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  • il y a 16 minutes
Ce mardi 21 avril, les entretiens menés avec les candidats à la succession du secrétaire général de l'ONU, António Guterres, ainsi que l'avenir de l'institution, ont été abordés par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Le Chypre, il y a ce matin Jean-Marc Daniel et on va parler de ce grand oral
00:05de 3 heures pour les candidats
00:07à la place d'Antonio Guterres à la tête de l'ONU, ce qui nous fait nous poser cette question.
00:12Ce matin, quel est l'avenir pour l'institution ? Est-ce que ça sert encore à quelque chose, l
00:16'ONU, Emmanuel Le Chypre ?
00:17C'est même pire que ça, c'est que ça n'a jamais servi à rien.
00:20Carrément ?
00:20Mais non, ça n'a jamais servi à rien.
00:22Alors il y a eu effectivement une espèce d'illusion après la Deuxième Guerre mondiale
00:26où on vivait dans un monde relativement pacifié.
00:29Mais en fait, on s'aperçoit que ça n'était pas à cause de l'ONU.
00:32C'est parce que vous aviez un ordre mondial qui était l'ordre de la guerre froide
00:35dans lequel finalement chacune des deux grandes puissances arrivait finalement à maintenir sous le boisseau
00:42tous les pays dont chaque zone était dépendante.
00:46La réalité, c'est que depuis que la guerre froide est terminée, depuis que le mur de Berlin est tombé,
00:51on a vu se multiplier les conflits, la guerre en Irak, l'Afghanistan, l'Ukraine, la Syrie.
00:57Vous avez aujourd'hui à peu près 130 conflits dans le monde, c'est deux fois plus qu'il y
01:02a 15 ans.
01:02Et l'ONU a été totalement incapable d'empêcher ça.
01:05Alors le cœur du problème, c'est quand même ce conseil de sécurité avec, je rappelle,
01:10cinq pays qui ont le droit de veto, États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni.
01:14Et résultat, dès qu'un conflit touche aux intérêts d'un de ces pays,
01:18eh bien aucun consensus n'est possible.
01:21L'ONU est tout simplement spectatrice.
01:23Alors en plus, l'ONU n'a pas de pouvoir coercitif,
01:27donc on voit bien les opérations de maintien de la paix,
01:30c'est à peu près, tout ça se fait tant bien que mal,
01:35mais sans influencer véritablement le cours de ces conflits.
01:40Il faut rappeler qu'au Rwanda, en 1994, pendant le génocide,
01:43l'ONU était là et l'ONU n'a rien pu faire.
01:46Donc à quoi peut servir cette institution dans un monde
01:51qui en plus est encore moins multilatéral,
01:54encore plus conflictuel,
01:57et encore plus un monde de confrontation que le monde des années 90 ?
02:02J'avoue que je suis assez sceptique.
02:04Et pourtant Jean-Marc Daniel a la réponse.
02:06Ah oui, oui, je pense que le réquisitoire que vient de développer Emmanuel
02:10me fait penser à une formule qu'il y a dans un film
02:13qui s'appelle « Les tontons flingueurs »,
02:14à un moment donné, il y en a qui rafalent une équipe rivale,
02:18et on lui dit « Mais pourquoi vous avez fait ça ? »
02:20Et il dit « Je ne dis pas que ce n'est pas injuste,
02:23je reconnais que c'est injuste, mais ça soulage. »
02:26Et donc, effectivement, dire du mal de l'ONU,
02:29je pense que c'est assez injuste et ça soulage.
02:31Vous avez une formule assez célèbre de Harry Kissinger,
02:33dans les années 70, qui faisait aussi le procès de l'ONU,
02:36et qui dit « Écoutez, l'ONU, qu'est-ce que c'est ?
02:38C'est une organisation qui a été créée par les États-Unis,
02:42qui est installée sur le territoire des États-Unis,
02:44qui est financée par les États-Unis,
02:46et qui ne sert qu'à une chose, dire du mal des États-Unis. »
02:49Alors, c'est assez vrai tout ça,
02:50mais fondamentalement, je ferai trois constats.
02:53Le premier, c'est que ça ne coûte pas très cher.
02:54L'ONU, ça coûte 3 milliards, l'ONU en tant que telle,
02:57puisque je reviendrai sur le système, ça coûte 3 milliards,
03:00c'est 33 000 personnes, 38-33 000 personnes,
03:03je rappelle que la ville de Paris, c'est 55 000 personnes,
03:07qui étaient les talons que l'on perçait souvent en avant.
03:10Vous savez, Jacques Chirac disait « La ville de Paris,
03:12par rapport à Bruxelles, finalement, on est dans le même ordre de grandeur. »
03:17Non, l'ONU, c'est moins que la ville de Paris, c'est 3 milliards,
03:22et donc ça ne coûte pas très cher.
03:23Le deuxième remarque que je ferais, c'est que ça permet à un certain nombre de pays
03:27d'exprimer leur point de vue diplomatique.
03:29Il y a une sorte de moment warholien de la diplomatie mondiale,
03:33c'est-à-dire que chaque pays peut s'exprimer,
03:36faire valoir son point de vue,
03:38être en contact justement avec ses membres en permanence du Conseil de sécurité.
03:41Il y a une espèce de lieu où tout le monde se retrouve.
03:46Et alors, c'est une idée qui est une idée ancienne.
03:48Déjà au Moyen-Âge, il y avait des auteurs comme Dante ou Marcille Depadeau
03:52qui disaient « Il faut qu'il y ait quelque part un défenseur Pachis ».
03:55C'est-à-dire quelqu'un qui défend la paix, un lieu,
03:57une façon, une organisation qui défend la paix.
04:00Et donc, il disait « C'est ce qu'avait fait le Romain en soumettant tout le monde,
04:03mais le défenseur Pachis, c'est aussi celui qui va organiser les échanges de point de vue ».
04:07Donc, l'ONU n'arrive pas forcément à défendre la paix, c'est incontestable,
04:12mais l'ONU est quand même un lieu, un endroit où les gens se parlent.
04:15Et où on donne une forme de crédibilité à des pays
04:18ayant une petite dimension sur le plan diplomatique.
04:21Et le troisième élément, c'est que l'ONU, c'est la tête d'un ensemble d'organisations
04:26qui sont des organisations dont leur rôle est assez utile.
04:29Alors, il y en a qui sont plus ou moins contestables.
04:31Il y a les débats permanents autour de l'UNESCO.
04:33Est-ce que l'UNESCO n'est pas le porte-parole d'une vision
04:38systématiquement anti-occidentale sur le plan culturel ?
04:40Mais le FMI et la Banque mondiale, je le rappelle,
04:42sont des organisations qui dépendent de l'ONU.
04:44Ce sont les héritiers de ce qu'on avait constaté
04:46au travers de la Société des Nations, le comité financier.
04:49Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce sont des organismes
04:51qui jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement de l'économie mondiale.
04:54Donc je dis, l'ONU, entre le moment voir en lien des petits pays
04:58et l'apport qui est apporté par le FMI, la Banque mondiale, l'UNICEF,
05:02le programme des Nations unies sur l'environnement
05:04au fonctionnement de la vie de notre monde,
05:07c'est un organisme qui mérite d'être défendu,
05:09même si, encore une fois, ça soulage de taper sur l'ONU.
05:14Emmanuel ?
05:15Oui, mais le problème, c'est qu'est-ce qu'on attend de ce genre d'organisation ?
05:19Alors, je concède un point à Jean-Marc.
05:21C'est vrai que sur les sujets qui sont des sujets, finalement, un peu techniques,
05:27effectivement, l'ONU a un rôle.
05:28Moi, je pense à une organisation que Jean-Marc n'a pas cité,
05:30qui est l'Organisation mondiale de la santé.
05:32Là, effectivement, on peut se dire que ça fait avancer.
05:34Mais enfin, c'est quand même une maigre consolation
05:36par rapport à ce qu'on serait en droit d'attendre, finalement,
05:40de ce forum où devrait se faire une sorte de consensus.
05:43Or, en réalité, ça n'est malheureusement absolument pas le cas,
05:46comme ça n'était pas le cas, d'ailleurs, au moment de la Société des Nations.
05:51Donc, ce genre de grandes organisations
05:53qui sont censées, finalement, accueillir toutes les bonnes volontés,
05:57mais on voit bien que dès qu'il y a des enjeux,
06:00les intérêts nationaux l'emportent et qu'il n'y a aucun moyen,
06:02finalement, de faire fléchir ces intérêts nationaux.
06:05Bon, ben voilà, l'ONU, elle est là.
06:07Effectivement, Jean-Marc a dit que ça ne coûte pas cher.
06:09– Vas-y, si ça ne sert à rien, ça coûte trop cher.
06:11– On aimerait tellement qu'elle puisse faire plus
06:16que, forcément, on est quand même déçus de sa contribution.
06:19– Jean-Marc, pour finir.
06:20– Oui, pour finir, je maintiens cette idée
06:22qu'un certain nombre de petits pays peuvent exister
06:24par l'intermédiaire de l'ONU, et fondamental.
06:26Là aussi, je ferai une citation, qui est une citation
06:28qui peut paraître un peu grotesque,
06:30mais quand, à la tête de l'Ouganda, il y avait le général,
06:32il dit, Amin Dada, il avait nommé comme ministre
06:34des Affaires étrangères, Miss Ouganda,
06:36et on lui avait demandé pourquoi, il avait dit
06:37parce que tous les ans à l'ONU, personne ne nous écoute,
06:40mais tout le monde nous regarde.
06:41Et donc, il y avait une façon, effectivement,
06:45de faire exister, par l'intermédiaire de l'ONU,
06:47des pays qui sont des pays qu'on a plutôt tendance
06:50à considérer comme des seconds couteaux
06:54de la diplomatie et de l'activité économique mondiale.
06:57– Merci beaucoup, messieurs et entretiens,
07:00donc, de trois heures, de ces quatre prétendants
07:02à la tête de l'ONU aujourd'hui.
07:04– Enfin, une femme, peut-être !
07:06– Et oui, il y en a deux dans la liste, effectivement.
07:08– Celle qui vient du Costa Rica a un très bon profil.
07:11– Voilà, on verra bien ce que ça donne,
07:13on le saura l'été prochain.
07:14Merci beaucoup, messieurs.
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