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36 ans après l'interdiction du chlordécone dans les Antilles françaises, les députés débattent de nouveau de la responsabilité de l'État français dans les préjudices causés par l'utilisation du pesticide en Guadeloupe et en Martinique. Le texte, déposé à l'Assemblée en janvier 2024, a été débattu et adopté par les députés et les sénateurs à l'unanimité en première lecture en 2024 avant d'être inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée en deuxième lecture au printemps 2026. Le texte prévoit notamment la reconnaissance de la responsabilité de l'État dans les "préjudices sanitaires, moraux, écologiques et économiques" infligés à la Guadeloupe, la Martinique et leurs populations, mais fixe également l'objectif de dépollution des terres et d'indemnisation de "toutes les victimes de cette contamination". Retrouvez les temps forts de l'examen du texte.
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00:00:01Générique
00:00:07Bonjour, bienvenue dans la séance est ouverte.
00:00:10Mardi 2 juin, les députés ont voté à l'unanimité la proposition de loi sur le chlordécone.
00:00:16Objectif, reconnaître la responsabilité de l'Etat et indemniser les victimes.
00:00:20Déjà adoptée en 2024 par les députés et les sénateurs,
00:00:24elle était de retour en deuxième lecture dans l'hémicycle.
00:00:26Regardez.
00:00:27L'ordre du jour appelle la discussion en deuxième lecture de la proposition de loi visant reconnaître la responsabilité de
00:00:33l'Etat
00:00:34et indemniser les victimes du chlordécone.
00:00:38La conférence des présidents a décidé que ce texte serait examiné dans son intégralité selon la procédure de législation en
00:00:45commission.
00:00:46En application de l'article 107-3 du règlement, nous entendrons tout d'abord les interventions du gouvernement,
00:00:52du rapporteur de la commission et du président de la commission, puis les explications de vote des groupes.
00:00:59Nous passerons ensuite directement au vote sur l'ensemble.
00:01:03La parole est à madame Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer.
00:01:10Madame la Présidente, monsieur le rapporteur, mesdames et messieurs les députés.
00:01:16Le scandale de la chlordécone a ceci de très particulier qu'il ne s'est jamais totalement refermé.
00:01:21C'est d'ailleurs beaucoup plus qu'une question sanitaire ou qu'une question environnementale.
00:01:26En Guadeloupe et en Martinique, il occupe une place particulière dans la mémoire collective
00:01:31parce qu'il touche à la santé, parce qu'il touche à la terre, parce qu'il touche à l
00:01:35'alimentation,
00:01:36parce qu'il touche au milieu dans lequel plusieurs générations ont grandi et continuent de vivre,
00:01:42mais aussi parce qu'il a profondément marqué, probablement fragilisé,
00:01:46même abîmé la relation entre l'État et une partie de nos compatriotes.
00:01:51Plus de 30 ans après l'arrêt de son utilisation,
00:01:54les conséquences de la chlordécone sont toujours présentes.
00:01:58C'est toute la singularité de cette pollution.
00:02:01Le temps a passé, mais les questions sont restées.
00:02:04Comment une telle situation a-t-elle pu durer si longtemps ?
00:02:09Pourquoi a-t-il fallu tant d'années pour que la parole publique mesure pleinement
00:02:13ce que représentait ce scandale pour les populations concernées ?
00:02:17Ces interrogations que nous connaissons, qui ont souvent été relayées ici même,
00:02:22nourrissent parfois la colère, souvent l'incompréhension.
00:02:24Il faut regarder cette réalité humaine en face.
00:02:29Et il faut faire la vérité politique sur ce scandale.
00:02:34Les faits sont aujourd'hui établis.
00:02:36Entre 1972 et 1993,
00:02:39cet insecticide a été utilisé dans les bananeraies des Antilles françaises.
00:02:43Nous savons désormais que cette utilisation a entraîné une pollution durable des sols
00:02:47et de certains milieux aquatiques.
00:02:49Nous savons également que ces conséquences continueront de se faire sentir
00:02:52pendant encore de nombreuses années.
00:02:55La proposition de loi que vous examinez aujourd'hui s'inscrit dans cette histoire.
00:03:00Elle vise à reconnaître les préjudices subis, à affirmer un engagement durable de l'Etat,
00:03:05à poursuivre la réflexion sur les conditions d'une réparation adaptée aux conséquences de ce scandale.
00:03:12Le gouvernement accueille cette initiative avec attention et avec respect, monsieur le rapporteur.
00:03:18Lors de son déplacement au Morne Rouge le 27 septembre 2018,
00:03:21le président de la République a reconnu solennellement
00:03:24la part de responsabilité de l'Etat dans cette pollution,
00:03:28aux côtés d'autres acteurs.
00:03:29Cette parole était importante.
00:03:32Elle demeure pleinement valable aujourd'hui.
00:03:34Je souhaite la réaffirmer devant vous.
00:03:37Oui, l'Etat a sa part de responsabilité dans le scandale de la Chlordécone.
00:03:42Cette reconnaissance n'est pas seulement une question juridique ou une question institutionnelle.
00:03:46Elle répond à une attente profonde,
00:03:49exprimée depuis de nombreuses années par les populations concernées.
00:03:53Reconnaître cette réalité ne revient ni à désigner un responsable unique,
00:03:58ni à simplifier une histoire complexe.
00:04:00Elle consiste à regarder les faits avec lucidité,
00:04:03à reconnaître que des décisions ont été prises,
00:04:07que des alertes existaient et que les protections qui auraient dû prévaloir
00:04:10n'ont pas permis d'éviter les conséquences que nous constatons aujourd'hui.
00:04:15Pendant longtemps, beaucoup de Guadeloupéens et de Martiniquais
00:04:18ont eu le sentiment que la pollution était reconnue,
00:04:20mais que ce qu'ils vivaient, eux, ne l'étaient pas toujours pleinement.
00:04:24Cette réalité doit être entendue pour renouer la confiance
00:04:28avec nos compatriotes.
00:04:29La vérité ne répare pas tout,
00:04:31mais aucune réparation durable ne peut se construire sans elle.
00:04:35Cette reconnaissance est nécessaire pour les Martiniquais et les Guadeloupéens.
00:04:40Elle est également nécessaire pour la République elle-même,
00:04:42pour que nous assumions nos responsabilités,
00:04:45car les populations attendent qu'on agisse,
00:04:47qu'on apporte des réponses concrètes
00:04:48aux conséquences sanitaires, environnementales, économiques et sociales
00:04:52de cette pollution et pour qu'on prépare l'avenir.
00:04:57Depuis plusieurs années, l'État est pleinement mobilisé.
00:05:01Pour faire face à une pollution dont les effets s'inscrivent dans le temps long,
00:05:05nous sommes convaincus qu'il n'y a pas de réponse unique.
00:05:07Il faut agir sur tous les fronts à la fois.
00:05:10Mieux connaître, mieux protéger, mieux accompagner
00:05:13et mieux réparer lorsque cela est possible.
00:05:15La stratégie interministérielle mise en œuvre depuis 2021
00:05:19constitue à cet égard une étape importante.
00:05:22Les moyens engagés ont été considérablement renforcés
00:05:25année après année pour permettre le déploiement d'actions directes
00:05:29utiles dans les territoires.
00:05:31Ces actions concernent d'abord la protection des populations.
00:05:35Les dispositifs d'analyse de l'exposition à la chlordécone
00:05:38ont été développés afin de permettre à chacun
00:05:40de mieux connaître sa situation
00:05:42et de bénéficier, lorsque cela est nécessaire, d'un accompagnement adapté.
00:05:47Près de 80 000 dosages de chlordécone
00:05:50ont été réalisés.
00:05:52Les analyses de sol ont également été amplifiées
00:05:55pour aider les particuliers, les agriculteurs, les collectivités
00:05:58à adapter leurs pratiques.
00:06:01La qualité sanitaire des denrées alimentaires
00:06:03fait l'objet d'une surveillance constante.
00:06:05Chaque année, près de 5 000 contrôles sont réalisés
00:06:08par l'État au stade de la production, de la commercialisation
00:06:12et de l'importation.
00:06:14L'eau distribuée à la population fait elle aussi
00:06:17l'objet de contrôle rigoureux pour garantir sa conformité
00:06:20aux exigences sanitaires.
00:06:22En Martinique, le taux de conformité de l'eau potable distribuée
00:06:25a atteint 100% en 2025.
00:06:28Ces résultats ne font pas disparaître les inquiétudes,
00:06:30mais ils témoignent d'une mobilisation concrète
00:06:32pour mieux réduire l'exposition de nos compatriotes.
00:06:35L'action de l'État concerne également celles et ceux
00:06:37dont l'activité professionnelle est directement affectée
00:06:40par les conséquences de la chlordécone.
00:06:43Je pense évidemment aux agriculteurs, aux éleveurs et aux pêcheurs.
00:06:46Ils jouent un rôle essentiel dans la vie économique
00:06:49et sociale des territoires et ils font face
00:06:52à des contraintes particulières qui justifient
00:06:54un accompagnement adapté.
00:06:56Depuis 2024, plus de 500 exploitantes agricoles
00:07:00ont fréquenté le centre d'examen de santé de Guadeloupe.
00:07:03S'agissant des professionnels de la pêche,
00:07:06695 macarons pêcheurs ont été distribués en 2025.
00:07:10Une enveloppe financière annuelle de 1,5 million d'euros
00:07:13permettent également de prendre en charge
00:07:15les contributions sociales concernées.
00:07:19Ces dispositifs ne règlent pas tout,
00:07:21mais ils répondent à l'absolu des nécessités
00:07:23de ne pas laisser seules celles et ceux
00:07:25qui subissent encore aujourd'hui
00:07:26les conséquences économiques de la pollution.
00:07:29L'État continuera d'être à leur côté.
00:07:33Notre mobilisation repose sur un autre impératif,
00:07:36celui de la connaissance.
00:07:37Car face à une pollution dont les effets s'inscrivent
00:07:39dans la durée, nous avons le devoir de continuer
00:07:42à chercher, à comprendre et à mesurer.
00:07:44C'est pourquoi l'État poursuit un effort de recherche
00:07:46sans précédent sur les conséquences sanitaires
00:07:48et environnementales de la chlordécone.
00:07:51Aujourd'hui, les connaissances scientifiques
00:07:53ont considérablement progressé.
00:07:55Les données disponibles établissent notamment un lien
00:07:57entre l'exposition à la chlordécone
00:07:59et un risque accru de certaines pathologies,
00:08:02en particulier le cancer de la prostate.
00:08:04Elles mettent également en évidence certains effets
00:08:06sur le développement de l'enfant exposé
00:08:08avant la naissance.
00:08:10Ces connaissances nous guident
00:08:11pour que l'action publique soit toujours efficace.
00:08:14Cette recherche est conduite
00:08:15dans un cadre scientifique indépendant.
00:08:18Elle mobilise des équipes reconnues
00:08:19et elle contribue à faire progresser
00:08:21nos connaissances sur toutes les conséquences
00:08:24de cette pollution.
00:08:25Ces travaux sont coordonnés
00:08:27par le comité de pilotage scientifique national
00:08:30et par la coordination locale de la recherche
00:08:32sur la chlordécone aux Antilles.
00:08:34Ces instances réunissent régulièrement
00:08:36des chercheurs, des experts,
00:08:37des acteurs de terrain
00:08:38pour partager les avancées scientifiques
00:08:41et pour orienter les priorités de recherche.
00:08:44Cet effort, bien évidemment, se poursuit.
00:08:47A cet égard, un nouveau colloque scientifique
00:08:48se tiendra en Martinique
00:08:49du 23 au 25 juin prochain.
00:08:52Il réunira des chercheurs, des experts,
00:08:54des acteurs de terrain
00:08:55autour des enjeux liés à la chlordécone
00:08:58et des réponses qu'ils appellent.
00:09:00J'insiste, la connaissance scientifique
00:09:03n'est pas un exercice abstrait,
00:09:04c'est une condition de l'action,
00:09:06c'est un des leviers essentiels
00:09:07pour mieux protéger les populations.
00:09:10Mais chacun le sait,
00:09:11la prévention, la protection et la recherche
00:09:14ne suffisent pas à elles seules
00:09:15à répondre à toutes les attentes.
00:09:17Une autre question demeure,
00:09:19c'est celle de la réparation.
00:09:21Elle est au cœur des échanges que nous avons
00:09:22avec les élus, avec les associations,
00:09:24les professionnels, les habitants
00:09:26des territoires concernés.
00:09:27Elle est au cœur des attentes
00:09:28exprimées depuis de nombreuses années
00:09:30par celles et ceux qui estiment avoir subi
00:09:32les conséquences de cette pollution.
00:09:34Cette attente est légitime.
00:09:36On parle ici de parcours de vie,
00:09:38de femmes et d'hommes qui vivent avec la maladie,
00:09:40de familles qui s'interrogent
00:09:42et qui s'inquiètent pour leurs enfants.
00:09:44C'est une question de justice.
00:09:46Des dispositifs existent.
00:09:47Le Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides
00:09:49permet aujourd'hui la prise en charge
00:09:51de certaines pathologies liées
00:09:53à une exposition professionnelle aux pesticides,
00:09:57y compris la chlordécone.
00:09:59A ce jour, près de 246 accords ont été conclus,
00:10:02donnant lieu à 186 indemnisations.
00:10:05Ce fonds constitue une avancée importante
00:10:07parce qu'il a permis une reconnaissance
00:10:09qui n'existait pas auparavant.
00:10:11Mais chacun mesure également ses limites.
00:10:13Les attentes exprimées dans les territoires
00:10:15dépassent aujourd'hui le seul cadre
00:10:17des expositions professionnelles.
00:10:19Elles concernent également des personnes
00:10:20qui estiment avoir subi les conséquences sanitaires
00:10:23ou les préjudices liés à cette pollution
00:10:25sans pouvoir bénéficier des dispositifs existants.
00:10:29C'est pourquoi le gouvernement
00:10:31poursuit son travail sur cette question.
00:10:34A l'initiative conjointe des ministres chargés
00:10:36de la santé, de l'agriculture et des finances
00:10:39et de moi-même, une mission inter-inspection
00:10:42a été lancée pour éclairer les conditions
00:10:44dans lesquelles une évolution des dispositifs existants
00:10:46est envisageable.
00:10:48Cette mission mènera ses travaux en lien
00:10:50avec les acteurs concernés dans les territoires.
00:10:52Elle se rendra en Guadeloupe et en Martinique
00:10:54dans quelques semaines pour y rencontrer les élus,
00:10:56les associations, les professionnels, les experts,
00:10:59les personnes directement concernées
00:11:01par les conséquences de la chlordécone.
00:11:03Son rapport est attendu dans les tout prochains mois.
00:11:06Il nous permettra de disposer d'une analyse approfondie
00:11:09des différentes options qui peuvent être envisagées
00:11:12et de leurs conséquences.
00:11:14Je veux être très claire devant vous.
00:11:16Reconnaître la part de responsabilité de l'État
00:11:18est une exigence de vérité.
00:11:20Construire un dispositif de réparation juste,
00:11:23équitable, juridiquement solide
00:11:25est une autre exigence.
00:11:27Les deux sont indissociables.
00:11:29La reconnaissance est nécessaire.
00:11:31La réparation doit être examinée avec sérieux.
00:11:34Et avec le souci, bien sûr, d'apporter des réponses justes
00:11:37à celles et ceux qui attendent encore d'être pleinement entendus.
00:11:41C'est dans cet esprit que le gouvernement
00:11:43poursuivra son travail aux côtés des parlementaires engagés.
00:11:48Mesdames et Messieurs les députés,
00:11:50la chlordécone a laissé une trace profonde
00:11:52en Guadeloupe et en Martinique.
00:11:54Cette trace ne disparaîtra pas parce que vous voterez un texte.
00:11:58Mais nous avons une responsabilité.
00:12:00Regardez cette réalité telle qu'elle est.
00:12:02Et cette proposition de loi permet cette avancée,
00:12:05Monsieur le rapporteur, regarder cette réalité
00:12:08sans la minimiser, sans la contourner,
00:12:10sans jamais considérer que le temps suffit à lui-même
00:12:12à régler ce qui reste encore à réparer.
00:12:15C'est tout le sens de cette proposition de loi importante.
00:12:19Reconnaître, assumer ce qui est,
00:12:22continuer à agir pour nos compatriotes,
00:12:25pour toutes celles et ceux qui vivent
00:12:26avec les conséquences de ce scandale,
00:12:29pour les territoires qui portent encore les marques
00:12:32et pour que jamais une telle situation ne puisse se reproduire.
00:12:35Je veux vous remercier, Monsieur le rapporteur,
00:12:37de permettre ces échanges, de permettre ces avancées,
00:12:40remercier l'ensemble des parlementaires qui y contribuent.
00:12:42C'est dans cet esprit que le gouvernement soutient
00:12:44pleinement cette proposition de loi.
00:12:46Je vous remercie.
00:12:47Merci, Madame la Ministre.
00:12:49La parole est à Monsieur Elie Califère,
00:12:50rapporteur de la Commission des Affaires Sociales.
00:13:09Madame la Présidente,
00:13:11Madame la Ministre,
00:13:14chers collègues,
00:13:16c'est avec la force d'un mandat d'espoir de justice
00:13:20confiée par les populations de Guadeloupe et de Martinique
00:13:22que je me tiens devant vous.
00:13:25Nous revoilà au cœur de cet hémicycle
00:13:28pour aborder une question qui n'est ni partisane
00:13:31ni purement locale.
00:13:33C'est une question de responsabilité nationale.
00:13:37La proposition de loi visant à reconnaître
00:13:39la responsabilité de l'État
00:13:41à indemniser les victimes du chlordécone
00:13:43est un rendez-vous de la République
00:13:46avec une partie d'elle-même.
00:13:48Cette partie qui fait d'elle
00:13:51la seconde zone économique exclusive mondiale.
00:13:55Le chlordécone est un scandale sanitaire
00:13:57et environnemental sans précédent.
00:14:00Les juges déclaraient en 2122,
00:14:03après 15 années d'instruction,
00:14:05qu'il s'agissait d'un scandale sanitaire hors normes
00:14:08et ont qualifié le chlordécone
00:14:10de pesticides hautement toxiques,
00:14:13de monstres chimiques,
00:14:15des terres polluées,
00:14:16des populations empoisonnées.
00:14:19Une question demeure suspendue.
00:14:21Une question que des générations de Guadeloupéens
00:14:24et de Martiniquais se transmettront
00:14:26avec incompréhension, résignation
00:14:28et souvent colère.
00:14:31Comment l'État a-t-il pu autoriser
00:14:33puis prolonger l'usage d'un pesticide
00:14:37dont les risques et la dangerosité
00:14:40étaient déjà dénoncés
00:14:41par la communauté scientifique ?
00:14:45Dès 1969, la commission des toxiques,
00:14:49les rapports de l'INRA
00:14:50et d'autres données toxicologiques
00:14:52démontraient déjà l'impact de la pollution
00:14:55au chlordécone sur la santé du vivant.
00:14:57Le monde savait, la France savait,
00:15:01car l'OMS avait alerté
00:15:03en classant le chlordécone
00:15:04comme substance potentiellement cancérigène.
00:15:08Les États-Unis, la Suède,
00:15:10la RDA,
00:15:11oui la RDA,
00:15:12la RFA
00:15:13ou encore l'Espagne
00:15:14ont décidé d'interdire l'usage
00:15:16ou la production
00:15:17de ce chlordécone
00:15:19choisissant le principe
00:15:21de précaution.
00:15:23La France,
00:15:24elle,
00:15:25a regardé ailleurs
00:15:27et a choisi de sacrifier
00:15:29les Antilles.
00:15:30Les rapports de l'ONU
00:15:31évoquent nos îles
00:15:32comme des territoires sacrifiés.
00:15:35Mais pire encore,
00:15:36en 1972,
00:15:38l'État autorise
00:15:39l'utilisation du chlordécone
00:15:41par une procédure dérogatoire
00:15:42tout en connaissant
00:15:44la toxicité
00:15:45et la rémanence
00:15:46de la molécule.
00:15:47Il faudra attendre
00:15:491990
00:15:50pour que la France prononce
00:15:51l'interdiction
00:15:52sur son sol national.
00:15:54Tandis que des dérogations
00:15:56funestes
00:15:57permettront encore
00:15:58l'utilisation du chlordécone
00:16:00en Martinique
00:16:01et en Guadeloupe
00:16:02pour lutter contre
00:16:03le charançon du bananier
00:16:04jusqu'en 1993,
00:16:06vous l'avez dit,
00:16:07Madame la Ministre.
00:16:09Permettez-moi d'ajouter
00:16:10qu'en vertu de la loi
00:16:11du 22 décembre
00:16:121972,
00:16:14l'État
00:16:15était chargé
00:16:16de vérifier
00:16:17en amont
00:16:17l'inocuité
00:16:18des produits
00:16:19antiparasitaires
00:16:20qu'il autorisait
00:16:21sur le marché
00:16:22et ne l'a pas fait.
00:16:24Il y a eu faillite
00:16:25de l'État
00:16:26dans sa mission
00:16:26de protection
00:16:27des populations.
00:16:29En 2022,
00:16:30la justice
00:16:31reconnaissait
00:16:32que la France
00:16:33a commis
00:16:33des négligences
00:16:34fautives.
00:16:36Une chose
00:16:37est désormais
00:16:38certaine,
00:16:38nos populations
00:16:40en subissent
00:16:41aujourd'hui
00:16:42les conséquences.
00:16:43Le chlordécone
00:16:44est un perturbateur
00:16:46endocrinien
00:16:46actif
00:16:47entraînant
00:16:48des modifications
00:16:49épigénétiques.
00:16:51L'empoisonnement
00:16:52est continu
00:16:53et transgénérationnel.
00:16:54Il s'invite
00:16:55tous les jours
00:16:56dans notre assiette,
00:16:57dans les légumes,
00:16:59le poisson,
00:17:00les produits
00:17:01d'élevage
00:17:01et même
00:17:02dans l'eau.
00:17:03Il est présent
00:17:04dans notre sang
00:17:05et c'est là
00:17:06le drame.
00:17:07Les études
00:17:08de l'INSERM
00:17:08sont formelles.
00:17:0992%
00:17:10des Martiniquais,
00:17:1195%
00:17:12des Guadeloupéens
00:17:13sont contaminés
00:17:14par la molécule.
00:17:16Derrière
00:17:17ces statistiques
00:17:18se cachent
00:17:19des vies humaines,
00:17:20des pathologies
00:17:21insidieusement
00:17:22mortifères,
00:17:23des souffrances
00:17:24profondément
00:17:25quistées
00:17:26et un avenir
00:17:27collectif
00:17:27obscurci.
00:17:29Les études
00:17:31scientifiques
00:17:32ont mis en évidence
00:17:33des liens
00:17:34entre l'exposition
00:17:35du chloricone
00:17:36et plusieurs
00:17:36pathologies
00:17:37graves.
00:17:38Vous l'avez dit
00:17:38Madame la Ministre,
00:17:40cancer,
00:17:40notamment cancer
00:17:41de la prostate,
00:17:43effet néfaste
00:17:43sur le système
00:17:44nerveux
00:17:45et sur certains
00:17:46organes
00:17:47comme les reins,
00:17:48comme le cœur,
00:17:50les SOPK,
00:17:52augmentation
00:17:52de l'obésité
00:17:53infertile,
00:17:55les prévalences
00:17:56dans l'endométriose
00:17:59et les difficultés
00:18:00de grossesse.
00:18:02Nos îles
00:18:02détiennent
00:18:03le triste record
00:18:05mondial
00:18:05du taux
00:18:07de cancer
00:18:07de la prostate
00:18:08le plus élevé.
00:18:10Et alors
00:18:11qu'elles s'engouffrent
00:18:12dans la précarité
00:18:13et subissent
00:18:14un fort déclin
00:18:16démographique,
00:18:17les recherches
00:18:18montrent également
00:18:19que le chloricone,
00:18:21molécule
00:18:21roprotoxique,
00:18:22a aussi un impact
00:18:23sur la fertilité
00:18:24et favorise
00:18:26les complications,
00:18:27on l'a dit,
00:18:28liées à la grossesse.
00:18:30C'est au national,
00:18:32c'est aussi au national,
00:18:34pardon,
00:18:35si au national,
00:18:36pardon,
00:18:36on évoque
00:18:37le réarmement
00:18:38démographique
00:18:39en Martinique
00:18:40et en Guadeloupe,
00:18:42nous avons
00:18:42l'amertume
00:18:43d'une substance
00:18:44dont les effets
00:18:45impactent
00:18:46aussi l'avenir
00:18:47démographique
00:18:48de nos territoires.
00:18:49Le scandale
00:18:50est sanitaire,
00:18:51mais il est
00:18:52aussi économique.
00:18:54Le chloricone
00:18:56est une molécule
00:18:57d'une forte émanence.
00:18:59Elle ne se dégrade pas.
00:19:00Nos sols,
00:19:01nos cours d'eau
00:19:02et nos littéraux
00:19:05sont pollués
00:19:05par plusieurs décennies,
00:19:07voire des siècles.
00:19:08L'impact du chloricone
00:19:09obère notre potentiel
00:19:11de développement
00:19:11agroéconomique
00:19:13car un tiers
00:19:14des surfaces
00:19:14d'agricole
00:19:15utiles
00:19:16est polluées.
00:19:18Devant les sucres
00:19:19des libérateurs,
00:19:20les agriculteurs
00:19:21et les pêcheurs
00:19:22assistent impuissants
00:19:23à la mort
00:19:24de leur exploitation.
00:19:26Mes chers collègues,
00:19:28lorsqu'un peuple souffre
00:19:29que les responsabilités
00:19:31tardent
00:19:32à être assumées
00:19:33et que la réparation
00:19:35demeure incomplète,
00:19:36alors la douleur
00:19:37se mue
00:19:38en défiance.
00:19:40Défiance
00:19:40simplifiée
00:19:41par le non-lieu
00:19:42prononcé
00:19:43par la justice
00:19:44pénale
00:19:45en début
00:19:45des années
00:19:462023
00:19:46pour cause
00:19:48de prescription.
00:19:50Désormais,
00:19:51c'est à nous,
00:19:52la représentation nationale,
00:19:53de réparer
00:19:54le présent
00:19:55et de sécuriser
00:19:56l'avenir.
00:19:58Notre mission,
00:19:59notre devoir,
00:20:00c'est d'aider
00:20:01ces territoires
00:20:02à se départir
00:20:03de ce fatalisme,
00:20:04de cette colère.
00:20:05Nous ferons œuvre
00:20:07de justice législative
00:20:08en votant ce texte.
00:20:11Cela fait deux ans
00:20:14et demi,
00:20:15oui,
00:20:15deux ans et demi,
00:20:16que je m'attache
00:20:16à porter ce combat
00:20:17avec mon groupe,
00:20:18prenant ainsi
00:20:19le relais
00:20:20des députés
00:20:20de la chimie,
00:20:21vainqueurs,
00:20:22Christophe
00:20:22et bien d'autres.
00:20:23Mais ce combat
00:20:24s'inscrit
00:20:24dans une histoire
00:20:25encore plus longue
00:20:26et collective
00:20:27d'élus,
00:20:28de scientifiques,
00:20:29d'associations,
00:20:30de collectifs
00:20:30de victimes
00:20:31et de citoyens
00:20:32qui refusent l'oubli.
00:20:34Avec la reconnaissance
00:20:35solennelle
00:20:36de cette responsabilité,
00:20:37nous entrons
00:20:38dans le droit
00:20:39et la justice,
00:20:40c'est le préalable
00:20:41indispensable
00:20:42à toute résilience.
00:20:46Le texte
00:20:47sur lequel
00:20:47nous sommes appelés
00:20:48à nous prononcer
00:20:48aujourd'hui
00:20:49nous fait percevoir
00:20:50l'esquisse
00:20:51d'une avancée
00:20:52et le chemin
00:20:53législatif
00:20:53à construire
00:20:54pour aller plus loin.
00:20:55Oui,
00:20:56il faut aller plus loin
00:20:57sur le chemin
00:20:57des réparations.
00:20:58Ce texte
00:21:00n'est sans doute
00:21:00pas parfait.
00:21:01Nous aurions pu
00:21:02aller plus loin
00:21:02sur certains aspects,
00:21:04notamment en créant
00:21:05un fonds
00:21:06de dynamisation
00:21:06spécifique.
00:21:07Mais nous attachons
00:21:08du prix
00:21:09à ce que ce texte
00:21:10ne devienne pas
00:21:11la victime
00:21:12collatérale
00:21:13des turbulences
00:21:14politiques
00:21:14pré-présidentielles
00:21:16et soit votée
00:21:17aujourd'hui
00:21:18en cet instant.
00:21:19Madame la Ministre,
00:21:21les plans
00:21:21cordes et cornes
00:21:22mis en oeuvre
00:21:22demeurent
00:21:23insuffisants,
00:21:23vous le savez,
00:21:24et aléatoires.
00:21:25Les victimes
00:21:26attendent
00:21:26des engagements
00:21:27durables
00:21:27inscrits dans la loi
00:21:28attendent
00:21:29réparation.
00:21:31Ce texte
00:21:31de compromis
00:21:32permettra
00:21:33de restaurer
00:21:33une confiance
00:21:34profondément
00:21:34abîmée,
00:21:35d'apaiser
00:21:36le sentiment
00:21:37d'abandon
00:21:37et d'indignation.
00:21:39Le cœur
00:21:40de cette PPL
00:21:40c'est
00:21:41l'opérationnalisation
00:21:43de la réparation.
00:21:45Elle entre
00:21:46la reconnaissance
00:21:47de la responsabilité
00:21:48de l'État
00:21:49dans les préjudices
00:21:50sanitaires,
00:21:51moraux,
00:21:52écologiques
00:21:53et économiques
00:21:55subis par les
00:21:55territoires de
00:21:56Guadeloupe
00:21:57et de
00:21:57Martinique.
00:21:58Elle affirme
00:21:59solennellement
00:22:00les objectifs
00:22:01qui en découlent.
00:22:02L'indemnisation
00:22:03de toutes
00:22:04les victimes,
00:22:06le financement
00:22:07renforcé
00:22:07de la dépollution
00:22:08et de la recherche,
00:22:10notamment
00:22:11sur la santé
00:22:12des femmes,
00:22:12l'accompagnement
00:22:13des pêcheurs
00:22:14et des agriculteurs.
00:22:16Mes chers collègues,
00:22:18l'océan
00:22:18qui sépare
00:22:19nos territoires
00:22:19d'Outre-mer
00:22:20ne doit pas être
00:22:22une barrière
00:22:22à l'égalité
00:22:23des droits.
00:22:24Si un tel
00:22:25empoisonnement
00:22:26avait touché
00:22:2790%
00:22:28de la population
00:22:29de la Creuse,
00:22:30de la Bretagne,
00:22:31de l'Île-de-France,
00:22:32la responsabilité
00:22:33de l'État
00:22:34aurait été reconnue
00:22:35depuis longtemps.
00:22:36Je vous demande
00:22:37de satisfaire
00:22:38à l'attente
00:22:39des populations
00:22:40de Martinique
00:22:41et de Guadeloupe
00:22:42en adoptant
00:22:43définitivement
00:22:43ce texte.
00:22:44Je vous remercie.
00:22:46Merci,
00:22:47Monsieur le rapporteur.
00:22:49La parole est
00:22:50à Monsieur Pierre Marle
00:22:51pour le groupe
00:22:51Horizon et Indépendant.
00:23:06Madame la Présidente,
00:23:08Madame la Ministre,
00:23:09Monsieur le rapporteur,
00:23:10chers collègues,
00:23:11nous parvenons
00:23:12aujourd'hui
00:23:13au terme
00:23:13du parcours
00:23:14parlementaire
00:23:15d'un texte
00:23:16qui touche
00:23:16à une contamination
00:23:17et en durablement
00:23:18affecter les sols,
00:23:20les eaux
00:23:20et la santé
00:23:21des populations
00:23:22de Guadeloupe
00:23:23et de Martinique.
00:23:24Selon l'Agence nationale
00:23:25de sécurité sanitaire,
00:23:27près de 9 habitants
00:23:28sur 10
00:23:29en Martinique
00:23:30comme en Guadeloupe
00:23:31sont aujourd'hui
00:23:32imprégnés
00:23:32de chlordécone.
00:23:33Pour une partie
00:23:34d'entre eux,
00:23:35un quart des martiniquais,
00:23:36près d'un Guadeloupé
00:23:37et un sur sept,
00:23:38cette exposition
00:23:39se traduit
00:23:39par un risque sanitaire
00:23:41avéré.
00:23:42Notre Commission
00:23:43l'a adopté
00:23:44la semaine dernière
00:23:45sans modification
00:23:46et à l'unanimité.
00:23:47Ce vote conforme,
00:23:49s'il est confirmé
00:23:50aujourd'hui,
00:23:50rendra cette proposition
00:23:52de loi définitive.
00:23:54En première lecture,
00:23:55notre groupe
00:23:56s'était abstenu.
00:23:57Non par doute
00:23:58sur la réalité
00:23:59du drame,
00:23:59le Président
00:24:00de la République
00:24:00ayant dès 2018
00:24:02reconnu la part
00:24:03de responsabilité
00:24:04de l'État
00:24:05dans ce scandale
00:24:06environnemental
00:24:07et sanitaire,
00:24:07mais par réserve
00:24:09sur une rédaction
00:24:10qui a imputé
00:24:11à l'État
00:24:11une responsabilité
00:24:13pleine et entière
00:24:14et demeurait
00:24:15dépourvue
00:24:15de portée normative.
00:24:18Il faut le dire
00:24:18avec gravité,
00:24:19ce pesticide
00:24:21interdit aux États-Unis
00:24:22dès 1976
00:24:23est resté autorisé
00:24:25aux Antilles
00:24:26jusqu'en 1993
00:24:28par dérégation
00:24:29pour des raisons économiques.
00:24:31Cette singularité
00:24:33a nourri
00:24:33bien au-delà
00:24:34du seul dossier
00:24:35sanitaire
00:24:35un profond sentiment
00:24:37d'injustice
00:24:38et une défiance
00:24:39tenace
00:24:40envers l'État.
00:24:42Ainsi,
00:24:42reconnaître
00:24:43aujourd'hui
00:24:44dans la loi
00:24:45la part
00:24:46de responsabilité
00:24:47de la puissance publique
00:24:48ce n'est pas
00:24:49rouvrir une plaie,
00:24:50c'est poser
00:24:51un acte de vérité
00:24:52sans lequel
00:24:53aucune réparation
00:24:54durable
00:24:54n'est possible.
00:24:56La navette parlementaire
00:24:57a répondu
00:24:58à ses réserves
00:24:58et le Sénat
00:24:59a précisé
00:25:00que l'État
00:25:01a sa part
00:25:01de responsabilité
00:25:02non pour
00:25:04l'amoindrir
00:25:05mais pour reconnaître
00:25:06comme l'ont
00:25:07admis les juridictions
00:25:08l'existence
00:25:09de co-responsabilité.
00:25:11Il a inscrit
00:25:12dans la loi
00:25:12une stratégie
00:25:13pluriannuelle
00:25:14dédiée
00:25:14définie par
00:25:15arrêté
00:25:16interministériel
00:25:17qui ancre
00:25:18désormais
00:25:18les ambitions
00:25:19du plan
00:25:20Chlordécone.
00:25:21Mes chers collègues,
00:25:22l'essentiel
00:25:23se joue toujours
00:25:24sur le terrain
00:25:24dans l'indemnisation
00:25:26par le fonds dédié,
00:25:27le dépistage,
00:25:28la dépollution
00:25:29et la recherche.
00:25:30Cette loi
00:25:31n'est pas un aboutissement,
00:25:32elle n'épuise pas
00:25:33l'action,
00:25:34elle lui donne
00:25:35un cadre
00:25:35et une direction.
00:25:37Mais cette reconnaissance
00:25:38longtemps attendue
00:25:39par nos compatriotes
00:25:40de Guadeloupe
00:25:40et de Martinique
00:25:41méritait
00:25:42d'être inscrite
00:25:43dans notre droit.
00:25:44Pour l'ensemble
00:25:45de ces raisons,
00:25:46le groupe
00:25:46Horizon et Indépendant
00:25:47votera en faveur
00:25:49de cette proposition
00:25:49de loi
00:25:50telle qu'adaptée
00:25:52conforme
00:25:53par notre commission.
00:25:54Je vous remercie.
00:25:55Merci monsieur le député.
00:25:56La parole est à monsieur
00:25:57Olivier Servat
00:25:58pour le groupe
00:25:59Liberté Indépendant
00:26:00Outre-mer
00:26:00et Territoire.
00:26:08Madame la Présidente,
00:26:15Madame la Ministre,
00:26:17Monsieur le rapporteur
00:26:19de la commission,
00:26:19Monsieur le rapporteur,
00:26:20cher Élie,
00:26:21chers collègues,
00:26:23nous voilà réunis
00:26:24plus de deux ans
00:26:25après l'examen
00:26:26de ce texte
00:26:26en première lecture
00:26:27de notre hémicycle
00:26:28pour examiner
00:26:29cette proposition
00:26:30de loi
00:26:30visant à reconnaître
00:26:31la responsabilité
00:26:33de l'État
00:26:33à indemniser
00:26:35la victime
00:26:35du chlordécone.
00:26:37Deux ans,
00:26:38voilà le temps
00:26:39qu'il nous aura fallu
00:26:39pour aborder
00:26:40comme il se doit
00:26:41une nouvelle fois
00:26:42ce texte,
00:26:42si important
00:26:43pour le territoire
00:26:44ultramarin.
00:26:45Vous me direz
00:26:46que nous avons bien
00:26:47attendu 14 années
00:26:48pendant lesquelles
00:26:49l'État
00:26:50a fait la sourde oreille
00:26:51à l'Organisation mondiale
00:26:53de la santé
00:26:54qui,
00:26:54dès 1979,
00:26:58classait le chlordécone
00:26:59parmi les cancérigènes
00:27:00possibles.
00:27:0214 années
00:27:02durant lesquelles
00:27:03l'État
00:27:03préférait écouter
00:27:04le puissant lobby
00:27:05de la banane
00:27:06plutôt que la science
00:27:09au risque
00:27:10de détruire
00:27:10les sols,
00:27:11d'empoisonner
00:27:12les eaux
00:27:13et en définitive
00:27:14nous le mesurons
00:27:15aujourd'hui
00:27:15de briser des vies,
00:27:16de compromettre
00:27:17des vies,
00:27:18de tuer.
00:27:19Car c'est bien
00:27:20de cela
00:27:21dont il s'agit
00:27:22aujourd'hui,
00:27:23des familles
00:27:24meurtries
00:27:24par la perte
00:27:25ou la maladie
00:27:26d'un proche,
00:27:26des femmes
00:27:27et des hommes
00:27:28touchés dans leur chair
00:27:29encore aujourd'hui,
00:27:30de la peur
00:27:31avec laquelle
00:27:32ils vivent,
00:27:33conscients
00:27:33d'avoir été
00:27:34empoisonnés.
00:27:35J'appelle donc
00:27:36notre Assemblée
00:27:37à les respecter.
00:27:38La Guadeloupe
00:27:39et la Martinique
00:27:40nous regardent.
00:27:41Là-bas en Guadeloupe
00:27:42d'où je parle,
00:27:43comme en Martinique,
00:27:44plus de 90%
00:27:45d'entre nous,
00:27:47y compris moi,
00:27:48sommes empoisonnés
00:27:49par cette substance.
00:27:51À ce drame humain
00:27:52s'ajoute
00:27:52un écocide
00:27:53qui frappe
00:27:53les eaux,
00:27:54les sols,
00:27:55les mers,
00:27:55les poissons,
00:27:56les légumes,
00:27:56le bétail.
00:27:58En somme,
00:27:59nos deux îles
00:28:00tout entières
00:28:01souffrent de cette pollution
00:28:02qui touche
00:28:02par ricochet
00:28:03toute notre économie
00:28:04avec des terres
00:28:05devenues inexploitables
00:28:07et une pêche réduite
00:28:08à peau de chagrin.
00:28:09Encore aujourd'hui,
00:28:10nous avons un blocage
00:28:10de la pêche en Guadeloupe.
00:28:12Dans ce contexte,
00:28:13il est impossible
00:28:14de minimiser
00:28:14la responsabilité
00:28:15de l'État.
00:28:16Ce serait insulter
00:28:17une fois de plus
00:28:18ces ouvriers agricoles,
00:28:20guadeloupéens
00:28:20et martiniquais,
00:28:21qui ont répandu
00:28:22le poison
00:28:23de leurs propres mains
00:28:24et qui en sont morts
00:28:26ou tombés malades.
00:28:28Ce serait faire un affront
00:28:29au reste de la population
00:28:30empoisonnée par son eau.
00:28:32Son alimentation est frappée
00:28:33à son tour par le cancer.
00:28:35J'avais dit
00:28:36en première lecture,
00:28:37parole en bouche,
00:28:38pâchage.
00:28:40Seuls les actes comptent.
00:28:42Aujourd'hui,
00:28:43nous devons inscrire
00:28:44dans la loi
00:28:44le fait que l'État
00:28:45reconnaisse
00:28:45sa grande part
00:28:47de responsabilité.
00:28:49Rendez-vous compte,
00:28:50chers collègues,
00:28:51des vies humaines
00:28:51ont été sacrifiées
00:28:52sur l'autel
00:28:52du profit agricole
00:28:53et en toile de fond,
00:28:55une complaisance
00:28:56malsaine de l'État,
00:28:58censée être
00:28:59le garant
00:28:59de l'ordre public,
00:29:01sanitaire.
00:29:02Reconnaître
00:29:03cette responsabilité,
00:29:04c'est participer
00:29:04à restaurer le lien
00:29:05de confiance,
00:29:07c'est aussi aller plus loin
00:29:08sur le chemin
00:29:08de la réparation
00:29:09annoncée par le Président
00:29:10de la République
00:29:11pour traduire en acte
00:29:12cette reconnaissance.
00:29:14Par conséquent,
00:29:16notre groupe,
00:29:16l'Ordre,
00:29:17soutiendra sans réserve
00:29:18cette proposition de loi
00:29:19qui appelle à reconnaître
00:29:19la responsabilité
00:29:21de l'État
00:29:22dans le scandale
00:29:23lié au chlordécone,
00:29:24à poursuivre
00:29:25un objectif
00:29:25de dépollution
00:29:26des eaux
00:29:27et des sols
00:29:28et à indemniser
00:29:29les victimes,
00:29:30dignement.
00:29:32Un mot néanmoins
00:29:33sur cette version
00:29:34sénatoriale
00:29:35qui est revenue
00:29:35sur des mesures
00:29:36qui faisaient
00:29:36pourtant consensus
00:29:37chez nous.
00:29:38Je pense notamment
00:29:39à la suppression
00:29:40de l'amendement
00:29:40de notre groupe
00:29:41qui fixait l'objectif
00:29:42d'une campagne
00:29:43de dépistage
00:29:43du cancer
00:29:44de la prostate
00:29:44dès 45 ans,
00:29:46conseillée par
00:29:46bon nombre
00:29:47de professionnels
00:29:48sur place
00:29:48en Guadeloupe
00:29:49et Martinique.
00:29:50Je vous le rappelle,
00:29:51en Guadeloupe,
00:29:51nous détenons
00:29:52le triste record mondial
00:29:53du cancer
00:29:55de la prostate,
00:29:56à 200 cas
00:29:56pour 100 000 habitants
00:29:57contre 90
00:29:58en Hexagone.
00:30:00La mortalité
00:30:01y est tout aussi
00:30:02vertigineuse.
00:30:0323 décès
00:30:04pour 100 000 habitants
00:30:05contre 9
00:30:06à l'échelle nationale,
00:30:07c'est quasiment
00:30:08trois fois plus.
00:30:09Voilà les chiffres.
00:30:10Et aucun antidote
00:30:12n'existe.
00:30:13La mise en place
00:30:13de cette campagne
00:30:14de dépistage
00:30:15nous apparaissait
00:30:15donc indispensable.
00:30:17Cela étant dit,
00:30:18nous saluons l'ajout
00:30:19dans la version
00:30:19du Sénat
00:30:20de l'inscription
00:30:20dans la loi
00:30:21d'une stratégie
00:30:22pluriannuelle
00:30:22dédiée aux objectifs
00:30:23de l'État
00:30:24face à cette pollution.
00:30:25Elle donne corps
00:30:26au principe
00:30:27que ce texte défend.
00:30:28Pour finir,
00:30:29j'aimerais remercier
00:30:30chaleureusement
00:30:30mon collègue
00:30:31Elie Califère
00:30:32pour ce travail
00:30:34au combien essentiel.
00:30:35Essentiel pour les populations
00:30:36de la Guadeloupe
00:30:37et de la Martinique
00:30:37mais essentiel
00:30:38en définitive
00:30:39pour le peuple français
00:30:41tout entier.
00:30:42Car ce n'est pas
00:30:43en détournant le regard
00:30:44qu'une nation se grandit
00:30:45mais en regardant
00:30:47ses fautes en face.
00:30:50Reconnaître,
00:30:51réparer,
00:30:51se grandir,
00:30:52voilà ce qu'une grande nation
00:30:53doit à ses enfants.
00:30:55Aujourd'hui,
00:30:56nous devons adopter
00:30:57un texte
00:30:57qui reconnaît
00:30:58un crime grave
00:30:59commis par la France,
00:31:02l'État,
00:31:03contre les peuples
00:31:04de la Martinique
00:31:04et de la Guadeloupe.
00:31:05Je souhaite que notre
00:31:06Assemblée s'honore
00:31:07en adoptant à l'unanimité
00:31:08cette proposition.
00:31:10Je vous remercie.
00:31:11Merci monsieur le député.
00:31:13La parole est à monsieur
00:31:14Marcelin Nadeau
00:31:15pour le groupe
00:31:15de la gauche démocrate
00:31:16et républicaine.
00:31:34Madame la Présidente,
00:31:37Madame la Ministre,
00:31:40Monsieur le rapporteur,
00:31:41chers collègues,
00:31:42cher Élie Califère,
00:31:43Mesdames et Messieurs
00:31:45les députés,
00:31:46chers collègues,
00:31:47nous examinons aujourd'hui
00:31:49une proposition de loi
00:31:50qui touche à l'un des plus
00:31:51graves scandales sanitaires
00:31:53et écologiques
00:31:54qu'est connu
00:31:55la Martinique
00:31:56et la Guadeloupe.
00:31:57Pendant plus de 20 ans,
00:31:59le chlordécone a été utilisé
00:32:00dans les bananeraies
00:32:01antillaises
00:32:02alors que sa toxicité
00:32:03était connue.
00:32:05Les conséquences
00:32:06sont désormais
00:32:08largement documentées,
00:32:10établissant une contamination
00:32:11durable des sols
00:32:12et des eaux,
00:32:13des impacts
00:32:14sur la santé
00:32:15des populations,
00:32:16des difficultés
00:32:17persistantes
00:32:18pour les agriculteurs,
00:32:19les pêcheurs
00:32:20et l'ensemble
00:32:21des acteurs économiques
00:32:23concernés.
00:32:24Cette réalité
00:32:26impose
00:32:26à notre Assemblée,
00:32:29à l'Assemblée nationale
00:32:30française,
00:32:30un devoir
00:32:31de vérité,
00:32:33de justice
00:32:34et de responsabilité.
00:32:37C'est pourquoi
00:32:37nous accueillons
00:32:38favorablement
00:32:39ce texte.
00:32:40Tout avancé
00:32:41en faveur
00:32:42des victimes
00:32:42mérite
00:32:43d'être soutenu.
00:32:45Toute reconnaissance,
00:32:46même partielle,
00:32:48constitue
00:32:49une étape
00:32:50utile.
00:32:51C'est pour cette raison
00:32:52d'ailleurs
00:32:53que je salue
00:32:54chaleureusement
00:32:55l'initiative
00:32:56de notre collègue
00:32:57Elie Califère.
00:32:59Pour autant,
00:33:00nous devons aussi
00:33:01constater
00:33:02que cette proposition
00:33:02de loi demeure
00:33:03plutôt en retrait
00:33:05par rapport
00:33:06aux attentes
00:33:06exprimées
00:33:07depuis de nombreuses
00:33:09années
00:33:09par les associations,
00:33:11les collectifs
00:33:12de victimes
00:33:13et les élus
00:33:14des territoires
00:33:15concernés,
00:33:16surtout
00:33:17depuis sa sortie
00:33:19du Sénat.
00:33:21Elle reconnaît
00:33:21par exemple
00:33:22des préjudices,
00:33:23mais pourquoi
00:33:23ne va-t-elle pas
00:33:24jusqu'au bout
00:33:25de la réflexion
00:33:26sur les responsabilités
00:33:27publiques
00:33:28qui ont permis
00:33:29l'utilisation
00:33:30prolongée
00:33:30de ce produit ?
00:33:32Elle ouvre
00:33:33certes une voie
00:33:33vers la réparation,
00:33:34mais pourquoi
00:33:35ne répond-elle pas
00:33:36pleinement
00:33:36à l'exigence
00:33:38d'une indemnisation
00:33:39simple,
00:33:41accessible
00:33:41et à la hauteur
00:33:43des dommages
00:33:43subis ?
00:33:44On nous dira
00:33:46qu'elle constitue
00:33:46un signal politique,
00:33:47peut-être,
00:33:48mais peut-être
00:33:49eut-il été bien
00:33:50de sortir
00:33:50de l'effet
00:33:51de symboles.
00:33:52Les dix outre-mer
00:33:53sont en ce moment
00:33:54gavés de symboles.
00:33:56Or,
00:33:57ils ont besoin
00:33:58d'actes répondant
00:33:58à leurs aspirations
00:33:59concrètes.
00:34:01Ce texte
00:34:02en l'état
00:34:02ne saurait être
00:34:03considéré
00:34:04comme l'aboutissement
00:34:05du combat
00:34:06pour la justice
00:34:06en faveur
00:34:08des populations
00:34:08antillaises
00:34:09et des victimes.
00:34:10Je pense
00:34:11aux différentes
00:34:12initiatives législatives
00:34:13que nous-mêmes
00:34:14avons portées
00:34:14avec mon groupe
00:34:15au cours
00:34:16des dernières années
00:34:17qui visaient
00:34:18à une reconnaissance
00:34:18plus complète
00:34:19de la responsabilité
00:34:20de l'État,
00:34:21à une réparation
00:34:22intégrale
00:34:22des préjudices
00:34:23et à un engagement
00:34:24plus ambitieux
00:34:26en matière
00:34:26de dépollution
00:34:28et de suivi sanitaire.
00:34:29Cette question
00:34:30des responsabilités
00:34:31est essentielle
00:34:31et elle aurait mérité
00:34:32d'être abordée
00:34:33dans d'autres crises
00:34:34sanitaires majeures
00:34:35dans notre histoire
00:34:36qu'il s'agisse
00:34:36du sang contaminé
00:34:37ou de l'aluminante.
00:34:38La société
00:34:39a progressivement
00:34:40reconnu
00:34:40que les victimes
00:34:41avaient droit
00:34:42non seulement
00:34:42à une réparation
00:34:43mais aussi
00:34:44à la compréhension
00:34:45des mécanismes
00:34:47qui avaient conduit
00:34:47à ces drames.
00:34:48Le chlordécone
00:34:50mérite
00:34:51la même exigence
00:34:52de clarté
00:34:53car il ne s'agit
00:34:54pas seulement
00:34:54de regarder
00:34:55le passé.
00:34:56Au moment même
00:34:57où nous débattons
00:34:58de ce texte,
00:34:58des discussions
00:34:59sont engagées
00:35:00sur l'extension
00:35:01d'épandage
00:35:02par drone
00:35:03dans certaines
00:35:04exploitations
00:35:04agricoles.
00:35:06Je ne confonds
00:35:07évidemment pas
00:35:08les produits
00:35:09concernés
00:35:10ni les situations
00:35:12réglementaires
00:35:13mais il serait
00:35:14incompréhensible
00:35:15que les enseignements
00:35:16du chlordécone
00:35:17ne conduisent pas
00:35:18à appliquer
00:35:19un principe
00:35:19de précaution
00:35:20particulièrement exigeant
00:35:22dans des territoires
00:35:23qui ont déjà
00:35:24payé un prix
00:35:25considérable
00:35:26aux choix
00:35:26agricoles
00:35:27du passé.
00:35:28Et pour paraphraser
00:35:30Robespierre,
00:35:31je dirais
00:35:32que périssent
00:35:33les bananeraies
00:35:34chlordécone
00:35:35plutôt que ce principe.
00:35:37De fait,
00:35:38en effet,
00:35:39le chlordécone
00:35:39devrait nous obliger
00:35:40précisément
00:35:41à plutôt
00:35:42à penser
00:35:43autrement
00:35:43notre modèle
00:35:44de développement
00:35:44agricole,
00:35:45à renforcer
00:35:46la protection
00:35:47de la santé publique
00:35:48et à mieux associer
00:35:49la population
00:35:50aux décisions
00:35:51qui concernent
00:35:52leur environnement.
00:35:53Mes chers collègues,
00:35:54le texte
00:35:55qui nous est soumis
00:35:56aujourd'hui
00:35:56est utile
00:35:56et nous le voterons.
00:35:58Mais nous le voterons
00:35:59aussi avec la conviction
00:36:01qu'il ne constitue
00:36:03qu'une étape,
00:36:04qu'il reste à construire
00:36:05un véritable dispositif
00:36:06d'indemnisation
00:36:07à la hauteur
00:36:08des préjudices subis,
00:36:09qu'il reste à renforcer
00:36:11les moyens consacrés
00:36:12à la recherche,
00:36:13au suivi sanitaire
00:36:14et à la dépollution.
00:36:15C'est cela
00:36:16dont nous avons besoin
00:36:17ici et maintenant.
00:36:19Il nous reste en effet
00:36:20une exigence impérative
00:36:21qui est de garantir
00:36:23aux ouvriers agricoles,
00:36:24aux pêcheurs,
00:36:25aux familles concernées
00:36:26et à la jeunesse
00:36:27martiniquaise et guadeloupéenne
00:36:28que les erreurs
00:36:29du passé
00:36:30ne se reproduiront plus.
00:36:32Or,
00:36:32ce texte
00:36:33l'exclutile.
00:36:34Enfin,
00:36:34il reste à poursuivre
00:36:36le travail de vérité
00:36:37et de responsabilité
00:36:38que les victimes
00:36:39attendent.
00:36:40Depuis trop longtemps,
00:36:41ce texte
00:36:42l'exclutile,
00:36:43c'est pourtant
00:36:44à cette condition
00:36:44que la reconnaissance
00:36:46pourra devenir réparation
00:36:47et que la réparation
00:36:48pourra devenir justice.
00:36:50Merci.
00:36:51Merci,
00:36:52Monsieur le député.
00:36:53La parole est à
00:36:54Monsieur Eric Michoud
00:36:55pour le groupe
00:36:55d'Union des droites
00:36:56pour la République.
00:36:58Merci,
00:36:59Madame la Présidente,
00:36:59Monsieur le député.
00:37:02Merci.
00:37:06Madame la Présidente,
00:37:08Madame la Ministre,
00:37:09mes chers collègues,
00:37:10Monsieur le rapporteur,
00:37:11plus de 90%
00:37:14de la population
00:37:15anti-Est
00:37:15présente des traces
00:37:16de chlordécone
00:37:17dans le sang.
00:37:18Derrière ce chiffre
00:37:19se trouve
00:37:20le plus grand
00:37:21scandale sanitaire
00:37:22et environnemental
00:37:23de notre histoire
00:37:24contemporaine.
00:37:25Et avant tout,
00:37:27une immense détresse humaine.
00:37:29Entre 1972
00:37:30et 1993,
00:37:32cet insecticide
00:37:33a été massivement
00:37:34utilisé
00:37:35en Martinique
00:37:35et en Guadeloupe
00:37:36dans les cultures
00:37:37de la banane.
00:37:38Pourtant,
00:37:38sa dangerosité
00:37:39était déjà connue
00:37:41et les alertes scientifiques
00:37:42se multipliaient
00:37:43de manière unanime.
00:37:46Plus de 30 ans
00:37:47après son interdiction,
00:37:49les sols,
00:37:50les cours d'eau
00:37:51et la population
00:37:52des Antilles
00:37:53continuent
00:37:53d'en subir
00:37:54les conséquences.
00:37:56Face à une situation
00:37:57ou à une telle situation,
00:37:59il est légitime
00:38:00que la représentation
00:38:01nationale
00:38:02reconnaisse
00:38:03la responsabilité
00:38:05de l'État.
00:38:06Il est également
00:38:07nécessaire
00:38:07que les victimes
00:38:08soient indemnisées.
00:38:09l'UDR soutiendra
00:38:12donc
00:38:12cette démarche.
00:38:14Je tiens d'ailleurs
00:38:15à souligner
00:38:15l'engagement
00:38:16de longue date
00:38:17de la présidente
00:38:18Marine Le Pen
00:38:19qui dénonce
00:38:20la responsabilité
00:38:21de l'État,
00:38:22demande une reconnaissance
00:38:23des victimes
00:38:24et exige
00:38:25des moyens
00:38:25concrets,
00:38:26notamment avec
00:38:27un plan d'urgence
00:38:29interministériel.
00:38:31Cette position
00:38:32courageuse
00:38:33tranche
00:38:33avec celle
00:38:34de nos gouvernements
00:38:35actuels.
00:38:36en février 2019,
00:38:38Emmanuel Macron
00:38:39affirmait devant
00:38:40les élus
00:38:40d'outre-mer
00:38:41que le chlordécone
00:38:43n'était pas
00:38:43cancérigène.
00:38:44Et le comble
00:38:45de l'ironie,
00:38:46ce jour-là
00:38:47était présent
00:38:47au premier rang
00:38:48le ministre chargé
00:38:49des collectivités
00:38:50territoriales,
00:38:51un certain
00:38:52Sébastien Lecornu.
00:38:54Tirer
00:38:54les leçons
00:38:55du chlordécone,
00:38:57ce n'est pas
00:38:57seulement
00:38:58réparer,
00:38:59mais c'est aussi
00:39:00réparer
00:39:00les erreurs du passé.
00:39:02Car
00:39:02pendant que nos agriculteurs
00:39:04respectent les normes
00:39:05toujours plus strictes,
00:39:06on importe
00:39:07du bizarre.
00:39:08Mais pas que.
00:39:09On importe
00:39:10des produits agricoles
00:39:11dispensés
00:39:12de nos règles.
00:39:13C'est le cas
00:39:14du traité
00:39:15du Mercosur
00:39:16imposé par l'Europe.
00:39:17C'est également
00:39:18le cas
00:39:19des mesures douanières
00:39:19en faveur de l'Ukraine.
00:39:21Ce sera de nouveau
00:39:22le cas
00:39:23du prochain traité
00:39:24de libre-échange
00:39:25entre l'Europe
00:39:26et l'Australie.
00:39:27A chaque fois,
00:39:29on importe
00:39:30massivement
00:39:31des produits
00:39:32de mauvaise qualité,
00:39:33parfois dangereuses
00:39:35pour la santé.
00:39:36Par exemple,
00:39:37les poulets
00:39:38ukrainiens
00:39:38gavés
00:39:39aux antibiotiques
00:39:40et traités
00:39:41à l'eau de Javel.
00:39:42Ou encore,
00:39:44le bœuf argentin
00:39:45aux hormones.
00:39:46Je le redis,
00:39:47on importe
00:39:47du bizarre,
00:39:48mais pas que.
00:39:50Cette situation
00:39:50est profondément
00:39:52injuste.
00:39:53Elle pénalise
00:39:53nos agriculteurs,
00:39:55elle crée
00:39:55une concurrence
00:39:56déloyale,
00:39:57elle menace
00:39:57notre souveraineté
00:39:58alimentaire,
00:39:59mais surtout,
00:40:00mais surtout,
00:40:01elle détruit
00:40:02notre santé publique.
00:40:03La France,
00:40:04certaines substances
00:40:06sont interdites,
00:40:07mais nos agriculteurs
00:40:08s'adaptent,
00:40:09investissent
00:40:09et supportent
00:40:10les contraintes
00:40:11qui en découlent.
00:40:12Nous devons
00:40:13refuser fermement
00:40:14toute concurrence
00:40:16déloyale.
00:40:17Enfin,
00:40:18la reconnaissance
00:40:19de la responsabilité
00:40:20de l'État
00:40:21et l'indemnisation
00:40:22est un devoir
00:40:23de justice.
00:40:25Nous devons
00:40:26aux victimes
00:40:26d'hier
00:40:27et aux générations
00:40:28d'aujourd'hui,
00:40:28nous le devons,
00:40:29c'est aussi
00:40:30un message
00:40:30fort
00:40:31d'espoir
00:40:32et de confiance
00:40:33en l'avenir
00:40:33envoyé
00:40:34à nos concitoyens
00:40:35ultramarins,
00:40:36car la France
00:40:38n'est jamais
00:40:38aussi belle,
00:40:39n'est jamais
00:40:40aussi grande
00:40:40que lorsqu'elle est
00:40:41unie.
00:40:42Merci.
00:40:44Merci,
00:40:44Monsieur le député.
00:40:45La parole est à
00:40:45Monsieur Serge Muller
00:40:46pour le groupe
00:40:47Rassemblement National.
00:40:58Merci,
00:40:59Madame la Présidente,
00:41:00Madame la Ministre,
00:41:01Monsieur le rapporteur,
00:41:02mes chers collègues.
00:41:03Le scandale
00:41:04du chlordécone
00:41:05constitue
00:41:06l'une des plus graves
00:41:06fautes sanitaires
00:41:07et environnementales
00:41:08commises par l'État français
00:41:09dans nos territoires
00:41:10ultramarins.
00:41:12Pendant plus de 20 ans,
00:41:13entre 1972
00:41:14et 1993,
00:41:15l'utilisation
00:41:17de ce pesticide
00:41:18hautement toxique
00:41:19a été autorisée
00:41:20dans les bananeraies
00:41:20de Martinique
00:41:21et de Guadeloupe,
00:41:22alors que même
00:41:23sa dangerosité
00:41:24était reconnue.
00:41:25Connue dès 1968,
00:41:27lorsque le comité
00:41:28d'études
00:41:28de production
00:41:29antiparasitaire
00:41:30avait déjà constaté
00:41:31le caractère toxique
00:41:33et persistant
00:41:33de la molécule.
00:41:35Connue en 1981,
00:41:37lorsque la production
00:41:37de quépone
00:41:38avait été arrêtée.
00:41:40Et pourtant,
00:41:41les dérogations
00:41:42successives
00:41:43ont permis
00:41:43son utilisation
00:41:44jusqu'en 1993,
00:41:4612 ans de plus.
00:41:4812 ans
00:41:48d'empoisonnement
00:41:50délibérément tolérés.
00:41:51Aujourd'hui encore,
00:41:53des conséquences
00:41:54sont dramatiques.
00:41:55Les sols,
00:41:56les cours d'eau,
00:41:57les naffes phréatiques
00:41:57et les espaces
00:41:59paritimes
00:42:00demeurent durablement
00:42:01contaminés.
00:42:02Plus grave encore,
00:42:03ce sont des générations
00:42:04entières
00:42:04de nos compatriotes
00:42:05antillais
00:42:06qui vivent désormais
00:42:07avec l'angoisse permanente
00:42:08de développement
00:42:09des pathologies lourdes,
00:42:10cancer de la prostate,
00:42:13infertilité féminine,
00:42:14troubles neurologiques
00:42:15et méningiomes.
00:42:17Comment accepter
00:42:18que 95%
00:42:19de la population
00:42:19des antilles françaises
00:42:21pressent des traces
00:42:22de chlordécone
00:42:23dans l'organisme ?
00:42:24Comment accepter
00:42:25que l'État
00:42:26ait entardé
00:42:26à reconnaître
00:42:27sa responsabilité ?
00:42:28Car oui,
00:42:30depuis 2022,
00:42:31les juridictions
00:42:32administratives
00:42:32ont reconnu
00:42:33les carences fautives
00:42:34et les négligences
00:42:35de l'État.
00:42:36Oui,
00:42:37les pouvoirs publics
00:42:38savaient
00:42:38et pourtant,
00:42:40pendant des années,
00:42:41le déni a prévalu
00:42:42sur l'action.
00:42:43Le président
00:42:44de la République
00:42:44lui-même,
00:42:45en septembre 2018,
00:42:46en Martinique,
00:42:47a reconnu
00:42:48que l'État
00:42:49devait prendre
00:42:49sa part de responsabilité.
00:42:51Encore des mots,
00:42:53il était temps
00:42:53que les actes suivent.
00:42:55Face à cette situation,
00:42:56le Rassemblement national
00:42:57soutient cette proposition
00:42:58de loi.
00:42:59Elle reconnaît
00:43:00la responsabilité
00:43:01de l'État
00:43:01dans les préjudices
00:43:02sanitaires,
00:43:03moraux,
00:43:04écologiques
00:43:05et économiques.
00:43:06Ce sont des avancées
00:43:07concrètes
00:43:08que nous saluons.
00:43:10Mais nous affirmons
00:43:11aussi qu'elles ne sauraient
00:43:12suffire à préparer
00:43:14des décennies d'abandon.
00:43:15Le plan Cordécon 4,
00:43:17doté de 130 millions
00:43:19d'euros
00:43:19sur la période 2021-2027,
00:43:21a permis à 42 500 personnes
00:43:23de bénéficier
00:43:24de tests de chlordéconémie
00:43:25gratuits.
00:43:26C'est utile,
00:43:27mais c'est insuffisant
00:43:29face à l'ampleur
00:43:29de la catastrophe.
00:43:31Car ce dont les Antilles
00:43:33ont besoin,
00:43:33ce ne sont pas
00:43:34de services minimums.
00:43:35C'est un engagement
00:43:36total de la nation.
00:43:38Marine Le Pen
00:43:39fut la première
00:43:40responsable politique
00:43:41nationale
00:43:41à alerter
00:43:42sur ce scandale
00:43:43sanitaire,
00:43:44lorsque le gouvernement
00:43:45successif
00:43:46s'enfermait encore
00:43:47dans le déni.
00:43:49Depuis des années,
00:43:51nous demandons
00:43:51un véritable plan
00:43:52d'urgence
00:43:53interministériel
00:43:54associant
00:43:54la santé
00:43:56d'agriculteurs,
00:43:57l'outre-mer,
00:43:58l'environnement
00:43:59et les finances.
00:44:01Nous proposons
00:44:03un audit
00:44:03écologique
00:44:04et médical
00:44:05complet,
00:44:06un dépistage
00:44:06systématique
00:44:07des populations,
00:44:08le financement
00:44:09massif
00:44:09de la recherche
00:44:10pour dépolluer
00:44:11les terres
00:44:11contaminées,
00:44:12la reconversion
00:44:13des exploitations
00:44:14agricoles
00:44:15vers des cultures
00:44:15adaptées,
00:44:16le soutien
00:44:17aux pêcheurs
00:44:17durement touchés
00:44:18par les contaminations
00:44:19des zones maritimes,
00:44:21la modernisation
00:44:22des sites de production
00:44:23d'eau potable
00:44:24et la création
00:44:25d'un fonds
00:44:26d'amnisation
00:44:27des victimes
00:44:28réelles,
00:44:29accessibles
00:44:29et dotés
00:44:30des moyens
00:44:31nécessaires.
00:44:32Comme pour la crise
00:44:33des algues
00:44:34sargasses,
00:44:35comme pour la situation
00:44:36à Mayotte,
00:44:37comme pour le coût
00:44:37de la vie
00:44:38à la Réunion,
00:44:39l'outre-mer
00:44:40attend toujours
00:44:41que la République
00:44:42soit à la hauteur
00:44:42de ses promesses.
00:44:43Il est temps
00:44:44d'en finir
00:44:45avec l'abandon
00:44:45structurel
00:44:46de nos compatriotes
00:44:47ultramarins.
00:44:48Ce sont des Français
00:44:48comme les autres,
00:44:49ils méritent
00:44:50d'être protégés
00:44:50comme les autres.
00:44:52Nos compatriotes
00:44:53antillais
00:44:54demandent la justice,
00:44:55la vérité
00:44:56et la protection
00:44:57de leur santé.
00:44:58Nous la voterons
00:44:59avec la conviction
00:45:01que ce n'est qu'un début
00:45:02et que la dette
00:45:04de l'État
00:45:04envers les victimes
00:45:05du chlordécone
00:45:06exige un engagement
00:45:07durable,
00:45:08sincère
00:45:09et à la hauteur
00:45:10du drame vécu.
00:45:11Je vous remercie.
00:45:13La parole est à M. Jean-François
00:45:15Rousset
00:45:16pour le groupe
00:45:16Ensemble pour la République.
00:45:27Merci.
00:45:31Madame la Présidente,
00:45:32merci M. le rapporteur,
00:45:33chers collègues.
00:45:34Je tiens tout d'abord
00:45:35à saluer
00:45:35notre collègue rapporteur
00:45:37Élie Califère
00:45:38pour la constance
00:45:39avec laquelle
00:45:39il porte ce sujet.
00:45:41Derrière ce texte,
00:45:42ce sont des populations
00:45:43meurtries
00:45:44dans leur santé,
00:45:45dans leur terre,
00:45:46dans leur quotidien
00:45:46qui attendent depuis trop longtemps
00:45:47que la République
00:45:48prenne ses responsabilités.
00:45:50Le chlordécone
00:45:51a été utilisé
00:45:52pendant plus de 20 ans
00:45:53dans les bananeraies
00:45:54de la Martinique
00:45:55et de la Guadeloupe.
00:45:56Ses effets ont imprégné
00:45:58chaque composante
00:45:59de la vie
00:46:00de ces territoires.
00:46:01En contaminant les sols,
00:46:02elle a contaminé
00:46:03les produits agricoles,
00:46:04les bovins,
00:46:05les ovins.
00:46:06En contaminant les eaux,
00:46:07elle a contaminé
00:46:08les produits de la pêche,
00:46:09de l'aquaculture
00:46:10jusqu'à l'eau du robinet.
00:46:11Aujourd'hui,
00:46:1295% de la population
00:46:14guadeloupéenne
00:46:15et 92%
00:46:16de la population
00:46:17martiniquaise
00:46:18présentent des signes
00:46:19d'exposition.
00:46:21Et au-delà
00:46:21de ces chiffres alarmants,
00:46:22c'est une souffrance
00:46:23morale profonde
00:46:24que ressentent
00:46:25quotidiennement
00:46:26les Guadeloupéens
00:46:27et les Martiniquais.
00:46:28Ils se sentent livrés
00:46:29à eux-mêmes
00:46:29face à ce fléau
00:46:30et ils vivent
00:46:31dans l'angoisse
00:46:32des conséquences
00:46:33à venir
00:46:34pour elles-mêmes
00:46:34ou pour leurs proches
00:46:35sans même parler
00:46:36des enfants.
00:46:37Les conséquences sanitaires
00:46:39sont quant à elles
00:46:40dramatiques
00:46:40et multiples.
00:46:42Le corps des cônes
00:46:42est classé
00:46:43cancérigène probable,
00:46:45perturbateur endocrinien.
00:46:47Les études
00:46:47établissent
00:46:48une corrélation
00:46:49avec le cancer
00:46:49de la prostate,
00:46:50mais ce sont aussi
00:46:51des cas
00:46:52de prématurité,
00:46:53de troubles
00:46:54du développement,
00:46:55de l'obésité infantile,
00:46:56des atteintes
00:46:57de la fertilité
00:46:58des jeunes femmes.
00:46:59Ce n'est pas
00:46:59une affaire ancienne
00:47:00et clause,
00:47:01c'est une réalité
00:47:01qui pèse
00:47:02encore aujourd'hui
00:47:03sur des centaines
00:47:05de milliers
00:47:05de nos concitoyens.
00:47:07Au-delà du drame
00:47:08moral et sanitaire,
00:47:09le préjudice
00:47:09est aussi écologique
00:47:11et économique.
00:47:12Il n'est pas prêt
00:47:12de s'effacer.
00:47:13A ce jour,
00:47:14il n'existe aucune
00:47:15technique mobilisable
00:47:16pour dépolluer
00:47:17les sols de Guadeloupe
00:47:18et de Martinique.
00:47:19Ces territoires
00:47:20se trouvent donc
00:47:20contraints
00:47:21d'importer
00:47:21ce qu'ils ne peuvent
00:47:22plus produire
00:47:22au détriment
00:47:23de la souveraineté
00:47:26alimentaire
00:47:27de notre territoire.
00:47:28Ce sont des filières
00:47:29entières qui ont été
00:47:30fragilisées,
00:47:31des agriculteurs,
00:47:32des pêcheurs,
00:47:33des éleveurs
00:47:33dont les moyens
00:47:34de subsistance
00:47:35ont été
00:47:36durablement atteints.
00:47:38Des efforts
00:47:39ont été engagés.
00:47:40Le plan Chlordécone
00:47:41dont nous en sommes
00:47:42aujourd'hui
00:47:42à la quatrième version
00:47:43témoigne d'une prise
00:47:44de conscience progressive
00:47:46mais force est de constater
00:47:47que ces plans successifs
00:47:49n'ont pas suffi
00:47:50à répondre
00:47:50à l'ampleur du préjudice
00:47:52ni à effacer
00:47:53les sentiments d'abandon
00:47:54qu'éprouvent
00:47:54ces populations.
00:47:55Dans ce contexte,
00:47:57ce texte est bienvenu.
00:47:58Il est même nécessaire,
00:48:00le président de la République
00:48:01l'avait lui-même reconnu
00:48:03solennellement
00:48:03en 2018 en Martinique.
00:48:05L'État prendrait
00:48:06sa part de responsabilité
00:48:07dans ce scandale
00:48:08environnemental.
00:48:09Il appartient désormais
00:48:10aux législateurs
00:48:11de traduire
00:48:12cet engagement
00:48:13dans la loi
00:48:13et c'est ce que nous
00:48:15faisons aujourd'hui.
00:48:15Toutefois,
00:48:16le groupe
00:48:17Ensemble pour la République
00:48:18a été attentif
00:48:19à la précision
00:48:19de cette reconnaissance.
00:48:21La rédaction initiale
00:48:22imputée à la seule
00:48:23République française
00:48:24l'ensemble des préjudices
00:48:26sanitaires,
00:48:27écologiques et économiques
00:48:28subis par les populations.
00:48:30Cette formulation
00:48:30ne reflétait pas
00:48:31la réalité.
00:48:32Les élus locaux
00:48:33et les acteurs économiques
00:48:34portent aussi
00:48:35une part de responsabilité
00:48:37dans ce qui s'est passé.
00:48:38Reconnaître dans la loi
00:48:39la responsabilité exclusive
00:48:41de l'État
00:48:41auraient risqué
00:48:42de fausser
00:48:43des contentieux
00:48:45à venir.
00:48:46C'est précisément
00:48:47sur ce point
00:48:47que le Sénat
00:48:48a apporté
00:48:48les corrections
00:48:49nécessaires
00:48:50en substituant
00:48:51la notion
00:48:52de République française
00:48:53à celle
00:48:54de l'État
00:48:54et en précisant
00:48:56la reconnaissance
00:48:57de la part
00:48:58de sa responsabilité.
00:48:59Le Sénat
00:49:00a rejoint
00:49:01la position
00:49:02que notre groupe
00:49:03avait défendue
00:49:04dès la première lecture.
00:49:05Ce travail a abouti
00:49:06à un texte
00:49:07équilibré,
00:49:08juridiquement solide
00:49:09et respectueux
00:49:10de la vérité
00:49:11des faits.
00:49:12Face à cette souffrance
00:49:13de ces territoires,
00:49:14nous devons avancer.
00:49:15C'est pourquoi
00:49:16le groupe
00:49:16Ensemble
00:49:17pour la République
00:49:18appelle à voter
00:49:19ce texte conforme
00:49:20tel qu'il nous arrive
00:49:20du Sénat.
00:49:21Je vous remercie.
00:49:24Merci, M. le député.
00:49:25La parole est à M. Jean-Philippe Nylor
00:49:26pour le groupe
00:49:27La France Insoumise
00:49:28niveau Front Populaire.
00:49:31Applaudissements
00:49:43Madame la Présidente,
00:49:45Madame la Ministre,
00:49:47M. le rapporteur,
00:49:48chers collègues,
00:49:49le vote d'aujourd'hui
00:49:50n'effacera
00:49:52ni les souffrances humaines,
00:49:53ni les terres empoisonnées,
00:49:55ni les eaux contaminées,
00:49:57mais il grave
00:49:58pour la première fois
00:49:59dans une loi,
00:50:00une évidence
00:50:01dont les peuples
00:50:02de Martinique
00:50:03et de Guadeloupe
00:50:04sont imprégnés
00:50:05depuis des décennies.
00:50:06L'État savait
00:50:08depuis longtemps.
00:50:09L'État a laissé faire
00:50:11pendant longtemps.
00:50:13L'État a été complice
00:50:15tout le temps.
00:50:17Il est temps
00:50:18pour l'État
00:50:19de répondre.
00:50:20Il faut dire
00:50:21que la proposition
00:50:22de notre collègue califère
00:50:23prévoyait
00:50:24la reconnaissance pleine
00:50:26de la pleine responsabilité
00:50:28de la République française
00:50:29dans les préjudices
00:50:30subis par nos territoires
00:50:31à cause de l'utilisation
00:50:33du chlordécone.
00:50:34Hélas,
00:50:36le Sénat
00:50:37n'a voulu
00:50:38concéder à l'État
00:50:39qu'une part
00:50:40de responsabilité.
00:50:41Ceci, bien sûr,
00:50:42sans en définir
00:50:43les contours,
00:50:44nous laissant
00:50:45dans un flou
00:50:46sémantique,
00:50:47juridique
00:50:48et judiciaire
00:50:49paralysant.
00:50:51C'est ce que pensent
00:50:52profondément
00:50:53tous ceux
00:50:54qui ont voulu
00:50:55améliorer ce texte
00:50:57jusqu'au rapporteur
00:50:58lui-même
00:50:59dont les gros
00:51:01efforts
00:51:01pour masquer
00:51:03son désappointement
00:51:04auront du mal
00:51:05à me convaincre.
00:51:07En effet,
00:51:08nous,
00:51:09parlementaires
00:51:10des dix
00:51:10Outre-mer,
00:51:12nous partageons
00:51:12les mêmes indignations.
00:51:15La France
00:51:16a décidément
00:51:17du mal
00:51:17à assumer
00:51:18sa responsabilité
00:51:20et à inscrire
00:51:22encore moins
00:51:22la réparation
00:51:23de ces crimes
00:51:24et délits
00:51:25commis dans nos pays
00:51:26dans son récit
00:51:27national.
00:51:30Combien
00:51:31de séquences
00:51:31parlementaires
00:51:32nous démontrent
00:51:34que l'État
00:51:34veut nous enfermer
00:51:35à tout prix
00:51:36dans une série
00:51:37de reconnaissances
00:51:38symboliques
00:51:39et stériles ?
00:51:40Aujourd'hui,
00:51:41le Sénat
00:51:42nous sort
00:51:43un concept
00:51:44surréaliste
00:51:45de part
00:51:46de responsabilité.
00:51:48Quelle part ?
00:51:48Grande part ?
00:51:49Petite part ?
00:51:50Qu'est-ce que cela
00:51:51veut dire ?
00:51:51Impossible
00:51:52à évaluer,
00:51:53impossible
00:51:54à quantifier,
00:51:55donc impossible
00:51:56à réparer.
00:51:58Le narratif
00:51:59est toujours
00:52:00le même.
00:52:02Les auteurs
00:52:03sont responsables
00:52:04mais jamais
00:52:05coupables.
00:52:06L'État
00:52:07est reconnaisseur
00:52:08mais non
00:52:10réparateur.
00:52:11La liste
00:52:12est longue
00:52:13des renoncements
00:52:13qui se sont
00:52:15multipliés
00:52:15au cours
00:52:16du calvaire
00:52:17parlementaire
00:52:17de ce texte.
00:52:18En effet,
00:52:19bon nombre
00:52:19de nos amendements
00:52:20votés
00:52:21en première lecture
00:52:22ont été
00:52:23rejetés
00:52:24au Sénat
00:52:24comme pour
00:52:25réduire
00:52:26la portée
00:52:26finale
00:52:27du texte
00:52:28initial.
00:52:29Mais déterminé
00:52:30à avancer
00:52:31contre vents et marées,
00:52:32le groupe
00:52:33LFI
00:52:33votera ce texte
00:52:34dans lequel
00:52:35deux de mes amendements,
00:52:36je me permets de le dire,
00:52:38ont tout de même
00:52:38échappé
00:52:39à la censure
00:52:40du Sénat.
00:52:41Je salue
00:52:42notamment
00:52:44l'adoption
00:52:45de mon amendement
00:52:46dans lequel
00:52:47l'État
00:52:47s'assigne
00:52:48désormais
00:52:49pour objectif
00:52:50l'indemnisation
00:52:51de toutes
00:52:52les victimes
00:52:52de cette
00:52:53contamination
00:52:54au chlordécone
00:52:55qu'elles aient eu lieu
00:52:56ou non
00:52:56dans le cadre
00:52:57d'une activité
00:52:58professionnelle.
00:52:59En tout état
00:52:59de cause,
00:53:00cette indemnisation
00:53:01est aujourd'hui
00:53:02trop faible,
00:53:03trop tardive,
00:53:04trop complexe,
00:53:04trop dérisoire.
00:53:06Un autre amendement
00:53:07déterminant
00:53:08concerne
00:53:09l'utilisation
00:53:10du chlordécone
00:53:11sous l'ensemble
00:53:11du territoire français.
00:53:12L'Office parlementaire
00:53:14d'évaluation
00:53:14des choix scientifiques
00:53:16et techniques
00:53:16exprimait
00:53:17dans son rapport
00:53:18de juin 2009
00:53:18une terrible incertitude
00:53:20quant à la destination
00:53:22de 1 500 tonnes
00:53:23de chlordécone
00:53:24importées en Europe
00:53:26via une société
00:53:27basée en Allemagne.
00:53:28Qui peut nous affirmer
00:53:30les yeux
00:53:31dans les yeux
00:53:31que ces milliers
00:53:33de tonnes
00:53:33de chlordécone
00:53:34n'ont pas servi
00:53:35en France
00:53:35pour lutter
00:53:36contre le vert tapin
00:53:37parasite de la pomme
00:53:38de terre
00:53:38ou s'ils n'ont pas
00:53:39alimenté par la suite
00:53:41les réseaux clandestins
00:53:43à destination
00:53:44de la Réunion
00:53:45et des Caraïbes.
00:53:46L'histoire retiendra
00:53:48que ce poison
00:53:49a contaminé
00:53:50nos terres,
00:53:52nos mers,
00:53:53nos rivières
00:53:54jusqu'à nos chers
00:53:55pour des siècles.
00:53:57Mais elle retiendra
00:53:58également
00:53:59que la mauvaise foi
00:54:01complice
00:54:02a contaminé
00:54:04jusqu'au plus haut
00:54:04sommet de l'État.
00:54:06Ce vote
00:54:08n'est que
00:54:08le premier acte
00:54:09de la guérison
00:54:10de la République
00:54:11par carchérisation
00:54:13de sa mauvaise
00:54:14conscience.
00:54:16J'ose le dire
00:54:17à ce rythme
00:54:18de sénateur,
00:54:20la guérison
00:54:21risque d'être
00:54:22longue et lente
00:54:23puisque chaque fois
00:54:25nous devons
00:54:26nous-mêmes
00:54:26arracher
00:54:27chaque petite avancée.
00:54:29Les réparations
00:54:31sont dans le sens
00:54:33de l'histoire.
00:54:34elles viendront
00:54:35tôt ou tard
00:54:37car avec ce scandale
00:54:38sanitaire
00:54:40nous le disons
00:54:41avec force
00:54:41ce ne sont pas
00:54:42les peuples
00:54:43de Martinique
00:54:44et de Guadeloupe
00:54:44qui ont failli
00:54:45à la République.
00:54:47C'est la République
00:54:48qui a failli
00:54:48au peuple
00:54:49de Martinique
00:54:50et de Guadeloupe.
00:54:53Merci Monsieur le député.
00:54:55La parole est à
00:54:56Monsieur Giovanni William
00:54:57pour le groupe
00:54:58Socialiste et Apparenté.
00:55:16Madame la Présidente,
00:55:18Madame la Ministre,
00:55:20Monsieur le rapporteur,
00:55:21cher Élie,
00:55:21mes chers collègues,
00:55:23nous nous apprêtons
00:55:24à voter un texte
00:55:27visant à rétablir
00:55:28nos compatriotes
00:55:29martiniquais
00:55:30et guadeloupéens
00:55:31dans leur droit
00:55:31et dans leur chair.
00:55:33Je le dis,
00:55:34oui,
00:55:34dans leur chair
00:55:35car les blessures
00:55:37de chair
00:55:38ne se réparent pas
00:55:39à coup de mots
00:55:39mais par des textes
00:55:41juridiques
00:55:42dont la portée
00:55:43ouvre la voie
00:55:44à la réparation.
00:55:46Nous avons dû
00:55:47avaler des couleuvres
00:55:49après une navette
00:55:50parlementaire
00:55:51éprouvante
00:55:53révélant alors
00:55:54que l'État
00:55:55ne reconnaissait
00:55:56qu'une part
00:55:57de responsabilité.
00:55:59En d'autres termes,
00:56:00une responsabilité
00:56:01partielle
00:56:02alors que c'est
00:56:04bien l'État
00:56:05qui a autorisé
00:56:07cette molécule
00:56:08de mort,
00:56:09qui a permis
00:56:10de déroger
00:56:11en Martinique
00:56:12et en Guadeloupe
00:56:13au respect
00:56:14de la vie
00:56:15pour des considérations
00:56:16purement mercantiles.
00:56:19Concernant la chlordécone,
00:56:20nous ne parlons pas
00:56:21de grippe,
00:56:22nous ne parlons pas
00:56:23de chevilles foulées
00:56:24mais bien
00:56:25de cancer,
00:56:26d'infertilité,
00:56:27de maladies
00:56:29les plus graves
00:56:29qui affectent
00:56:30l'ensemble
00:56:31de nos populations.
00:56:33Nous parlons
00:56:34d'une partie
00:56:34importante
00:56:35de notre économie
00:56:36déjà en grande
00:56:38difficulté
00:56:38du fait
00:56:39de l'impossibilité
00:56:40de cultiver
00:56:41des terres
00:56:42ou d'exercer
00:56:43la pêche.
00:56:44L'urgence
00:56:46pour nous,
00:56:47parlementaires
00:56:48et de leur permettre
00:56:49de guérir
00:56:50sinon
00:56:51de compenser
00:56:52le mal
00:56:53irréversible
00:56:54créé
00:56:55dans un idéal
00:56:56de dignité,
00:56:58d'égalité
00:56:58et de fraternité.
00:57:00Mais
00:57:01nous ne sommes pas
00:57:03dupes.
00:57:04Nous ne sommes pas
00:57:05dupes
00:57:06et le combat
00:57:06ne fait que débuter.
00:57:08Je rappelle
00:57:09que les expertises
00:57:10des victimes
00:57:11du chlordécone
00:57:12sont menées
00:57:12à ce jour
00:57:13à distance
00:57:14sur dossier
00:57:15depuis Paris.
00:57:17Je rappelle
00:57:17la faiblesse
00:57:18des rentes
00:57:19allouées
00:57:19aux victimes
00:57:20notamment
00:57:20aux ouvriers
00:57:21agricoles
00:57:22depuis plusieurs années.
00:57:24Et si
00:57:25le gouvernement
00:57:26a fait le choix
00:57:27de ne reconnaître
00:57:28que sa part
00:57:29de responsabilité,
00:57:31je rappelle
00:57:31qu'il est
00:57:32en revanche
00:57:33de son entière
00:57:34responsabilité
00:57:35de garantir
00:57:37une égalité
00:57:38de traitement
00:57:38entre toutes
00:57:39les victimes
00:57:40de ces produits
00:57:41phytosanitaires.
00:57:45Toutefois,
00:57:47pour ce pas
00:57:48de géant
00:57:49mené
00:57:50dans la lutte
00:57:50contre ce fléau,
00:57:52je remercie
00:57:53mon collègue
00:57:53et ami
00:57:54Elie Califère.
00:57:55En bel oulo,
00:57:56bravo,
00:57:56bye.
00:57:57Merci en pile,
00:57:58merci en chaille.
00:58:01Et je tiens
00:58:01aussi
00:58:02à remercier
00:58:03les parlementaires
00:58:04qui ont participé
00:58:05à cette reconnaissance.
00:58:07Merci en pile.
00:58:08Je dois tout de même
00:58:10rappeler
00:58:11que sur ces bancs
00:58:14du côté
00:58:14extrême
00:58:15droite,
00:58:19il y a la défense
00:58:20du retour
00:58:21des pesticides.
00:58:22Qu'on ne vienne pas
00:58:24nous parler
00:58:25de combat
00:58:26contre la chlordécone
00:58:27aujourd'hui.
00:58:28On peut tout dire,
00:58:30on peut toujours
00:58:31redire,
00:58:32mais le fondement
00:58:32de la réparation
00:58:34des populations
00:58:34est posé
00:58:35par ce texte.
00:58:36Et par conséquent,
00:58:38le groupe
00:58:38socialiste
00:58:39interapparenté
00:58:40votera
00:58:40en faveur
00:58:41de cette proposition
00:58:43progressiste.
00:58:44Merci chère amie.
00:58:45Merci monsieur le député.
00:58:47La parole est à monsieur
00:58:48Jérôme Mende
00:58:48pour le groupe
00:58:49de la droite républicaine.
00:59:04Madame la Présidente,
00:59:06Madame la Ministre,
00:59:08Monsieur le rapporteur,
00:59:09chers collègues,
00:59:11Pesticides très toxiques,
00:59:12le chlordécone a été
00:59:13massivement utilisé
00:59:14entre 1972
00:59:15et 1993
00:59:17dans les bananeraies
00:59:17de Guadeloupe
00:59:18et Martinique
00:59:19afin de lutter
00:59:20contre le charançon
00:59:21de la banane.
00:59:22La quasi-totalité
00:59:23des Guadeloupéens
00:59:24et des Martiniquais
00:59:25ont été contaminés
00:59:26par ce pesticide.
00:59:28Toxique
00:59:28et bioaccumulable,
00:59:30le chlordécone
00:59:30n'est plus utilisé
00:59:31depuis 1993,
00:59:33mais reste encore présent
00:59:34dans les sols
00:59:35et peut se retrouver
00:59:36dans certaines denrées
00:59:37végétales et animales
00:59:38ainsi que dans
00:59:40certains captages d'eau.
00:59:42Facteur de risque
00:59:43pour la santé,
00:59:43la contamination
00:59:44est soupçonnée
00:59:45de corrélations
00:59:45avec une augmentation
00:59:46du risque de survenue
00:59:48du cancer de la prostate.
00:59:49Les populations
00:59:50guadeloupéennes
00:59:51et martiniquaises
00:59:52qui vivent une situation
00:59:53unique au monde
00:59:54demandent depuis
00:59:55de nombreuses années
00:59:56d'être reconnues
00:59:56et indemnisées
00:59:57pour le préjudice
00:59:58sanitaire et environnemental
01:00:00auxquels
01:00:01elles ont à faire face.
01:00:03Outre les problèmes
01:00:04engendrés par l'utilisation
01:00:05de ces pesticides,
01:00:07l'économie de la Guadeloupe
01:00:08et de la Martinique
01:00:09est également impactée
01:00:10puisqu'il est impossible
01:00:11de vendre sur les marchés
01:00:12des produits agricoles
01:00:13issus des sols contaminés
01:00:15ou des produits
01:00:16de la mer contaminés,
01:00:17agriculteurs et pêcheurs
01:00:18voyant de fait
01:00:19leurs parcelles
01:00:20et zones de pêche réduites.
01:00:22La prise de conscience
01:00:23de cette problématique
01:00:24a conduit l'État
01:00:25à mettre en place
01:00:26une succession
01:00:27de plans chlordécones
01:00:28visant à sensibiliser
01:00:29et à protéger
01:00:30les populations,
01:00:32à soutenir
01:00:32les professionnels impactés
01:00:34et améliorer
01:00:34les connaissances
01:00:35sur ces produits.
01:00:37Depuis 1999,
01:00:39la droite a été
01:00:40la première
01:00:41à édicter
01:00:42un ensemble
01:00:42de mesures sanitaires
01:00:43et agronomiques
01:00:44de protection
01:00:44contre les effets
01:00:45du chlordécone.
01:00:46C'est François Fillon,
01:00:48alors Premier ministre,
01:00:49qui a initié
01:00:49pour la première fois
01:00:50en 2008
01:00:51un plan chlordécone
01:00:52reposant sur 40 actions
01:00:54afin de fédérer
01:00:55l'action
01:00:55de 7 ministères
01:00:57et de 15 organismes
01:00:58de recherche.
01:00:59C'est à partir
01:01:00de ce premier plan
01:01:01qu'ont été construits
01:01:02les plans chlordécone
01:01:032011-2013
01:01:04puis 2014-2020.
01:01:07Des évaluations
01:01:09administratives
01:01:10portant sur ces plans
01:01:11ont cependant estimé
01:01:12que les actions
01:01:12mises en œuvre
01:01:13ont été tardives
01:01:14et inadaptées
01:01:15à l'ampleur
01:01:16de la pollution
01:01:16qui nécessitait
01:01:17une stratégie
01:01:18à longue échéance.
01:01:20Un nouveau plan
01:01:20est entré en vigueur
01:01:21en février 2021
01:01:23pour la période
01:01:242021-2027
01:01:26pour tenter
01:01:26de tenir compte
01:01:27des limites
01:01:28des précédents plans.
01:01:29En effet,
01:01:30il appartient
01:01:31à l'État
01:01:31de faire un geste
01:01:32à l'égard
01:01:33des populations touchées.
01:01:34Depuis de nombreuses années,
01:01:35les ministres successifs
01:01:36chargés de l'Outre-mer,
01:01:37toutes tendances politiques
01:01:38confondues,
01:01:39se sont mobilisés
01:01:40pour trouver
01:01:41des solutions.
01:01:42L'article 1er
01:01:43reconnaît la responsabilité
01:01:44de la République française
01:01:45pour les préjudices
01:01:47sanitaires,
01:01:47écologiques et économiques
01:01:48subis par les territoires
01:01:49de Guadeloupe
01:01:50et de Martinique
01:01:51et par leur population.
01:01:52Le Sénat a souhaité
01:01:53préciser que l'État
01:01:54a sa part de responsabilité,
01:01:56ce qui n'a pas
01:01:57pour effet
01:01:58d'amoindrir
01:01:58la portée
01:01:59de la reconnaissance,
01:02:00mais davantage
01:02:00de préciser
01:02:01que des co-responsabilités
01:02:03peuvent être
01:02:03à rechercher.
01:02:04L'article en juin,
01:02:05par ailleurs,
01:02:06l'État a se doté
01:02:07d'un objectif
01:02:07de dépollution
01:02:08des terres
01:02:08et des eaux contaminées
01:02:09et érige
01:02:10comme priorité nationale
01:02:11la recherche scientifique
01:02:12sur les effets sanitaires
01:02:13et environnementaux
01:02:14de la molécule.
01:02:15Pendant la navette,
01:02:17l'étude
01:02:17et la recherche scientifique
01:02:18ont été élargies
01:02:19aux risques environnementaux
01:02:20et sanitaires
01:02:21représentés par les produits
01:02:22de transformation
01:02:23de la chlordécone.
01:02:24Enfin,
01:02:25l'État se voit
01:02:26fixer un objectif
01:02:26d'indemnisation
01:02:27des victimes
01:02:28de contamination
01:02:28et de leur territoire.
01:02:30Actuellement,
01:02:31il existe une prise en charge
01:02:33des victimes professionnelles
01:02:34de pesticides
01:02:34dans le cadre
01:02:35de l'assurance
01:02:36accident du travail
01:02:37et maladie professionnelle
01:02:38du régime général
01:02:39et des régimes agricoles.
01:02:41Le cancer
01:02:41de la prostate
01:02:42lié aux travaux
01:02:43exposant habituellement
01:02:44pesticides
01:02:44dont le chlordécone
01:02:45figure désormais
01:02:46au tableau
01:02:47des maladies professionnelles
01:02:48reconnues.
01:02:48Sous l'impulsion
01:02:49notamment
01:02:50de Gérard Menuel
01:02:51ancien député
01:02:52Les Républicains
01:02:53un fonds
01:02:54d'anonymisation
01:02:54des victimes
01:02:55de produits
01:02:55pharmaceutiques
01:02:56a été créé.
01:02:57Ce fonds
01:02:58couvre tous les pesticides
01:02:59quels que définis
01:03:00par le droit
01:03:01c'est-à-dire
01:03:01à la fois
01:03:02les produits
01:03:04phytopharmaceutiques
01:03:04et les produits
01:03:05biocides
01:03:06dont le chlordécone.
01:03:07Enfin,
01:03:08les autres articles
01:03:08de la proposition
01:03:09de loi
01:03:09prévoient la remise
01:03:10d'un rapport
01:03:11sur une possible
01:03:11extension du périmètre
01:03:13du fonds
01:03:13d'anonymisation
01:03:13des victimes
01:03:14de pesticides
01:03:14et d'un rapport
01:03:15pour établir
01:03:16la présence
01:03:16ou l'absence
01:03:17de chlordécone
01:03:17dans les sols
01:03:18du territoire national
01:03:19ainsi que
01:03:20l'inscription
01:03:20dans la loi
01:03:21de l'élaboration
01:03:22et de la mise
01:03:23en oeuvre
01:03:23d'une stratégie
01:03:23pluriannuelle
01:03:24dédiée à l'atteinte
01:03:25des objectifs
01:03:25de l'article 1er.
01:03:26Le groupe
01:03:27droite républicaine
01:03:28soutient l'objectif
01:03:29de ce texte.
01:03:30Il était absolument
01:03:31nécessaire d'éviter
01:03:33qu'un tel drame
01:03:33se reproduise
01:03:34et d'apporter
01:03:35enfin une réponse
01:03:36à toutes les victimes
01:03:37du chlordécone.
01:03:38Le texte
01:03:39issu des travaux
01:03:40du Sénat
01:03:40étant plus équilibré
01:03:41que la rédaction
01:03:42initiale,
01:03:43les députés
01:03:43de notre groupe
01:03:44voteront
01:03:45pour cette proposition
01:03:46de loi
01:03:47sur laquelle
01:03:47ils souhaitent
01:03:48un vote conforme.
01:03:49Je vous remercie.
01:03:51Merci,
01:03:51Monsieur le député.
01:03:53La parole est
01:03:54à Monsieur
01:03:54Stevie Gustave
01:03:55pour le groupe
01:03:56écologiste et social.
01:03:59Merci.
01:04:14Madame la Présidente,
01:04:16Madame la Ministre,
01:04:17Monsieur le rapporteur,
01:04:18mes chers collègues,
01:04:20le chlordécone
01:04:21a cessé d'être utilisé
01:04:22en 1993
01:04:23mais il n'a jamais
01:04:24quitté la Martinique
01:04:25et la Guadeloupe.
01:04:2633 ans
01:04:29après son interdiction,
01:04:30il est encore présent
01:04:31dans les sols,
01:04:32dans les eaux
01:04:32et dans l'organisme
01:04:34de la grande majorité
01:04:36des habitants
01:04:36de Martinique
01:04:37et de Guadeloupe.
01:04:38Voilà pourquoi
01:04:39nous débattons aujourd'hui
01:04:40non pas d'un scandale
01:04:41du passé
01:04:41mais d'un scandale
01:04:42qui continue
01:04:43de produire ses effets.
01:04:44Voilà aussi pourquoi
01:04:45le groupe écologique
01:04:46et social
01:04:46votera ce texte.
01:04:48Rappelons les faits.
01:04:49Autorisé en 1972,
01:04:51interdit aux Etats-Unis
01:04:52dès 1976,
01:04:54retiré du marché français
01:04:55en 1990,
01:04:56le chlordécone
01:04:57continue pourtant
01:04:58à être utilisé
01:04:59en Martinique
01:04:59et en Guadeloupe
01:05:00jusqu'en 1993.
01:05:02Trois années supplémentaires
01:05:04dont les conséquences
01:05:04se font encore sentir
01:05:05aujourd'hui.
01:05:06Entre 1972
01:05:08et 1993,
01:05:10près de 300 tonnes
01:05:11de chlordécone
01:05:11ont été répandues
01:05:12dans les banalerées
01:05:12de Martinique
01:05:13et de Guadeloupe.
01:05:14300 tonnes.
01:05:15Aujourd'hui encore,
01:05:16plus de 90%
01:05:17des adultes
01:05:18de ces territoires
01:05:19présentent des traces
01:05:20de cette molécule
01:05:21dans leur organisme.
01:05:22Certaines terres
01:05:23resteront contaminées
01:05:24pendant des siècles.
01:05:25Derrière les cartes postales
01:05:26de Martinique
01:05:27et de Guadeloupe,
01:05:28il y a aussi
01:05:28cette réalité.
01:05:29Des terres contaminées,
01:05:31des cours d'oeufs touchés
01:05:32et des zones de pêche
01:05:33interdites.
01:05:34Mes chers collègues,
01:05:35quand on parle
01:05:36de chlordécone,
01:05:37on parle souvent des sols.
01:05:39Moi, je voudrais parler
01:05:40d'êtres humains.
01:05:40La Martinique et la Guadeloupe
01:05:42figurent parmi les territoires
01:05:44les plus touchés au monde
01:05:45par le cancer de la prostate.
01:05:47Le lien entre l'explosion
01:05:48du chlordécone
01:05:49et l'augmentation du risque
01:05:50de développer cette maladie
01:05:51est aujourd'hui reconnu.
01:05:53Le scandale du chlordécone
01:05:54se mesure aussi
01:05:55dans la salle d'attente
01:05:56des hôpitaux.
01:05:57Les recherches ont également
01:05:59mis en évidence
01:05:59des risques pour la grossesse
01:06:01et le développement
01:06:01de l'enfant.
01:06:02Elles rappellent surtout
01:06:03que ce scandale
01:06:03ne s'arrête pas
01:06:04une génération
01:06:05puisqu'il interroge aussi
01:06:06l'avenir des enfants
01:06:07qui naissent aujourd'hui
01:06:08en Martinique
01:06:08et en Guadeloupe.
01:06:09Je pense aussi
01:06:10aux ouvriers agricoles,
01:06:12à ces femmes
01:06:12et à ces hommes
01:06:13qui ont manipulé
01:06:14ces produits
01:06:14pendant des années,
01:06:16souvent avec des protections
01:06:18insuffisantes,
01:06:18parfois à main nue.
01:06:20Eux aussi ont le droit
01:06:21à la vérité,
01:06:22eux aussi ont le droit
01:06:22à la justice.
01:06:23Et n'oublions pas une chose,
01:06:25les premières alertes
01:06:26ne sont pas venues
01:06:27des ministères,
01:06:28elles sont venues
01:06:29des champs.
01:06:31Dès 1974,
01:06:33des ouvriers agricoles
01:06:33martiniquais alertaient
01:06:34déjà sur le danger
01:06:35de ces produits.
01:06:36Ils demandaient
01:06:37que leur santé
01:06:37compte autant
01:06:38que les rendements.
01:06:39Leur alerte
01:06:39n'a pas été entendue
01:06:41et ces mêmes luttes sociales
01:06:42s'est achevées
01:06:43dans le sang
01:06:43lors des événements
01:06:44de Chalvet
01:06:45où deux hommes
01:06:46ont perdu la vie.
01:06:47Des femmes et des hommes
01:06:49ont lancé l'alerte.
01:06:50Ils demandaient
01:06:50simplement d'être protégés.
01:06:52On ne les a pas écoutés
01:06:53car l'État savait.
01:06:56Et pourtant,
01:06:56les décisions
01:06:57qui auraient dû protéger
01:06:58les populations
01:06:58ont tardé à être prises.
01:07:00L'histoire nous met
01:07:00parfois face
01:07:02aux mêmes questions.
01:07:03Hier,
01:07:03des femmes et des hommes
01:07:04étaient réduits
01:07:04à n'être qu'une force
01:07:05de travail.
01:07:06Plus tard,
01:07:07d'autres ont considéré
01:07:07que des intérêts économiques
01:07:08pouvaient justifier
01:07:10que l'on prenne des risques
01:07:11avec la santé
01:07:12de ces populations entières.
01:07:14Que vaut la dignité humaine
01:07:16lorsque des intérêts économiques
01:07:18entrent en jeu ?
01:07:19La Martinique
01:07:20et la Guadeloupe
01:07:20connaissent trop bien
01:07:21les blessures
01:07:21qui traversent ces générations.
01:07:23Elles savent
01:07:23ce que signifiait
01:07:24porter longtemps
01:07:25des conséquences
01:07:26des décisions prises
01:07:26par d'autres.
01:07:27C'est précisément
01:07:28pour cela
01:07:28que la République
01:07:29devait être
01:07:29plus exigeante
01:07:30avec elle-même.
01:07:31Non pas par charité,
01:07:33non pas par culpabilité,
01:07:34mais par devoir.
01:07:36Parce que l'égalité
01:07:36n'est pas seulement
01:07:37un principe
01:07:37que l'on proclame,
01:07:38c'est une exigence
01:07:39que l'on démontre.
01:07:40Elle devrait être
01:07:41encore plus forte
01:07:42là où l'histoire
01:07:42a laissé des traces
01:07:44des plus profondes.
01:07:45Au fond,
01:07:46une question demeure.
01:07:48Si les mêmes faits
01:07:49avaient concerné
01:07:50un autre territoire
01:07:51de la République,
01:07:52aurait-on attendu
01:07:53aussi longtemps ?
01:07:54Aurait-on accordé
01:07:55les mêmes dérogations ?
01:07:56Je ne prétends pas
01:07:57connaître la réponse,
01:07:58mais je sais
01:07:59que cette question
01:07:59se traverse encore
01:08:00aujourd'hui
01:08:01des nombreuses familles
01:08:01de Martinique
01:08:02et de Guadeloupe.
01:08:03Et je sais
01:08:03qu'une République
01:08:04indivisible
01:08:04ne peut avoir
01:08:05plusieurs niveaux
01:08:06de protection
01:08:07selon les territoires
01:08:08où l'on vit.
01:08:09Lorsque la terre
01:08:10qui nourrit
01:08:11les ressources maritimes
01:08:12sont durablement touchées,
01:08:13c'est aussi
01:08:14la souveraineté alimentaire
01:08:15de la Martinique
01:08:16et de la Guadeloupe
01:08:17qui est fragilisée.
01:08:17Le Cordeca
01:08:18n'a pas créé
01:08:19à lui seul
01:08:20la vie chère,
01:08:21il a contribué
01:08:22à affaiblir
01:08:22cette souveraineté alimentaire.
01:08:24Les Antillais
01:08:24ne demandent pas
01:08:25la compassion,
01:08:26ils demandent la vérité,
01:08:28ils demandent la justice.
01:08:29Ils demandent
01:08:30que la République
01:08:30reconnaisse enfin
01:08:32ce qu'ils vivent
01:08:33depuis des décennies.
01:08:34La justice
01:08:35a reconnu
01:08:35les fautes de l'État,
01:08:36à nous désormais
01:08:37de prendre nos responsabilités,
01:08:39car ceux
01:08:39qui ont signé
01:08:40les autorisations
01:08:41ont quitté
01:08:42leurs fonctions
01:08:42depuis longtemps.
01:08:43Le Cordeca
01:08:44lui
01:08:45est toujours là.
01:08:46Voilà ce que l'histoire
01:08:47retiendra.
01:08:48Elle retiendra
01:08:48qu'un peuple a parlé,
01:08:49elle retiendra
01:08:50qu'un peuple a attendu,
01:08:51elle retiendra
01:08:52qu'un peuple a demandé,
01:08:53car aujourd'hui,
01:08:54nous savons
01:08:55à nous de faire en sorte
01:08:56qu'elle retienne
01:08:57un aussi
01:08:58que la République
01:09:00a fini par répondre.
01:09:02Pour toutes ces raisons,
01:09:03le groupe écologique
01:09:04et social,
01:09:05je l'ai déjà dit,
01:09:05votera ce texte
01:09:06et je le voterai également.
01:09:07Je vous remercie.
01:09:08Je voudrais juste
01:09:09faire une aparté,
01:09:10c'est pas Marine Le Pen
01:09:11qui en a parlé la première,
01:09:12c'est ma collègue
01:09:13Dominique Voynet
01:09:13en 97.
01:09:14Je vous remercie.
01:09:16Merci,
01:09:17Monsieur le député.
01:09:19Sur le vote
01:09:20de l'ensemble
01:09:21de la proposition de loi,
01:09:22je suis saisie
01:09:23par le groupe socialiste
01:09:24et apparenté
01:09:24d'une demande
01:09:25de scrutin public.
01:09:26Le scrutin est annoncé
01:09:27dans l'enceinte
01:09:27de notre Assemblée.
01:09:30Madame Sabine Gervais
01:09:32pour les démocrates.
01:09:34Merci.
01:09:36Merci.
01:09:45Merci Madame la Présidente.
01:09:47Madame la Ministre,
01:09:49Monsieur le rapporteur,
01:09:50mes chers collègues.
01:09:52Nous sommes réunis
01:09:53dans cet hémicycle
01:09:54pour évoquer un sujet
01:09:56particulièrement sensible,
01:09:58tant il suscite
01:10:00d'émotions,
01:10:01d'incompréhensions
01:10:02et de colères
01:10:03chez nous,
01:10:05chez nos compatriotes
01:10:06antillais.
01:10:07Vous le savez,
01:10:10le chlordécone,
01:10:12ce pesticide
01:10:13utilisé dans les bananeraies
01:10:15de la Martinique
01:10:16et de la Guadeloupe
01:10:17de 1972 à 1993
01:10:20pour lutter
01:10:21contre le charronçon
01:10:22du bananier
01:10:23a laissé des traces
01:10:25indélébiles.
01:10:26Après plus de 20 ans
01:10:28d'utilisation,
01:10:29les études toxicologiques
01:10:31sont unanimes.
01:10:32Le chlordécone
01:10:33a entraîné
01:10:34une pollution des sols,
01:10:36des eaux usées,
01:10:38des eaux de rivière
01:10:39et du milieu marin
01:10:41dans les zones concernées.
01:10:44De nombreux aliments locaux,
01:10:46principalement les légumes racines,
01:10:48les poissons
01:10:49et les crustacés
01:10:50ainsi que les œufs
01:10:53issus de poulaillers particuliers
01:10:54peuvent être contaminés.
01:10:56Est-ce que vous pouvez laisser
01:10:59échanger avec vous ?
01:11:00Ce n'est vraiment pas simple
01:11:01pour l'oratrice
01:11:02de s'exprimer.
01:11:04Allez-y, Madame la députée.
01:11:05Merci.
01:11:06S'il vous plaît.
01:11:07Donc je reprends.
01:11:09De nombreux aliments locaux,
01:11:11principalement les légumes racines,
01:11:13les poissons et crustacés,
01:11:14ainsi que les œufs
01:11:16issus de poulaillers particuliers
01:11:18peuvent être contaminés,
01:11:20notamment dans les zones
01:11:21réputées les plus exposées,
01:11:23en raison de la présence
01:11:25ancienne de bananeraies.
01:11:27C'est en somme
01:11:28toute la chaîne alimentaire
01:11:30des populations guadeloupéennes
01:11:32et martiniquaises
01:11:33qui a été contaminée
01:11:35en toute impunité.
01:11:37Vous le savez,
01:11:38cette pollution ne s'arrêtera pas demain.
01:11:40Elle perdurera pendant 700 ans,
01:11:44affectant les générations futures.
01:11:47Nous saluons le travail des associations
01:11:49et des élus qui se battent
01:11:51depuis des années
01:11:52pour obtenir la reconnaissance
01:11:54d'un scandale sanitaire,
01:11:57ainsi que la réparation
01:11:58et la prise en charge des victimes.
01:12:01Votre proposition de loi,
01:12:03M. le rapporteur Califère,
01:12:06constitue une nouvelle expression
01:12:07de ce combat,
01:12:09dont les demandes
01:12:10sont pleinement légitimes.
01:12:13Ce travail n'est pas symbolique,
01:12:15il répond à une demande profonde
01:12:17des Antillais.
01:12:19Il existe de toute évidence
01:12:21une responsabilité partagée
01:12:23entre les acteurs économiques
01:12:24et les gouvernements de l'époque
01:12:26qui, en toute connaissance de cause,
01:12:29ont autorisé l'épandage
01:12:31de produits à base de chlordécone
01:12:33à titre dérogatoire
01:12:36jusqu'en 1993.
01:12:39Ceux qui ont fabriqué,
01:12:41ceux qui ont autorisé
01:12:42et ceux qui ont utilisé
01:12:44le chlordécone
01:12:45portent une responsabilité conjointe.
01:12:48Le dire ne revient pas
01:12:50exonérer l'état de la sienne.
01:12:53Depuis 2018,
01:12:56après que le président
01:12:57de la République,
01:12:58Emmanuel Macron,
01:12:59a solennement reconnu
01:13:01pour la première fois,
01:13:03et nous devons le lui reconnaître,
01:13:05que l'État devait assumer
01:13:07sa part de responsabilité
01:13:08dans cette pollution.
01:13:11Les réponses concrètes
01:13:13se sont multipliées,
01:13:15les plans chlordécone successifs,
01:13:18la gratuité des tests sanguins,
01:13:21la reconnaissance du cancer
01:13:23de la prostate
01:13:23comme maladie professionnelle,
01:13:26comme maladie professionnelle,
01:13:27l'inclusion de l'exposition
01:13:29au chlordécone
01:13:30parmi les causes
01:13:31de prise en charge
01:13:32par le fonds d'indemnisation
01:13:33des victimes de pesticides,
01:13:35la compensation
01:13:36des dommages économiques
01:13:38et le soutien financier
01:13:39à la recherche.
01:13:40Le chemin est long,
01:13:42nous avons posé les fondations
01:13:44et il faut continuer.
01:13:46Pour autant,
01:13:48nous sommes ici
01:13:49en présence de demandes
01:13:50d'une autre nature.
01:13:52Nos compatriotes antillais
01:13:54adressent à l'État
01:13:55une exigence de transparence
01:13:58accrue
01:13:58et de mémoire collective.
01:14:01C'est un premier pas
01:14:03vers la guérison,
01:14:04une volonté
01:14:05de restaurer la confiance
01:14:06et d'éviter
01:14:07que des événements similaires
01:14:09ne se reproduisent.
01:14:11Nous y voyons
01:14:12une réponse nécessaire
01:14:13à un ressentiment légitime,
01:14:16profondément ancré
01:14:17dans la relation
01:14:19entre les Antilles
01:14:20et la métropole.
01:14:22C'est dans cet esprit
01:14:23que les démocrates
01:14:24voteront en faveur
01:14:26de cette proposition de loi.
01:14:28Je vous remercie.
01:14:29Merci, Madame la députée.
01:14:32Nous allons maintenant
01:14:34procéder au scrutin.
01:14:35Je vais donc mettre au voie
01:14:36l'ensemble de la proposition
01:14:38de loi visant à reconnaître
01:14:39la responsabilité de l'État
01:14:41et à indemniser les victimes
01:14:43du chlordécone.
01:14:45Je vous prie de regagner
01:14:46vos places.
01:14:47Le scrutin est ouvert.
01:14:51Le scrutin
01:14:54est clos.
01:14:59Votant 236,
01:15:01exprimé 236,
01:15:03majorité 119
01:15:04pour 236
01:15:05contre zéro.
01:15:07L'Assemblée nationale
01:15:08a adopté.
01:15:21Le texte adopté
01:15:22reconnaît donc la part
01:15:23de responsabilité
01:15:24de l'État
01:15:25dans l'affaire
01:15:26du chlordécone.
01:15:27Mais l'indemnisation
01:15:28des victimes,
01:15:28elle,
01:15:29n'apparaît finalement
01:15:29que comme un objectif
01:15:31pour l'État
01:15:31sans date butoir
01:15:32et sans montant minimal.
01:15:34C'est la fin de cet épisode.
01:15:35A bientôt sur LCP.
01:15:37Sous-titrage Société Radio-Canada
01:15:40Sous-titrage Société Radio-Canada
01:15:41Sous-titrage Société Radio-Canada
01:15:43Sous-titrage Société Radio-Canada
01:15:43Sous-titrage Société Radio-Canada
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