00:06L'invité de ce Smart Impact c'est Pascal Dubuc, bonjour.
00:09Bonjour Thomas.
00:10Vous êtes le président de Bessier, alors c'est une, j'adore moi ces histoires-là, c'est une vénérable,
00:14elle existe depuis quand cette entreprise ?
00:16Alors Bessier est une entreprise industrielle qui a plus de 150 ans d'âge, on est basé aujourd'hui à
00:22Fontainebleau et puis on est sur ce site avec une centaine de salariés.
00:28Nous sommes les leaders français des enduits pour le peintre avec deux marques reconnues, Prestonette et Bayard.
00:36Et cette entreprise, elle a toujours fait de la peinture, ça a toujours été son métier ou alors il y
00:40a eu plein d'évolutions ?
00:42Alors il y a eu des évolutions mais elle fait des enduits depuis les années, depuis les années 30 à
00:46peu près mais avant elle a fait un peu de peinture, elle a fait des badijons.
00:48C'est une société qui a été située au cœur de Paris et qui pour des raisons environnementales déjà a
00:55dû bouger de Paris dans les années 70 pour s'installer près de Fontainebleau.
00:59Alors votre force aujourd'hui, vous l'avez dit, ce sont les enduits. Qu'est-ce qui fait de vous
01:03le leader français des enduits ?
01:05Alors ce qui fait de nous le leader c'est trois choses. La première c'est l'innovation. On est
01:10en permanence en train de développer les produits de demain.
01:12Alors nouveaux produits ou nouvelles formules justement pour suivre les normes environnementales et même pour aller plus loin.
01:21C'est également une expertise métier très forte. Nous sommes les ultra spécialisés des enduits du peintre. On ne fait
01:26que des enduits.
01:28Et puis enfin une proximité avec nos clients, à la fois distributeurs puisqu'on passe par la distribution pour commercialiser
01:33nos enduits mais également avec les applicateurs qui sont au quotidien à utiliser nos produits sur les chantiers.
01:39Cette ultra spécialisation, elle est récente ? Vous faisiez autre chose avant ? Vous vous avez dit il faut qu
01:46'on soit les meilleurs sur ce produit ?
01:47Elle s'est renforcée ces dix dernières années et aujourd'hui on ne fait plus que de l'enduit.
01:53Mais on a eu d'autres activités annexes mais depuis très très longtemps on a été focalisé sur les enduits.
02:00Leader français, vous regardez vers le marché international ou alors c'est trop compliqué de s'étendre vers le marché
02:06international aujourd'hui ?
02:06Alors on se développe en Europe. Nous sommes présents en Belgique, nous sommes présents en Angleterre, nous sommes présents en
02:13Italie, Espagne.
02:16Les produits d'enduit sont des produits pondéreux et donc supportent assez mal le transport en termes de coût et
02:23donc voilà on se limite à l'Europe, proximité de l'Europe.
02:26Ça veut dire quoi des produits pondéreux ?
02:28Ça veut dire qu'ils sont lourds et le coût de transport pèse très lourd dans le coût.
02:34Voilà j'aurais appris un mot grâce à vous, merci.
02:38Bessier s'est doté d'une feuille de route RSE baptisée Cap 2030.
02:43Déjà sur le principe général, en quoi elle consiste cette feuille de route ?
02:46Alors Cap 2030 c'est notre boussole stratégique.
02:49Nous avons réalisé la Convention des entreprises pour le climat il y a deux ans, au cours de laquelle nous
02:55avons dessiné une feuille de route avec une conviction forte,
02:59c'est qu'une entreprise aujourd'hui elle ne peut plus simplement produire et vendre.
03:03Elle doit se poser des questions, comment elle produit, avec quel impact, à quoi elle contribue.
03:09Et donc toute cette feuille de route est née de cette réflexion dans laquelle on a emmené également toutes nos
03:15équipes pour que ça impacte vraiment au sein de l'entreprise.
03:19Et nous avons écrit quatre piliers très forts, un pilier innovation puisqu'il y a un gros travail à faire
03:27sur les formules pour décarboner nos formules.
03:31Un pilier environnement, et c'est tout ce qui concerne nos consommations d'énergie, les déchets, de multiples sujets, dont
03:40également la consommation carbone.
03:42Une feuille de route sur nos collaborateurs, également un pilier collaborateur.
03:46On a un objectif de zéro accident, on en a très peu, mais on travaille en permanence pour améliorer la
03:51sécurité de nos collègues.
03:54Et enfin, un pilier sur la résilience du territoire, partie prenante externe, où on travaille justement à l'avenir à
04:02fédérer les entreprises du territoire.
04:05Alors c'est intéressant, on va revenir sur ces piliers, mais je reviens d'abord sur la Convention des entreprises
04:09pour le climat,
04:10qu'on accompagne depuis des années dans notre émission.
04:13On a reçu chaque mois des représentants d'entreprises qui racontaient un peu la claque climatique qu'ils avaient pris
04:21dans la première session.
04:22Est-ce que vous l'avez ressenti, ça ?
04:24Oui, violemment, oui, vraiment violemment.
04:26On prend vraiment conscience qu'il faut faire les choses autrement, qu'il faut vraiment repartir de zéro.
04:32Et c'est la raison pour laquelle, chez Bessier, on a mis la RSE au cœur de la stratégie.
04:37Ce n'est pas un service à côté, il n'y a pas de service RSE chez nous.
04:40En fait, chacun, chaque membre de la société s'est emparé du sujet, et tout est regardé au travers du
04:45prisme de la RSE.
04:47En fait, oui, la claque, elle a été énorme.
04:50On prend vraiment conscience qu'on n'a plus de temps, il faut vraiment agir.
04:53Avec donc, par exemple, vous dites décarboner les formules.
04:56Je veux bien qu'on rentre un peu dans le détail.
04:58Ouvrez le capot de la voiture.
05:00Alors, clairement, aujourd'hui, en toute humilité, on n'a pas toutes les solutions.
05:03On y travaille.
05:05Décarboner, ça veut dire qu'aujourd'hui, on utilise des matières premières qui sont issues des carrières,
05:09et qui donc, par essence, sont carbonées, non renouvelables.
05:13Même si c'est 97 ou 98% de nos formules sont naturelles,
05:17puisqu'il n'y a pas de produits chimiques, ou très très peu dans nos formules.
05:21Mais elles sont issues de carrières, il faut les transporter pour les faire venir à l'usine.
05:27Et donc, décarboner, ça veut dire trouver des alternatives,
05:29avec des matières renouvelables pour mettre dans nos formules.
05:32Ça veut dire trouver des nouveaux moyens pour les transporter.
05:37On touche au modèle économique, à ce qui fait le métier de fabricant d'enduit depuis toujours.
05:44Exactement, et sur chaque formule, on a complètement décomposé
05:47pour connaître sur chaque matière première l'impact carbone de chaque matière première,
05:51et sur chaque matière première, sa partie transport et sa partie matière.
05:55Parce qu'en fait, on ne peut travailler que sur ce que l'on compte,
05:59et donc la base du travail était celle-ci.
06:03On voit bien l'importance majeure de l'innovation de la R&D pour trouver les solutions en question.
06:08Vous parliez des déchets, qu'est-ce que vous êtes en train d'améliorer, par exemple, sur la gestion des
06:11déchets ?
06:12Alors, sur la gestion des déchets, nous avons des phases de nettoyage dans nos process de fabrication,
06:19et donc on presse, c'est une pâte qui est un peu humide,
06:24donc déjà on la presse pour en retirer l'eau, qui est propre,
06:27qui retourne d'ailleurs dans la station d'épuration, et la ville est très contente, cette eau est propre.
06:30Mais après, on se retrouve avec des galettes d'enduit,
06:33et ces galettes d'enduit, aujourd'hui, il n'y a pas de solution pour les retraités.
06:37Donc on travaille avec d'autres acteurs, avec des acteurs du territoire également,
06:41pour essayer de les recycler, soit les réutiliser sur d'autres chantiers.
06:47– Vous parliez de résilience des territoires, il y a la question de l'eau,
06:52vous venez de l'évoquer, qui est évidemment majeure.
06:55Je vois de plus en plus de chefs d'entreprise, de représentants d'entreprise,
06:58qui nous disent, la question du risque climatique,
07:01elle devient assez centrale dans notre réflexion stratégique.
07:04On voit les arrêtés, par exemple, de restrictions d'eau,
07:07qui peuvent être prises dans des départements,
07:08et pas forcément les départements du sud de la France, auxquels on pense habituellement.
07:13Est-ce que vous avez dû, ou vous êtes en train d'intégrer ça,
07:16justement, à votre réflexion stratégique ?
07:18– Alors, ça a été réfléchi et mis en œuvre,
07:22puisque, effectivement, il peut y avoir des risques de restrictions d'eau,
07:25y compris, d'ailleurs, dans nos départements proches Paris.
07:29Et donc, il y a un an, nous avons démarré un projet
07:32pour installer une citerne de 400 millilitres,
07:39pour récupérer toutes les eaux de pluie,
07:40installer une mini-station de traitement,
07:44puisque nos enduits, on ne peut pas se permettre d'avoir une eau
07:46qui n'est pas complètement propre.
07:49Et donc, cette unité va nous permettre de réduire
07:54de 30% de notre consommation d'eau issue du réseau,
07:58afin de laisser l'eau aux habitants,
08:00puisqu'on habite, l'entreprise est située sur une petite communauté,
08:06de 2 000 habitants.
08:08Et donc, l'objectif, c'est de laisser l'eau aux habitants.
08:10Alors, tout ça, c'est un coût, un coût d'investissement,
08:13un coût de traitement d'eau, bien plus cher que celle
08:16que l'on prenait auparavant.
08:18Mais, dans nos démarches RSE, il nous a semblé essentiel,
08:21et pour la pérennité de l'entreprise également.
08:23– Oui, c'est aussi une façon de s'écriger.
08:24Les chaînes de fabrication vont tourner,
08:26même en cas d'arrêter de nos restrictions.
08:27– Oui, parce qu'en cas d'arrêter,
08:29nous, on serait obligés d'arrêter aussi notre fabrication.
08:31Donc, voilà, il y a différents enjeux qu'il faut combiner,
08:34des décisions permanentes à prendre entre environnement, compétitivité.
08:39– Alors, vous devancez ma question suivante.
08:41Non, mais c'est très bien, vous m'offrez la transition.
08:44Tous ces investissements que vous avez menés,
08:46comment faites-vous en sorte que ça ne nuise pas
08:50à la rentabilité, à la compétitivité de l'entreprise ?
08:52– La vision est claire pour nous.
08:54Cette convention des entreprises nous a vraiment permis
08:57de dessiner une vision claire.
08:59Après, la difficulté du quotidien, c'est effectivement les arbitrages,
09:02puisqu'il faut en permanence arbitrer entre les investissements,
09:07la compétitivité.
09:08Donc, c'est des choix sur lesquels il faut arbitrer au quotidien.
09:13Ce n'est pas toujours facile,
09:16mais de notre point de vue, c'est indispensable pour l'avenir.
09:19– Ça ne rend pas vos produits plus chers pour vos clients ?
09:21– Ça peut rendre les produits un peu plus chers.
09:24– Est-ce qu'ils y sont sensibles ?
09:25Parce qu'on peut rentrer dans une chaîne de valeur,
09:27dans un écosystème où tout le monde, finalement,
09:30poursuit un peu le même objectif,
09:32et donc vous répondez, même en étant un peu plus cher,
09:35à une demande de vos clients.
09:37– Oui, tout à fait.
09:37Les clients sont de plus en plus sensibles.
09:40Ils sont plus sensibles à l'engagement de leurs fournisseurs,
09:44plus sensibles à la question environnementale, ça c'est clair.
09:47Mais néanmoins, la compétitivité et l'aspect technique,
09:51qu'il faut également concilier,
09:53ils restent très exigeants sur ces sujets.
09:56– Quand vous discutez de RSE,
09:59de ces engagements environnementaux,
10:01avec d'autres entrepreneurs autour de vous,
10:04est-ce que certains vous disent,
10:05c'est un luxe qu'on ne peut pas se permettre ?
10:07– Ça peut arriver, effectivement, de moins en moins.
10:12Est-ce que c'est un luxe qu'on ne peut pas se permettre ?
10:15Moi, je retourne toujours la question.
10:18Est-ce que ne pas le faire n'est pas un luxe qu'on peut se permettre ?
10:22Donc, voilà, je pense que ceux qui ne le font pas
10:24vont prendre du retard.
10:26– Et peut-être mettre en péril l'ordre.
10:28– Et peut-être, on joue la pérennité, à mon avis,
10:30de l'entreprise à une dizaine d'années.
10:32Vous parliez de claques au début de notre entretien.
10:36Il est clair que quand vous prenez une claque
10:37et que vous comprenez vraiment les enjeux,
10:39vous comprenez que ce n'est plus un luxe.
10:41Donc, voilà, c'est de l'investissement,
10:43c'est beaucoup d'engagement.
10:44Mais également, des fois, c'est aussi du bon sens
10:47et de réfléchir autrement.
10:49Et ce n'est pas toujours coûteux, en fait.
10:51On peut démarrer par des petites actions
10:53qui ne sont pas coûteuses
10:54et qui permettent de se mettre sur la route.
10:57– Et dernier mot, vraiment rapidement,
10:59sur l'entraînement des équipes, des salariés,
11:03ça joue un rôle important ?
11:04– C'est un rôle essentiel.
11:06Le dirigeant, il ne peut pas faire ça tout seul.
11:08Donc, quand on a fait la Convention des entreprises pour le climat,
11:11à chaque fois que l'on revenait des sessions,
11:13on faisait les mêmes sessions avec nos équipes.
11:16Et aujourd'hui, toute l'entreprise est embarquée.
11:18Mais vraiment, toute l'entreprise,
11:20il y a des groupes de travail RSE.
11:23Nos salariés sont fiers, engagés.
11:26Et c'est quelque chose qui nous permet d'attirer aussi des candidats,
11:31puisque les recrutements ne sont pas toujours faciles dans les entreprises.
11:35Et ça a vraiment des effets bénéfiques sur beaucoup de sujets,
11:38et même sur la fierté des collaborateurs à travailler chez nous.
11:40– Merci beaucoup, Pascal Dubuc,
11:42et à bientôt sur Be Smart for Change.
11:44On passe à notre débat, la précarité infantile au programme.
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