00:00Est-ce qu'on doit craindre un retour de l'inflation comme en 2022 après l'invasion de l'Ukraine
00:06par la Russie face à Emmanuel Lechyprédias, Jean-Marc Daniel ?
00:10Allez-vous commencer ce matin Jean-Marc ?
00:11Oui, je commence en faisant référence effectivement à 2022, vous vous souvenez à l'époque quand nous étions sur ce
00:17plateau à midi ?
00:17On en a discuté, Jean-Marc.
00:18On en a discuté régulièrement car au milieu de la crudélité générale, voire des sarcasmes, je disais il n'y
00:23a pas d'inflation.
00:24Vous n'avez pas exactement.
00:25Il n'y a pas d'inflation, alors tout le monde...
00:27Bon, et puis après, effectivement, Madame Lagarde avait dit que ce sera temporaire, donc elle-même avait subi une volée
00:34de bois vert, mais elle est ridicule, vraiment, pourquoi on la nommait là ?
00:37Et puis, deux ans après, Paul Krugman fait un papier dans le New York Times en disant qu'il n
00:42'y a jamais eu d'inflation, mais pourquoi des gens ont parlé d'inflation ?
00:45Et donc là, l'autorité du prix Nobel s'imposait, pourquoi est-ce qu'on avait parlé d'inflation ?
00:49Alors, je pense qu'effectivement, quand on regarde un peu avec un certain recul, non seulement sur cette période qui
00:55est en train de se renouveler pour les mêmes raisons,
00:57c'est-à-dire un conflit qui génère effectivement des difficultés à la fois dans l'approvisionnement, surtout dans l
01:02'approvisionnement et puis dans la production,
01:04et donc dans la circulation et dans la production des marchandises, pourquoi est-ce que, effectivement, je pense qu'il
01:09n'y a pas d'inflation ?
01:10Parce que, si vous regardez historiquement, l'inflation, on peut considérer qu'elle a deux causes.
01:13Une cause qui est une création de monnaie trop importante par rapport à la production, c'est-à-dire qu
01:18'on met beaucoup de pouvoir d'achat artificiel en circulation par de la création monétaire,
01:22et ça a comme conséquence de faire monter les prix parce que la production ne suit pas.
01:26Alors, la création de monnaie, elle est spectaculaire.
01:28Si vous regardez, effectivement, le ratio entre la masse monétaire et la production mondiale, on est passé de 100 en
01:352007, juste avant la crise financière, à aujourd'hui 140.
01:40C'est-à-dire qu'on a créé énormément de monnaie, or il n'y a pas eu d'inflation,
01:43il n'y a eu ni inflation, ni création de richesse.
01:47Il y a eu simplement baisse de la vitesse de circulation de la monnaie, thésaurisation, montée de la valeur des
01:53actifs,
01:53c'est-à-dire que ce que disaient les économistes des années 70-80, avec ce genre de politique qui
01:59consiste à s'endetter pour faire de la relance,
02:01vous n'aurez même pas d'inflation, mais en revanche, vous allez chasser la classe moyenne de Manhattan.
02:05Pourquoi ? Parce que le prix de l'immobilier va monter à de tels niveaux
02:08que la classe moyenne que vous prétendez aider va ne plus pouvoir se payer les appartements de Manhattan.
02:14Donc là, on est dans une situation où ce qui va se passer, si jamais on continue à répondre par
02:18de la création de monnaie, par du déficit budgétaire,
02:21les actifs vont monter, mais l'inflation telle qu'on la mesure ne montera pas.
02:24La deuxième cause d'inflation, c'est une boucle prix-salaire.
02:28Et donc là, en ce moment, au niveau mondial, le salaire baisse.
02:31Il y a un rapport de l'OIT qui vient d'être publié qui annonce que la moitié des salariés
02:35du monde gagnent 5% des salaires distribués.
02:39Et donc, la Banque mondiale elle-même vient de sortir un autre rapport en disant qu'à l'horizon de
02:4410 ans,
02:45il y a 1,3 milliard de personnes qui vont se porter sur le marché du salariat, de l'emploi
02:50salarié, au niveau mondial.
02:52Et sur ces 1,3 milliard de personnes, grosso modo essentiellement dans les pays émergents,
02:57ça suppose qu'on crée 130 millions d'emplois par an, puisque c'est dans les 10 ans.
03:01Or, ces pays ont été capables de créer 90 millions d'emplois sur les années précédentes par an.
03:07Donc, il va y avoir une pression considérable à la baisse des salaires dans les pays émergents.
03:11Et dernière remarque, dans les pays développés, le véritable enjeu, ça va être les conséquences de l'intelligence artificielle.
03:17Nous ne pouvons pas faire des tribunes ici en disant que ça menace l'emploi,
03:21sans enregistrer le fait que si ça menace l'emploi, ça va faire pression sur les salaires.
03:25Emmanuel Lechypre.
03:26Alors, sur le constat, effectivement, est-ce que cette guerre en Iran va nous plonger dans une vague d'inflation
03:35?
03:36Non, encore moins qu'en 2022.
03:38Alors là où Jean-Marc joue sur les mots, c'est que pour Jean-Marc, pour les économistes bien diplômés,
03:43comme Paul Krugman, l'inflation, vous savez, c'est pas seulement la hausse des prix,
03:47c'est un processus qui s'auto-entretient, donc oui, effectivement, on n'a pas eu ça.
03:51Là, on aura encore moins, on aura sans doute à peine une bouffée d'inflation.
03:56Si vous prenez les prix du gaz, on était monté à 300 euros le mégawatt-heure,
04:00là on est à peine à 60, donc ça, je suis d'accord sur ce point-là.
04:07Deux, contrairement à ce que dit Jean-Marc, je pense que l'inflation n'a pas disparu,
04:10elle s'est simplement déplacée, c'est-à-dire qu'elle a quitté Main Street
04:12pour aller se réfugier à Wall Street et que cette masse monétaire dont Jean-Marc s'interroge,
04:19où est-ce qu'elle est passée, etc., la réalité, c'est que l'inflation,
04:21elle s'est réfugiée aujourd'hui sur les marchés financiers,
04:25au détriment de l'inflation dans les magasins, pour faire simple,
04:28et ça, les banquiers centraux ne l'ont absolument pas vu,
04:30c'est pour ça qu'on est rentré dans cette économie de bulle,
04:34au bilan, finalement, assez peu glorieux.
04:39Et puis, au fond, le vrai débat, c'est ce que dit Jean-Marc,
04:42c'est-à-dire est-ce qu'on rentre dans un monde qui va être soumis
04:46à de fortes tendances déflationnistes,
04:48ou est-ce qu'on rentre dans un monde plutôt inflationniste ?
04:51Alors, l'IA, mis à part, moi je considère qu'on était plutôt dans un monde
04:57qui transitait vers une base de coûts de production plus élevés,
05:00c'est-à-dire que quand vous mettez bout à bout la hausse structurelle
05:04des matières premières, que vous mettez bout à bout les énergies renouvelables
05:08qui sont plus chères, la transition écologique qui est coûteuse
05:11et qui ne fait pas de gain de productivité,
05:13la réévaluation des coûts logistiques, la recherche des relocalisations,
05:17le fait qu'il y a de moins en moins de concurrence, etc.,
05:20le vieillissement de la population qui est plutôt inflationniste,
05:23moi je pensais qu'on rentrait dans un monde plutôt inflationniste.
05:25Et c'est vrai que l'IA bouleverse tout ça.
05:28La réflexion qu'on peut se faire, c'est que c'est une déflation, oui,
05:31mais la déflation, il y a la bonne et il y a la mauvaise.
05:33L'IA, on peut considérer que c'est une déflation technologique,
05:37donc c'est positif.
05:38Moi ce qui m'inquiète, c'est que si cette révolution de l'IA
05:41fait baisser profondément les prix,
05:43vous vous retrouvez dans un monde qui va subir une hausse
05:46des taux d'intérêt réels, dans un monde extrêmement endetté,
05:49et moi c'est ça qui m'inquiète.
05:50Merci.
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