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  • il y a 3 minutes
Ce mercredi 4 mars, les préoccupations autour du conflit en Iran, comme le retour de l’inflation, ont été abordées par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Est-ce qu'on doit craindre un retour de l'inflation comme en 2022 après l'invasion de l'Ukraine
00:06par la Russie face à Emmanuel Lechyprédias, Jean-Marc Daniel ?
00:10Allez-vous commencer ce matin Jean-Marc ?
00:11Oui, je commence en faisant référence effectivement à 2022, vous vous souvenez à l'époque quand nous étions sur ce
00:17plateau à midi ?
00:17On en a discuté, Jean-Marc.
00:18On en a discuté régulièrement car au milieu de la crudélité générale, voire des sarcasmes, je disais il n'y
00:23a pas d'inflation.
00:24Vous n'avez pas exactement.
00:25Il n'y a pas d'inflation, alors tout le monde...
00:27Bon, et puis après, effectivement, Madame Lagarde avait dit que ce sera temporaire, donc elle-même avait subi une volée
00:34de bois vert, mais elle est ridicule, vraiment, pourquoi on la nommait là ?
00:37Et puis, deux ans après, Paul Krugman fait un papier dans le New York Times en disant qu'il n
00:42'y a jamais eu d'inflation, mais pourquoi des gens ont parlé d'inflation ?
00:45Et donc là, l'autorité du prix Nobel s'imposait, pourquoi est-ce qu'on avait parlé d'inflation ?
00:49Alors, je pense qu'effectivement, quand on regarde un peu avec un certain recul, non seulement sur cette période qui
00:55est en train de se renouveler pour les mêmes raisons,
00:57c'est-à-dire un conflit qui génère effectivement des difficultés à la fois dans l'approvisionnement, surtout dans l
01:02'approvisionnement et puis dans la production,
01:04et donc dans la circulation et dans la production des marchandises, pourquoi est-ce que, effectivement, je pense qu'il
01:09n'y a pas d'inflation ?
01:10Parce que, si vous regardez historiquement, l'inflation, on peut considérer qu'elle a deux causes.
01:13Une cause qui est une création de monnaie trop importante par rapport à la production, c'est-à-dire qu
01:18'on met beaucoup de pouvoir d'achat artificiel en circulation par de la création monétaire,
01:22et ça a comme conséquence de faire monter les prix parce que la production ne suit pas.
01:26Alors, la création de monnaie, elle est spectaculaire.
01:28Si vous regardez, effectivement, le ratio entre la masse monétaire et la production mondiale, on est passé de 100 en
01:352007, juste avant la crise financière, à aujourd'hui 140.
01:40C'est-à-dire qu'on a créé énormément de monnaie, or il n'y a pas eu d'inflation,
01:43il n'y a eu ni inflation, ni création de richesse.
01:47Il y a eu simplement baisse de la vitesse de circulation de la monnaie, thésaurisation, montée de la valeur des
01:53actifs,
01:53c'est-à-dire que ce que disaient les économistes des années 70-80, avec ce genre de politique qui
01:59consiste à s'endetter pour faire de la relance,
02:01vous n'aurez même pas d'inflation, mais en revanche, vous allez chasser la classe moyenne de Manhattan.
02:05Pourquoi ? Parce que le prix de l'immobilier va monter à de tels niveaux
02:08que la classe moyenne que vous prétendez aider va ne plus pouvoir se payer les appartements de Manhattan.
02:14Donc là, on est dans une situation où ce qui va se passer, si jamais on continue à répondre par
02:18de la création de monnaie, par du déficit budgétaire,
02:21les actifs vont monter, mais l'inflation telle qu'on la mesure ne montera pas.
02:24La deuxième cause d'inflation, c'est une boucle prix-salaire.
02:28Et donc là, en ce moment, au niveau mondial, le salaire baisse.
02:31Il y a un rapport de l'OIT qui vient d'être publié qui annonce que la moitié des salariés
02:35du monde gagnent 5% des salaires distribués.
02:39Et donc, la Banque mondiale elle-même vient de sortir un autre rapport en disant qu'à l'horizon de
02:4410 ans,
02:45il y a 1,3 milliard de personnes qui vont se porter sur le marché du salariat, de l'emploi
02:50salarié, au niveau mondial.
02:52Et sur ces 1,3 milliard de personnes, grosso modo essentiellement dans les pays émergents,
02:57ça suppose qu'on crée 130 millions d'emplois par an, puisque c'est dans les 10 ans.
03:01Or, ces pays ont été capables de créer 90 millions d'emplois sur les années précédentes par an.
03:07Donc, il va y avoir une pression considérable à la baisse des salaires dans les pays émergents.
03:11Et dernière remarque, dans les pays développés, le véritable enjeu, ça va être les conséquences de l'intelligence artificielle.
03:17Nous ne pouvons pas faire des tribunes ici en disant que ça menace l'emploi,
03:21sans enregistrer le fait que si ça menace l'emploi, ça va faire pression sur les salaires.
03:25Emmanuel Lechypre.
03:26Alors, sur le constat, effectivement, est-ce que cette guerre en Iran va nous plonger dans une vague d'inflation
03:35?
03:36Non, encore moins qu'en 2022.
03:38Alors là où Jean-Marc joue sur les mots, c'est que pour Jean-Marc, pour les économistes bien diplômés,
03:43comme Paul Krugman, l'inflation, vous savez, c'est pas seulement la hausse des prix,
03:47c'est un processus qui s'auto-entretient, donc oui, effectivement, on n'a pas eu ça.
03:51Là, on aura encore moins, on aura sans doute à peine une bouffée d'inflation.
03:56Si vous prenez les prix du gaz, on était monté à 300 euros le mégawatt-heure,
04:00là on est à peine à 60, donc ça, je suis d'accord sur ce point-là.
04:07Deux, contrairement à ce que dit Jean-Marc, je pense que l'inflation n'a pas disparu,
04:10elle s'est simplement déplacée, c'est-à-dire qu'elle a quitté Main Street
04:12pour aller se réfugier à Wall Street et que cette masse monétaire dont Jean-Marc s'interroge,
04:19où est-ce qu'elle est passée, etc., la réalité, c'est que l'inflation,
04:21elle s'est réfugiée aujourd'hui sur les marchés financiers,
04:25au détriment de l'inflation dans les magasins, pour faire simple,
04:28et ça, les banquiers centraux ne l'ont absolument pas vu,
04:30c'est pour ça qu'on est rentré dans cette économie de bulle,
04:34au bilan, finalement, assez peu glorieux.
04:39Et puis, au fond, le vrai débat, c'est ce que dit Jean-Marc,
04:42c'est-à-dire est-ce qu'on rentre dans un monde qui va être soumis
04:46à de fortes tendances déflationnistes,
04:48ou est-ce qu'on rentre dans un monde plutôt inflationniste ?
04:51Alors, l'IA, mis à part, moi je considère qu'on était plutôt dans un monde
04:57qui transitait vers une base de coûts de production plus élevés,
05:00c'est-à-dire que quand vous mettez bout à bout la hausse structurelle
05:04des matières premières, que vous mettez bout à bout les énergies renouvelables
05:08qui sont plus chères, la transition écologique qui est coûteuse
05:11et qui ne fait pas de gain de productivité,
05:13la réévaluation des coûts logistiques, la recherche des relocalisations,
05:17le fait qu'il y a de moins en moins de concurrence, etc.,
05:20le vieillissement de la population qui est plutôt inflationniste,
05:23moi je pensais qu'on rentrait dans un monde plutôt inflationniste.
05:25Et c'est vrai que l'IA bouleverse tout ça.
05:28La réflexion qu'on peut se faire, c'est que c'est une déflation, oui,
05:31mais la déflation, il y a la bonne et il y a la mauvaise.
05:33L'IA, on peut considérer que c'est une déflation technologique,
05:37donc c'est positif.
05:38Moi ce qui m'inquiète, c'est que si cette révolution de l'IA
05:41fait baisser profondément les prix,
05:43vous vous retrouvez dans un monde qui va subir une hausse
05:46des taux d'intérêt réels, dans un monde extrêmement endetté,
05:49et moi c'est ça qui m'inquiète.
05:50Merci.
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