- il y a 11 heures
Face à l’explosion des données et à l’essor de l’intelligence artificielle, la question du stockage devient cruciale pour les entreprises et les États. À la tête de Scality, Jérôme Lecat défend une vision souveraine et cyber-résiliente des infrastructures numériques, dans un contexte où la sécurité et la maîtrise des données sont devenues des priorités stratégiques.
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00:05C'est le moment de la grande interview, je suis en compagnie de Jérôme Leca.
00:09Bonjour Jérôme.
00:10Bonjour.
00:10Alors, je vous ai présenté dans mon sommaire avec beaucoup de choses.
00:14Je vais essayer de résumer.
00:15Vous êtes quand même un des pionniers de l'infrastructure Internet.
00:17Vous avez lancé en 1994 InternetWell, un des premiers fournisseurs d'accès à Internet en France.
00:23Vous êtes un patron de la French Tech, une référence dans le stockage et la donnée.
00:28Vous faisiez partie de la délégation française au sommet de l'IA en Inde.
00:32D'ailleurs, je voulais vous interroger là-dessus.
00:34Un premier retour d'expérience peut-être déjà.
00:36C'était fascinant.
00:37Comment ça s'est passé là-bas ?
00:38Parce qu'on m'a dit que déjà en termes d'organisation, c'était la folie.
00:41Comment dire ?
00:42Ce n'était pas très structuré.
00:44Je vais le dire poliment, d'accord ?
00:45Avec des changements d'agenda en dernière minute, un salon qui devait être ouvert,
00:50qui s'est retrouvé fermé parce que Narendra Modi ne voulait pas l'ouvrir le matin.
00:54Enfin bon, oui, compliqué.
00:55Mais vous avez réussi à avoir vos rendez-vous ?
00:57Nous, on a une équipe de 10 personnes là-bas, donc on est déjà très présents en Inde.
00:59D'accord.
01:00Donc j'y allais autant pour le sommet que pour aller voir mes clients.
01:04D'une pierre de coups.
01:04Ça a été très très profitable pour nous.
01:06On a signé des partenariats avec des revendeurs là-bas.
01:09Et quant au sommet lui-même, c'était vraiment très impressionnant.
01:12Il faut imaginer l'ensemble du parc des expositions de la Porte de Versailles.
01:16Pas seulement un hall, l'ensemble du parc des expositions de Versailles.
01:19Donc c'était très très grand.
01:20Énormément d'entreprises locales, de l'intelligence artificielle partout, avec tout un tas d'applications.
01:26Et vous en êtes reparti avec une idée, je ne sais pas, comment dire, un insight, quelque chose qui vous
01:31a accroché ?
01:33Moi, j'ai un insight, mais qui ne vient pas seulement de ce voyage.
01:37Je voyage pas mal dans le monde et pas seulement dans les pays où on va toujours.
01:41Dernièrement, j'étais au Kazakhstan, en Arabie Saoudite, il y a quelques mois.
01:45Je vais souvent au Japon.
01:47Et si j'ai un insight, c'est à quel point, quand on est en Europe ou en Occident, j
01:51'inclus les États-Unis,
01:53on pense occidental et on ne se rend pas compte à quel point le monde est différent quand on va
01:58ailleurs.
01:59Et à chaque fois que je traverse ces frontières, je me dis « waouh ».
02:02Et par exemple, ici, on pense à l'hégémonie de Google.
02:06Mais quand on va en Corée du Sud, Google Maps, c'est interdit.
02:10C'est une application locale.
02:13Quand on va au Kazakhstan, c'est Yandex.
02:15Et on ne se rend pas compte, mais il y a d'autres marques qui comptent quand on sort de
02:20l'Occident.
02:20Vous dites que c'est interdit.
02:21Ce n'est pas qu'on utilise autre chose, c'est interdit.
02:23Ah oui, Google Maps, c'est interdit.
02:26Mais ça, je vois dans beaucoup de pays où ils poussent très largement leur économie locale,
02:32en particulier leur technologie locale, et c'est un problème.
02:38Enfin, en fait, même en complexe quand on commence à parler de ces sujets-là.
02:41Pendant beaucoup d'années, pour Scaliti, le fait d'être une boîte française en France était un handicap.
02:48Ah oui ?
02:49C'est en train de changer.
02:51Je ne dirais même pas que ça a changé, c'est en train de changer.
02:54Mais clairement, nos interlocuteurs en France se disaient
02:58« Non, mais une boîte française, c'est une petite boîte franco-française, ça ne nous intéresse pas. »
03:02Sans le dire vraiment franchement, mais on sentait bien la gêne.
03:05Bien sûr, mais vous n'êtes pas le seul à me confier.
03:07Et en fait, il nous a fallu réussir aux États-Unis pour maintenant réussir en Europe.
03:12C'est ça, travailler d'abord l'international.
03:14Alors, on va parler de Scaliti,
03:16donc entreprise qui développe des logiciels dans le stockage de données.
03:20Quels sont, selon vous, vous l'avez créé en 2019 ?
03:242009, 2009.
03:252009, pardon.
03:25Quels sont les grands enjeux ?
03:27Comment vous les avez vus évoluer par rapport justement à 2009 aujourd'hui ?
03:31Le métier a complètement changé.
03:33En 2009, le problème qu'on devait résoudre, c'était le problème du stockage des données
03:37et être capable de faire un stockage qui est à la fois fiable et peu onéreux.
03:41On voyait Amazon, Google, Facebook être capable de stocker les données des utilisateurs gratuitement.
03:48Donc, il fallait que leur coût de production soit très bas.
03:50Et il n'y avait pas d'offre aujourd'hui de produits pour les grandes entreprises ou pour les opérateurs,
03:56notamment les opérateurs télécoms, pour pouvoir offrir le même genre de service à leurs utilisateurs.
04:01Donc, c'est ça qu'on a créé.
04:02Donc, deux problématiques, la fiabilité et le coût.
04:06Aujourd'hui, il y a des nouvelles problématiques.
04:08D'abord, avec l'intelligence artificielle, la performance.
04:11Il faut être extrêmement performant parce qu'il faut être capable de traiter des centaines de milliers de demandes à
04:16la seconde en parallèle en utilisant l'IA.
04:19Donc, en apportant ça au GPU, le traitement des GPU et en ressortant la donnée.
04:23Donc, un objectif de performance beaucoup plus important et un objectif de cybersécurité.
04:28J'étais sûre que vous alliez bien ça.
04:28Oui, bien sûr. Parce qu'à l'époque, en fait, on nous demandait de stocker la donnée.
04:32Voilà, c'est tout. Il fallait la stocker, il fallait la rendre quand on l'appelle.
04:35Aujourd'hui, il faut la stocker, il faut la protéger.
04:37Et on a investi énormément depuis cinq ans en performance et en cybersécurité de façon à être dans le marché,
04:45à être précurseur dans le marché.
04:46Et alors, vous avez même sorti, c'est votre actualité, une cybergarantie.
04:51Oui, absolument.
04:51C'est-à-dire que vous donnez 100 000 dollars, c'est ça ?
04:54Si une entreprise se fait attaquer par un ransomware...
04:59Si des données qui sont stockées sur Scality de façon protégée et en suivant nos guidelines de sécurité sont cryptées
05:07ou effacées par un ransomware.
05:09C'est ça. Donc, si je suis victime d'une attaque par ransomware et que le cybermalveillant arrive à récupérer
05:16mes données sur un de vos produits de stockage,
05:20alors vous donnez 100 000 dollars.
05:22Oui, absolument.
05:22D'accord. Donc, ça peut se dire que vous êtes hyper sûr de la robustesse de votre...
05:25Ben, exactement. Parce que moi, je n'ai pas l'intention de payer des 100 000 dollars à droite à
05:28gauche.
05:28J'imagine.
05:29Donc, oui, on est sûr de nous.
05:31Mais en même temps, c'est une façon de faire de la communication pour dire « on est sûr de
05:35nous ».
05:35Et c'est aussi de la cyberassurance, c'est un peu un nouveau métier pour vous ou pas ?
05:37Non, ce n'est pas une cyberassurance. Non, ce n'est pas une cyberassurance.
05:40Je ne veux pas que ce soit positionné comme une cyberassurance.
05:43C'est juste une façon de dire « notre produit, il est solide ».
05:46Et j'aimerais insister, c'est une offre qui a été envisagée pour les petites entreprises,
05:51pour les PME, pour les collectivités territoriales.
05:54Il existe des offres similaires dans le marché, mais pour les très grandes entreprises
05:58et qui sont des offres qui s'appuient sur du service.
06:01Donc, le fournisseur dit « je vais gérer votre cybersécurité, je vais gérer votre sauvegarde,
06:07et donc je vous garantis ».
06:08Nous, ce n'est pas ça.
06:09Nous, c'est une offre qui s'appuie sur un produit dont le prix d'appel est à 3 000
06:12euros par an.
06:14D'accord ?
06:15Donc, je ne demande pas à mes clients de dépenser des 1 000 et des 100 pour être protégé.
06:20Je conçois un produit qui est solide dans sa conception,
06:23et c'est pour ça qu'on a énormément investi en R&D sur la cybersécurité,
06:27et je donne une garantie que mon produit, il est solide.
06:31C'est tout.
06:32Ça paraît simple.
06:33D'accord.
06:33Et pour l'instant, vous avez dépensé 100 000 euros ?
06:35Non.
06:36Non, ça va.
06:37Ça se passe bien.
06:38Non, et le produit, il est déployé déjà à des milliers d'exemplaires,
06:41et on n'a jamais eu de...
06:42Enfin, ce n'est jamais arrivé qu'un client se fasse chiffrer ou effacer des données.
06:49Donc, on sait un peu ce qu'on fait.
06:52On parlait de l'évolution entre 2009 et aujourd'hui.
06:56Vous avez donné, effectivement, les deux signaux importants,
06:59qui sont la performance avec l'IA et la sécurité avec la cyber.
07:03Il y a un autre point, moi, qui me semble intéressant,
07:05c'est la question du cloud.
07:07Parce qu'on a été quand même incité à ne plus stocker chez nous,
07:10à tout envoyer dans le cloud.
07:11Ah bon ? Qui vous a incité ?
07:12Moi, j'ai entendu beaucoup ce discours,
07:14avec même l'idée que l'Europe a trop de retard dans ce domaine,
07:18ces entreprises ne sont pas suffisamment dans le cloud.
07:20Et aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on est en train de revenir sur ce discours.
07:23Je pense que dans le discours qui a eu lieu dans les années, je crois, 2015 à 2020,
07:29allez, 2022 peut-être même, on a mélangé beaucoup de choses.
07:33On a mélangé une façon de produire de l'informatique,
07:37le cloud comme technologie,
07:39et puis une façon de faire de l'outsourcing.
07:43Donc, le cloud comme une façon de ne plus produire soi-même,
07:46mais de faire produire par quelqu'un d'autre.
07:47Alors d'abord, le débat entre insourcing et outsourcing dans l'informatique,
07:50il existe depuis les années 1950.
07:53Et puis, c'est un balancier qui oscille d'un côté et de l'autre.
07:56Et c'est extrêmement intéressant avec quelle violence il oscille.
07:59À chaque fois.
08:00Alors, on outsource tout, on insource tout.
08:03Sachant que c'est très compliqué,
08:05parce qu'insourcer, ça demande des compétences,
08:07et outsourcer, ça demande aussi des compétences, mais pas les mêmes.
08:10Donc, à chaque fois qu'on renvoie le balancier,
08:12il faut changer les compétences qu'on a en interne.
08:16Effectivement, il y a eu un vent très fort d'outsourcing dans le cloud public
08:20pour utiliser des technologies qui sont les technologies du cloud,
08:23qui sont effectivement des technologies qui sont celles d'ailleurs
08:27qu'on déploie chez nos clients.
08:28Scality a été conçu en tant que logiciel avec les technologies du cloud.
08:33C'est un système complètement distribué, déployé sur des serveurs standards.
08:37C'est exactement ce que font tous les fournisseurs de cloud.
08:39Et où l'intelligence est apportée par du logiciel.
08:42C'est ça, le cloud.
08:42Et le cloud apporte plus de fiabilité avec un coût moindre,
08:47en termes de production, système de production,
08:49que les technologies des générations précédentes.
08:51Donc oui, il faut produire en cloud, d'un point de vue technologique.
08:56Est-ce qu'il faut tout outsourcer ?
08:57J'ai envie de dire, on revient dans le débat habituel,
09:00et on se rend compte que quand on outsource tout,
09:02on perd le contrôle.
09:03On perd le contrôle d'abord sur les évolutions technologiques,
09:05on perd le contrôle sur les prix,
09:07parce qu'en fait, dès qu'il y a une situation quasi monopole,
09:10qui est la situation qu'il y a aujourd'hui avec les 3 hyperscalers américains,
09:14et bien, c'est eux qui ont la maîtrise des prix et des coûts.
09:17On le voit aussi d'ailleurs sur certains logiciels SaaS.
09:20Nous, on utilise Salesforce par exemple,
09:23qui nous augmente nos prix entre 4 et 8% chaque année.
09:27On n'a rien à dire.
09:28On paye la taxe.
09:29Et d'une année sur l'autre.
09:32Vos clients, alors, vos clients ne sont pas les hyperscalers ?
09:35Vos clients sont qui ?
09:36Nos clients ne sont pas les 3 hyperscalers américains.
09:38Ceci dit, on a beaucoup de producteurs de cloud dans le monde entier
09:42qui sont clients de Scality.
09:44C'est le cas d'Orange ou d'Outscale,
09:47la filiale cloud de Dassault Systèmes en France.
09:50Donc, notre logiciel fait tourner beaucoup de cloud public dans le monde entier.
09:55Aux Etats-Unis, on a Iron Mountain, qui est client,
09:58qui s'appuie entièrement sur Scality
10:00et qui est la plus grosse entreprise d'archives aux Etats-Unis, c'est sûr,
10:05et je pense dans le monde entier.
10:06Et vous parliez des collectivités territoriales tout à l'heure.
10:10Elles, elles vont voir arriver la directive Nice 2.
10:13Oui.
10:14Qu'est-ce que ça change pour vous ?
10:15Parce que là, c'est encore plus un besoin de sécurité,
10:18de garantie, de confiance sur la protection des données
10:20et leur stockage.
10:23Déjà, ça fait reposer la responsabilité au bon endroit.
10:28La directive, elle dit, vous êtes responsable de vos données.
10:30Ça paraissait couler sous le sens, mais il faut le dire.
10:33Donc, ça met la responsabilité au bon endroit.
10:36Je pense qu'aujourd'hui, en matière de stockage de données
10:39et surtout en termes de protection, de backup, de sauvegarde,
10:44la bonne façon de faire, c'est d'avoir une copie chez soi.
10:48Alors, chez soi, ça peut être un data center qui est loué,
10:50mais une copie sous son contrôle
10:51et une autre copie dans un cloud public
10:55qui peut très bien être un cloud souverain.
10:57Et il y a énormément d'offres de cloud souverains en France
11:01qui permettent de faire de la sauvegarde sur des clouds souverains.
11:04On parle souvent d'OVH, d'Houtscale, de Scaleway, de Cloud Temple.
11:08Il y en a plein d'autres.
11:09C'est vrai.
11:09Donc, il n'y a pas de problème d'offre.
11:12On me dit souvent, oui, on va chez les Américains
11:14parce qu'il y a un problème d'offre.
11:15Non, il n'y a pas de problème d'offre.
11:16Il y a un problème d'habitude dans les achats.
11:18Donc, qu'est-ce que ça va changer ?
11:20Je pense que, petit à petit,
11:21les collectivités territoriales vont se mettre au diapason.
11:24C'est quand même un budget.
11:26C'est une des raisons pour lesquelles nous,
11:27on a conçu un produit qui est très peu cher à exploiter
11:30et très, très peu cher à l'achat.
11:32Je considère que 3 000 euros par an,
11:33ce n'est quand même pas très élevé.
11:35Donc, on s'est posé la question,
11:36comment on apporte un produit qui va permettre
11:39de faire ces sauvegardes à très bas coût
11:41et avec un très haut degré de fiabilité dans la sécurité.
11:44C'est dans la perspective de Nice 2.
11:45Vous l'avez pensé, cette offre ?
11:46On a pensé ce produit, ça fait 4-5 ans maintenant.
11:50Il y avait déjà Nice 1 en même temps.
11:52Mais c'était une inspiration de Florent Kirchner
11:54qui était responsable de la stratégie cybersécurité de l'État à l'époque
11:57et qui m'a dit, on a un problème,
12:00on n'a pas de solution clé en main pour les PME.
12:03Et s'il n'y a pas de solution clé en main,
12:06le problème, c'est que quand ils mettent en oeuvre la solution,
12:08ils risquent d'introduire des failles de sécurité.
12:11Et donc, il m'a dit ça et ça a fait tilt.
12:13Je me suis dit, ok, on va la créer.
12:15Et donc, c'est ce qu'on a fait avec un produit qui s'appelle Artesca.
12:17Alors, on parle d'une explosion des prix des composants
12:20autour de la mémoire et du stockage.
12:22Donc là, c'est du hardware, d'accord ?
12:26Qui est lié notamment à la montée en puissance
12:28des intelligences artificielles dont vous avez parlé.
12:31Est-ce que ça a un impact sur votre activité ?
12:33Oui, c'est une réalité.
12:35Les prix, selon les composants,
12:36les prix ont augmenté de 50% ou même doublé.
12:39La plupart des constructeurs, maintenant,
12:41quand ils font une offre, elle est valide pour 15 jours.
12:43On a même vu des cas où des
12:45monts de commande ont été acceptés
12:47puis refusés par un constructeur.
12:49Donc, il y a un vrai problème.
12:51Maintenant, il faut gérer deux choses importantes.
12:55C'est possible d'acheter du hardware, des serveurs
12:57et de se faire livrer.
12:59J'entends dire parfois, c'est impossible d'obtenir.
13:01Non, ce n'est pas vrai.
13:02Pas de panique.
13:03Les prix sont élevés, mais il y a de la production
13:07et on peut se faire livrer.
13:08Et la deuxième chose, c'est qu'il ne faut pas compter
13:10sur le fait que les prix vont baisser dans six mois.
13:12C'était la question que j'allais vous poser.
13:13Non, si on se dit, je repousse mon investissement,
13:15c'est-à-dire mieux dans six mois, il ne faut pas y compter.
13:17Nous, on rencontre beaucoup de constructeurs.
13:20On travaille beaucoup avec Samsung,
13:21notamment aussi au niveau des mémoires flash.
13:24Ils nous disent, là, il y en a pour un an, un an et demi,
13:27parce que c'est une question de construire de nouvelles usines.
13:29Donc, c'est des cycles extrêmement longs.
13:31Donc, ça ne va pas changer.
13:34Construire une nouvelle usine, c'est plus qu'un an ou deux, même.
13:36Oui, mais il y a déjà des usines qui sont en construction.
13:38Nous, ils nous disent, il faut compter 12-18 mois.
13:40Mais en tout cas, ce n'est pas six mois.
13:42Oui.
13:43Très bien.
13:44La question de la souveraineté technologique,
13:46qu'on peut appeler indépendance technologique,
13:48qu'on a commencé à l'évoquer,
13:50mais c'est plusieurs briques, justement.
13:51Il y a du software, il y a du hardware.
13:55Comment est-ce que vous pensez aujourd'hui
13:57qu'on est capable de construire,
13:59au niveau justement de la protection
14:02de nos données en Europe,
14:04un écosystème vertueux ?
14:05Vous avez dit, ce n'est pas un problème d'offres.
14:07Il y a quand même un problème.
14:08Non.
14:09Alors, il est où ?
14:10En tout cas, ce n'est pas un problème d'offres.
14:12Mais oui, il y a un problème.
14:13D'abord, je pense que la souveraineté,
14:16la souveraineté, ça s'envisage à l'échelle d'un État,
14:18mais on peut aussi parler d'ailleurs
14:19de la souveraineté d'une entreprise,
14:20c'est-à-dire la capacité d'une entreprise
14:22à prendre les décisions de façon autonome.
14:24Oui.
14:24En fait, ça n'a rien à faire.
14:25Pour moi, la souveraineté,
14:29c'est avant tout une histoire de patriotisme.
14:31Il ne peut pas y avoir de souveraineté
14:32s'il n'y a pas de patriotisme.
14:34Et donc, c'est avant tout
14:36une responsabilité individuelle
14:38de chacun en tant que consommateur
14:40dans chacune de nos décisions d'achat,
14:43et puis des donneurs d'ordre dans les entreprises
14:45et aussi au sein des institutions publiques
14:48à chaque décision d'achat.
14:50C'est avant tout une responsabilité individuelle
14:53avant d'être une responsabilité d'État.
14:55C'est aussi une responsabilité d'État
14:57pour encadrer ça, pour permettre cela.
14:59Donc, le problème aujourd'hui,
15:00c'est que les acheteurs...
15:02Et pour ouvrir l'attente publique aussi, quand même.
15:04Le problème aujourd'hui, c'est que les acheteurs,
15:06que ce soit dans les entreprises
15:08ou au sein des services publics,
15:11très souvent, en fait, achètent par habitude
15:14des services cloud et des logiciels américains.
15:17Il y avait une étude du cabinet Asterès
15:19qui a été publiée il y a un an
15:20qui montrait que 80% des dépenses de cloud
15:23et de logiciels en Europe
15:25sont faites auprès de fournisseurs américains.
15:28C'est ça le problème.
15:29Et c'est pas...
15:31Personne n'est malveillant.
15:32C'est juste que chacun est confortable
15:34dans son habitude.
15:35Chacun dit que l'autre doit faire de la souveraineté
15:37et chacun ne se remet pas assez en cause
15:40dans ses habitudes d'achat.
15:42Donc, ce qu'il faudrait,
15:43c'est qu'à chaque décision d'achat,
15:45on se pose la question
15:46« Existe-t-il une solution européenne
15:49qui me convient ? »
15:50Il faudrait un accompagnement aussi
15:51parce que c'est pas forcément si simple
15:52de migrer.
15:55Non, c'est pas si difficile non plus.
15:57Le problème, c'est vraiment un problème d'habitude.
16:00C'est pas un problème de technologie.
16:03Je sais pas, moi, je vais prendre l'expérience
16:04de Scality parce que celui que je connais bien.
16:06Nous, on est présents dans le monde entier.
16:07On a des clients dans le monde entier.
16:09J'ai des clients publics.
16:11Et par exemple, pour les outils que vous utilisez,
16:13vous avez fait des choix nationaux ?
16:16Européens ?
16:16On fait un choix réellement proactif
16:19et choisi vers Mistral.
16:21D'accord.
16:22D'accord ?
16:24Ça, c'est un choix conscient choisi.
16:26D'accord.
16:27Et sinon, comme tout le monde,
16:29la plupart de mes sas,
16:30c'est des sas américains.
16:31C'est une réalité.
16:32Par contre, ce qu'on est aussi en train de faire,
16:34grâce à l'IA,
16:35c'est de développer nos propres agents.
16:37Et je pense que d'ici la fin de l'année,
16:39on aura arrêté d'utiliser certains de nos sas.
16:42Donc, en rapatriant la chaîne de valeur
16:45plus près de chez nous
16:46avec des agents construits sur Mistral.
16:48Donc, oui, ça, c'est des choix conscients.
16:49C'est une stratégie qui fait des choix.
16:52Mais autant je dis que c'est une responsabilité chacun.
16:54Une fois qu'on assume la responsabilité,
16:56ce n'est pas nécessairement des choix faciles,
16:57je l'accorde.
16:58Mais aujourd'hui, ce qui manque,
16:59c'est cette intention de se poser la question,
17:02systématiquement à chaque décision d'achat,
17:04est-ce qu'il existe une solution européenne ?
17:07Et nous, on est considérés comme leader mondial
17:09par les Américains dans notre domaine.
17:11Alors, j'ai 50 secondes pour vous poser la question
17:14et j'y tiens.
17:15Au stockage de demain, le futur,
17:17parce que j'ai vu que vous aviez fait quelque chose
17:18avec l'INRIA, Cyberté.
17:20Comment vous imaginez la suite dans l'histoire du stockage ?
17:24Le stockage de demain sera de plus en plus autonome
17:27et utilisera des agents à l'intérieur du stockage.
17:31Et si on veut être futuriste et penser,
17:33non pas 2030, mais plutôt 2050,
17:35moi, je pense qu'un bon stockage de données en 2050
17:38sera un stockage qui s'est oublié.
17:41Parce que pour construire de la mémoire,
17:44il faut aussi savoir choisir ce qu'on oubliait.
17:46On n'est pas du tout là aujourd'hui
17:47et je vous rassure,
17:48pour les spectateurs,
17:50ce n'est pas pour demain.
17:51Je vous réinviterai bien avant.
17:53Merci beaucoup, Jérôme Leca.
17:55Je rappelle que vous êtes le CEO de Scality.
17:56Merci à tous de nous suivre avec une grande fidélité
17:58sur la chaîne Bsmart.
18:00On se retrouve dès demain
18:01pour de nouvelles discussions sur la tech.
18:03Excellente journée à tous.
18:11Sous-titrage Société Radio-Canada
18:11Merci.
18:11Merci.
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