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  • il y a 1 jour
Didier Varrod reçoit Gauvain Sers, auteur, compositeur et interprète, pour évoquer son engagement en faveur de ceux trop souvent laissés aux marges de la société.
Originaire de la Creuse, Gauvain chante le quotidien de ceux qu'il nomme Les Oubliés, titre d'une de ses chansons qui rend hommage aux laissés-pour-compte de la société et qui sera reprise comme hymne par les Gilets jaunes.
Partagé entre sa campagne natale et Paris, sa ville d'adoption, il souhaite réconcilier ces deux parties de la France qui se comprennent peu et souhaite briser les a priori des uns et des autres.
Récemment devenu père, la thématique de l'enfance est au centre de son nouvel album, Boulevard de l'enfance. Gauvain n'hésite pas à partager son intimité, ses sentiments et le vertige qu'il a pu ressentir face à cette nouvelle condition et à ces nouvelles responsabilités, tout en continuant à rêver d'un monde plus juste et innocent comme le sont les enfants.

Embarquez Quai n°8. A bord du train, le paysage défile mais les mots, eux, prennent leur temps. Un journaliste, un invité et un trajet pour faire émerger ce qui ne se dit pas ailleurs. Dans un compartiment singulier, une conversation s'installe, explorant ce qui tisse un itinéraire, éclaire une pensée, porte un engagement. Chaque collection emprunte sa propre voie : Didier Varrod s'entretient avec des artistes pour qui la musique est aussi un acte citoyen. Yves Thréard fait revivre à des figures politiques le jour où leur vie a été bouleversée par un événement à résonnance nationale ou internationale. Laure Adler donne la parole aux féministes. Daphné Roulier interroge des personnalités du cinéma, reflet de notre société... Un format inédit, comme une invitation à penser autrement.

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Transcription
00:00On est les oubliés, la campagne les paumées,
00:05et trop loin de Paris, le cadet de leurs soucis.
00:12Qu'il est triste le patelin avec tous ces ronds-points qui font tourner les têtes.
00:22Bonjour Gauvin Serre.
00:23Bonjour Didier.
00:24Je suis ravi de vous accueillir dans ce train en mouvement,
00:28avec des paysages que vous connaissez assez bien,
00:30puisque ce sont ceux, on va dire, de la France profonde.
00:33Oui, c'est vrai.
00:33C'est vrai que ça me parle, c'est très familier pour moi.
00:36J'ai l'impression de rentrer dans ma creuse.
00:37Voilà, vous êtes né à Limoges.
00:39Oui.
00:40Vous avez grandi à Dens-le-Palestel,
00:42et vous avez évidemment passé votre enfance et votre adolescence dans cette creuse.
00:48Exactement.
00:48Vous êtes toujours aussi attaché à cette creuse,
00:51alors que vous sortez un nouvel album,
00:54et que le premier titre que l'on aura écouté,
00:57avec beaucoup de gourmandise,
00:58c'est une chanson qui s'appelle « Monter à Paris »,
01:00souvent en train d'ailleurs.
01:01Oui, c'est complètement…
01:03Pour répondre à la première question,
01:05je suis toujours très attaché évidemment à la creuse.
01:08Je pense qu'on est tous assez chauvins par rapport à nos origines,
01:11par rapport à l'endroit où on a grandi, les racines et tout ça.
01:14Donc oui, je suis très attaché à ça.
01:17J'y retourne très souvent.
01:19J'ai une partie de ma famille qui est encore là-bas.
01:22Et c'est un endroit où je me sens bien, parce que j'ai eu mes habitudes.
01:26Les repères aussi, les paysages qui sont familiers,
01:29les odeurs, les bruits, les sensations comme ça,
01:33qui sont en nous, en fait, dans notre chair,
01:36quand on a grandi dans un endroit.
01:37Effectivement, la chanson « Monter à Paris »,
01:40elle raconte justement si bien qu'on soit dans un wagon,
01:43parce que ça raconte un peu ce moment où on se retrouve sur le quai de la gare,
01:47avec la guitare sur le dos, des rêves plein la tête.
01:51Et voilà, on a grandi dans un endroit et c'est un moment de bascule,
01:55parce qu'on sait qu'on part soit dans la grande ville d'à côté,
01:58moi c'était Paris en l'occurrence,
02:00et je pars avec beaucoup d'insouciance, d'incertitude,
02:04mais en même temps, envie de croquer la vie à pleines dents.
02:07Et je trouve que c'est assez universel comme image,
02:11comme sensation.
02:14Et c'est un moment charnière,
02:16qui n'avait pas forcément été abordé en chanson,
02:18et qui, à force de raconter des histoires comme ça le soir à mon fils,
02:22j'avais envie de lui raconter l'histoire de ses parents,
02:25et de ce moment-là,
02:26voilà, pourquoi on est parti à Paris,
02:28et c'était pour faire de la musique, moi en l'occurrence.
02:31Alors, avant d'évoquer précisément votre nouveau statut de père de famille,
02:37est-ce que cette chanson aussi,
02:39elle n'était pas là pour casser un peu cette image du chanteur de la ruralité,
02:43puisqu'on l'a beaucoup vu et beaucoup lu dans les articles vous concernant ?
02:48Oui, j'assume clairement en plus ce statut,
02:50il ne me dérange pas,
02:51ça correspond à une seule des facettes de ma vie,
02:54parce que c'est vrai qu'aujourd'hui, ça fait 13 ans que j'habite à Paris,
02:57donc j'ai vraiment ces deux casquettes-là de provincial,
03:02et en même temps, je crois que je suis devenu parisien par la force des choses,
03:05et parce que j'adore Paris aussi,
03:06je suis toujours émerveillé,
03:07je suis toujours un touriste quand j'arrive à Paris,
03:10tout à l'heure, on passait devant la tour Eiffel pour venir ici,
03:14et je suis toujours comme ça émerveillé par la poésie qu'il y a dans cette ville,
03:20c'est très inspirant.
03:22Donc c'est vrai que ça ne correspondait pas forcément à toute ma personnalité,
03:28mais j'essaye de réconcilier les deux la France rurale avec la France des grandes villes,
03:34parce que je pense qu'en plus, c'est assez réducteur souvent de catégoriser comme ça les gens,
03:40parce que la plupart des Parisiens, en plus, ont grandi aux quatre coins du pays,
03:44parfois dans des tout petits villages,
03:45et il y a un petit côté snobisme qui me dérange un peu dans cette appellation-là.
03:52Mais moi, je n'ai jamais triché avec mon histoire et je préfère raconter la vérité.
03:58J'ai écrit plein de chansons sur la Creuse, sur tous ces gens que j'ai croisés et qui m
04:03'ont inspiré des chansons
04:04et avec qui je me sens très proche.
04:06Et j'ai écrit aussi beaucoup de chansons sur Paris, les Toits de Paris,
04:11entre République et Nation, etc.
04:14Et voilà, je me sens très proche aussi de ça.
04:16Donc voilà, j'essaye d'être dans l'équilibre entre les deux et je pense que c'est ce qui
04:19me représente.
04:20Alors vous avez parlé de cette volonté de transmission à votre fils.
04:24Vous êtes devenu père de famille.
04:27Est-ce que cet album aurait été le même sans la paternité, Gauvin ?
04:31Non, je ne pense pas.
04:32Forcément, ça influence l'écriture, ce qu'on a envie de raconter.
04:39Puis c'est vrai qu'un album, il y a un côté, c'est une photo des deux, trois dernières
04:42années de notre vécu.
04:44C'est une étape dans la carrière.
04:47Et c'est vrai que moi, cette étape, elle correspond à une envie déjà de mettre sur pause un peu
04:53la tournée,
04:54de me poser un peu chez moi, de dormir deux fois dans le même lit
04:59et prendre le temps de revenir à la vraie vie, de retourner dans les cafés,
05:04de revoir des vieux copains que j'ai laissés un peu de côté à cause du rythme de la tournée,
05:09de revoir plus ma famille.
05:13Et puis, cette naissance-là, elle vient chambouler pas mal de certitudes.
05:19Elle vient chambouler l'échelle des priorités où on se dit,
05:25tiens, il n'y a pas que moi dans la barque maintenant, ni ma compagne.
05:31On est trois, donc c'est un nouvel équilibre à trouver aussi.
05:34On se pose plein de questions sur notre place dans la société, sur qu'est-ce que je vais transmettre
05:42effectivement.
05:43Mais il y a aussi des questions sur nos parents, sur tiens, mais en fait, ils ont été comme ça
05:47avec moi,
05:48comme moi je suis en ce moment avec mon enfant, c'est fou.
05:54Je pense que c'est une période qui est vraiment propice à l'interrogation.
05:59Et l'interrogation amène quand même beaucoup de chansons, souvent, c'est ça qui me fait prendre un stylo.
06:05C'est, j'ai envie d'aborder ce sujet, je veux interroger les gens, je veux leur raconter un truc
06:10très fort qui m'est arrivé,
06:12qui est viscéral.
06:14Et c'est vrai que forcément la naissance de quelqu'un sur cette planète à feu et à sang, ça
06:20interroge beaucoup de choses.
06:21Mais plus que ça, puisque l'album s'intitule Boulevard de l'enfance, une chanson que vous avez interprétée avec
06:28Francis Cabrel.
06:29Donc vous réalisez à nouveau un de vos rêves et c'est un effet miroir sur l'enfance.
06:36Est-ce que votre enfance et votre adolescence, mais plus particulièrement l'enfance, comme chez Renaud, qui est votre tuteur
06:42artistique,
06:43c'est le paradis perdu pour vous ?
06:46Honnêtement, ouais, je pense que d'ailleurs, c'est aussi pour ça qu'on est très proche.
06:51Je pense aussi à Jean-Pierre Genet, par exemple, avec qui on a bossé sur le premier clip de Pourvu.
06:57Je pense que je suis très sensible aussi à ces films parce qu'il est toujours question d'enfance.
07:03Il y a toujours un personnage comme ça, enfantin, parce que c'est là où il y a l'insouciance,
07:09c'est là où il y a le plus de poésie en enfance.
07:13C'est des petits riens, c'est des mots qu'on va prononcer de travers et qui vont être magnifiques.
07:20Et puis c'est une période où effectivement, les soucis des grands paraissent tellement loin.
07:26On est loin de l'absurdité du monde.
07:30Ce n'est pas le cas pour tout le monde.
07:31Il y a des gens qui ont une enfance fracturée.
07:33D'ailleurs, vous le chantez aussi dans cet album en vous mettant à la place d'un jeune ukrainien qui
07:39raconte la guerre à hauteur d'enfant.
07:42C'est vrai, mais même quand on est dans une enfance fracturée, à la fois on saisit ce qui se
07:46passe
07:46et à la fois il y a quand même une bulle d'insouciance qui, heureusement, nous protège d'un monde
07:51qui est parfois vraiment cruel.
07:52Et on le voit même dans les images aujourd'hui.
07:55Parfois, il y a des photos des gamins qui continuent de jouer au foot au milieu des gravats ou des
07:59choses comme ça.
08:00Et ça, je trouve qu'il n'y a rien de plus bouleversant et qui interroge plus que ce type
08:05de photos-là
08:05qui, à la fois, montre justement ce besoin de jouer quand on est enfant
08:11et en même temps, à côté des conneries que vont faire leurs aînés, les adultes,
08:19sous prétexte de vouloir toujours souvent une soif de pouvoir ou de devenir les rois du monde.
08:26Donc, ouais, c'est... En tout cas, je recherche beaucoup l'état d'esprit qu'on a quand on est
08:33enfant.
08:34Même le rapport au temps, le rapport... On n'est jamais pressé quand on est enfant.
08:40On s'attarde en tout cas sur les jolies choses de la vie.
08:43Et c'est vrai que la phrase de Saint-Exupéry qui dit que voilà,
08:47tous les adultes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre eux s'en souviennent.
08:52Je pense que c'est assez vrai et qu'on a besoin de retrouver ça.
08:55Et c'est vrai que quand on écrit des chansons là-dessus, on est heureux de se replonger là-dedans
09:00pour échapper aussi peut-être à la réalité du monde.
09:04Et pourtant, vous êtes un chanteur qui est totalement immergé dans la marche du monde,
09:10dans sa vitesse, dans son absurdité, dans sa violence.
09:13Vous avez été le héros national de la révolte des Gilets jaunes.
09:20Vous aviez écrit cette chanson, Les Oubliés, bien avant cette révolte des ronds-points.
09:26Vous donnez votre avis dès lors que vous êtes choqué ou dans une...
09:31Oui, dès qu'il y a un surplus de colère.
09:31Voilà, un surplus de colère.
09:33Et d'ailleurs, Cabrel, avec qui vous chantez, dit qu'il vous trouve beaucoup plus courageux que lui-même
09:38dans vos prises de position.
09:40Alors, l'enfant, il est là, mais en même temps, le monde et l'adulte, il est toujours aussi,
09:45j'irais même peut-être plus en colère que jamais.
09:48Oui, bien sûr, notamment parce que ce que les adultes font a une répercussion sur les enfants
09:54et que c'est terrible de leur léguer un monde comme ça où, pourvu d'injustice,
10:00le monde aujourd'hui, il y a tellement d'absurdité.
10:03Donc oui, j'ai envie de dénoncer ça en chanson, sans être premier degré,
10:08d'honneur de leçons, sans faire de morale à qui que ce soit.
10:11Mais par contre, en racontant des histoires, en mettant des personnages au milieu de tout ça,
10:17ça permet de questionner, en tout cas, plein de choses, d'aborder des nouveaux sujets.
10:25Et effectivement, notre rapport à la société.
10:28C'est vrai que dans cet album, je pense qu'il y a à la fois pas mal d'intimité,
10:33pas mal de... Ouais, le rapport à tous ces gamins.
10:38Mais il y a aussi une part de colère, bien sûr, parce que l'époque veut ça.
10:43Je pense que chez les gens, il y a beaucoup de colère.
10:45Et moi, le rôle d'un artiste, c'est aussi d'essayer de retranscrire ce qui se passe dans notre
10:50époque.
10:50Et je pense que ça serait vraiment tellement utopiste de ne parler que de la facette magnifique de l'enfance
10:57où tout est magnifique, quoi.
11:00Mais justement, après Les Oubliés, qui est un succès qui vous a dépassé,
11:04puisque effectivement, c'est devenu, je le dis, une sorte d'hymne national de toutes les colères,
11:09de tous les sans-voix.
11:11Et elle a d'autant plus d'actualité aujourd'hui qu'elle continue à être chantée et scandée dans les
11:16manifestations.
11:18Mais après ça, vous avez été aussi victime, entre guillemets, de critiques un peu féroces
11:22sur ce qu'on a appelé l'efficacité démagogique de la chanson.
11:26Et vous avez continué.
11:28Vous vous êtes dit, c'est pas parce qu'on a remis en question ma sincérité
11:32que je ne dois pas continuer à affirmer mes convictions.
11:35Il y a la lettre au président, qui est un clin d'œil à Renaud,
11:39mais qui s'adresse directement à notre Jupiter du moment.
11:43Et puis, il y a cette lettre à votre grand-mère que vous avez relue il n'y a pas
11:48longtemps,
11:49Place de la République, si tu savais ce que le monde est devenu.
11:53Oui, oui. Non, à aucun moment, je me suis dit, parce qu'il y a telle ou telle personne
11:58qui remette en cause ma légitimité ou ma sincérité sur les oubliés.
12:04Les oubliés, je pense que c'est la chanson en vrai qui me ressemble le plus
12:07que celle que j'ai écrite depuis toujours.
12:11C'est la chanson de ses paysages.
12:12Voilà, donc ça ne me fait absolument pas douter sur le fait que je sois droit dans mes bottes.
12:17Et heureusement, d'ailleurs, peut-être que si ça m'avait fait douter,
12:21j'aurais effectivement mis de côté cette facette-là de mon écriture.
12:25Mais pour moi, en fait, un artiste ne doit pas s'auto-censurer sur tel ou tel sujet
12:30s'il a peur de froisser quelqu'un.
12:34Moi, je pense que c'est aussi le rôle des auteurs de justement venir un peu titiller
12:39là où ça fait mal quelque part.
12:42Et effectivement, moi, j'ai continué honnêtement sans me poser de questions.
12:46Moi, ce qui est important, c'est est-ce que je me sens légitime à aborder ce sujet-là ?
12:51Est-ce que je vais pouvoir porter sur mes épaules aussi ce qui va se passer après ?
12:54Ce qui peut se passer si je me fais attaquer, etc. ?
12:57Est-ce que je suis prêt à endosser ça ?
13:00Et si dans ma tête, tout est OK, les planètes sont alignées
13:04et je suis prêt à assumer ce que je dis et je le défendrai bec et ongle
13:09contre vents et marées, même si je me mets tout le monde à dos,
13:13j'y vais quand même parce que pour moi, c'est trop important.
13:17Les chansons comme ça, elles sont pour moi porteuses d'espoir parfois là où il n'y en a plus.
13:24Et moi, en tant qu'auditeur, ces chansons-là m'ont vraiment structuré, porté.
13:30D'ailleurs, je fais une petite parenthèse, ça me fait penser.
13:33Je crois que vous étiez à la fête de l'Humanité il y a quelques mois maintenant
13:37et que vous avez entonné cette chanson, Les Corons,
13:41qui est une sorte de marseillaise du peuple ouvrier.
13:45Aujourd'hui, devant 40 ou 50 000 personnes, c'est ça ?
13:48C'était un grand moment parce que, déjà, la chanson, je la trouve merveilleuse.
13:54Par exemple, ça, c'est typiquement une chanson qui transpire la sincérité,
13:58le vécu et l'humanité qu'il y a derrière.
14:01Et c'est vrai que parfois, les gens connaissent le refrain très fédérateur
14:06qu'on entend dans les stades de foot et tout ça.
14:08Et en fait, il y a plein de gens qui sont venus me voir.
14:09« Ah, mais je n'avais pas entendu les couplets qui parlent vraiment du monde ouvrier,
14:14de la mine, de cette transmission aussi entre les générations. »
14:19Et c'est une chanson qui me touche beaucoup.
14:22Je pense que Jean Ferrar aurait pu la chanter ou quelqu'un comme ça.
14:27Et c'est Pierre Bachelet dont on n'imagine pas,
14:30dont on ne soupçonne pas un positionnement à gauche, bien au contraire.
14:35Socialement, effectivement.
14:37Mais parce que ça parle de tout le monde, de toute la facette du monde ouvrier
14:40et puis des émotions qu'il y avait à la maison, dans ce genre de famille-là.
14:47Et c'est vrai que j'ai adoré chanter cette chanson-là.
14:49Je trouve qu'elle fait du bien, en fait, dans l'époque où, aujourd'hui, finalement,
14:54le monde ouvrier a de moins en moins de résonance, notamment syndicats.
14:58Et je pense que c'est hyper important, ce genre de chanson-là.
15:02Je pense que ça fait du bien pour que le pays se réconcilie, je pense.
15:07Vous pensez, justement, que le pays, parfois, peut se réconcilier avec des chansons.
15:13Est-ce que vous avez cette conviction chevillée au corps ?
15:18J'ai l'utopie de croire que les chansons peuvent fédérer, peuvent...
15:22Faire bouger aussi le monde ?
15:23Ouais.
15:24Changer le monde, c'est peut-être un trop grand mot,
15:26mais bousculer le monde un petit peu, le secouer, ça, je suis convaincu.
15:31Sinon, je n'écrirais pas des chansons sociales ou sociétales qui, pour moi...
15:37Ce qui a été le cas avec Les Oubliés, d'ailleurs.
15:39Voilà, par exemple, cette chanson-là, c'est une chanson qui a eu de la résonance,
15:43mais au-delà de la résonance, au-delà de juste passer à la radio ou à la télé, etc.
15:49Ce qui me touche, c'est les gens qui l'utilisent pour aller, après,
15:53essayer de sauver leurs écoles, leurs hôpitaux, les maternités,
15:56réécrire la chanson pour devenir une sorte d'étendard,
16:00faire entendre leur voix, etc.
16:02Ça devient utile, en quelque sorte, à des gens qui en ont besoin.
16:07Elle est devenue une sorte de passeport pour faire passer un message au-delà de vous, quoi.
16:12C'est quelque part, peu importe que ce soit moi qui la chante
16:15ou un groupe d'enfants dans une école.
16:19Je trouve ça merveilleux quand une chanson, elle a cette deuxième vie-là, quelque part.
16:25C'est presque ça, la plus grande fierté sur cette chanson-là,
16:28c'est qu'elle puisse aider les autres.
16:32Alors, il y a les chansons qui portent votre message,
16:35votre message de jeune papa, votre regard sur le monde aussi.
16:42Sur les femmes, beaucoup, vous êtes vraiment un allié du féminisme.
16:46Il y a une chanson merveilleuse qui s'appelle « Presque maman »
16:49où vous levez le tabou de ces femmes qui font des fausses couches
16:53et qui ne sont que « Presque maman ».
16:56Oui.
16:57C'est important, dans chaque album, qu'il y ait une chanson qui vous positionne en tant qu'homme reconstruit
17:05dans cette nouvelle société post-MeToo, on va dire.
17:09Oui, totalement.
17:10Et puis, c'est vrai que c'est un sujet qui paraît tellement important, qui n'a jamais été abordé.
17:15Alors que, voilà, quand j'écris ce genre de chansons, je me renseigne beaucoup,
17:19je vais lire beaucoup de choses, des témoignages, je regarde des documentaires,
17:23et j'essaye de me...
17:26En plus, là, je me place à la place de la « Presque maman ».
17:31Donc, c'est important de ne pas dire n'importe quoi sur ce genre de sujet-là.
17:35Ce que j'ai appris et que je ne soupçonnais pas, c'est qu'il y avait entre, je crois,
17:3935 et 40% des femmes qui ont fait des fausses couches.
17:44Et ça me paraissait dingue comme chiffre et qu'on en parle si peu.
17:49Et voilà, les chansons sont faites aussi parfois pour mettre en lumière, comme ça,
17:52des sujets un peu oubliés.
17:55Et voilà, je ne me voyais pas traiter la chanson en tant qu'homme
17:59parce que, justement, c'était le meilleur moyen, je pense, de se faire tomber dessus
18:02et de taper à côté parce que je n'aurais pas eu le même regard
18:06et je n'aurais pas pu dire les mêmes choses.
18:08Alors que quand je me mets à la place d'une femme,
18:12je peux essayer de parler de ce qu'il y a à l'intérieur,
18:14de dire « mais voilà, vous ne comprenez pas, moi j'avais vraiment l'impression
18:18que j'ai vraiment ressenti la personne à l'intérieur de moi,
18:23c'est terrible ce qui m'arrive et j'aimerais bien que ce soit pris en compte dans la société
18:28et que ça ne devienne plus un tabou, etc. »
18:30Ça, je n'aurais pas pu le dire si j'avais pris le point de vue d'un homme.
18:33Donc voilà, c'est important de doser comme ça ce qu'on a le droit de dire,
18:37ce qu'on n'a pas le droit de dire.
18:39Mais c'est des sujets qui m'intéressent parce que aussi,
18:42j'ai observé autour de moi que c'était arrivé à beaucoup de gens.
18:46Et finalement, il n'y a pas beaucoup de monde qui en parle.
18:48Donc c'est pas mal d'en parler, je crois.
18:51Alors, il y a les chansons et puis il y a les réseaux sociaux
18:54que vous utilisez parfois comme une tribune pour exprimer soit votre colère,
19:01soit votre émotion.
19:02Il y a eu évidemment cette lettre que vous avez écrite après l'assassinat de Samuel Paty
19:07qui a été lue le jour de l'hommage national par la famille,
19:12ce qui était vraiment très émouvant pour vous.
19:14Et puis là, vous venez de reprendre la parole.
19:17Ça vous arrive de temps en temps, quand ça déborde un peu trop ?
19:20C'est exactement ça.
19:21Est-ce que vous pouvez nous raconter pourquoi vous avez pris la parole récemment
19:25à propos de l'assassinat de ce jeune extrémiste de droite
19:29dont vous dites qu'il ne faut pas l'appeler par son prénom ?
19:33Non, parce que je pense que déjà, l'appeler par son prénom,
19:36c'est déjà lui amener une familiarité qui, pour moi, me dérange un peu.
19:43C'est-à-dire qu'on ne fait pas ça pour tout le monde.
19:46Donc soit on le fait pour tout le monde, soit on le fait pour personne.
19:49Mais voilà, je pense que c'est une certaine facette des médias qui a choisi ça.
19:58Et après, beaucoup de gens l'ont repris malheureusement.
20:00Mais ouais, non, je réagis à ça quand vraiment la goutte d'eau fait déborder le vase
20:05et que je trouve ça lunaire, la façon dont sont traitées certaines choses, etc.
20:10Et puis, en fait, je m'autorise le droit de parfois donner mon avis
20:13comme un citoyen lambda, pas en tant que casquette d'artiste aussi,
20:17mais juste, voilà, j'ai envie de réagir à un fait de société.
20:21En disant antifasciste, mais non affilié à un parti politique.
20:27Est-ce que c'est compatible, Gauvin ?
20:30C'est-à-dire que moi, je ne soutiens, je n'ai jamais soutenu une candidature.
20:36Je ne soutiens aucun parti, je n'adhère à aucun parti.
20:39J'ai une sensibilité, évidemment.
20:42Je pense que tout le monde le sait que j'ai une sensibilité plutôt portée à gauche, évidemment.
20:46Mais pour ces valeurs, les valeurs de partage, etc.
20:53Mais après, je ne soutiens aucun parti.
20:55Et justement, pour pouvoir être libre de commenter ce que j'ai envie de commenter,
21:00de pouvoir aborder en chanson ce que j'ai envie d'aborder, etc.
21:04Et ça, c'est super important, de ne pas avoir les pieds, les points liés,
21:08quand on est, je pense, quand on est chanteur, enfin auteur.
21:11Et voilà, là, c'est vrai qu'il se trouve que cet épisode-là,
21:15en fait, c'est l'épisode médiatique qui m'a donné envie de réagir.
21:18C'est la façon dont c'était traité.
21:19C'est ça, vous avez désigné plutôt les médias.
21:21Ben oui, c'était plutôt le traitement médiatique.
21:23Le traitement médiatique de dresser le portrait de quelqu'un,
21:29voilà, d'enjoliver en tout cas ce portrait-là,
21:33alors que voilà, on a compris quelques jours plus tard
21:37qu'on était quand même face à quelqu'un qui défilait
21:40à côté des néo-nazis le 9 mai, etc.
21:45Donc, de là à faire une minute de silence à l'Assemblée nationale,
21:49j'avoue que moi, ça me pose vraiment question
21:51quand on rend hommage à quelqu'un comme ça,
21:54mais sans oublier que, évidemment, je condamne le fait
21:57que quelqu'un soit mort de cette manière-là, ça n'a aucun sens.
22:00En fait, ça retranscrit le fait que la société est malade,
22:03entre guillemets, et qu'on n'arrive plus à se comprendre,
22:05et que la discussion n'existe plus, les débats n'existent plus,
22:09et qu'on en vient à attiser la violence, voilà.
22:12Mais moi, ce que je voulais souligner dans le texte aussi,
22:15c'est la manière dont c'est traité médiatiquement
22:17à l'Assemblée nationale, et d'oublier les faits.
22:21En fait, on est une époque où on retourne des vérités,
22:25l'ère de post-vérité me fait extrêmement peur,
22:28comme on le voit aux États-Unis,
22:31le fait de retourner des vérités,
22:33les gens qui sont anti-antifascistes,
22:36ils sont quoi alors du coup aujourd'hui ?
22:39Voilà.
22:40Et vous parlez de l'Assemblée,
22:43vous êtes sur la chaîne parlementaire,
22:45et vous avez fait une très jolie chanson,
22:47on va bientôt arriver à destination,
22:49sur une femme de ménage,
22:50vous vous mettez dans la peau d'une femme de ménage
22:52à l'Assemblée nationale.
22:54Ça s'appelle Ménage à l'Assemblée,
22:55la chanson, elle est absolument géniale,
22:57et ça vous permet justement de prendre un peu de hauteur,
23:01et de regarder en fait ce théâtre national,
23:06qui est aussi l'Assemblée nationale parfois.
23:09Complètement, c'est un endroit à la fois merveilleux,
23:14là où tout se passe, tout se décide,
23:16tout l'avenir quelque part du pays se décide,
23:21et en même temps,
23:23ce qui m'intéressait dans la chanson,
23:24c'était le fait de voir différentes classes sociales
23:29se croiser au même endroit,
23:31mais sans se croiser en fait,
23:32parce qu'on a quand même plutôt les femmes de ménage
23:34qui sont là la nuit,
23:35ou en tout cas le matin à l'aube,
23:37et puis dès qu'elles s'en vont,
23:38les députés arrivent et choisissent,
23:41votent des lois qui vont influer
23:43sur la personne qui était là juste avant,
23:46sans que forcément ce soit le mot à dire,
23:49et je trouvais qu'on pouvait parler de plein de choses
23:52dans cet endroit-là,
23:54et de parler aussi des absurdités
23:57qu'on voit régulièrement à l'Assemblée,
24:00où on a l'impression d'être parfois dans une cour de récré,
24:03et ça rejoignait bien le thème de l'enfance de l'album,
24:07mais voilà, c'est une chanson,
24:08un portrait social,
24:10enfin moi c'est un type de chanson que j'aime beaucoup,
24:13parce qu'on peut dire beaucoup de choses aussi,
24:17justement en parlant de la vie de quelqu'un,
24:20et on peut dresser un constat parfois
24:23qui est doux, amer,
24:26sur l'époque dans laquelle on est,
24:29et qui me donne envie d'écrire en tout cas.
24:33Il y en a plein de jolies chansons comme ça,
24:36constat de ce monde aujourd'hui fracturé,
24:39avec aussi beaucoup de poésie,
24:40notamment quand vous rendez hommage à votre maman.
24:44On arrive à Destination, cher Gauvin,
24:47dans cette France que vous aimez profondément,
24:50et je vois que j'avais réussi à vous faire enlever la casquette,
24:53votre casquette lors d'un documentaire,
24:55et que vous l'avez quand même gardé comme un,
24:58pour terminer, un clin d'œil à votre enfance en fait aussi.
25:00Oui, c'est vrai,
25:01et c'est marrant,
25:02j'ai retrouvé une vieille photo aussi,
25:04où j'ai déjà une petite casquette comme ça,
25:06c'était un atelier de photographie au collège,
25:09à Bain-Germain-Bord,
25:11et c'est marrant,
25:12il y a une photo où j'ai une casquette comme ça,
25:14déjà à cette époque-là.
25:15Oui, je l'ai gardé,
25:16c'est vrai qu'à chaque album,
25:17je me dis tiens,
25:18je vais l'enlever,
25:20et puis en fait,
25:23je me mélangeais l'habitude,
25:24le matin je sors,
25:25je mets ma casquette,
25:26et ça me donne de la force,
25:29je suis assez superstitieux aussi,
25:30donc je pense que ça joue un peu.
25:32Et puis on parlait de double casquette,
25:33donc voilà,
25:34la casquette du provincial,
25:36et du titi parisien,
25:38et du gars de la campagne,
25:40je trouve que ça m'a toujours bien représenté,
25:42donc peut-être un jour je l'enlèverai,
25:44ben si,
25:45j'ai vraiment,
25:45j'aurais plus de cheveux à vous.
25:47Nulle obligation,
25:48merci beaucoup,
25:49on arrive presque à destination,
25:52Gauvin,
25:53boulevard de l'enfance,
25:54pourvu que les boulevards de l'enfance
25:56se remultiplient dans cette société.
25:59Merci beaucoup.
26:00Merci Didier.
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