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Retrouvez Le 18/19 d'Hedwige Chevrillon en replay et en podcast.

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00:00BFM Business et la Tribune présente
00:04Le 18-19 d'Edwis Chevrillon
00:10Vous êtes bien dans le 18-19, mon invité c'est Bruno Tertré,
00:13il est directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique,
00:16entre autres, c'est vraiment un des meilleurs spécialistes sur les questions de sécurité.
00:20Bonsoir Bruno Tertré, merci d'être avec nous.
00:22Vous avez publié, je crois que c'était même le 4 octobre dernier,
00:25un livre qui s'appelait La Guerre des Mondes.
00:27J'ai envie de dire, il est complètement d'actualité aujourd'hui,
00:30on est en plein dans La Guerre des Mondes, ou La Guerre des Empires.
00:34Ce que j'aimerais avec vous, c'est comprendre d'abord dans un premier temps
00:37quelle analyse vous faites de Donald, la stratégie,
00:41si on peut parler de stratégie de Donald Trump, la tactique.
00:45Est-ce qu'il a plié devant les Iraniens,
00:48puisqu'il a décidé de repousser pour la uneième fois le cessez-le-feu,
00:52en même temps on voit l'Iran qui tire sur des bateaux et puis les arraisonne.
00:57On n'y comprend plus rien.
00:58Qui est en train de l'emporter ?
01:01Pour l'instant, personne.
01:03Donald Trump déteste qu'on lui résiste.
01:06Et donc, il a cru, sans doute depuis le début de cette offensive,
01:10que l'Iran allait plier assez rapidement.
01:14Ça n'est pas le cas, ça l'énerve.
01:16Il y a même vos confrères américains qui ont fait une enquête
01:20sur ce qui s'est passé à la Maison Blanche le jour dernier,
01:22et qui prétendent que Donald Trump a eu des énervements,
01:26et le mot est faible, à tel point que certains de ses conseillers
01:31ne savaient plus où se mettre.
01:33Donc, il est très impatient.
01:34Il ne pensait pas que ça durerait aussi longtemps
01:37que l'Iran serait aussi résistant ou résilient.
01:40Après, sur ses ultimatums, sur ses revirements,
01:43c'est aussi une stratégie de négociation.
01:45On le sait bien.
01:46Regardez depuis qu'il est aux commandes,
01:49depuis qu'il est revenu à la Maison Blanche,
01:51le nombre de fois où, sur l'Ukraine, ou sur l'Iran,
01:53ou sur d'autres sujets, sur les droits de droite,
01:55le nombre de fois où il a dit,
01:57demain, j'impose ceci, demain, je fais cela,
01:59et pour dire le lendemain qu'il fait le contraire.
02:02Ça n'est pas complètement absurde sur le principe
02:05de vouloir déstabiliser ses adversaires.
02:08Le problème, c'est que les alliés,
02:09ses alliés et le monde entier,
02:10sont déstabilisés aussi par de tels revirements.
02:14Donc, le fait qu'il dise, aujourd'hui,
02:15finalement, je vais étendre le cessez-le-feu,
02:18n'est pas forcément plié pour lui.
02:20C'est simplement une preuve supplémentaire,
02:22une nouvelle preuve de son imprévisibilité,
02:25qui est à la fois dans son caractère
02:26et dans sa tactique de négociation.
02:28Est-ce que c'est payant, justement ?
02:30Vous parlez de tactique de négociation.
02:32Est-ce que c'est payant ?
02:33J'en savais le général Vincent Desportes.
02:35Lui, il disait, stratégiquement,
02:37et il a peut-être une stratégie,
02:38c'est tactiquement, il n'a pas prévu,
02:40il n'a pas que ça avaisse la fermeture
02:41du détroit d'Orbouz.
02:42Il y a quelque chose qu'il n'a pas prévu.
02:44Est-ce que vous partagez ce sentiment ou pas ?
02:46Moi, je ne pense pas qu'il ait une stratégie.
02:47Je pense qu'il a une vision.
02:48Il a toujours les mêmes obsessions depuis 40 ans.
02:50Il a une manière d'être,
02:52une manière de parler et de négocier
02:54qui n'a pas changé depuis 40 ans non plus.
02:56Mais je ne pense pas qu'il ait de stratégie.
02:59Quant à votre question,
02:59est-ce que c'est payant ?
03:00Regardons les résultats.
03:02Est-ce que l'économie américaine
03:04se porte mieux ou moins bien
03:05depuis cette avalanche de droits de douane
03:07qui a été imposée depuis un an et demi ?
03:10La réponse est non.
03:11Est-ce qu'elle se porte mieux
03:11depuis le début de la guerre en Iran ?
03:13La réponse est non.
03:14Est-ce que des accords de paix
03:15ont été signés par Donald Trump
03:17ou sous l'égide véritablement de Donald Trump ?
03:20Franchement, à part le cessez-le-feu à Gaza
03:22qui est arrivé l'an dernier,
03:25en grande partie du fait de la diplomatie américaine,
03:29je crois que les succès sont assez peu nombreux.
03:31Le Venezuela quand même.
03:32Alors le Venezuela, est-ce que c'est un succès ?
03:34Pas très démocratique,
03:34mais enfin vous me direz,
03:35le régime ne l'était pas.
03:36Tout dépend de ce que vous entendez par un succès.
03:38Il n'y a pas eu de changement de régime.
03:39Il n'y a pas eu de changement de régime.
03:40Il y a eu de décapitation du régime.
03:42Voilà.
03:42Donc, alors est-ce que c'est un succès
03:44en termes d'opérations militaires ?
03:46Oui, c'est extrêmement spectaculaire.
03:48Ça a fonctionné,
03:49mais qu'est-ce que ça donne ?
03:50Est-ce que le Venezuela est plus démocratique ?
03:52Non.
03:53Est-ce que les infrastructures pétrolières
03:55du Venezuela sont réparées ?
03:57Non.
03:58Il y a juste la Chine
03:58qui reçoit un petit peu moins de pétrole.
04:00Je fais l'avocat du diable, forcément,
04:02mais elles peuvent l'être.
04:02Nous verrons dans deux ou trois ans.
04:04Mais pour l'instant,
04:05on peut dire que le Venezuela,
04:06puisque vous en parlez,
04:07c'est un succès technique ou militaire.
04:09Mais est-ce que c'est un succès politique
04:11ou économique ?
04:12Ce n'est pas du tout évident.
04:13Alors, pour en revenir à ce qui nous intéresse
04:16là particulièrement,
04:17sur l'Iran et sur Trump,
04:19enfin, sur ce bras de fer
04:21qui est quand même assez incroyable.
04:23Vous avez vu les Iraniens
04:25qui ont montré leurs missiles,
04:28qui montrent qu'eux aussi,
04:31ils ont les moyens,
04:32puisque vous voulez la force,
04:33dit-il à Donald Trump,
04:34nous aussi, on a nos forces.
04:35Est-ce que toute l'armée,
04:40et notamment la marine,
04:41a été détruite iranienne en Iran ?
04:44Alors, l'armée régulière iranienne,
04:48notamment son aviation, la marine,
04:51n'existe quasiment plus.
04:52Mais ça n'a jamais été la force de l'Iran,
04:55enfin, de la République islamique d'Iran.
04:57La force de l'Iran, ça a toujours été,
04:58depuis 1979,
05:00et surtout depuis les années 90,
05:02ces missiles, ces drones,
05:03et ces moyens non conventionnels,
05:06comme on dit,
05:07ce qui est parfois un euphémisme,
05:08pour dire terrorisme.
05:09Voilà.
05:10Et ça, évidemment,
05:11il y a une grande partie
05:12de l'arsenal iranien
05:13qui a été détruit,
05:15mais il en reste encore pas mal.
05:17Il en reste encore pas mal.
05:17On reviendra justement,
05:18parce qu'un des points importants,
05:20évidemment,
05:20c'est la question du nucléaire.
05:21Est-ce que l'Iran est encore
05:22une puissance nucléaire ?
05:23Mais Bruno Théatras,
05:24je voulais qu'on revienne.
05:27Là, ce soir, vous vous dites,
05:28on se dirige vers quoi ?
05:30Alors, vers la même chose.
05:31C'est-à-dire que je pense que la probabilité...
05:34Le feuilleton va continuer.
05:36La probabilité qu'un cessez-le-feu
05:39relativement durable,
05:39un espace de négociation,
05:41ou du moins de discussion,
05:42s'ouvre dans les jours qui viennent,
05:44c'est tout à fait possible.
05:45Que ça mette un terme aux hostilités,
05:47à mon sens, certainement pas.
05:48Je suis à peu près certain
05:50que d'ici quelques jours,
05:51quelques semaines,
05:52ça repartira.
05:53Maintenant, il y a quand même
05:55un problème pour Donald Trump
05:57et pour les Iraniens,
05:58c'est que le coût de cette guerre,
06:00le coût politique-militaire,
06:01le coût économique en particulier,
06:03eh bien, ça commence
06:05à peser très lourd
06:06des deux côtés.
06:07Le problème, si vous voulez,
06:08c'est qu'on peut dire
06:09que chacun à leur manière,
06:10l'Iran et les États-Unis
06:12ont un processus de décision politique
06:14complètement dysfonctionnel.
06:15L'Iran, on le sait bien,
06:16il n'y a plus l'arbitre incontesté
06:18qui était le père...
06:19Le guide suprême.
06:20...actuel.
06:21Son fils est un ectoplasme,
06:23pardon cette expression,
06:24mais en tout cas,
06:24on ne sait même pas
06:25s'il existe encore physiquement,
06:27d'ailleurs.
06:28Mais il n'y a pas
06:29ce chef suprême
06:31qui pouvait arbitrer
06:32les différentes composantes
06:33du pouvoir iranien.
06:34À Washington,
06:35c'est l'inverse,
06:36c'est un roi,
06:37un roi,
06:37un empereur romain,
06:39Néron, Caligula,
06:40comme vous voulez,
06:40mais c'est aussi
06:41un processus complet de César.
06:43Au début,
06:44c'était César Pompé-Crasus,
06:45il y avait un triumvirat,
06:46il y avait Vance,
06:48et puis Elon Musk
06:49qui jouait un rôle important
06:50au début.
06:51Donc là,
06:51maintenant,
06:51on est passé à Caligula
06:52et à mon sens,
06:54on n'est pas loin de Néron aujourd'hui.
06:55Donc,
06:56si vous voulez,
06:56des deux côtés,
06:56pour des raisons différentes,
06:57les processus de décision politique
06:59habituelles sont dysfonctionnels,
07:00ce qui ne rend pas
07:01la possibilité
07:03d'un règlement du conflit,
07:05je ne parle pas
07:05d'accord de paix,
07:06évidemment,
07:07mais d'un règlement du conflit,
07:09une perspective très facile.
07:11Je ne suis pas très optimiste.
07:12Mais donc,
07:15ça peut durer combien de temps ?
07:16Alors,
07:17il y a quand même des...
07:18Parce que quand même,
07:19les États-Unis sont censés
07:20quand même être une grande puissance
07:22avec une force
07:23qu'ils déploient
07:24d'une manière spectaculaire.
07:25Le problème,
07:26c'est que les États-Unis
07:27ne peuvent pas se concentrer
07:28uniquement sur le Moyen-Orient.
07:29Ils ont d'autres théâtres,
07:30d'autres responsabilités,
07:31ils ont des alliances,
07:32et notamment,
07:33pour tout ce qui concerne
07:34les missiles
07:34et les intercepteurs,
07:36eh bien,
07:36ils ont été obligés
07:37de dégarnir les stocks
07:39considérablement,
07:39au point que la Chine
07:42commence à se frotter les mains
07:43en se disant
07:44c'est très bien pour nous,
07:45il y a de moins en moins
07:45de matériel américain.
07:47En Asie,
07:48ça veut dire aussi
07:48que l'industrie américaine
07:50est en train de pédaler très vite
07:51pour pouvoir reconstituer
07:53ses stocks,
07:53mais ça mettra des mois
07:55et des mois,
07:56peut-être dans certains cas,
07:57des années.
07:58Donc oui,
07:58l'Amérique peut se battre
07:59pendant des années,
08:00mais je veux dire,
08:01ça n'est pas quelque chose
08:02qui est cohérent,
08:04ça ne serait pas cohérent
08:05avec ce qu'est
08:06la stratégie américaine affichée.
08:08Encore une fois,
08:08il y a les coûts économiques,
08:10il y a les coûts politiques peut-être,
08:11vous le savez,
08:12tout le monde en parle,
08:12il y a la campagne
08:13des midterms,
08:14des élections du mois de novembre
08:15qui a commencé,
08:16on voit que le camp républicain
08:18n'est pas dans une bonne situation,
08:20il y a incidemment
08:21la fin avril,
08:22aussi le 28 avril,
08:23la date où théoriquement
08:24le Congrès
08:25devrait donner son approbation
08:27pour l'opération,
08:28puisqu'on en serait
08:28à deux mois.
08:30Donc tout ceci pèse bien sûr,
08:31mais...
08:32Et des sondages
08:33en berne.
08:34Et des sondages en berne,
08:35mais ça,
08:35Donald Trump s'en fiche totalement.
08:37Ceux qui ne s'en fichent pas,
08:38ce sont les républicains
08:40qui voient la cote
08:41de popularité
08:43ou plutôt d'impopularité
08:44du président
08:45affecter leur chance
08:46de réélection
08:46ou d'élection
08:47en novembre.
08:48Tout ça finira par peser,
08:50mais je ne crois pas
08:51que ça soit pour tout de suite.
08:52Et du côté iranien,
08:54à votre avis,
08:55enfin c'est très difficile
08:55de savoir ce qui se passe,
08:56évidemment,
08:58est-ce qu'on sait
09:00plus ou moins
09:00qui a le pouvoir ?
09:01Certains disent
09:02que ce soit les Pazdaran
09:02et que du coup,
09:03on a un pouvoir
09:03qui est presque encore plus dur
09:05parce qu'il est devenu...
09:06Avant, il était religieux.
09:07Là, il est devenu
09:08militaro-religieux.
09:09Mais est-ce que finalement,
09:10on connaît la réalité
09:12de ce qui se passe en Iran ?
09:14Non, je pense que
09:14c'est extrêmement difficile.
09:15Alors, vous avez raison
09:16de rappeler que ce sont
09:17les Pazdaran,
09:18les militaires
09:19qui tiennent le haut
09:20du peuple aujourd'hui,
09:20mais il n'y a aucune surprise.
09:22Nous l'avions,
09:22nous étions un certain nombre
09:23à le dire déjà
09:24avant l'intervention
09:25que d'abord,
09:26que le régime,
09:27dont je ne suis pas un spécialiste,
09:28mais je suis comparatiste,
09:29je vois comment ça se passe
09:30quand il y a des coups de force,
09:32quand il y a des guerres.
09:33Pour ce type de régime,
09:34il y a toujours
09:34une radicalisation.
09:35Autrement dit,
09:37nous savions que
09:38si une guerre de grande ampleur
09:39commençait contre l'Iran,
09:41les militaires,
09:41ou plutôt les gardiens
09:42de la révolution,
09:43seraient ceux
09:44qui en tireraient bénéfice
09:45sur le plan politique.
09:46Le problème,
09:47c'est que ce n'est pas
09:47un pouvoir monolithique
09:48et ça ne l'a d'ailleurs
09:49jamais été.
09:50Donc, évidemment,
09:51les politiques,
09:52entre guillemets,
09:53les religieux
09:57continuent à exister.
09:58Mais ce ne sont pas ceux
10:01qui semblent avoir
10:02le plus d'influence.
10:03Aujourd'hui,
10:04ceux qui ont le plus d'influence,
10:05c'est très certainement
10:06effectivement les Pazarab.
10:07Donald Trump a dit,
10:09c'est simple
10:09si ça continue comme ça.
10:10C'est ce qu'il a dit hier.
10:12Donc, ça change.
10:12Ce qu'il a dit hier,
10:13c'est différent d'aujourd'hui.
10:15Et encore différent demain.
10:16Oui, bien sûr.
10:17Non, mais il a dit sinon,
10:18il faut cesser le feu,
10:19il fait des négociations
10:20à Islamabad,
10:21il n'y en a pas.
10:22Mais sinon,
10:22je vais frapper très fort.
10:24Je ne sais pas ce que...
10:25Je ne sais pas,
10:26Elvige Chevriand,
10:26je ne sais pas ce que ça veut dire.
10:27Ah là, vous me déçois.
10:28Oui, je vous déçois
10:29parce qu'il y a un moment
10:30où on ne peut plus prendre...
10:32Il faut prendre Trump au sérieux,
10:34mais pas au mot.
10:35Ça, ça veut dire
10:35qu'il est énervé,
10:36mais il faut frapper très fort.
10:37Je ne sais pas ce que ça veut dire.
10:38Voilà, je ne peux pas vous dire mieux.
10:39Oui, et puis de leur côté,
10:41les Iraniens disent
10:41qu'ils vont frapper...
10:43Encore plus fort, sans doute,
10:44mais on est dans une escale
10:46rhétorique tout autant que militaire,
10:48si vous voulez.
10:48Bien sûr,
10:49mais intéressant et inquiétant,
10:51c'est-à-dire,
10:52c'est de frapper
10:53les installations pétrolières
10:54des autres pays,
10:57de ces pays voisins.
10:58Mais ils le feront déjà
10:59depuis longtemps ?
11:00Non,
11:01enfin,
11:01ils l'ont fait pour le Qatar,
11:02sur l'usine de gaz.
11:05Pas seulement.
11:06Pas seulement.
11:07Les pays qui ont été
11:09le plus frappés
11:10par les missiles
11:12et les drones iraniens
11:13sont les pays du Golfe.
11:15C'est des pays du Golfe.
11:16Il y a eu des centaines
11:17de missiles et de drones
11:19contre les infrastructures
11:21civiles, économiques
11:22et énergétiques
11:22des pays du Golfe.
11:23Donc, ils ont déjà commencé
11:24à le faire.
11:25Ils peuvent encore le faire.
11:25Simplement,
11:26ça pourrait devenir plus difficile
11:27parce qu'ils ont quand même
11:28probablement moins de missiles,
11:30une capacité de reconstituer
11:31leurs arsenaux
11:32qui est moins importante.
11:33Et puis,
11:33il y a quand même des défenses,
11:34des défenses anti-missiles,
11:35des défenses anti-aériennes,
11:36des défenses anti-drôles.
11:37La France participe d'ailleurs
11:38à l'intercepte des drones
11:40sur la rive sud
11:41du Golfe-Fersique.
11:42Donc, l'Iran ne peut pas...
11:43Bien sûr,
11:44l'Iran peut toujours
11:45continuer à faire mal.
11:46Elle fait déjà très mal
11:47au modèle économique
11:48d'ailleurs de la rive sud du Golfe.
11:51Mais l'Iran ne peut pas non plus
11:52faire ce qu'il veut
11:53dans la région.
11:56S'il n'y a pas de négociation,
11:57alors certains disent...
11:58Là, les Iraniens,
11:59on dit non,
12:00pas de négociation.
12:02Du coup,
12:02les Américains
12:03n'y sont pas allés.
12:04Mais il y en aurait peut-être
12:05demain,
12:05après-demain,
12:06rien n'est moins sûr.
12:07S'il n'y a pas de négociation,
12:10là, pour le coup,
12:10ça peut venir d'où un accord ?
12:12Mais je pense...
12:13Alors, d'abord,
12:15toutes les guerres
12:15ne se terminent pas
12:17par des accords.
12:17Elles se terminent parfois
12:18tout simplement
12:19par le fait
12:20qu'il y a un des deux combattants
12:21qui soit épuisé
12:22et qui dise stop.
12:24Il est possible
12:25que ce soit l'Iran,
12:25il est possible
12:26que ce soit les États-Unis.
12:27Ça peut se terminer aussi,
12:29au moins provisoirement,
12:30par une sorte de cesser le feu
12:32dans les faits,
12:33même s'il n'est pas négocié.
12:34Mais quand on parle
12:35de négociation
12:36pour un règlement
12:37de la crise actuelle,
12:38de la guerre actuelle,
12:39encore une fois,
12:39moi, je n'y crois pas beaucoup.
12:41Il y aura des discussions
12:41à Islamabad ou ailleurs.
12:44Alors, Jenny Vance,
12:44il est une fois parti,
12:45pas parti,
12:46on verra.
12:47Il y aura une reprise
12:48de discussion
12:49à un moment ou à un autre.
12:50Le problème,
12:51c'est que ces discussions,
12:51à mon sens,
12:52ne peuvent pas,
12:52à échéance prévisible,
12:54déboucher
12:55sur un règlement
12:56du conflit
12:57qui a commencé
12:58il y a un mois et demi.
12:59Alors, il y a un point
13:00très important aussi,
13:01c'est de savoir justement,
13:02est-ce que l'Iran
13:03reste une puissance,
13:05encore une puissance nucléaire ?
13:07L'Iran n'a jamais été
13:08une puissance nucléaire.
13:09Non, mais il y a une puissance nucléaire
13:10dans le sens où
13:11elle faisait de l'uranium,
13:13elle produisait de l'uranium
13:13et puis on ne sait pas,
13:15peut-être qu'elle était
13:15en train de produire
13:16parce que c'était
13:17une des raisons
13:18qui justifiaient le raid
13:19notamment des Israéliens
13:20et puis après le relais
13:21fait par les Américains.
13:23Ils ont 450 kg d'uranium
13:26quelque part.
13:27Est-ce que c'est essentiel
13:29de les saisir ou pas ?
13:30En fait, c'est une monnaie d'échange
13:33très importante
13:34pour les Iraniens
13:35et les Américains.
13:37Mais le problème,
13:38c'est qu'il n'est pas
13:39totalement certain
13:40que les Iraniens eux-mêmes
13:42sachent exactement
13:43où se trouve la totalité
13:45de ce stock d'uranium
13:46hautement enrichi.
13:47En effet, il est probable
13:49qu'il n'ait pas tout mis
13:50au même endroit.
13:53Il est probable qu'il y ait
13:54deux sites au moins.
13:56Est-ce que ce stock
13:58est entièrement récupérable,
13:59soit par l'Iran lui-même,
14:01soit par les forces spéciales
14:02américaines ?
14:02L'idée d'une opération
14:04commando à la Hollywood
14:06où les forces spéciales
14:08américaines vont se saisir
14:09de ce stock,
14:09je n'y crois pas.
14:10Un instant,
14:10je n'y ai jamais cru.
14:11Ah bon, d'accord.
14:12C'est impossible.
14:14Ce n'est pas que c'est impossible,
14:15c'est tellement improbable
14:16d'imaginer une opération
14:18qui serait très très lourde.
14:19Ce n'est pas dix personnes
14:20qui vont avec des pelleteuses.
14:22Il faut avoir des machines
14:23pour faire de l'excavation.
14:25Il faut sécuriser tout ça
14:26et évidemment éviter
14:28que les Iraniens
14:30leur tirent dessus.
14:31Ce qui fait quand même
14:31beaucoup.
14:32Donc, à moins d'un effondrement
14:34complet du régime
14:35et nous n'y sommes pas,
14:36je n'imagine pas
14:37d'opérations américaines
14:39pour récupérer
14:40ce stock d'uranium.
14:41Donc en fait,
14:42puisque c'est quand même
14:43l'objectif de cette guerre.
14:44Non, c'est un des objectifs.
14:46C'est un des objectifs.
14:46Je vous rappelle quand même...
14:47De changer de régime, enfin...
14:48Non, non, non,
14:49je vous rappelle quand même
14:50que la première fois
14:51que la Maison-Blanche
14:53a donné les objectifs
14:54officiels
14:55de l'opération,
14:56il n'y avait pas
14:57le mot nucléaire dedans.
14:57Pourquoi ?
14:58Parce que Trump avait dit
14:59pendant des mois
15:00le problème est réglé,
15:01donc le problème n'existe plus.
15:03Le changement de régime
15:04n'a jamais été officiellement
15:05un objectif avoué
15:07des Etats-Unis.
15:08Quand on est Israéliens,
15:09ils ont toujours dit
15:09nous, ce qu'on veut,
15:10c'est créer les conditions
15:11pour que les Iraniens
15:13se soulèvent.
15:13Ils ne sont pas non plus.
15:16Il y a un point important,
15:17c'est l'Europe
15:18et la France dans tout ça.
15:20On a l'impression
15:21qu'on était complètement,
15:23pardonnez-moi cette expression
15:24un peu triviale,
15:25largués,
15:25en dehors du champ.
15:27Qu'est-ce que vous appelez
15:28le champ ?
15:29Oui,
15:30je suis d'accord,
15:31on a l'impression
15:32que tout était
15:33entre soit la Chine
15:35et les Etats-Unis,
15:36soit la Russie
15:36et les Etats-Unis,
15:37soit l'Iran
15:38et les Etats-Unis,
15:39puis qu'au milieu
15:39il y avait une espèce
15:40de trou vide,
15:40enfin de trou noir
15:42plutôt,
15:42avec l'Europe dedans.
15:44Vous êtes un peu sévère.
15:45Je suis un peu sévère,
15:47mais là,
15:48on a le sentiment
15:49quand même,
15:50le Premier ministre libanais
15:51était hier à Paris,
15:53on a vu dans les négociations
15:54sur la trêve,
15:55enfin qui n'a pas duré
15:56très longtemps,
15:56mais enfin qui est censé
15:57durer encore
15:58entre Israël et le Liban,
16:01les Israéliens ont dit
16:02non,
16:02pas les Français,
16:03mais que mine de rien,
16:04quand même,
16:05elle trouve sa place
16:06et puis je dirais,
16:07puis malheureusement,
16:07il y a eu donc
16:08ce deuxième soldat
16:09qui est mort de ses blessures
16:11qui appartenait à la Finule
16:12et qui est mort de ses blessures
16:13qui a été annoncée
16:14tout à l'heure
16:14par le Président.
16:15Oui,
16:16alors écoutez,
16:17la France,
16:17où est-ce qu'elle peut être ?
16:19Si le champ dont vous parlez
16:20est un champ de bataille
16:21ou un champ de ruines,
16:22je ne suis pas sûr
16:23que ce soit une bonne idée
16:23que la France soit
16:25du côté américain,
16:26évidemment encore moins
16:28du côté iranien.
16:29Donc qu'on soit en dehors
16:30de tout ça,
16:31franchement c'est pas mal.
16:31Est-ce qu'on peut être
16:32la puissance médiatrice ?
16:33Non,
16:33on ne peut pas être
16:34la puissance médiatrice.
16:35Seul un pays
16:36qui a des bonnes relations
16:36avec l'Iran
16:37et les Etats-Unis
16:38peut l'être.
16:39Et donc ça peut être
16:39le Pakistan,
16:41ça peut être la Turquie éventuellement.
16:42Mais nous on a des mauvaises relations
16:43avec qui ?
16:44Parce qu'avec l'Iran,
16:44ils ont quand même libéré
16:45les deux otages.
16:46Oui,
16:46justement,
16:47la raison pour laquelle
16:48ça a été aussi long
16:49et si difficile,
16:50c'est parce qu'on a
16:50de très mauvaises relations
16:51avec ce régime
16:52qui, je le rappelle quand même,
16:54depuis 40 ans,
16:55a tué beaucoup de Français
16:56directement ou indirectement.
16:57C'est aussi parce que la France
16:58a toujours eu une position
16:59très dure
17:00sur la question nucléaire.
17:01Donc non,
17:02ils ne nous conservèrent pas
17:03comme des amis.
17:04Donc voilà,
17:05on n'est pas les amis
17:07du régime iranien,
17:08on est des alliés américains,
17:10on ne veut pas les suivre
17:10dans cette aventure.
17:11Donc il est normal
17:12qu'on soit sur le côté.
17:13Mais être sur le côté,
17:14ça ne veut pas dire
17:14à ne rien faire.
17:15Il y a quand même eu
17:15cette manœuvre
17:16qui peut-être
17:17ne débouchera sur rien
17:18mais au moins
17:20contribue à ce que la France
17:22ait un rôle effectif
17:23à côté.
17:24C'est la préparation
17:26d'une coalition internationale
17:27pour pouvoir sécuriser
17:28le détroit d'Hormuz
17:29une fois, bien sûr,
17:31que les conditions de sécurité
17:32ne sont pas.
17:33Non, on en est loin.
17:34Oui, on en est loin.
17:34Mais est-ce que ça veut dire
17:35qu'il ne faut rien faire ?
17:36Est-ce que ça veut dire
17:36que ça ne sert à rien ?
17:37Non.
17:37Ça veut dire que si jamais
17:38les conditions se présentent,
17:40on sera prêt.
17:40C'est un petit peu la même chose
17:41que ce qu'on fait pour l'Ukraine.
17:44on ne veut pas s'impliquer directement.
17:45On ne veut pas entrer en guerre
17:46contre la Russie.
17:47Je ne suis pas sûr
17:47que l'opinion française
17:48soit prête à ce qu'on entre
17:48en guerre contre la Russie.
17:50N'est-ce pas ?
17:51Donc, qu'est-ce qu'on fait ?
17:52On prépare le moment
17:53où s'il y a un cessez-le-feu durable,
17:56on pourra, là pour le coup,
17:57venir sécuriser.
17:58C'est un plan.
17:59Pour le coup,
18:00Emmanuel Macron,
18:01il est très en pointe
18:01sur la Russie quand même,
18:03enfin sur le dossier ukrainien.
18:04Il soutient énormément Zelensky.
18:06Et là,
18:07c'est plutôt une bonne nouvelle
18:08pour l'Ukraine.
18:10Zelensky a dit tout à l'heure
18:11qu'il y avait quand même
18:12beaucoup de chances
18:13que le fameux prêt de 90 milliards
18:15qui avait été débloqué
18:16pour l'Ukraine,
18:19prêt européen,
18:19mais qui a été bloqué
18:20par Orban,
18:22comme il a perdu finalement,
18:24il va être débloqué
18:25pour l'Ukraine.
18:27Donc, ça,
18:27c'est plutôt une bonne nouvelle.
18:29Là, on a l'impression
18:30qu'on a quand même une tactique.
18:31On n'a peut-être pas de stratégie,
18:33mais qu'on a une tactique,
18:34non, à jouer ?
18:35Oui, mais ça ne veut pas dire...
18:36Écoutez,
18:36la France est une puissance
18:38qui compte dans le monde.
18:40Ça ne veut pas dire
18:40qu'elle a les moyens
18:42de peser de manière effective
18:44sur tous les conflits
18:45dans le monde.
18:45C'est pas vrai.
18:45Voilà, c'est tout.
18:46Bien sûr,
18:47on a nos intérêts en jeu.
18:48On est,
18:48il faut le rappeler,
18:49j'y ai fait l'illusion tout à l'heure,
18:50on est quand même impliqués
18:51directement dans la défense
18:52de nos alliés
18:53parce qu'on a des alliés
18:54dans le Golfe.
18:55On les défend.
18:56Et d'ailleurs,
18:56ils nous en sont extrêmement reconnaissants
18:58parce qu'ils estiment parfois
19:00qu'on est plus fiable
19:00que les Américains.
19:01Et c'est pas négligeable.
19:03C'est aussi quelque chose
19:04qui entretient la réputation
19:06de la France
19:06comme allié fiable.
19:07C'est aussi important
19:08pour des pays
19:09qui finiront par se reconstruire
19:11et par retrouver
19:12une place importante
19:13dans l'économie mondiale.
19:14Les pays du Golfe,
19:15c'est pas rien.
19:16Donc là,
19:16on compte aussi.
19:17Voilà.
19:18Donc on ne peut pas dire
19:18qu'on ne fasse rien.
19:20On ne peut pas dire
19:20qu'on ne compte pas.
19:21Mais simplement,
19:22évidemment,
19:22si vous ne pouvez pas être
19:23d'un côté ou de l'autre
19:24et si vous ne pouvez pas
19:25être médiateur,
19:26on vous voit un peu moins
19:28sur la photo.
19:29Conclusion,
19:29vous avez deux minutes
19:30pour essayer de nous dire
19:33un peu vous
19:34quelle perspective
19:35vous voyez
19:36parce qu'il va y avoir
19:37un après.
19:37On trouvera bien
19:38comme vous dites là.
19:38Il y aura un après.
19:40Oui, mais ce qui m'ennuie
19:40dans cette affaire finalement,
19:42si vous voulez,
19:42c'est qu'on n'a pas vu venir
19:46collectivement
19:46dès les premiers jours
19:47les conséquences majeures
19:48pour l'économie mondiale
19:49que ça pouvait avoir
19:51de manière indirecte.
19:52Vous savez,
19:53quand on parle de fin avril
19:54à propos du Congrès
19:57des États-Unis,
19:57c'est aussi le moment
19:58où, d'après ce que je comprends,
20:00si l'azote, l'urée,
20:02tout ce qui sert aux engrais
20:03ne sort pas du golfe
20:04à ce moment-là,
20:05eh bien,
20:06les prochaines récoltes
20:07en Asie ou en Afrique,
20:08ça va commencer à être
20:09très difficile.
20:10Et je crois que collectivement,
20:11y compris aux États-Unis,
20:12mais peut-être aussi en France,
20:13on a peut-être sous-estimé
20:14au début
20:17les impacts indirects
20:18que tout cela pouvait avoir
20:19pour l'économie mondiale
20:20et pas seulement.
20:21On a été trop focalisé
20:22sur le pétrole,
20:23si vous voulez.
20:23Voilà, ça va.
20:24Merci de la transition
20:25parce que c'est exactement
20:26l'objet du débat
20:28dans un instant
20:29avec François Eccal
20:30et Jean-Marc Daniel
20:31justement sur l'impact
20:32parce que tous les chiffres
20:33qui sortent montrent
20:34qu'en termes de déficit,
20:36en termes de croissance,
20:38on voit bien
20:38que ça est d'inflation,
20:39ça commence à devenir
20:40très tendu.
20:41Merci beaucoup
20:42en tous les quarts
20:42d'avoir été avec nous.
20:43Bruno Tertré
20:44était notre invité,
20:45directeur adjoint
20:45à la Fondation
20:46pour la charge stratégique.
20:47Le prochain livre,
20:48c'est pour quand ?
20:48Pour le mois de mai.
20:50Le mois de mai,
20:50donc bientôt,
20:51vous reviendrez nous voir.
20:52Merci beaucoup.
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