00:00Face à le chiffre, il y a aujourd'hui Raphaël Legendre.
00:03On va revenir sur ces chiffres de l'OCDE, les impôts sur les salaires qui atteignent désormais
00:07leur niveau le plus élevé depuis 10 ans dans les pays développés, Raphaël.
00:12Oui, c'est ce qu'on appelle le coin fiscalo-social.
00:15Il faut qu'on explique d'abord, Sandra, pour commencer.
00:17Le coin fiscalo-social, vous prenez un travailleur type, un salarié type,
00:22salaire moyen, célibataire, pas d'enfant,
00:25et vous prenez ce que l'entreprise lui paye.
00:28Le super brut, c'est-à-dire son salaire avec les cotisations salariales,
00:32mais aussi les cotisations patronales.
00:35Et vous voyez ce que paye l'entreprise et ce qui reste dans la poche du salarié à la fin.
00:40Alors, ce que dit l'OCDE, effectivement, c'est qu'au niveau des 38 pays les plus riches du monde,
00:46ce taux a augmenté.
00:47Mais enfin, le taux de prélèvement, c'est un peu l'indicateur de voracité publique,
00:52si vous voulez, en quelque sorte.
00:54C'est à peu près 35% pour l'OCDE.
00:56En France, on est à 47,2%.
01:01La voracité publique, elle est pentagruélique en France.
01:0547,2%, ça veut dire que quand l'employeur vous paye 100 euros,
01:10il y a 52,80 euros seulement qui tombent dans votre poche.
01:16Au final, on est 12 points au-dessus de la moyenne des pays riches et des pays développés.
01:24Et on a quasiment un euro sur deux, grosso modo, qui part en impôts et cotisations.
01:30Mais il y a un élément dont on a beaucoup moins parlé et qui, je trouve, moi, est spectaculaire.
01:35Un élément sur lequel on est champion du monde et du classement des pays de l'OCDE,
01:39c'est sur la progressivité de l'impôt.
01:42Parce que là, ce qu'on nous donne, c'est une moyenne.
01:43En moyenne, l'État va prendre un euro sur deux.
01:47Mais il y a de grands écarts, en fait, entre les bas salaires exonérés de charges et les hauts salaires.
01:52On a une progressivité sur l'impôt délirante.
01:55Si vous êtes autour du SMIC, on n'est pas à 50%, on n'est qu'à 35%.
01:59Que, entre guillemets, à 35%.
02:01Donc, on est sur la moyenne de l'OCDE.
02:03Si vous montez dans les hauts salaires, on est à 75%.
02:07Ce que nous dit l'OCDE, c'est qu'on a le niveau de progressivité le plus élevé,
02:13mais alors de très, très, très loin par rapport à tous les autres pays.
02:18On ne rentre même pas dans leur graphique, dans leur tableau.
02:20C'est un tableau qui va de 0 à 15.
02:23Nous, on a un niveau de progressivité de 42%.
02:26On est hors toute catégorie.
02:29C'est très simple.
02:30Ça, ça a quoi comme effet ?
02:31C'est évidemment de désinciter au travail, de désinciter à la progression.
02:36Et puis, ça plombe, ça pèse sur les salaires à la baisse, évidemment.
02:39Profitez des retombées dont vous parliez en début de semaine.
02:43Emmanuel Lechypre.
02:44Je ne suis pas étonné de ces réflexes libéraux pavloviens.
02:50D'une analyse lucide, vous voulez dire.
02:52De Raphaël.
02:53De ce sadofiscalisme.
02:54Alors, je pense que justement, ce chiffre, il faut se garder de mal l'interpréter
02:59ou de l'interpréter aussi idéologiquement que le fait Raphaël.
03:03Pourquoi ?
03:04D'abord, parce qu'il faut rappeler que ce coin fiscal,
03:06ce n'est pas comparable à de la dépense publique.
03:08Ce coin fiscal, c'est des cotisations sociales,
03:11c'est de la retraite, c'est de la santé, du sommage.
03:13Ce n'est pas un impôt pur.
03:14Alors, c'est du salaire différé.
03:17C'est un système de protection sociale qu'on a choisi de mutualiser.
03:21Et puis, vous êtes obligés de regarder quand même dans ces chiffres
03:24qu'est-ce qu'il y a en contrepartie de ces cotisations.
03:27Et c'est là où on est quand même tous victimes d'une espèce d'effet d'optique.
03:33C'est-à-dire qu'il faut aussi tenir compte du choix qui est fait dans chaque pays
03:38de socialiser ou de privatiser ces dépenses de protection sociale.
03:44Parce que finalement, quand vous regardez tous ces pays
03:46qui ont l'air plus merveilleux que la France
03:48parce qu'ils prélèvent moins, parce qu'ils fonctionnent moins,
03:51mais quand vous mettez tout bout à bout,
03:53c'est-à-dire un salaire qui, effectivement, est plus élevé qu'en France,
03:59des cotisations sociales qui sont moins élevées qu'en France,
04:03mais la réalité, c'est qu'en fait, une fois que vous êtes rentré chez vous,
04:07c'est à vous de financer votre mutuelle,
04:10c'est à vous de financer votre protection sociale.
04:12Je vous prends l'exemple de l'Allemagne, par exemple.
04:14Bon, les Allemands, bah oui, c'est sûr,
04:16ils ont des salaires plus élevés que nous.
04:18Ils cotisent moins, leur entreprise cotise moins.
04:21Ça cotise autour de 300 euros par mois si vous gagnez 4000 euros.
04:26Mais par contre, qu'est-ce qui se passe quand vous rentrez chez vous ?
04:28C'est que vous êtes obligés de payer votre mutuelle,
04:31ça vous coûte 400 à 600 euros par mois,
04:33ça vous coûte jusqu'à 2000 euros si vous avez une famille de 4 ou 5 personnes,
04:37alors que votre salarié français, il a peut-être un salaire net qui est plus faible au départ,
04:41mais il a déjà payé sa protection sociale.
04:44Donc attention au périmètre qu'on regarde.
04:47Et d'ailleurs, quand on dit la France, c'est le pays de la dépense publique,
04:51les 15 points de PIB, etc., de plus que les autres,
04:53c'est en grande partie parce qu'on a cette socialisation de la dépense publique.
04:57Or, il n'y a rien dans la théorie économique qui vous dit que
05:00quand vous avez fait le choix de mutualiser et de rendre certaines missions publiques,
05:04c'est moins bien fait que quand c'est le privé.
05:07Le problème de la France, donc, ça n'est pas tellement le choix de cette socialisation,
05:12de cette mutualisation de la dépense sociale,
05:15c'est effectivement quelles sont les priorités qu'on accorde à cette dépense sociale.
05:18Alors là, on sera d'accord avec Raphaël sur plein de points,
05:21c'est-à-dire qu'en gros, il y a effectivement une surpondération de ces dépenses sociales
05:26qui vont vers les retraites, par exemple, qui vont vers les retraites.
05:30La question de l'efficacité de cette dépense sociale, bien sûr,
05:34est-ce que le niveau de cotisation qu'on a correspond à une qualité de service
05:38qu'on est en droit d'attendre ?
05:39Voilà, ce sont tous ces débats-là.
05:41Mais encore une fois, attention à ne pas trop idéologiser ce chiffre sur le coin fiscal.
05:46Non, mais on est sur un quantitatif très simple.
05:49Il y a un classement, on est le pays le plus taxé au monde,
05:52parmi les pays les plus taxés au monde.
05:53La question, c'est pourquoi ? Pour quel service rendu, effectivement ?
05:57C'est ce que vous avez dit, Emmanuel, sur la question de la dépense.
06:00Moi, je propose une mesure simple qui peut-être éveillera les Français
06:05au coût de notre système social.
06:07On verse le super brut, parce que cette distinction d'abord
06:10entre charges sociales et patronales, salariales et patronales, n'a aucun sens.
06:15C'est purement pour entretenir l'illusion que l'entreprise va payer une partie
06:20et vous l'autre partie.
06:21Si, en fait, votre entreprise vous verse un salaire et juste l'État prend entre les deux
06:26et puis il reste ce qui reste dans votre poche.
06:29Séparons le super brut, on vous verse le super brut le premier du mois
06:33et puis payez toutes vos cotisations sociales et vos impôts le 10 du mois
06:37pour voir la différence, le coût de notre système social véritablement en France.
06:42Je vous promets une révolution, ça permettrait ce qui n'a pas de prix, n'a pas de valeur.
06:48Donc, tous les prélèvements à la source et les cotisations à la source.
06:52Révolution et prise de conscience dont vous serez le premier à bénéficier
06:55et qui vous permettra de ne pas défendre des positions aussi radicales sur la...
07:01Mais soyons lucides sur le fonctionnement du modèle.
07:03Merci beaucoup messieurs, le débat face à le Chypre à retrouver évidemment en podcast
07:08et en replay sur notre appli, sur notre site.
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