00:00On le dit souvent, la fermeture du détroit d'Ormuz a mis en évidence une certaine fragilité de la Chine
00:05au niveau de l'énergie, du pétrole notamment.
00:07Est-ce qu'elle peut contourner sa dépendance, Annalisa Capellini ?
00:11Oui, elle peut au moins partiellement, mais pour le faire, elle doit se tourner vers d'autres partenaires et en
00:15particulier vers l'Afrique du Nord.
00:17C'est ce qu'elle fait justement en ce moment. Il faut dire que cette région a beaucoup d'avantages
00:21pour les Chinois.
00:22Elle est évidemment beaucoup plus stable par rapport au Moyen-Orient et ça, ça rassure les milieux économiques.
00:27Et puis, c'est un carrefour stratégique, idéalement situé entre l'Europe et l'Afrique.
00:31Et puis, la Chine, en réalité, y investit déjà depuis des années avec ses nouvelles routes de la soie, avec
00:36sa Belt and Road Initiative.
00:38Donc, elle y a déjà installé un réseau d'infrastructures et de collaborations économiques assez poussé.
00:43Donc, vous voyez, ça fait plusieurs années que la Chine investit en Afrique du Nord.
00:46En ce moment, c'est d'autant plus important parce que ça permet à Pékin de ne plus mettre tous
00:50ses œufs dans le même panier.
00:51L'Afrique du Nord et plus précisément l'Algérie.
00:54Oui, l'Algérie qui est très importante sur les hydrocarbures pour la Chine.
00:57Parce que oui, c'est vrai que Pékin travaille énormément sur l'électrification, sur les énergies vertes, mais elle a
01:02quand même besoin de pétrole.
01:03Ça représente 18% de sa consommation énergétique environ.
01:07Le problème pour la Chine, c'est que presque tous ses fournisseurs, si on enlève la Russie, sont des pays
01:13qui exportent leur pétrole à travers le détroit d'Hormuz.
01:16Il y a l'Arabie Saoudite, il y a l'Irak, il y a les Émirats Arabes Unis, il y
01:19a Oman.
01:20Tous passent par le détroit d'Hormuz.
01:22Donc l'Algérie est une bonne solution parce que ça permet justement de contourner.
01:26Et puis l'Algérie est un grand producteur qui d'ailleurs en ce moment augmente sa capacité de production.
01:32Et d'ailleurs, les deux pays sont déjà très liés.
01:34Donc il suffit juste d'augmenter les contrats qui les lient déjà.
01:37Par exemple, Sonatra, qui est la compagnie pétrolière nationale algérienne, travaille déjà avec les Chinois.
01:42C'est le même raisonnement pour le gaz.
01:44Ce sont les Chinois, par exemple, qui exploitent à travers la société Sinopec le grand gisement de Guernaguesa II.
01:50L'Algérie, mais pas seulement, ça dépend des ressources.
01:53Oui, effectivement, parce que la Chine a deux volets en ce moment.
01:56D'abord, il faut diversifier les fournisseurs d'hydrocarbures, c'est ce qu'elle fait avec l'Algérie.
02:00Et puis, il faut accélérer la transition vers l'énergie propre.
02:03Et c'est ce qui intéresse davantage la Chine à long terme par ailleurs.
02:06C'est pour ça qu'elle regarde vers le Maroc.
02:08Le Maroc, pourquoi ? Pour l'hydrogène vert et pour les batteries.
02:11Surtout, il faut penser qu'il y a eu ces deux dernières années,
02:1410 milliards de dollars d'investissement chinois au Maroc dans le domaine des batteries pour les voitures électriques,
02:19avec des gigafactories, notamment.
02:21Il y en a une, par exemple, celle de Kenitra, qui ouvre dans deux mois,
02:24qui va permettre aux Chinois de commencer à produire des batteries pour les véhicules électriques.
02:28Par ailleurs, ça permet aussi aux Chinois de contourner les sanctions sur les véhicules chinois,
02:32puisque désormais, ces véhicules seront produits au Maroc.
02:36Et puis, il y a l'Égypte, qui est le troisième pilier de ces nouveaux axes chinois.
02:40Et c'est un pilier logistique, parce que l'Égypte offre des routes alternatives
02:43par rapport au détroit d'Hormuz, encore une fois.
02:46Et puis, parce que ça peut accueillir des projets d'infrastructures de grande envergure,
02:50par exemple, des parcs éoliens et des parcs photovoltaïques.
02:54Évidemment, vous vous en doutez, le problème pour la Chine,
02:56c'est qu'ils ne sont pas les seuls du tout à s'intéresser à cette région.
02:59Il y a beaucoup d'autres pays qui regardent ce qui se passe en Afrique du Nord,
03:01à commencer par les Européens.
03:03Je pense à l'Espagne, je pense à l'Italie, mais à d'autres pays aussi.
03:06Et puis, il y a les États-Unis aussi, qui veulent sécuriser des chantiers et de ressources.
03:10Donc, vous voyez, cette guerre en Iran, finalement, va faire émerger une autre guerre,
03:14beaucoup plus discrète, beaucoup plus silencieuse et purement énergétique.
03:17Et c'est la guerre pour les ressources de l'Afrique du Nord.
03:19Merci beaucoup, Annalisa Capellini.
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