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  • il y a 10 heures
Aux États-Unis, le niveau de défiance envers la science augmente au sein des institutions. Ce phénomène arrive aussi en Europe. Face à ce constat, certains, comme Guillaume Pakula s’engagent sur les réseaux sociaux pour vulgariser et sensibiliser à la réalité des conséquences du changement climatique. Cela ne se fait pas sans difficultés.

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Transcription
00:06Le zoom de ce Smart Impact, on parle de création de contenu, de pédagogie auprès des salariés sur les enjeux
00:11de climat, les enjeux de biodiversité.
00:13J'accueille Guillaume Pekula, bonjour.
00:14Bonjour.
00:14Bienvenue, vous êtes le président du projet Celsus, c'est un cabinet d'expertise scientifique et pédagogique.
00:20C'est quoi le projet Celsus ?
00:21Effectivement, c'est un cabinet d'expertise, donc l'objectif c'est d'accompagner les entreprises dans leur transition,
00:26par le volet de la quantification, c'est-à-dire le bilan carbone, l'analyse du cycle de vie notamment.
00:30Mais aussi avec tout le volet pédagogique, c'est-à-dire accompagnement,
00:33et c'est de faire en sorte que le sujet prenne au sein des organisations pour avancer une véritable transition
00:38au de l'injuste des éléments stratégiques.
00:40Quand vous avez une idée, pourquoi vous l'avez créé ?
00:42À la base, moi je suis physicien de formation, j'ai un doctorat de physique et j'ai eu une
00:46prise de conscience assez aiguë en 2019, juste avant la fin de ma thèse.
00:50J'ai été un peu Jean-Covicisé, comme on peut dire, dans les milieux du climat.
00:55Et l'idée c'était d'essayer de porter le message scientifique qui reste un peu confiné dans les cercles
01:01de recherche.
01:02Il y a un gap que nous on considère assez énorme entre ce qu'on sait du constat climatique et
01:07de la crise climatique,
01:08et de ce que le grand public peut en savoir.
01:10Et on a commencé d'abord par de la formation et de la sensibilisation et des cours dans les écoles
01:14d'ingénieurs,
01:15qui est un environnement qu'on connaissait plutôt pas mal.
01:17Puis de proche en proche, on a développé une expertise autour de la quantification, comme je le disais,
01:21pour finir par émerger sur l'activité que je mentionnais tantôt.
01:24Et alors vous voyez évoluer la maturité des entreprises et des salariés avec lesquels vous êtes en contact depuis quelques
01:31années ?
01:31Oui, dans les deux sens.
01:33Il y a eu un essor assez magistral, si je reprends un peu l'historique.
01:372020, on sent l'essor de la cause climatique.
01:40Tout le monde commence à faire, comme vous disiez, des exercices de quantification, de la sensibilisation,
01:44la fresque du climat par exemple, ça a tenu et les entreprises se tenaient par la chaîne de valeur, si
01:50j'ose dire.
01:51C'est-à-dire que quand vous demandez à quelqu'un de quantifier, vous avez aussi besoin de savoir ce
01:54que sont les éléments de quantification.
01:55On demande aux autres, avant ou après son activité, de quantifier aussi.
02:01Toutes les entreprises adjacentes.
02:02Et là, il s'avère que depuis un an et demi, de par la situation géopolitique notamment,
02:06on constate qu'il y a un retrait assez manifeste.
02:09C'est ce que nous, on appelle le backlash écologique, qui a fait pas mal de mal.
02:18Le backlash, il n'est pas seulement américain, on peut parler des élections européennes et des coûts de retrait
02:41ou de perte d'ambition du pacte vert.
02:44Mais il y a l'effet supplémentaire aux Etats-Unis, c'est quand même le fait que le président américain
02:51porte un discours assez largement anti-science quand même.
02:55Comment vous réagissez à ça ?
02:56Et est-ce que vous, vous sentez l'obligation, peut-être un peu plus qu'avant justement, de défendre la
03:02science ?
03:02Ce qui est dingue dans l'absolu.
03:04Oui, le plus difficile, donc il y a les éléments vraiment purement entrepreneuriaux disons,
03:09mais le plus difficile, c'est ce que vous évoquez, c'est le désaveu moral.
03:12C'est qu'une grande puissance comme les Etats-Unis, qui sont quand même censées être le socle éthique
03:17et qui régissent quand même un peu les échanges au travers du monde,
03:20commence à se retirer des traités internationaux sur le sujet du climat.
03:24Et on sent que ça ruisselle aussi au plan moral et éthique en France.
03:28Et donc vous mentionnez aussi le retrait de confiance en la science.
03:34Moi, il y a un élément qui m'a marqué, c'est un confrère qui s'appelle Serge Zaka,
03:37que peut-être vous connaissez, qui est un agroclimatologue assez éminent,
03:40qui fait de la vulgarisation en France,
03:42qui aujourd'hui a été mis sous protection policière,
03:45au motif qu'il recevait de plus en plus d'insultes de la part de climato-sceptiques
03:51vis-à-vis de l'exercice de son travail à lui, qui est la science.
03:55Donc il décrit la science, il décrit la réalité.
03:58De ce qu'est l'agroclimatologie.
03:59Et pour ça, il reçoit lui-même des conséquences assez dramatiques.
04:03Donc effectivement, au plan moral et au jour le jour, c'est difficile à vivre,
04:08en tout cas quand on est scientifique.
04:09Alors on va voir quels leviers on peut activer,
04:11lesquels sont les plus efficaces.
04:13Il y a le levier de l'humour, on y viendra dans un instant.
04:16Et puis alors il y a ces formats, ces contenus pédagogiques que vous proposez.
04:20Il y a notamment je crois un atelier qui s'appelle MyCO2, c'est ça ?
04:23C'est quoi cet atelier ?
04:25C'est un atelier qui n'est pas de nous, mais que nous on anime.
04:28En fait, on a toute une panoplie d'ateliers qui permettent de sensibiliser.
04:32Et MyCO2, c'est un petit exercice qui dure une demi-heure, une heure.
04:37Vous pouvez calculer votre empreinte carbone personnelle,
04:40dont l'objectif c'est de voir un peu ce que sont la répartition de vos émissions de gaz à
04:43effet de serre,
04:43c'est-à-dire votre impact sur le climat,
04:45pour essayer de mener les actions qui comptent en ordre de grandeur.
04:50L'idée sous-jacente étant que, par exemple, on parle très régulièrement de trier ses déchets,
04:55de faire attention à sa consommation d'eau par exemple.
04:58Tout ça sont des gestes environnementaux qui sont extrêmement importants.
05:01Pour autant, il y a quand même des ordres de grandeur qui sont très différents, disons,
05:06entre renoncer à prendre l'avion une fois de temps en temps,
05:09essayer de devenir flexitarien ou végétarien idéalement,
05:13et tous ces autres gestes-là qui peuvent être considérés comme beaucoup plus marginaux
05:16au plan du prisme climatique.
05:18Alors ça, ça peut être pour les salariés eux-mêmes,
05:21mais pour les entreprises aussi,
05:23c'est-à-dire identifier le levier qui sera le plus efficace en termes de décarbonation, c'est ça ?
05:28Oui, c'est le pendant en fait.
05:29Donc MyCO2, ça émane de Carbon4,
05:32qui est l'entreprise de Jean-Marie Jean-Covici, justement, encore lui.
05:35Et le pendant pour entreprise, c'est le bilan carbone,
05:37c'est faire l'inventaire de ses émissions de gaz à effet de serre
05:40et donc de quantifier son impact climatique.
05:42Et donc de voir que, parfois, c'est l'utilisation des produits que vous vendez
05:45qui va avoir l'impact le plus prégnant.
05:48Et donc vous pouvez travailler autant que vous voulez
05:50sur l'éclairage, sur les poubelles, etc.
05:52Mais ce qui va compter le plus, ça va peut-être être les déplacements de vos collaborateurs,
05:57l'énergie que vous mettez dans les produits que vous vendez.
05:59Un exemple assez simple, qui est assez choquant,
06:02c'est que vous prenez n'importe quel rassemblement sportif,
06:04le premier poste de très loin, pour 80%.
06:06C'est les déplacements, mais des visiteurs, effectivement.
06:09Donc mettre en place des initiatives de transport en commun,
06:14de même faire des coups de com' autour du fait de venir à vélo.
06:18Je me dis, si Mbappé est une fois en vélo au Saint-Étienne-Balabéou,
06:22je pense qu'il aura plus d'impact que tout ce qu'on peut faire
06:24sur le bilan carbone au plan strictement stratégique.
06:26Quelques followers, oui, sur ces réseaux sociaux.
06:28Oui, voilà, me semble, me semble.
06:29Quelques milliers, je crois.
06:30Ah, peut-être qu'il me manque deux ou trois zéros.
06:32Bref, sur les contenus que vous proposez aux entreprises,
06:36est-ce que vous proposez de créer des contenus
06:39qui sont spécifiques aux entreprises, et pour quelle efficacité ?
06:44Je pense que ça, c'est vraiment la clé.
06:46C'est parler le même langage.
06:48L'enjeu, il est quand même essentiellement culturel.
06:50C'est-à-dire qu'on peut faire l'inventaire des émissions de gaz à effet de serre.
06:54La plupart du temps, on sait déjà en amont ce que vont être les postes prépondérants.
06:57Après, changer, c'est ça qui est difficile.
07:01Je vous donne un exemple très concret.
07:03On a fait le bilan carbone de l'Institut Pasteur ou de l'Institut Curie.
07:06Deux entités qu'on connaît bien.
07:07La moitié de leurs émissions, c'est l'utilisation des médicaments.
07:11Donc, quand vous faites un plan de transition,
07:13vous devez les faire décarboner d'environ 6% par an.
07:16C'est difficile de leur dire d'arrêter de dispenser des médicaments.
07:20Donc, ce qu'on peut faire, c'est travailler avec les autres hôpitaux.
07:23Faire des analyses sectorielles, aller voir l'industrie pharmaceutique
07:26pour qu'elle-même essaye de faire ce qu'on appelle des analyses de cycle de vie.
07:29Décarboner les médicaments pour qu'on puisse avoir davantage d'affichage
07:33pour pouvoir choisir entre un paracétamol ou un autre.
07:36Et essayer comme ça, de proche en proche, de décarboner de manière systémique.
07:39Donc, la clé de voûte, c'est quand même l'approche culturelle et parler le même langage.
07:43Alors, vous êtes également très présent sur les réseaux sociaux.
07:46Vous êtes le gars du climat.
07:47C'est ça.
07:48En toute fait modestie.
07:50C'est votre nom sur les réseaux.
07:51Avec des contenus, tiens, comme cette vidéo.
07:55Bienvenue dans Est-ce que les climato-sceptiques vont bien ?
07:57Est-ce que les climato-sceptiques vont bien ?
08:02Aujourd'hui, on s'interroge.
08:04Est-ce que les climato-sceptiques vont bien ?
08:06Ils agressent à coups de gaz tout ce qui est suspecté d'être un tant soit peu écolo.
08:10Les vélos.
08:13Comme les passants.
08:14Excusez-moi madame, vous fumez ?
08:15Ça m'arrive.
08:17Alors, bougez pas.
08:23Oui, donc la réponse à est-ce que les climato-sceptiques vont bien, c'est non.
08:27Là, bien entendu, on pourrait rajouter qu'ils ne sont pas seulement climato-sceptiques, ceux qui font ça.
08:31L'humour, comment vous l'utilisez et à quel point ça peut être un levier efficace pour faire passer des
08:36idées ?
08:37Là, on a beaucoup parlé de pédagogie, de science, de données, de métriques, etc.
08:42L'humour, ça pèse comment ?
08:44Je pense que c'est majeur et dépendamment du réseau et du canal, ça peut être la partie prépondérante.
08:53Nous, ce qu'on souhaite, enfin nous, les scientifiques et ceux qui sont engagés pour le climat, ce qu'on
08:56veut, c'est véhiculer le message.
08:59Mais moi qui viens d'un milieu scientifique, j'ai vite compris que restituer très précisément ce qu'étaient les
09:03constats rationnels de la science,
09:05ce n'est pas forcément ce qui va avoir le plus d'impact.
09:07Et d'ailleurs, ça, c'est ce que fait très bien la science, le GEC et compagnie.
09:10Donc essayer de trouver d'autres médias, d'autres moyens, et je trouve que l'exemple le plus joli, c
09:16'est Instagram ou TikTok,
09:18c'est que vous avez un temps d'attention qui est extrêmement limité,
09:21et si vous n'arrivez pas à capter l'attention en moins de trois secondes, vous perdez déjà l'audience,
09:25et en fait, le message a beau être aussi bon qu'il veut,
09:28si vous voulez transmettre 100% du message mais que 0% des personnes y adhèrent, c'est quand même
09:31compliqué.
09:32Donc il faut les capter par l'humour en quelque sorte ?
09:35Oui, je pense que l'humour, je pense que la narration, je pense qu'essayer de comprendre ce qu'est
09:40le lien émotionnel que les géants entretiennent avec le sujet,
09:43ça c'est vrai auprès du grand public, mais c'est aussi vrai auprès des entreprises.
09:46Enfin, je veux dire, on n'est que des humains, et ça demande de réformer parfois son mode de vie,
09:51son modèle d'activité,
09:52et donc si vous n'y trouvez pas du sens, c'est à peu près caduque 100% du tout.
09:56Vous êtes présent sur Instagram, sur d'autres réseaux ?
10:00Oui, Instagram, mais en fait j'ai commencé beaucoup sur LinkedIn.
10:03Avec des contenus qui sont les mêmes ?
10:04Non, pas du tout, justement.
10:05Justement, vous adaptez.
10:06Si vous voulez, j'ai opéré ma mue entre le milieu scientifique, LinkedIn c'était un bon compromis,
10:11entre avoir des espèces de petits éditos beaucoup plus courts, mais qui permettaient quand même de développer une pensée et
10:17des arguments,
10:17et donc le public est quand même beaucoup plus sensible,
10:19et sur Instagram, où évidemment le nerf de la guerre c'est l'humour, c'est l'image,
10:24et c'est les formats comme celui-ci qui sont à mon avis un peu plus prenants.
10:27Avec un enjeu qui est majeur, c'est vrai qu'on a commencé par le constat scientifique,
10:33par aussi la culpabilisation, j'y arrive, ou le côté anxiogène de l'évolution climatique,
10:41et on se rend compte tous, les médias y compris, qu'il faut inventer autre chose.
10:46Vous êtes, j'imagine, conscient de ça.
10:49Est-ce que c'est aussi pour ça que vous utilisez ce levier de l'humour aujourd'hui ?
10:55Oui, en fait...
10:57Pouter contre l'anxiété climatique, la fatigue même...
11:00Oui, exactement, mais je pense qu'il faut démultiplier les voix, les discours et les incarnations.
11:06C'est-à-dire qu'il y a beaucoup d'influenceurs qui existent sous des formats variés,
11:09vous avez ce que fait Bonpote, vous avez ce que fait Vers le Média,
11:12vous avez des gens qui effectivement sont plus vindicatifs ou plus revanchards,
11:15ça arrive parfois, et c'est une frange qui, à mon avis, est très importante.
11:18Mais moi, ce que je souhaitais faire, c'était incarner l'écologie banale, commune,
11:23un peu plus désirable au sens quotidien, en réalité.
11:27Et d'ailleurs, c'est pour ça que j'ai choisi le nom Le gars du Climat,
11:29c'est quelque chose qui doit passer presque inaperçu,
11:33et que je souhaiterais qu'il fasse partie du quotidien des Français, des gens qui me suivent.
11:36Donc pour moi, c'était à peu près essentiel.
11:38Et la difficulté étant de faire passer le message sans le dénaturer,
11:43parce que ça peut être un message scientifiquement complexe à faire passer.
11:46Oui, alors il faut faire la part des choses, il faut faire des compromis, tout dépend des formats.
11:50C'est vrai que pour ça, Instagram est un peu plus frustrant,
11:53parce que pour développer un raisonnement, pour donner les éléments un peu plus scientifiques,
11:58quand on vient du milieu académique, on a parfois l'impression de se travestir un peu.
12:03Mais à nouveau, je crois que c'est nécessaire, et c'est pour ça qu'on peut aussi utiliser différentes
12:06plateformes
12:06pour différentes manières de communiquer, je pense.
12:10Merci beaucoup Guillaume Pacula, à bientôt sur Bsmart4Channel.
12:14C'est l'heure du grand entretien de ce Smart Impact,
12:16avec Catherine Guerniou, qui est dirigeante de la Fenêtrière, vice-présidente de la CPME.
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