez ceux qui ont voisiné avec l'ouvrier français.
35:54Quelles semences ramèneront-ils dans la colonie ? Ça, c'est l'inquiétude.
35:57Le gouvernement général se rend compte, à la lecture des lettres qui sont envoyées, et il y en a beaucoup,
36:03que l'état d'esprit n'est pas aussi loyal.
36:07Le gouvernement général et les contrôleurs parlent de loyalisme peu convaincu.
36:14Et cette absence de loyalisme, qui n'est pas généralisée, interroge le gouvernement général, qui, constatant qu'il y a
36:24quand même 90 000 hommes en France, craint beaucoup le retour de ces hommes dans la colonie, avec un état
36:31d'esprit sans doute assez différent de celui qu'ils avaient en partant.
36:41« Ils ont beaucoup appris sur les Français au contact de ces derniers. C'est un monde totalement nouveau pour
36:49eux, un monde qui leur a ouvert les yeux et l'esprit sur de nouvelles choses.
36:53Ça les a aussi poussés à réfléchir sur leurs conditions. Pour certains, une chose est sûre, à leur retour au
37:04pays, ils ne seront plus de simples coulis. »
37:10« Ils vont se retrouver en plein moment des grandes grèves. »
37:22« Ce sont des grèves qui sont à l'instigation des ouvriers français, qui demandent une amélioration des salaires en
37:30particulier, une réduction des horaires de travail dans les usines.
37:36Et les femmes sont très impliquées dans ces grèves. »
37:41« Les ouvrières embrayent dans ces grèves-là. Et les Vietnamiens découvrent des modes de contestation et de revendication qu
37:55'ils ignoraient complètement. »
38:01« Ils se demandent pourquoi on ne les traite pas de la même façon au Vietnam qu'en France. Ils
38:08ont appris à exploiter la puissance du collectif, que l'union fait la force. »
38:22« En œuvrant ensemble en tant que groupe, ils pourraient se soulever et se battre pour obtenir ce qu'ils
38:28veulent. Mais comme pour toute révolution, il leur faut un chef. »
38:45« Le futur Ho Chi Minh dit bien qu'il est arrivé en France en 1919. Il sait qu'il
38:53y a une « colonie » vietnamienne en France. Important.
39:00« Ou qu'il a travaillé en France. Donc il pourra rentrer en relation avec des tirailleurs, avec des travailleurs,
39:06etc. »
39:07« Ce réveil ou ce militantisme, il est peut-être beaucoup plus vif et plus fort chez des intellectuels. »
39:14« Comme Ho Chi Minh, bien entendu, qui n'est pas un ouvrier ni un tirailleur envoyé à l'occasion
39:20de la Première Guerre mondiale, qui arrive de manière tout à fait indépendante. »
39:23« Et qui lui, avec son bagage intellectuel, avec tout ce qu'il a appris, va animer et va diriger
39:31un mouvement politique. »
39:35« Merci beaucoup. M Michel Faitier, vous voyez, vous l'avez vu. Il y a un ami hour annual. »
40:09Aux Chimines, il rêvait de rencontrer le président Wilson pour lui remettre la revendication des Alamites.
40:16Malheureusement, ce qui est arrivé, il a été reçu simplement par le premier conseiller
40:21et que celui-ci lui dit « je transmettrai au président la revendication des Alamites ».
40:27Aux Chimines comprend très bien que de toute façon, il n'aura pas l'oreille du président Wilson
40:33et que le président Wilson, au fond, avec les autres grands chefs d'État,
40:37décideront de redessiner la carte du monde selon leur volonté, selon leurs plans, selon leurs idées.
40:44Et qu'ils ne tiendront absolument pas compte des revendications des petits, surtout des petits qui sont colonisés.
40:58Certains se radicalisent sur le plan politique, vont réclamer pour leur pays les droits que proclame la France
41:06et qu'applique la France à ses citoyens en métropole.
41:09En disant « nous avons servi, nous nous sommes engagés, on ne fait rien pour nous,
41:13eh bien prenons-nous en main et luttons ».
41:25« Le Paria, c'est le journal de l'Union intercoloniale qui est le premier parti anticolonialiste créé en France
41:33par des immigrés des colonies. »
41:36« Septembre-octobre ? »
41:37« C'est octobre-décembre, je crois. »
41:39« C'est celle-là, la fameuse ? »
41:42« Alors ça, c'est un dessin du futur Ho Chi Minh qui, à l'époque, signait Nguyen Haï Kouk,
41:47qui est Nguyen le Patriote. C'est le surnom qu'il s'attribue à ce moment-là.
41:51C'est un colon tiré par un pauvre vietnamien très frêle dans un pousse-pousse
41:58et il lui dit « ma ho l'en, ma ho l'en », ça veut dire « vite, vite,
42:00vite, vite ».
42:01Et ensuite, ça passe en français.
42:03« Incognito fait voir que Dieu a du loyalisme, nom de Dieu ».
42:07Voilà, le loyalisme, c'est ça et c'est aussi une idée qui a traversé toute la guerre.
42:19Cet article-là, « La voix d'Analamite », qui revient sur l'expérience de la guerre,
42:24sur l'engagement des Vietnamiens dans la guerre,
42:26dans lequel il dit que les Vietnamiens se sont engagés dans la guerre
42:29parce qu'il y a eu une espèce de marché avec le gouvernement général de l'Indochine
42:34qui était de dire « nous participons à la guerre, mais derrière, nous obtiendrons en retour
42:40une association dans la gestion du pays ».
42:43Et il met bien en évidence, dans un article qui est finalement extrêmement virulent,
42:47qu'aucune des promesses qui ont été faites par les Français en 1916,
42:52au moment des recrutements, qui étaient des promesses de pension,
42:55des promesses d'attribution de terre, de distinction honorifique,
42:58n'ont été tenues.
43:15Le retour s'échelonne à partir de 1919 jusqu'au début de 1920.
43:26Le rapport à la colonie a changé.
43:29La colonie telle qu'elle fonctionne n'est plus acceptable par aucun
43:32de ceux qui ont séjourné en France.
43:34...
43:47...
43:48...
44:03On assiste à un réveil, à une curiosité,
44:07une demande qui commence à apparaître de manière très forte chez les Vietnamiens.
44:16Les jeunes générations veulent se situer désormais dans une durée un peu plus longue,
44:21dans un passé plus cohérent.
44:32Les jeunes posent des questions, certains se lancent dans des démarches de recherche
44:37de leurs familles, de leurs ancêtres, et il y a à l'heure actuelle un regain d'intérêt
44:41pour cette mémoire de la Première Guerre mondiale.
44:45Je suis très heureux et en même temps très ému aujourd'hui de voir tout cet intérêt,
44:50puisque à l'époque on n'envisageait même pas de pouvoir aller en parler au Vietnam,
44:55sachant qu'en France non plus, il n'y avait pas beaucoup d'intérêt.
45:04dans ma famille, nous avons un arrière-grand-père.
45:10Il était porté disparu en France durant la guerre de 14 à 18.
45:24Quand ma mère était encore en vie, elle me parlait de lui sans arrêt.
45:30Je dois aller dans la ville d'origine de ma mère pour en apprendre plus.
45:35Je suis la quatrième génération.
45:39Ça risque d'être long et difficile.
45:42Oui.
45:43Oui.
45:45Oui.
45:50Oui.
46:16Les familles, même s'ils ont su qu'ils étaient morts,
46:20Il y a une absence qui n'a jamais été comblée pour ceux qui ne sont pas revenus.
46:27C'est sans doute ça qui est le plus émouvant.
46:31Il faut comprendre qu'ils sont venus en 1916 dans l'espoir du retour et qu'il y en a
46:35qui ne sont jamais rentrés.
46:51Musique
47:20Musique
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