00:00Face à Le Chypre, toute la semaine il y a Jean-Marc Daniel et cette question ce matin,
00:05est-ce qu'on se dirige vers un choc énergétique ?
00:08Emmanuel Le Chypre ?
00:09Alors, on peut avoir ce vieux réflexe reptilien, effectivement,
00:15de se dire on va avoir un choc énergétique majeur qui va provoquer une récession, etc.
00:20Et c'est vrai que, historiquement, les deux plus grandes récessions de l'après-guerre
00:24ont quand même été provoquées par des grands chocs pétroliers,
00:2973, 79, mais aujourd'hui on en est très très loin et le monde a changé.
00:36Alors, on en est très très loin.
00:38Rappelez-vous quand même, 73, les prix multipliés par 4, 79 multipliés par 3,
00:43et surtout ce qui avait fait très mal à l'économie mondiale,
00:46c'est que les prix étaient restés très élevés très longtemps.
00:48On était restés sur un premier plateau après 74, pendant 5 ans,
00:53après 79 jusqu'au contre-choc pétrolier de 86.
00:56Là, est-ce qu'aujourd'hui, on est dans cette configuration-là ?
00:59Un, d'abord, les hausses sont pour le moment beaucoup plus modérées.
01:03Sur le pétrole, on est à à peine 10%.
01:05Sur le gaz, OK, on est à 50%.
01:09La question, surtout, c'est est-ce que tout ça risque de durer ?
01:13Parce que c'est ça qui fait très mal à l'économie, en fait.
01:16C'est est-ce que ça risque de durer ?
01:18Or, au vu du rapport de force militaire en présence,
01:21je ne vois pas comment ce conflit pourrait durer énormément.
01:25Quand on sait l'importance qu'a le prix du pétrole pour Donald Trump,
01:29qui va aborder des élections où on voit mal qu'il ne va pas vouloir débloquer très vite,
01:33par exemple, le détroit d'Hormuz.
01:34Et ensuite, au-delà de ça, plus structurellement,
01:38on est quand même dans des pays qui sont beaucoup moins dépendants
01:43des énergies fossiles aujourd'hui qu'il y a 40 ans.
01:46Si vous prenez, par exemple, toutes les économies qu'on fait,
01:50on est beaucoup plus économe.
01:51On a des sources d'énergie beaucoup plus diversifiées.
01:54On est sur une économie de service.
01:55Il faut bien retenir ce chiffre.
01:57Pour 1 euro de PIB aujourd'hui en France,
02:00on consomme quasiment 50% de pétrole en moins qu'au début des années 70.
02:07Et puis, rappelons quand même encore, pour terminer,
02:10que ces grands chocs énergétiques avaient été très largement amplifiés à l'époque.
02:15Leurs effets avaient été amplifiés par la réaction des banques centrales
02:18qui avaient laissé filer complètement l'inflation.
02:20Aujourd'hui, tout ça est impensable.
02:22Etienne l'a bien dit.
02:23Donc, pour toutes ces raisons, moi, je ne crois ni aux chocs énergétiques majeurs,
02:30ni aux conséquences catastrophiques sur le plan économique de ce choc énergétique.
02:34Jean-Marc Daniel, pour vous, est-ce qu'il y a un risque ?
02:36Non, je pense qu'il y a un risque.
02:37D'abord, je pense qu'il y a eu d'autres crises qui étaient liées à l'énergie que 1973
02:40et 1979.
02:42Je pense à 1956.
02:441956 qui se rapproche plus de ce que nous vivons.
02:46Parce qu'en 1956, il y avait non seulement un élément qui était militaire,
02:50mais en plus, il y avait le blocage du canal de Suez.
02:52C'est-à-dire qu'il y avait un blocage du moyen de transport,
02:54il y avait un blocage du parcours,
02:56il y avait un allongement considérablement des parcours.
02:59Avec une prime sur les assurances dans les transports, il y avait explosé.
03:02C'est le cas avec Ormuz.
03:04Et puis, je rappelle 1993 aussi,
03:07qui est la conséquence plus ou moins immédiate
03:09de l'invasion du Koweït par l'Irak et de la guerre qui a suivi.
03:13Et donc, ça, c'était au siècle dernier.
03:15Et puis, le siècle que nous avons connu,
03:17il y a quand même eu l'affaire de l'Ukraine.
03:18Et donc, à chaque fois, les événements militaires débouchent sur une hausse des prix
03:22qui est du pétrole, avec comme conséquence, effectivement,
03:26suivant la durée.
03:27Alors là, je rejoins Emmanuel.
03:28Si ça dure assez longtemps, ça a des conséquences très négatives.
03:32Si ça se résout très, très vite,
03:35assez vite, on revient à la situation hantée.
03:37Mais ce qui est intéressant, c'est que dans les réponses qui ont été apportées,
03:41je pense que chacune de ces périodes va nourrir la capacité de réponse actuelle.
03:46Alors, cette capacité me paraît être un peu amoindrie par rapport à ces périodes-là.
03:49C'est-à-dire, en 1956, on avait répondu par des tickets de rationnement.
03:53Bon, la France, notamment en France et au Royaume-Uni,
03:57les pays sortaient de la guerre,
03:58ils avaient l'habitude des tickets de rationnement.
04:00La population, en outre, mettre des tickets de rationnement sur l'essence,
04:03vu le parc automobile de l'époque,
04:05ça concernait un nombre de gens qui étaient relativement limités,
04:08relativement faciles à identifier.
04:09Donc, je pense que cette réponse n'est pas possible.
04:11En 1973, on avait pris des mesures qui étaient à la fois structurelles et conjoncturelles.
04:17On avait arrêté les programmes de télévision à 10h du soir
04:20et décidé le programme nucléaire.
04:22Là, on n'est pas dans une situation où on annonce à la population
04:25qu'on va faire des économies, on laisse filer, on parle,
04:29et on ne prend pas de décisions vraiment structurelles.
04:32En 1991-92, la réponse avait été de dire
04:36on va lutter contre l'inflation effectivement
04:38par une politique monétaire assez restrictive
04:39et on avait défendu l'euro, le franc fort.
04:43C'était la Bundesbank qui avait considérablement
04:47augmenté ses taux d'intérêt.
04:48Ça avait été la même chose au Royaume-Uni.
04:50Il y avait eu une stratégie d'absorber la hausse par le taux de change.
04:54Et au moment de la guerre d'Ukraine, on a fait de la dette,
04:57c'est-à-dire on a fait le bouclier énergétique.
04:59Donc, si je reprends ces solutions, encore une fois,
05:01les tickets de rationnement, je ne les vois pas.
05:04La hausse des taux d'intérêt, je pense qu'on est arrivé à une situation,
05:08les banques centrales ont compris qu'elles avaient plutôt intérêt
05:11à ne pas avoir des réactions trop violentes dans un sens ou dans l'autre.
05:14La dette publique et le financement d'un nouveau bouclier énergétique,
05:19je ne le vois pas.
05:20Et donc, je pense que le véritable enjeu,
05:22c'est la capacité de nos dirigeants à faire admettre à la population
05:25qu'un état de guerre, même si ce n'est pas 1940 ou 1914,
05:29va supposer des efforts.
05:31Et donc, il y a un côté, alors ce sera ma conclusion,
05:34il peut y avoir un côté positif à cette affaire.
05:36Si on fait admettre à la population que le prix de l'essence
05:40devrait être un peu plus élevé,
05:42et que c'est plutôt...
05:43sur son litre, à combien déjà ?
05:454 euros, je rappelle.
05:46Je parlais de 1956.
05:48En 1956, le SMIC était à 120 francs,
05:53et le litre d'essence à 80 francs.
05:55C'est-à-dire qu'avec une heure de SMIC,
05:58on pouvait acheter 1,5, 1,6 litre d'essence.
06:02À l'heure actuelle, on peut acheter 6 litres d'essence.
06:04Donc, je ne rappelle pas au retour en 1956,
06:07je ne réclame pas le retour aux conditions des années 50,
06:10mais je pense qu'un petit effort va s'imposer.
06:13Et donc, c'est plutôt ça le plus irritable enjeu
06:16de ce qui se passe en ce moment,
06:17la capacité à générer de l'effort.
06:18Emmanuel ?
06:19Alors, pour le coup, effectivement,
06:21il y aurait une vertu qu'on ne discernait pas
06:24à l'époque dans des bris de l'énergie un peu plus élevés.
06:28C'est effectivement nous inciter d'abord à consommer moins.
06:31On l'a vu.
06:32Quand même, regardez l'évolution de la consommation de gaz
06:35et d'électricité après la guerre en Ukraine,
06:38on a vu qu'il y avait une véritable adaptation du comportement.
06:43Là où je suis moins optimiste que Jean-Marc,
06:46c'est sur le sérieux des réponses de politique économique.
06:49Est-ce qu'on avait déjà, tant que ça,
06:52les moyens de dilapider l'argent public
06:55quand on a fait le bouclier tarifaire ?
06:57Déjà, c'est pour ça que je pense que maintenant,
06:59cette piste-là est véritablement fermée.
07:01Parce qu'on l'a utilisée de façon manifestement abusive
07:04et de façon excessive, donc là, véritablement...
07:06Ça, ce n'est pas très réaliste.
07:07Est-ce que cette piste-là est véritablement fermée
07:09à un moment où ce serait peut-être le seul sujet consensuel
07:15dans une assemblée extrêmement divisée ?
07:19Regardez d'ailleurs déjà aujourd'hui les remarques de Jordan Bardella
07:22qui réclame à nouveau des protections
07:26sur la hausse des prix de l'énergie.
07:27Et moi, je crains toujours, comme c'est le cas
07:29quand il y a très peu de majorité,
07:30que le plus petit dénominateur commun
07:32qui mette d'accord tout le monde,
07:33ce soit de dépenser plus d'argent public.
07:35C'est l'expansion moment.
07:36Merci, messieurs.
07:37Je ne suis pas forcément en opposition à ça.
07:39Hélas.
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