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  • il y a 5 minutes
Ce mardi 3 mars, l'impact de la guerre en Iran sur le prix de l'énergie, notamment le pétrole, a été analysé par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Le Chypre, toute la semaine il y a Jean-Marc Daniel et cette question ce matin,
00:05est-ce qu'on se dirige vers un choc énergétique ?
00:08Emmanuel Le Chypre ?
00:09Alors, on peut avoir ce vieux réflexe reptilien, effectivement,
00:15de se dire on va avoir un choc énergétique majeur qui va provoquer une récession, etc.
00:20Et c'est vrai que, historiquement, les deux plus grandes récessions de l'après-guerre
00:24ont quand même été provoquées par des grands chocs pétroliers,
00:2973, 79, mais aujourd'hui on en est très très loin et le monde a changé.
00:36Alors, on en est très très loin.
00:38Rappelez-vous quand même, 73, les prix multipliés par 4, 79 multipliés par 3,
00:43et surtout ce qui avait fait très mal à l'économie mondiale,
00:46c'est que les prix étaient restés très élevés très longtemps.
00:48On était restés sur un premier plateau après 74, pendant 5 ans,
00:53après 79 jusqu'au contre-choc pétrolier de 86.
00:56Là, est-ce qu'aujourd'hui, on est dans cette configuration-là ?
00:59Un, d'abord, les hausses sont pour le moment beaucoup plus modérées.
01:03Sur le pétrole, on est à à peine 10%.
01:05Sur le gaz, OK, on est à 50%.
01:09La question, surtout, c'est est-ce que tout ça risque de durer ?
01:13Parce que c'est ça qui fait très mal à l'économie, en fait.
01:16C'est est-ce que ça risque de durer ?
01:18Or, au vu du rapport de force militaire en présence,
01:21je ne vois pas comment ce conflit pourrait durer énormément.
01:25Quand on sait l'importance qu'a le prix du pétrole pour Donald Trump,
01:29qui va aborder des élections où on voit mal qu'il ne va pas vouloir débloquer très vite,
01:33par exemple, le détroit d'Hormuz.
01:34Et ensuite, au-delà de ça, plus structurellement,
01:38on est quand même dans des pays qui sont beaucoup moins dépendants
01:43des énergies fossiles aujourd'hui qu'il y a 40 ans.
01:46Si vous prenez, par exemple, toutes les économies qu'on fait,
01:50on est beaucoup plus économe.
01:51On a des sources d'énergie beaucoup plus diversifiées.
01:54On est sur une économie de service.
01:55Il faut bien retenir ce chiffre.
01:57Pour 1 euro de PIB aujourd'hui en France,
02:00on consomme quasiment 50% de pétrole en moins qu'au début des années 70.
02:07Et puis, rappelons quand même encore, pour terminer,
02:10que ces grands chocs énergétiques avaient été très largement amplifiés à l'époque.
02:15Leurs effets avaient été amplifiés par la réaction des banques centrales
02:18qui avaient laissé filer complètement l'inflation.
02:20Aujourd'hui, tout ça est impensable.
02:22Etienne l'a bien dit.
02:23Donc, pour toutes ces raisons, moi, je ne crois ni aux chocs énergétiques majeurs,
02:30ni aux conséquences catastrophiques sur le plan économique de ce choc énergétique.
02:34Jean-Marc Daniel, pour vous, est-ce qu'il y a un risque ?
02:36Non, je pense qu'il y a un risque.
02:37D'abord, je pense qu'il y a eu d'autres crises qui étaient liées à l'énergie que 1973
02:40et 1979.
02:42Je pense à 1956.
02:441956 qui se rapproche plus de ce que nous vivons.
02:46Parce qu'en 1956, il y avait non seulement un élément qui était militaire,
02:50mais en plus, il y avait le blocage du canal de Suez.
02:52C'est-à-dire qu'il y avait un blocage du moyen de transport,
02:54il y avait un blocage du parcours,
02:56il y avait un allongement considérablement des parcours.
02:59Avec une prime sur les assurances dans les transports, il y avait explosé.
03:02C'est le cas avec Ormuz.
03:04Et puis, je rappelle 1993 aussi,
03:07qui est la conséquence plus ou moins immédiate
03:09de l'invasion du Koweït par l'Irak et de la guerre qui a suivi.
03:13Et donc, ça, c'était au siècle dernier.
03:15Et puis, le siècle que nous avons connu,
03:17il y a quand même eu l'affaire de l'Ukraine.
03:18Et donc, à chaque fois, les événements militaires débouchent sur une hausse des prix
03:22qui est du pétrole, avec comme conséquence, effectivement,
03:26suivant la durée.
03:27Alors là, je rejoins Emmanuel.
03:28Si ça dure assez longtemps, ça a des conséquences très négatives.
03:32Si ça se résout très, très vite,
03:35assez vite, on revient à la situation hantée.
03:37Mais ce qui est intéressant, c'est que dans les réponses qui ont été apportées,
03:41je pense que chacune de ces périodes va nourrir la capacité de réponse actuelle.
03:46Alors, cette capacité me paraît être un peu amoindrie par rapport à ces périodes-là.
03:49C'est-à-dire, en 1956, on avait répondu par des tickets de rationnement.
03:53Bon, la France, notamment en France et au Royaume-Uni,
03:57les pays sortaient de la guerre,
03:58ils avaient l'habitude des tickets de rationnement.
04:00La population, en outre, mettre des tickets de rationnement sur l'essence,
04:03vu le parc automobile de l'époque,
04:05ça concernait un nombre de gens qui étaient relativement limités,
04:08relativement faciles à identifier.
04:09Donc, je pense que cette réponse n'est pas possible.
04:11En 1973, on avait pris des mesures qui étaient à la fois structurelles et conjoncturelles.
04:17On avait arrêté les programmes de télévision à 10h du soir
04:20et décidé le programme nucléaire.
04:22Là, on n'est pas dans une situation où on annonce à la population
04:25qu'on va faire des économies, on laisse filer, on parle,
04:29et on ne prend pas de décisions vraiment structurelles.
04:32En 1991-92, la réponse avait été de dire
04:36on va lutter contre l'inflation effectivement
04:38par une politique monétaire assez restrictive
04:39et on avait défendu l'euro, le franc fort.
04:43C'était la Bundesbank qui avait considérablement
04:47augmenté ses taux d'intérêt.
04:48Ça avait été la même chose au Royaume-Uni.
04:50Il y avait eu une stratégie d'absorber la hausse par le taux de change.
04:54Et au moment de la guerre d'Ukraine, on a fait de la dette,
04:57c'est-à-dire on a fait le bouclier énergétique.
04:59Donc, si je reprends ces solutions, encore une fois,
05:01les tickets de rationnement, je ne les vois pas.
05:04La hausse des taux d'intérêt, je pense qu'on est arrivé à une situation,
05:08les banques centrales ont compris qu'elles avaient plutôt intérêt
05:11à ne pas avoir des réactions trop violentes dans un sens ou dans l'autre.
05:14La dette publique et le financement d'un nouveau bouclier énergétique,
05:19je ne le vois pas.
05:20Et donc, je pense que le véritable enjeu,
05:22c'est la capacité de nos dirigeants à faire admettre à la population
05:25qu'un état de guerre, même si ce n'est pas 1940 ou 1914,
05:29va supposer des efforts.
05:31Et donc, il y a un côté, alors ce sera ma conclusion,
05:34il peut y avoir un côté positif à cette affaire.
05:36Si on fait admettre à la population que le prix de l'essence
05:40devrait être un peu plus élevé,
05:42et que c'est plutôt...
05:43sur son litre, à combien déjà ?
05:454 euros, je rappelle.
05:46Je parlais de 1956.
05:48En 1956, le SMIC était à 120 francs,
05:53et le litre d'essence à 80 francs.
05:55C'est-à-dire qu'avec une heure de SMIC,
05:58on pouvait acheter 1,5, 1,6 litre d'essence.
06:02À l'heure actuelle, on peut acheter 6 litres d'essence.
06:04Donc, je ne rappelle pas au retour en 1956,
06:07je ne réclame pas le retour aux conditions des années 50,
06:10mais je pense qu'un petit effort va s'imposer.
06:13Et donc, c'est plutôt ça le plus irritable enjeu
06:16de ce qui se passe en ce moment,
06:17la capacité à générer de l'effort.
06:18Emmanuel ?
06:19Alors, pour le coup, effectivement,
06:21il y aurait une vertu qu'on ne discernait pas
06:24à l'époque dans des bris de l'énergie un peu plus élevés.
06:28C'est effectivement nous inciter d'abord à consommer moins.
06:31On l'a vu.
06:32Quand même, regardez l'évolution de la consommation de gaz
06:35et d'électricité après la guerre en Ukraine,
06:38on a vu qu'il y avait une véritable adaptation du comportement.
06:43Là où je suis moins optimiste que Jean-Marc,
06:46c'est sur le sérieux des réponses de politique économique.
06:49Est-ce qu'on avait déjà, tant que ça,
06:52les moyens de dilapider l'argent public
06:55quand on a fait le bouclier tarifaire ?
06:57Déjà, c'est pour ça que je pense que maintenant,
06:59cette piste-là est véritablement fermée.
07:01Parce qu'on l'a utilisée de façon manifestement abusive
07:04et de façon excessive, donc là, véritablement...
07:06Ça, ce n'est pas très réaliste.
07:07Est-ce que cette piste-là est véritablement fermée
07:09à un moment où ce serait peut-être le seul sujet consensuel
07:15dans une assemblée extrêmement divisée ?
07:19Regardez d'ailleurs déjà aujourd'hui les remarques de Jordan Bardella
07:22qui réclame à nouveau des protections
07:26sur la hausse des prix de l'énergie.
07:27Et moi, je crains toujours, comme c'est le cas
07:29quand il y a très peu de majorité,
07:30que le plus petit dénominateur commun
07:32qui mette d'accord tout le monde,
07:33ce soit de dépenser plus d'argent public.
07:35C'est l'expansion moment.
07:36Merci, messieurs.
07:37Je ne suis pas forcément en opposition à ça.
07:39Hélas.
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