00:00– Mais justement, je voulais aussi qu'on essaie de comprendre un peu ce qui se passe
00:03sur le front des taux d'intérêt, des taux d'emprunt,
00:05parce qu'on voit bien qu'il y a beaucoup de tensions.
00:07Wilfried Galland, on a la chance qu'il soit avec nous,
00:10directeur stratégique chez Montpensueux.
00:12Bonsoir Wilfried.
00:13– Bonsoir Adige.
00:14– Merci d'avoir pris le temps, parce que je voulais comprendre
00:17qu'est-ce qui se passait pour les taux français-allemands,
00:21mais aussi beaucoup du côté des taux américains,
00:24parce que c'est peut-être une explication derrière en coulisses
00:28des volte-faces multiples de Donald Trump.
00:33– C'est sûr qu'on approche des seuils de douleur
00:35qu'on a connus exactement au moment, par exemple, de l'annonce des droits de douane.
00:41On est exactement sur ces seuils-là qui ont déclenché les volte-faces de Donald Trump.
00:47On est dans une situation où les taux ont beaucoup monté,
00:52et ça, vous le soulignez Edwige, c'est très important
00:55parce qu'on parle beaucoup des matières premières,
00:57on parle beaucoup du pétrole et d'autres matières premières
00:59qui passent par le bétroi d'Orbouze,
01:01mais la matière première numéro un de l'économie,
01:04c'est l'argent, c'est le crédit.
01:05Et lorsque son prix s'envole, en fait, ça fait trembler tout le monde,
01:09en particulier dans les économies comme les États-Unis,
01:11qui sont extrêmement endettées, qui marchent beaucoup avec la dette.
01:14Et là, effectivement, Donald Trump ne peut pas se permettre
01:16d'avoir pendant longtemps des coûts de financement qui remontent trop fort.
01:20– Oui, est-ce que c'est un peu comme il y a quelques mois
01:24où vraiment on a senti qu'il était obligé, encore une fois,
01:29de faire un volte-face parce que l'Amérique était au bord du krach obligataire ?
01:34– Alors, compte tenu de la vitesse de la montée des taux,
01:40on n'était pas encore dans des situations de krach obligataire,
01:43mais la pression montait de façon très forte,
01:46et de façon surtout, on avait l'impression inexorable,
01:50c'est-à-dire qu'on n'avait pas vraiment de répit dans cette montée,
01:54et on avait l'impression que Donald Trump n'était aujourd'hui,
02:00ne prêtait pas encore attention,
02:02et d'un seul coup, on a vu qu'à l'approche de ce fameux seuil de 4,5%
02:07qui ouvrait la voie au seuil symbolique des 5%,
02:10à 4,5%, on avait véritablement un sujet,
02:13et là, Donald Trump a commencé effectivement à dire
02:15« je suis en train de négocier, je suis en train de trouver des sorties de crise,
02:18ça va être beaucoup mieux après qu'avant »,
02:21et effectivement, les taux d'intérêt, une fois de plus, on parlait.
02:24– Oui, c'est le point important, c'est la règle des 4,
02:27comme dirait Emmanuel Lechypre,
02:29le prix du galant a franchi les 4 dollars,
02:32et puis les taux d'intérêt sont allés au-dessus de 4, à 4,5%.
02:37Donc, c'est une des explications, en tous les cas.
02:40Comment est-ce que, alors au niveau du taux d'intérêt français,
02:44du taux d'emprunt français, où en sommes-nous ?
02:46Et l'impact que ça a, nous, on doit rembourser 60 milliards cette année,
02:5170 milliards l'année prochaine d'intérêt d'emprunt.
02:55– Oui, on sera probablement plus autour de 70 à 75 milliards cette année.
03:01– Oui, 75, c'était pour 2025, pardon.
03:04– Exactement, mais ce qu'on voit, effectivement,
03:07c'est qu'on a une pression financière qui commence à monter sur l'économie.
03:12Alors, pour l'instant, ça ne se voit pas encore,
03:14parce que les dettes, évidemment, se créent au fur et à mesure.
03:18On vit sur un stock de dettes ancien,
03:19mais effectivement, c'est un des sujets,
03:22et je pense que le Trésor français et le ministre des Finances
03:24regardent de façon très forte,
03:26parce que lorsque l'on voit, par exemple,
03:28le niveau des indicateurs avancés de l'économie française
03:31qui est en train de baisser,
03:32on se dit qu'une des raisons, pas la seule,
03:35mais une des raisons, c'est effectivement,
03:36on sent la pression financière qui est en train de monter,
03:393,75, c'est un taux qui commence à être important,
03:41et on est aujourd'hui, par exemple, en Allemagne,
03:44largement au-dessus des 3%,
03:45donc toute l'Europe est impactée,
03:47la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne.
03:50– Oui, et puis en plus, on voit les prévisions de croissance,
03:52de l'INSEE, qui sont tombées tout à l'heure,
03:54comme on dit dans notre jargon,
03:55alors c'est une légère baisse,
03:57mais forcément, c'est un impact.
03:59En revanche, toute dernière question,
04:00Wilfried Galland,
04:02beaucoup évacue la stagflation,
04:03en disant le taux d'inflation,
04:04il est quand même largement contenu en Europe.
04:08– Oui, aujourd'hui, on n'a pas…
04:12– On aura probablement une remontée des prix,
04:15mais je ne pense pas qu'on ait aujourd'hui
04:16des mécanismes inflationnistes,
04:17des mécanismes, en particulier prix-salaire,
04:19qui se déclenchent que lorsque les marchés de l'emploi
04:22sont très tendus.
04:23Ils le sont moins aux États-Unis,
04:25ils ne le sont pas du tout en France,
04:27et pas encore beaucoup en Europe.
04:29Donc la mécanique inflationniste,
04:31aujourd'hui, n'est pas là.
04:32Attention néanmoins,
04:33on a vu une petite baisse de la productivité
04:35aux États-Unis,
04:36une augmentation des salaires.
04:38La situation est quand même à surveiller.
04:39Je ne suis pas dans le camp des inflationnistas,
04:41mais c'est quand même une situation à surveiller.
04:43l'essentiel, le vrai sujet,
04:47c'est quand même d'abord et avant tout la récession.
04:49– Merci beaucoup Wilfried Galland,
04:51toujours intéressant et clair vos décryptages.
04:53Merci d'avoir été avec nous.
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