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  • il y a 14 heures
À LA UNE / Solitude : le mal du siècle ?

Selon une étude de la Fondation de France, près d'un tiers des Français se trouvent aujourd'hui en situation d'isolement relationnel et près d'un quart ressentent de la solitude. Parmi eux, les plus durement touchés sont les personnes âgées : 750 000 sont en situation de « mort sociale », selon les Petits Frères des Pauvres, c'est-à-dire quasi ou totalement coupées de tout lien social. La solitude concerne également les plus jeunes : 40% des 18-24 ans déclarent se sentir seuls, selon un sondage de l'Ifop. En zone rurale, l'isolement relationnel continue de progresser : 14 % des habitants des communes rurales sont isolés, d'après la Fondation de France. En trois ans, ce taux a augmenté de trois points. Or, selon l'OMS, la solitude et l'isolement social ne sont pas simplement des états émotionnels mais ils ont un impact direct sur la santé mentale et physique. Ce constat pousse Jean-François Serres, fondateur de Monalisa, à déclarer : « Il faut faire de la solitude et de l'isolement social un grand sujet de campagne présidentielle ». Comment les responsables politiques peuvent-ils agir pour remédier à cette solitude croissante d'une partie des Français ?

Invités :
- Anne Souyris, sénatrice écologiste de Paris,
- Jean-François Serres, fondateur de « Monalisa », essayiste,
- Antoine Pelissolo, psychiatre, premier adjoint (PS) au maire de Créteil.

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Transcription
00:00:05Musique
00:00:23Bonsoir à tous et bienvenue dans Chaque Voix Compte sur LCP.
00:00:27C'est vendredi et comme chaque vendredi, puisque Chaque Voix Compte, c'est à vous que nous donnons la parole
00:00:33pour une émission consacrée ce soir à un sujet qui nous touche tous, mais pas de la même façon et
00:00:39qui commence aussi à s'imposer au candidat à la présidentielle de l'année prochaine.
00:00:43Je veux parler de la solitude. 17 millions de Français disent en souffrir aujourd'hui. Alors on pense à ces
00:00:48personnes âgées qui peuvent rester des jours sans parler à personne.
00:00:52Mais la solitude, c'est aussi l'étudiante qui vient d'arriver à Paris, le parent séparé une semaine sur
00:00:58deux, le cadre en télétravail sans aucune interaction sociale directe dans la journée.
00:01:03Et si finalement la grande fracture du moment n'était ni sociale, ni territoriale, ni générationnelle, mais relationnelle.
00:01:10Bonsoir Anne Suiris. Vous êtes sénatrice écologiste de Paris. Vous avez écrit il y a quelques jours avec Marine Tondelier.
00:01:18Lutter contre la solitude, c'est un livret thématique de campagne de la candidate écologiste à la présidentielle.
00:01:23Merci d'être là. Au côté du professeur Antoine Pellissolo, bonsoir.
00:01:27Vous êtes psychiatre à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil. Vous êtes également premier adjoint au maire de Créteil et
00:01:33conseiller départemental.
00:01:34Merci d'être là. Et je salue également Jean-François Serres. Bonsoir.
00:01:39Vous êtes membre du CESE, le Conseil économique, social et environnemental.
00:01:43Et vous êtes aussi et surtout à l'origine de Mona Lisa, la mobilisation nationale contre l'isolement social des
00:01:49personnes âgées.
00:01:51Merci à tous les trois sincèrement d'avoir accepté de vous prêter ce soir au jeu des questions-réponses avec
00:01:55notre public.
00:01:57Chacun ici a une histoire de solitude ou d'isolement à nous raconter.
00:02:01Ce soir, on va consacrer une heure à ceux qui relient ou ne relient plus les Français.
00:02:07Et ce n'est pas un détour, ce n'est pas un pas de côté.
00:02:10C'est le cœur de tous les sujets en réalité.
00:02:13Alors installez-vous confortablement, que vous soyez seul ou bien accompagné chez vous.
00:02:17Chaque voix compte. C'est parti.
00:02:26D'abord, tiens, une petite anecdote.
00:02:29Quand on a lancé l'idée de cette émission sur la solitude avec l'équipe de Chaque voix compte, j
00:02:33'ai assisté à une scène amusante, voire étonnante.
00:02:38Chacun s'est mis à chanter une chanson sur la solitude.
00:02:42Alors j'ai eu droit à Léo Ferré, à Laura Pausini, à Gilbert Beco, à Barbara, à Laurent Woulzy, à
00:02:47Alain Souchon.
00:02:47Tout y est passé comme s'il fallait des notes de musique pour adoucir ce mot ou peut-être pour
00:02:54l'éloigner de nous, comme s'il fallait isoler la solitude.
00:02:58Parce qu'elle se chante, c'est vrai, mais elle se chiffre aussi.
00:03:01Et ça, c'est Marion Becker qui s'en charge.
00:03:09Un Français sur quatre se sent seul.
00:03:12C'est le constat d'une étude de la Fondation de France.
00:03:15Une solitude qui s'invite dans les programmes de campagne à moins d'un an de la présidentielle.
00:03:21Marine Tondelier vient d'annoncer 30 propositions.
00:03:24J'ai décidé de m'en emparer, de mettre ce sujet sur la table, parce que oui, la solitude, c
00:03:30'est politique.
00:03:31Et que dans le débat politico-médiatique, on n'en parle quasiment jamais.
00:03:35François Hollande, lui, en a fait l'objet de l'un de ses podcasts.
00:03:39Cette solitude, elle a aussi des conséquences politiques.
00:03:41Quand on n'a plus aucun lien avec l'autre, on cherche une tutelle, une autorité.
00:03:47Et ce sont les extrêmes qui finissent par l'emporter.
00:03:50En 2025, Gabriel Attal voulait en faire une grande cause et Jean-Luc Mélenchon en dénonçait les ravages.
00:03:58Aujourd'hui, 750 000 Français sont ultra isolés, dont 14% des personnes qui vivent à la campagne,
00:04:06là où les transports sont limités et les liens sociaux se font plus rares.
00:04:11Ils sont 9% en agglomération.
00:04:14Un isolement et un sentiment de solitude renforcés par la précarité.
00:04:1816% des personnes aux revenus modestes sont isolées.
00:04:22C'est trois fois plus que les hauts revenus.
00:04:24Aujourd'hui, toutes les générations sont touchées.
00:04:28À l'ère des réseaux sociaux, jamais les interactions n'ont été aussi nombreuses.
00:04:33Et pourtant, la solitude progresse.
00:04:35Un tiers des jeunes actifs ressentent un sentiment de solitude.
00:04:39Deux fois plus que les plus de 60 ans.
00:04:44Jean-François Serres, là on vient de donner plein de chiffres, mais comment est-ce qu'on mesure,
00:04:48comment est-ce qu'on calcule précisément la solitude d'un individu ?
00:04:52C'est-à-dire qu'il y a deux façons de la mesurer.
00:04:54Il y a une façon qui est de mesurer le nombre de relations que la personne a,
00:05:00la diversité de ses relations, la densité des relations.
00:05:03Donc ça, ça se mesure.
00:05:04On appelle ça l'isolement social.
00:05:06Et puis, il y a une mesure qui est plus subjective.
00:05:09C'est-à-dire qu'on demande aux personnes, comme vous venez de le dire dans le reportage,
00:05:12est-ce que vous vous sentez régulièrement, tous les jours, seul ?
00:05:16Est-ce que vous en souffrez ?
00:05:17Et là, la réponse, c'est un quart des Français qui disent qu'ils se sentent seuls.
00:05:22C'est le sujet de votre vie, l'isolement, la solitude.
00:05:25Est-ce que les Français sont vraiment plus seuls qu'avant
00:05:28ou est-ce qu'on est juste plus sensibles à cette question ?
00:05:31– Alors, je crois que, c'est un peu des deux, mais malgré tout,
00:05:35les observatoires qui ne sont pas très anciens,
00:05:38puisqu'on a 20 ans de recul sur cette question-là, ou pas tellement plus,
00:05:42montrent qu'il y a quand même une intensification de l'isolement social.
00:05:45L'observatoire des petits frères des postes sur l'isolement profond des personnes âgées
00:05:49montre que ça s'intensifie, ça s'élargit.
00:05:53Donc oui, on est davantage seuls, on est plus seuls qu'avant.
00:05:57Mais oui aussi, on en souffre davantage qu'avant,
00:06:00parce que précédemment, en fait, on disposait davantage de relations,
00:06:04j'allais dire, qui étaient données.
00:06:05On vivait dans des communautés, dans des villages, dans des familles
00:06:08qui étaient moins dispersées.
00:06:11Et donc, on a été plus contenus dans la société, j'allais dire.
00:06:14Alors aujourd'hui, on est tous, en fait, des individus libres, certes,
00:06:18et ça, c'est une grande victoire, mais j'appelle ça un peu flottant.
00:06:22En réalité, la société nous lâche.
00:06:25Et donc, à chacun d'entre nous, d'aller chercher les relations dont il a besoin.
00:06:29Alors pour ceux qui sont agiles pour se trouver des relations,
00:06:32c'est une grande liberté, mais pour ceux qui le sont moins,
00:06:35c'est vraiment beaucoup plus difficile.
00:06:37C'est exactement le sujet de ce soir.
00:06:39Un mot, Anne Suiris, on l'a vu dans le sujet,
00:06:41les politiques sont en train de s'emparer du sujet,
00:06:43ou certains l'ont fait depuis plus longtemps que d'autres.
00:06:46Marine Tondelier en fait donc une priorité de sa campagne présidentielle.
00:06:49On a vu Edouard Philippe, Gabriel Attal, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon s'y mettre aussi.
00:06:53En quoi est-ce que c'est une question éminemment politique ?
00:06:57Vous savez, c'est d'abord une question qui touche tout le monde.
00:07:03C'est-à-dire que ce n'est pas juste les personnes âgées,
00:07:05ou juste les personnes qui sont à la campagne,
00:07:09ou juste les personnes qui ont un handicap et qui ont des difficultés à sortir de chez elles.
00:07:14Non, en réalité, on s'est aperçu soudain que toutes les catégories sociales étaient touchées par ce domaine.
00:07:21Il y a vraiment aussi un sujet qui est arrivé, qui est très fort,
00:07:26qui est qu'on a des réseaux sociaux, Internet, de plus en plus.
00:07:32Avec le Covid, ça a augmenté cette situation-là.
00:07:35C'est-à-dire que les gens ont plus communiqué par les réseaux sociaux,
00:07:39et finalement, le télétravail est arrivé, enfin, ce sont des choses comme ça
00:07:43qui, finalement, peuvent être d'ailleurs du mieux, parfois.
00:07:47Je veux dire, il n'y a pas que du pas bien,
00:07:48mais qui ont encore un petit peu plus coupé les gens de leur environnement
00:07:55avec une facilitation et, en plus, quelque chose d'invisible.
00:07:59C'est une solitude invisible.
00:08:01Il y a l'isolement social dont vous parliez, qui est quantifiable,
00:08:05et puis il y a la solitude qui n'est pas toujours quantifiable.
00:08:08Donc ça, c'est un deuxième sujet.
00:08:09Et le troisième, c'est la question de la précarisation.
00:08:12Par exemple, la question des étudiants.
00:08:15J'y pense parce que, vraiment, c'est énorme.
00:08:18On voit le nombre de jeunes qui vont à la soupe populaire maintenant,
00:08:22qui a explosé depuis le Covid, et ça, c'est une réalité.
00:08:26Et ça veut dire beaucoup de choses.
00:08:27Ça veut dire qu'ils ne peuvent pas sortir de chez eux
00:08:29parce qu'ils ne peuvent pas aller boire un verre avec les copains,
00:08:31ils n'ont pas d'argent.
00:08:32C'est-à-dire qu'ils habitent très loin de l'université,
00:08:34donc ils n'ont pas le temps de revenir, ils n'ont pas d'espace.
00:08:38Ils ne vont pas pouvoir faire de sport, par exemple.
00:08:40On a cette question-là.
00:08:42En fait, quand on regarde de près,
00:08:44on a une société qui était en train d'aller vers cette solitude
00:08:47sans le savoir, de manière assez invisible.
00:08:50Et soudain, il y a eu, avec le Covid, une manifestation.
00:08:55Et je crois qu'il est temps maintenant d'en faire une politique publique majeure,
00:08:58majeure, pas simplement, et qui doit être dans tous les domaines
00:09:02et qui doit être au-dessus de tous les domaines.
00:09:05Parce que sinon, on n'y arrivera pas.
00:09:07Et c'est ça, tout l'intérêt de ce travail.
00:09:09J'espère d'ailleurs que tous les politiques vont s'en occuper
00:09:14et en parler pendant cette campagne.
00:09:16Je voudrais donner la parole à Annick et Muriel.
00:09:20Annick et Muriel.
00:09:21Peut-être qu'Annick peut prendre un micro.
00:09:24Est-ce que vous avez un micro ?
00:09:25Oui ?
00:09:26Alors, bonsoir Annick.
00:09:28Est-ce que je peux dire votre âge, Annick ?
00:09:30Oui, j'ai 77 ans.
00:09:32Vous avez tenu à être là ce soir pour nous raconter, vous,
00:09:34votre expérience de la solitude et comment vous la combattez, en fait.
00:09:38À quel moment est-ce que vous vous êtes sentie seule ?
00:09:42Je me suis sentie seule.
00:09:45J'avais une amie, c'est tout ça,
00:09:48avec qui je m'entendais vraiment très bien.
00:09:51C'était vraiment fusionnel.
00:09:53Je savais qu'elle était malade
00:09:55et que bientôt, elle allait nous quitter.
00:09:58Et évidemment, elle est morte dans mes bras.
00:10:02Et quelques temps, j'ai réussi.
00:10:05Je dis, je vais y arriver.
00:10:07Comme je suis assez mobile,
00:10:09j'ai compensé ça par des sorties théâtre, cinéma, concerts.
00:10:14Mais pas de...
00:10:15Dans tout ça, je me suis rendue compte
00:10:17qu'il me manquait quelque chose,
00:10:19c'est-à-dire la parole, le contact.
00:10:22Et comme j'avais envie de faire un atelier d'écriture,
00:10:26j'ai demandé à une amie
00:10:27qui m'a indiqué un endroit.
00:10:29Et il se trouve que ce lieu
00:10:31est le carrefour des solidarités,
00:10:34là où je suis actuellement,
00:10:36depuis 2016.
00:10:37C'est ça, vous êtes devenue bénévole
00:10:39dans cette association ?
00:10:40Au départ...
00:10:40Vous êtes d'abord allée...
00:10:42Oui, comme bénéficiaire,
00:10:43puisqu'on a les deux termes,
00:10:45bénéficiaire, ceux qui arrivent
00:10:46et qui bénéficient des animations, etc.,
00:10:51offertes par le carrefour.
00:10:53Et après, il y a un petit changement de direction.
00:10:56Et je suis devenue bénévole.
00:10:58Parce que j'ai un peu les deux casquettes.
00:11:00Je suis toujours bénéficiaire,
00:11:02mais en même temps bénévole.
00:11:04Je suis plus bénévole maintenant.
00:11:06Voilà.
00:11:07Et cette association
00:11:08et votre activité au sein de cette association,
00:11:11vous considérez que c'est ce qui vous a sorti
00:11:12de votre état de solitude ?
00:11:14Oui.
00:11:15Au départ,
00:11:15ce n'était pas forcément le public
00:11:18que j'avais envie de côtoyer,
00:11:19parce que je n'avais pas trop pensé
00:11:21qu'essentiellement,
00:11:22ce seraient des personnes âgées.
00:11:24Et bien, en fait,
00:11:25j'ai trouvé goût à ce genre de personnes.
00:11:29Vous avez fait des copains et des copines ?
00:11:30Et voilà, j'en ai fait des amis.
00:11:32Et petit à petit, c'est là qu'on va vers eux,
00:11:35on les aide, etc.
00:11:36On les raccompagne chez eux,
00:11:38on fait tout ça comme ça.
00:11:40Et c'est un peu pour ça
00:11:41qu'on devient peut-être bénévole aussi.
00:11:43On a le sens de l'autre.
00:11:45D'ailleurs, c'est là-bas
00:11:46que vous avez rencontré Muriel,
00:11:47qui est à côté de vous.
00:11:48Voilà, Muriel,
00:11:49je ne connaissais pas vraiment.
00:11:50Bonsoir, Muriel.
00:11:51Vous voulez prendre le micro,
00:11:52Muriel, à votre tour ?
00:11:54Vous aussi, vous êtes arrivée
00:11:56dans cette association
00:11:57où est bénévole désormais Annick.
00:12:01Comment, vous, vous êtes arrivée
00:12:02jusqu'à cette association ?
00:12:04Qu'est-ce qui vous y a poussée ?
00:12:05Moi, je suis arrivée
00:12:06au carrefour de solidarité
00:12:08parce que je me suis trouvée
00:12:09vraiment toute seule.
00:12:12J'ai perdu deux filles
00:12:14et j'ai perdu mon compagnon
00:12:16en 2020, du Covid.
00:12:18La vie ne vous a pas épargnée.
00:12:20Donc la vie, elle ne m'a pas gâtée.
00:12:22Et je me suis arrêtée,
00:12:24travaillée,
00:12:25j'ai pris ma retraite en 2007.
00:12:28Et là, vraiment,
00:12:29depuis à peu près 2020,
00:12:33depuis le décès
00:12:34de ma dernière fille,
00:12:35je me suis sentie vraiment seule,
00:12:36isolée.
00:12:37J'ai un fils qui est
00:12:38dans le sud de la France.
00:12:39J'ai ma famille
00:12:40qui est un petit peu dans le sud.
00:12:42Mais moi,
00:12:43je me suis trouvée
00:12:44vraiment toute seule
00:12:45du jour au lendemain.
00:12:46Alors que j'avais une famille
00:12:47comme tout le monde.
00:12:49Et j'ai découvert,
00:12:51c'est justement
00:12:52le carrefour de solidarité.
00:12:54D'ailleurs,
00:12:54je les remercie
00:12:55parce que c'est grâce à eux
00:12:57que j'ai commencé
00:12:58un petit peu à sortir,
00:13:00à dialoguer un petit peu
00:13:01avec certaines personnes.
00:13:02Vous avez dû vous faire violence.
00:13:04Vous avez dû vous forcer
00:13:05à un moment.
00:13:05Oui.
00:13:06Prendre sur vous.
00:13:06Au début,
00:13:08je voulais vraiment,
00:13:09j'avais du mal
00:13:10à aller jusqu'à
00:13:13découvrir les associations.
00:13:16Et ils m'ont beaucoup aidée.
00:13:18Enfin,
00:13:19au carrefour de solidarité.
00:13:21Aussi bien l'équipe,
00:13:22les bénévoles,
00:13:24le responsable.
00:13:25Ils sont vraiment
00:13:26très à l'écoute.
00:13:27Je les remercie infiniment.
00:13:30Et maintenant,
00:13:31je ne me sens pas
00:13:33pas complètement.
00:13:36Ça va mieux ?
00:13:36Non, pas du tout
00:13:38parce que je ne me remercie pas.
00:13:39Mais je me sens quand même
00:13:41beaucoup mieux
00:13:42parce que j'ai quand même
00:13:43l'occasion
00:13:43d'aller plus souvent
00:13:46depuis quelque temps,
00:13:47de faire des sorties avec eux
00:13:49et de faire des copines
00:13:51en panique.
00:13:52Et j'ai pas mal
00:13:54de copains et de copines
00:13:56maintenant qui sont bénévoles
00:13:57au carrefour de solidarité
00:14:00qui nous aident énormément.
00:14:02Je crois que vous aviez
00:14:03des questions à poser
00:14:04justement
00:14:05à nos invités
00:14:06de ce soir,
00:14:07en particulier
00:14:08sur les associations.
00:14:10Et puis,
00:14:11je crois aussi
00:14:12sur la dématérialisation
00:14:13des démarches
00:14:14qui fait qu'aussi
00:14:15les personnes
00:14:17qui ont commencé
00:14:18la vie sans Internet,
00:14:19disons les choses,
00:14:20ont un peu du mal
00:14:20et se retrouvent bien souvent
00:14:22seules aussi
00:14:22dans les démarches
00:14:25qu'il faut entreprendre.
00:14:25Alors, je ne sais pas
00:14:26si Annick veut poser
00:14:26une question en particulier
00:14:27de lier.
00:14:29Oui, pardon.
00:14:30Oui, je trouve aussi,
00:14:33moi, la première d'ailleurs,
00:14:35la numérisation
00:14:37isole encore plus
00:14:38les personnes
00:14:39parce que
00:14:41quand elles savaient remplir
00:14:42leurs feuilles,
00:14:44leurs déclarations d'impôts,
00:14:47maintenant,
00:14:47elles ne savent plus.
00:14:48Elles viennent nous voir
00:14:49et ne comprennent même pas
00:14:50ce que l'on fait,
00:14:51toujours peur
00:14:52qu'on ne retranscrisse pas
00:14:53ce qu'elles demandent
00:14:54parce qu'on peut
00:14:55parce qu'on peut
00:14:55les aider
00:14:55pour remplir
00:14:56leur...
00:14:57On fait ça,
00:14:58bien sûr,
00:14:59d'une façon
00:14:59tout à fait gracieuse
00:15:00mais bon,
00:15:01c'est déjà,
00:15:02je trouve,
00:15:02une source
00:15:04d'isolement.
00:15:05Et puis,
00:15:07il y a également
00:15:09les personnes
00:15:10qui n'osent plus
00:15:11trop sortir seules,
00:15:13même pour venir
00:15:13au carrefour,
00:15:14même si elles sont
00:15:15à 500 mètres
00:15:17et c'est là
00:15:18qu'on a souvent besoin
00:15:19d'aller les chercher
00:15:20et qu'on voit
00:15:22qu'il y a beaucoup de...
00:15:24Soit des stagiaires
00:15:25de l'association
00:15:26parce que nous avons
00:15:27des stagiaires
00:15:28qui viennent aussi
00:15:29nous donner un coup de main,
00:15:31soit les travailleurs sociaux
00:15:33en général
00:15:34ont besoin,
00:15:35accompagnent
00:15:36toutes ces personnes.
00:15:36Mais Annick,
00:15:37par exemple,
00:15:37vous avez peur de sortir,
00:15:39pourquoi ?
00:15:40Moi,
00:15:41j'arrive à sortir
00:15:42sans trop de difficultés
00:15:44sauf que quand même
00:15:46j'ai un peu peur
00:15:47maintenant sur le trotter
00:15:48dans l'ambiance
00:15:49où j'ai eu la mauvaise idée
00:15:50de me faire renverser
00:15:53par deux fois
00:15:53à deux ans d'intervalle,
00:15:54une fois par un vélo
00:15:55ou une fois par une trottinette.
00:15:58J'avoue que j'ai un peu
00:16:02abusé des deux roues
00:16:03et j'ai donc
00:16:06un peu de mal
00:16:06à ressortir dans la rue
00:16:08parce qu'il y a trop
00:16:10d'agitation par moment.
00:16:12J'ai pas encore...
00:16:13Antoine Pellisolo ?
00:16:14Oui, j'avais envie
00:16:15d'un peu de réagir.
00:16:16Dans vos deux histoires,
00:16:18moi, j'entends un peu
00:16:18le moment important
00:16:19de la retraite.
00:16:21J'imagine que c'était
00:16:22un peu une zone...
00:16:24C'est un moment
00:16:24de rupture.
00:16:25...de rupture.
00:16:27Et après,
00:16:28après la retraite
00:16:28où on a plus
00:16:29son environnement
00:16:30professionnel
00:16:32permanent,
00:16:33très souvent,
00:16:34on tombe un peu
00:16:35dans son tempérament.
00:16:37Et certains tempéraments,
00:16:38je crois que M. Serre
00:16:39le disait tout à l'heure,
00:16:39on n'a pas tous
00:16:40facilement la sociabilité.
00:16:41On a tous besoin
00:16:42du social,
00:16:43mais on n'a pas tous
00:16:44facilement
00:16:44ces démarches-là.
00:16:45Alors là,
00:16:46vous parlez de peur,
00:16:47par exemple,
00:16:47pour sortir à l'extérieur,
00:16:48mais il y a aussi
00:16:48beaucoup de gens
00:16:49qui ont des peurs
00:16:51relationnelles,
00:16:51comme on pourrait dire,
00:16:52de l'anxiété sociale.
00:16:54Et il faut trouver
00:16:55un moyen
00:16:55de dépasser ça.
00:16:57Il faudrait
00:16:58collectivement,
00:16:58on arrive justement
00:16:59à faciliter les choses.
00:17:00Ce n'est pas simple
00:17:01dans notre vie
00:17:01où tout est plutôt
00:17:03un peu dans la performance
00:17:04individuelle,
00:17:05dans le combat
00:17:05des uns avec les autres.
00:17:07Et donc typiquement,
00:17:08le milieu associatif
00:17:09clairement sert à ça.
00:17:10Et je crois que c'est
00:17:11excellent.
00:17:12tout ce qui peut être fait
00:17:13pour aller vers les autres,
00:17:14pour les faire venir.
00:17:15Donc vous,
00:17:15vous avez fait la démarche
00:17:16d'y aller toute seule,
00:17:17mais il y a sûrement
00:17:17des gens qui n'ont pas
00:17:18cette capacité
00:17:21à surmonter
00:17:22la peur de l'inconnu,
00:17:23qu'est-ce qu'on va
00:17:24penser de moi.
00:17:25Et donc ça,
00:17:26c'est malheureusement
00:17:27un des freins
00:17:28qui a toujours existé,
00:17:29puisque c'est vieux
00:17:30comme l'espèce humaine,
00:17:31la psychologie humaine.
00:17:32Il y a des tempéraments
00:17:32extravertis, introvertis.
00:17:34Et malheureusement,
00:17:35ça se rajoute
00:17:35à ce que vous dites,
00:17:36c'est-à-dire qu'il n'y a plus
00:17:37les lieux qui,
00:17:37d'habitude,
00:17:38on allait à la poste.
00:17:39Alors c'était casse-pieds
00:17:40de faire la queue
00:17:40pour retirer les colis
00:17:42ou faire les démarches.
00:17:44Mais au moins,
00:17:44c'était l'occasion
00:17:45de voir du monde,
00:17:46de parler.
00:17:46Alors que maintenant,
00:17:47si on peut tout faire
00:17:47à distance,
00:17:48on n'a plus de raison
00:17:49de sortir, effectivement.
00:17:50Jean-François Serres,
00:17:51je rejoins ce que disait
00:17:52le professeur Pellissolo,
00:17:53mais ce qui me frappe
00:17:54dans les récits
00:17:54d'Anique et Muriel,
00:17:55c'est qu'on n'est pas
00:17:56venus les chercher.
00:17:57Elles ont fait la démarche
00:17:59d'aller vers une association
00:18:00en l'occurrence ?
00:18:01– Oui, c'est vrai,
00:18:02mais dans l'histoire,
00:18:05c'est vrai que dans les associations,
00:18:07il faut prétexte à relation,
00:18:09quelque part.
00:18:09Donc les activités
00:18:11ont été un prétexte à relation.
00:18:13Pour certaines personnes,
00:18:15il faut aller jusqu'à les rejoindre
00:18:17là où elles sont
00:18:18quand elles sont très isolées
00:18:19et ce que font
00:18:19les équipes citoyennes
00:18:21qui sont dans le réseau Mona Lisa,
00:18:23qui sont toutes ces équipes
00:18:24qui, en fait,
00:18:25ont cette préoccupation
00:18:27de lutter contre l'isolement.
00:18:28Une des premières questions,
00:18:29c'est comment identifier
00:18:32les personnes vraiment
00:18:33en situation d'isolement
00:18:34parce que ces personnes-là
00:18:35sont tellement invisibles
00:18:37que parfois,
00:18:37elles peuvent même mourir
00:18:39sans qu'on s'en rende compte
00:18:40pendant des jours.
00:18:42Moi, ce que je voulais dire,
00:18:43parce que c'est vrai
00:18:44que le constat
00:18:44sur l'isolement social,
00:18:46il est lourd,
00:18:47mais il faut aussi dire
00:18:50qu'il y a des solutions
00:18:51et qu'en fait,
00:18:52il y a des possibilités.
00:18:54Et je voulais réagir
00:18:55sur la question
00:18:56de la numérisation
00:18:58parce qu'on dit habituellement
00:19:00et on a raison,
00:19:01bah oui,
00:19:01mais ça crée
00:19:02de l'étrangeté,
00:19:03ça crée de...
00:19:04Voilà,
00:19:06moi, je regrette
00:19:07assez peu, en fait,
00:19:08les guichets de la pause,
00:19:09je regrette assez peu
00:19:10d'aller chercher
00:19:11mes billets du train
00:19:13et faire la queue,
00:19:14je regrette assez peu
00:19:15les relations très administrées
00:19:17dans les guichets.
00:19:18Par contre,
00:19:19oui,
00:19:20il faut réinventer
00:19:22des autres espaces
00:19:24où on est ensemble.
00:19:25Et c'est là
00:19:26qu'intervient la politique,
00:19:27Anne Suiris.
00:19:27politique, absolument.
00:19:29Oui, tout à fait.
00:19:30En fait,
00:19:32derrière ça,
00:19:33moi, il me semble
00:19:33que c'est la question
00:19:34du sens
00:19:35de ce qu'on fait, quoi.
00:19:36C'est-à-dire que
00:19:36quand on est à la retraite,
00:19:39on va parler de la retraite,
00:19:40tout à coup,
00:19:41le sens qu'on avait
00:19:42dans son travail
00:19:43de se lever le matin,
00:19:44on avait une famille
00:19:45à la maison,
00:19:46puis après,
00:19:47ils vont travailler ailleurs,
00:19:48enfin,
00:19:49voilà,
00:19:50ils ne sont plus chez vous
00:19:51et du coup,
00:19:51il y a un peu de sens
00:19:53qui manque dans sa vie aussi.
00:19:55Ça, c'est une réalité.
00:19:56Sauf que ça aussi,
00:19:58c'est politique.
00:19:58On peut se dire
00:19:59que ça,
00:19:59c'est complètement psychologique,
00:20:01ça ne concerne pas le politique.
00:20:02Mais si,
00:20:03ça concerne le politique.
00:20:04Le sens,
00:20:05c'est aussi de se dire
00:20:06que tout n'est pas consommation,
00:20:08tout n'est pas seulement
00:20:09aide sociale.
00:20:11Par exemple,
00:20:12vous avez,
00:20:13là,
00:20:13vous faites appel
00:20:13à une association
00:20:14où vous êtes bénévole,
00:20:15c'est-à-dire que vous êtes active
00:20:16toutes les deux.
00:20:18Vous n'êtes pas seulement obligée.
00:20:19dans leur retraite,
00:20:21elles ont repris l'activité.
00:20:21Vous n'êtes pas obligée seulement
00:20:22d'une aide
00:20:23ou de quelque chose.
00:20:24Vous êtes aussi
00:20:27deux femmes
00:20:28qui allaient peut-être
00:20:29aider d'autres
00:20:30ou aller vers d'autres personnes
00:20:33qui ont des problèmes
00:20:34et qui,
00:20:35du coup,
00:20:36vous retrouvez du sens.
00:20:37Je pense qu'on est
00:20:38dans une société aussi
00:20:39où la dématérialisation
00:20:41a tout à coup
00:20:42gommé le sens
00:20:43et où c'est difficile
00:20:46de le retrouver.
00:20:48Et donc,
00:20:48c'est ça,
00:20:48nous,
00:20:49on a un rôle là-dessus,
00:20:51je pense,
00:20:51à aider les associations
00:20:54et puis aussi
00:20:55à aider,
00:20:55par exemple,
00:20:56tous les lieux
00:20:57intergénérationnels,
00:20:58l'habitat participatif,
00:20:59le fait,
00:21:00justement,
00:21:01de voir comment,
00:21:03non seulement,
00:21:03on peut aider
00:21:04les personnes âgées,
00:21:05évidemment,
00:21:05il faut aider
00:21:06les personnes âgées,
00:21:07surtout quand ils commencent
00:21:08à avoir une perte d'autonomie,
00:21:09mais aussi,
00:21:10comment on leur redonne
00:21:11un rôle dans la société.
00:21:12Et ça,
00:21:13on doit le faire,
00:21:14ça doit changer,
00:21:15vous disiez,
00:21:15une nouvelle offre politique
00:21:17et on doit re-réfléchir autrement,
00:21:19c'est vraiment ça
00:21:20qu'il faut arriver à faire.
00:21:22Je pense qu'il y a
00:21:22une grosse demande maintenant.
00:21:24Et moi,
00:21:24je compte beaucoup
00:21:25sur 2027
00:21:26pour avoir des propositions.
00:21:28Vous savez,
00:21:28par exemple,
00:21:28au Japon,
00:21:29il y a un ministère
00:21:30de la solitude
00:21:31et il y a des équipes...
00:21:33Au Royaume-Uni aussi,
00:21:34il y a un secrétariat
00:21:35d'État à la solitude.
00:21:36il a arrêté,
00:21:36mais oui,
00:21:37absolument.
00:21:38Et en fait,
00:21:38ce qui s'est passé,
00:21:39c'est qu'ils ont mis
00:21:41des équipes
00:21:41qui vont voir les gens aussi
00:21:42pour aussi faire
00:21:44des nouvelles politiques.
00:21:45Oui, oui,
00:21:46tout à fait.
00:21:46Et l'idée n'est pas seulement
00:21:48de se dire
00:21:49on va faire quelques petites aides
00:21:51pour colmater,
00:21:52c'est vraiment d'avoir
00:21:52une belle idée.
00:21:54Et juste pour finir,
00:21:56la machine,
00:21:56souvent,
00:21:57elle a tendance
00:21:57à remplacer l'humain,
00:21:59ce qui fait que,
00:22:00par exemple,
00:22:01je pense à l'hôpital
00:22:01puisque vous travaillez
00:22:02notamment à l'hôpital,
00:22:03mais à l'hôpital,
00:22:05on pense,
00:22:05on manque de personnel,
00:22:07alors on va mettre,
00:22:08peut-être qu'on va mettre
00:22:09des robots.
00:22:10On va mettre des robots
00:22:11qui pourraient...
00:22:12Je vous assure
00:22:13que je l'ai entendu,
00:22:14donc ça existe.
00:22:15Il y a déjà des robots
00:22:16qui opèrent,
00:22:17mais a priori,
00:22:17le contact humain
00:22:18pendant une opération,
00:22:19on préfère pas en avoir.
00:22:20On a aussi une politique
00:22:21où on doit mettre
00:22:22des ratios en disant
00:22:23non, non,
00:22:24les êtres humains
00:22:25doivent être accompagnés
00:22:26de robots,
00:22:27mais en aucun cas,
00:22:28ça doit se substituer.
00:22:29Et on est
00:22:30à un endroit,
00:22:32un tournant
00:22:32actuellement là-dessus
00:22:33et je pense que c'est ça aussi
00:22:35c'est très politique
00:22:36de dire non,
00:22:37il va falloir
00:22:37des ratios de care en général,
00:22:39c'est-à-dire de prendre soin
00:22:40que ça soit aussi
00:22:41pour l'école.
00:22:42Il ne faut pas
00:22:43que les enseignants
00:22:44disparaissent au profit
00:22:45et on a une petite tendance,
00:22:47on le voit arriver
00:22:48avec le distanciel
00:22:50qui remplace le présidentiel
00:22:51puis après,
00:22:52pourquoi pas l'IA ?
00:22:53Ben oui,
00:22:53on est sur le chemin
00:22:54du remplacement là
00:22:56pour le coup,
00:22:56complet
00:22:57et là,
00:22:58nous,
00:22:58on doit opérer
00:22:59un tournant
00:22:59pour imposer,
00:23:01nous les politiques en général,
00:23:02pour imposer de l'humain
00:23:03là où la machine
00:23:04pourrait arriver.
00:23:05Avec,
00:23:05pourquoi pas,
00:23:06mais pas sans,
00:23:07pas à la place de...
00:23:08Je voudrais me tourner
00:23:08vers Lilou.
00:23:10Lilou,
00:23:10il faut se saisir
00:23:11d'un micro.
00:23:12Lilou,
00:23:13vous avez 23 ans,
00:23:15vous avez grandi
00:23:16dans le sud de la France
00:23:16et vous êtes venue
00:23:17faire vos études à Paris
00:23:19au moment du Covid.
00:23:20Vous êtes arrivée
00:23:21juste avant,
00:23:22le Covid est arrivé
00:23:22juste après.
00:23:24Est-ce que dans votre cas,
00:23:25on peut parler
00:23:25d'un choc de solitude ?
00:23:27Ah ouais,
00:23:27là,
00:23:28c'était un choc de solitude.
00:23:29C'est-à-dire que du jour
00:23:30au lendemain,
00:23:31vous quittez le sud
00:23:32ensoleillé
00:23:32et vous arrivez à Paris.
00:23:35C'est ça,
00:23:35en fait,
00:23:35je suis arrivée
00:23:36en plein milieu du Covid,
00:23:38donc le premier confinement
00:23:39était passé
00:23:39et je suis arrivée
00:23:41juste avant
00:23:41le deuxième confinement.
00:23:43Donc,
00:23:43j'avais tout juste
00:23:4418 ans
00:23:45et j'ai quitté
00:23:46donc mon sud
00:23:47et je suis arrivée
00:23:48à Paris
00:23:48et j'ai fait
00:23:49une semaine à la fac
00:23:50et ensuite,
00:23:51on nous a dit
00:23:52ben voilà,
00:23:52vous allez faire
00:23:53une semaine sur quatre
00:23:54en présentiel à la fac
00:23:55et le reste,
00:23:56ce sera à distance
00:23:57et du coup,
00:23:58on a repris la fac
00:24:00en présentiel tout le temps
00:24:01à partir de mars,
00:24:03quelque chose comme ça.
00:24:04Donc,
00:24:04six mois plus tard.
00:24:05Ouais,
00:24:05c'est ça.
00:24:05Donc,
00:24:05la période octobre à mars
00:24:07a été pas mal terrible
00:24:09parce qu'il y avait
00:24:11en même temps
00:24:11la charge de travail.
00:24:13Moi,
00:24:13j'étais dans une double licence
00:24:14donc c'était
00:24:14beaucoup,
00:24:15beaucoup de travail
00:24:16et tous les jours
00:24:17de 8h à 22h
00:24:18devant l'ordi
00:24:19et voilà quoi,
00:24:21des interactions
00:24:21qui ne sont plus
00:24:22que virtuelles
00:24:24et tout à l'heure,
00:24:25vous parliez notamment
00:24:25de la place
00:24:26des réseaux sociaux
00:24:27et de la place
00:24:28du virtuel dans tout ça
00:24:29et je pense que ça a été
00:24:30là où notre génération
00:24:31à nous,
00:24:31il y a eu un tournant
00:24:32un peu
00:24:32où en fait,
00:24:33on s'est réfugiés
00:24:34là-dedans
00:24:34et surtout les réseaux sociaux,
00:24:36on connaît leur tendance
00:24:37à relayer que le négatif
00:24:38et du coup,
00:24:39je pense qu'il y a eu
00:24:40un puits un peu
00:24:42sans fond
00:24:44de ma génération
00:24:45en tout cas à moi
00:24:45qui est tombée
00:24:46dans cette solitude
00:24:48et dans ces interactions
00:24:50virtuelles
00:24:50donc ouais,
00:24:51ça a été
00:24:51assez compliqué.
00:24:53Et à la sortie
00:24:54du confinement,
00:24:55vous avez réussi
00:24:56à aller vers les autres,
00:24:57vous avez réussi
00:24:58à vous faire
00:25:00des amis à Paris
00:25:01ou est-ce que vous gardez
00:25:03même encore aujourd'hui
00:25:03des séquelles
00:25:05de cette période ?
00:25:06Ouais,
00:25:06il y a des séquelles
00:25:07surtout que moi du coup,
00:25:08c'était des études
00:25:09du spectacle vivant,
00:25:10je faisais du théâtre du coup.
00:25:11Donc c'est difficile
00:25:12de faire ça
00:25:13actuellement quand même.
00:25:14Le spectacle,
00:25:15il était plus mort
00:25:16à l'époque
00:25:16donc c'était un peu compliqué.
00:25:19Ce que j'ai fait,
00:25:20c'est que finalement,
00:25:21chez moi,
00:25:21ça a créé un déclic
00:25:22de me lancer
00:25:24plus vite là-dedans.
00:25:26Du coup,
00:25:27j'avais à peine
00:25:2720 ans,
00:25:28enfin 19 ans,
00:25:29j'ai créé ma compagnie,
00:25:30je suis rentrée
00:25:31dans une école de théâtre,
00:25:31etc.
00:25:32J'ai rencontré des gens
00:25:33mais c'est vrai
00:25:33que j'ai senti vraiment
00:25:35que j'avais un décalage
00:25:36par rapport aux autres
00:25:37en fait,
00:25:38que ma génération à moi,
00:25:40on avait un décalage,
00:25:41il y avait tous les gens
00:25:42que j'ai rencontrés
00:25:43à l'école de théâtre,
00:25:44ils avaient des amis
00:25:45sur Paris,
00:25:46des fois depuis plusieurs années
00:25:47et moi,
00:25:48j'avais que eux
00:25:49et il y avait quand même
00:25:50et j'ai toujours senti
00:25:51même encore aujourd'hui
00:25:52ce truc de génération sacrifiée,
00:25:56de la génération
00:25:57qui n'a pas pu se faire d'amis
00:25:59en fait
00:25:59et qui a un an de retard
00:26:02en fait,
00:26:03par rapport aux autres,
00:26:04il y a un truc un peu
00:26:04de retard
00:26:05et on prend le contre-pied
00:26:07comme on peut
00:26:08surtout quand on est
00:26:09dans les arts du spectacle
00:26:10pour essayer
00:26:11d'aller chercher les gens
00:26:12mais...
00:26:13Professeur Pédisolo,
00:26:14est-ce qu'on mesure encore
00:26:15aujourd'hui,
00:26:16cinq ans plus tard,
00:26:17les ravages de cette période
00:26:18Covid sur la santé mentale
00:26:19des jeunes ?
00:26:20Oui,
00:26:21alors c'est pas généralisé
00:26:23évidemment
00:26:23mais en tout cas
00:26:24nous en consultation
00:26:25on reçoit
00:26:26beaucoup de jeunes
00:26:28de votre tranche d'âge
00:26:29qui ont souffert beaucoup,
00:26:30qui en général
00:26:31ont progressé quand même
00:26:33depuis et vont un peu mieux
00:26:34mais ne sont pas
00:26:35complètement rétablis
00:26:36parce que ça a été
00:26:37un catégorie...
00:26:38Il y a eu une année
00:26:40voire deux années
00:26:40vraiment d'isolement
00:26:42où les courses
00:26:43étaient arrêtées,
00:26:44où certains sont
00:26:44sortis de la route
00:26:45complètement,
00:26:46n'ont pas pu revenir
00:26:47sur leur trajectoire
00:26:49et oui,
00:26:50il y a sûrement
00:26:51quelque chose
00:26:52qui va marquer
00:26:52encore longtemps
00:26:53mais après tout dépend
00:26:55des capacités
00:26:56justement
00:26:56à rebondir
00:26:58comme on dit
00:27:00avec un objectif de vie
00:27:02qui doit être celui
00:27:03de retrouver des liens sociaux
00:27:05et je pense à...
00:27:06Dans le cas de Lilou,
00:27:07on sent presque une urgence
00:27:08à la sortie du Covid
00:27:10et de ses études
00:27:11de vivre à fond
00:27:12quoi,
00:27:12c'est ça Lilou ?
00:27:13Oui,
00:27:14c'était totalement ça
00:27:15et je sais que
00:27:15comme vous dites
00:27:16ça n'a pas été le cas
00:27:17de tout le monde,
00:27:18moi j'ai,
00:27:19je pense,
00:27:19une facilité
00:27:20aux liens sociaux
00:27:21et j'ai plein de gens
00:27:23de mon entourage
00:27:24très proche
00:27:24qui ne l'avaient pas
00:27:25et qui aujourd'hui
00:27:26sont encore,
00:27:27vivent encore
00:27:28dans cette solitude
00:27:29post-Covid
00:27:30même 5 ans après
00:27:32quoi.
00:27:33Pardon,
00:27:33mais malheureusement
00:27:34des habitudes
00:27:35ont été prises
00:27:36par tout le monde
00:27:38et malheureusement
00:27:39dans nos organisations,
00:27:40moi je suis professeur
00:27:40de médecine
00:27:41donc on a plein d'étudiants
00:27:42parce que c'est des filières
00:27:44qui sont très importantes
00:27:46et on a gardé
00:27:48l'habitude du distanciel
00:27:49et il n'y a quasiment
00:27:51plus de cours collectifs
00:27:53en présentiel
00:27:54comme on dit
00:27:54et ça aussi
00:27:55malheureusement
00:27:56c'est une mauvaise habitude
00:27:57parce qu'on voit
00:27:58des jeunes
00:27:58qui travaillent en plus
00:27:59pour des concours
00:27:59donc ils travaillent
00:28:00quasiment jour et nuit
00:28:01mais seuls
00:28:01qui ne se rencontrent pas
00:28:03enfin ça c'est vraiment
00:28:05une mauvaise évolution.
00:28:06Lilou,
00:28:06vous aviez une question
00:28:07à poser.
00:28:08Oui,
00:28:09moi je voulais aussi
00:28:10parler de justement
00:28:11cette prise en charge
00:28:13des soins
00:28:14de santé mentale
00:28:15pour les jeunes
00:28:16on sait aussi
00:28:17que les étudiants
00:28:18et jeunes actifs
00:28:19c'est pour ça
00:28:19j'inclus vraiment
00:28:20les jeunes actifs
00:28:21aussi dedans
00:28:21parce qu'ils sont touchés
00:28:22par la précarité
00:28:23comme vous en avez parlé
00:28:24Anne tout à l'heure
00:28:25de cette précarité
00:28:26et en plus de ça
00:28:28il y a une détérioration
00:28:28de la santé mentale
00:28:29à cause de la solitude
00:28:30les jeunes ne sortent plus
00:28:32parce que c'est trop cher
00:28:32ou des trucs comme ça
00:28:34et il y a eu
00:28:35mon parcours psy
00:28:36qui a été mis en place
00:28:37justement
00:28:38juste après le Covid
00:28:39donc moi j'ai pu
00:28:40j'ai eu la chance
00:28:41d'en bénéficier
00:28:42mais aujourd'hui
00:28:43on constate quand même
00:28:43que ça a vachement
00:28:44ses limites
00:28:45mon parcours psy
00:28:46déjà il n'y a pas
00:28:47tous les psys
00:28:48qui le mettent en place
00:28:49les délais pour avoir
00:28:50des rendez-vous
00:28:50des fois sont super longs
00:28:52des fois il y a aussi
00:28:53il faut avancer les frais
00:28:55ce qui n'est pas toujours
00:28:56possible d'avancer
00:28:5770 euros
00:28:57une consultation
00:28:59pour des jeunes
00:29:00qui sont dans la précarité
00:29:02une difficulté aussi
00:29:03à cause des déserts médicaux
00:29:04à trouver des médecins
00:29:05traitants pour faire
00:29:06une ordonnance
00:29:06et ma question c'est
00:29:07est-ce qu'aujourd'hui
00:29:08on ne devrait pas
00:29:09essayer de faire en sorte
00:29:10que tous les soins
00:29:11liés à la santé mentale
00:29:12ne soient pas entièrement
00:29:13remboursés
00:29:14au même titre
00:29:15que les autres
00:29:18soins physiques
00:29:19ou autres quoi
00:29:19et ben oui
00:29:20100% d'accord
00:29:22alors effectivement
00:29:23cette période
00:29:24a quand même marqué
00:29:25un petit changement
00:29:26puisque nous
00:29:26ça faisait des années
00:29:27des décennies
00:29:28qu'on demandait
00:29:28quand même
00:29:29la prise en charge
00:29:30des psychothérapies
00:29:31qui n'étaient pas du tout
00:29:32remboursées jusqu'à
00:29:32il y a 5-6 ans
00:29:34et il y a eu
00:29:35quelques étapes
00:29:35donc en effet
00:29:36d'abord pour les étudiants
00:29:37mon parcours psy
00:29:38maintenant il y a
00:29:38quelque chose
00:29:38qui s'appelle
00:29:39mon soutien psy
00:29:39pour toute la population
00:29:41qui est un progrès
00:29:42quand même
00:29:42parce que ça permet
00:29:43pour certaines personnes
00:29:44de trouver
00:29:45des psychologues
00:29:46mais il y en a
00:29:46comme vous dites
00:29:47pas assez
00:29:48parce que c'est pas
00:29:49tout à fait bien
00:29:50construit ce modèle
00:29:50alors il n'y a plus besoin
00:29:51de voir un généraliste
00:29:52maintenant
00:29:52vous pouvez y aller
00:29:53directement
00:29:53le nombre de séances
00:29:54a un peu augmenté
00:29:55les tarifs ont un petit peu
00:29:56augmenté
00:29:56mais pas assez
00:29:57donc c'est vraiment
00:29:57un objectif
00:29:58là aussi politique
00:29:59très très important
00:30:00parce qu'il y a
00:30:00un besoin majeur
00:30:02parce que ce que vous disiez
00:30:03c'est dans les deux sens
00:30:04la souffrance psychique
00:30:07aggrave la solitude
00:30:08et la solitude
00:30:09aggrave aussi
00:30:09la souffrance psychique
00:30:10c'est vraiment
00:30:10un cercle vicieux
00:30:11Anne Souiris
00:30:12c'est quelque chose
00:30:13qui est en train
00:30:14de se discuter
00:30:14en vérité
00:30:15au Parlement
00:30:16que ce soit au Sénat
00:30:17ou à l'Assemblée Nationale
00:30:18cette question revient
00:30:20systématiquement
00:30:20vous savez que c'était
00:30:21l'année de la santé mentale
00:30:23les deux années même
00:30:24donc pourtant
00:30:24pas beaucoup de choses
00:30:25ont vraiment évolué
00:30:26mais enfin bon
00:30:27en tout cas
00:30:28toujours est-il
00:30:29que cette question-là
00:30:29vraiment de dire
00:30:30que le soin mental
00:30:32doit rentrer
00:30:33dans le soin
00:30:34tout court
00:30:34et que ça doit rentrer
00:30:36dans le budget
00:30:36de la sécurité sociale
00:30:38de plein droit
00:30:40parce que
00:30:40effectivement
00:30:41là il y a un nombre
00:30:44actuellement
00:30:44c'est 12
00:30:45je crois
00:30:45on est à 12 séances
00:30:47il faut que ça soit
00:30:48des soins légers
00:30:49enfin
00:30:49il y a beaucoup
00:30:50de mais
00:30:51et donc
00:30:52il faut arrêter
00:30:52que ça
00:30:53nous on l'avait fait
00:30:53moi j'étais adjointe
00:30:54à la santé
00:30:55pendant le Covid
00:30:55et on a mis en place
00:30:57on a commencé
00:30:58à faire quelque chose
00:30:58comme ça
00:30:59juste avant
00:31:00en fait
00:31:01avec nos centres de santé
00:31:02en faisant des équipes
00:31:03qui pouvaient le faire
00:31:04ça a été rempli
00:31:05dans la seconde
00:31:06évidemment
00:31:06parce que
00:31:07il y a un grand manque
00:31:08mais je pense que ça
00:31:10c'est quelque chose
00:31:11d'important
00:31:11mais ça ne peut pas suffire
00:31:13pour combler la solitude
00:31:14cela dit
00:31:15c'est quand même
00:31:16un révélateur
00:31:18cette question-là
00:31:19du soutien
00:31:20du besoin
00:31:21de soutien psychologique
00:31:22beaucoup plus important
00:31:23même si ça faisait longtemps
00:31:24qu'il existait
00:31:24qu'il n'était pas comblé
00:31:25mais néanmoins
00:31:27il va falloir aussi
00:31:28le réfléchir socialement
00:31:30pas seulement en soin
00:31:31il va falloir aussi
00:31:31de la prévention
00:31:31je veux dire
00:31:32oui il faut le faire
00:31:33mais il va falloir aussi
00:31:35réfléchir comment
00:31:35on évite de continuer
00:31:38à laisser les gens
00:31:39ou à s'enfoncer
00:31:41dans ces questions
00:31:41de solitude
00:31:42il y a quand même
00:31:43des raisons
00:31:44à la fois économiques
00:31:45à la fois sociologiques
00:31:46et la place dans la société
00:31:48on parlait des seniors
00:31:50pour le côté actif
00:31:53c'est-à-dire comment
00:31:53ils peuvent retrouver du sens
00:31:54mais aussi les jeunes
00:31:56je veux dire
00:31:56c'est pour ça
00:31:58qu'il faut aussi
00:31:59penser à vous
00:32:00parce que
00:32:01là pour l'instant
00:32:02chacun est dans son silo
00:32:03et effectivement
00:32:04plus les réseaux sociaux
00:32:05les jeunes
00:32:06s'en servent beaucoup
00:32:07plus que les personnes âgées
00:32:09et c'est un piège absolu
00:32:11parce qu'effectivement
00:32:12on peut tout faire
00:32:13en fait quand on est jeune
00:32:14c'est d'autant plus piaiseux
00:32:15Jean-François Serres
00:32:16qu'on se dit
00:32:16cette hyper-connexion
00:32:18elle ne nous isole pas
00:32:20au contraire
00:32:20elle nous ouvre
00:32:21un autre monde
00:32:21et pourtant
00:32:22on ne s'est jamais senti
00:32:23aussi seul
00:32:23que dans ce monde
00:32:24hyper-connecté
00:32:24c'est le contact
00:32:26c'est le pot à pot
00:32:28qui nous manque
00:32:28être connecté
00:32:30ne signifie pas
00:32:31être en relation
00:32:31alors si vous avez
00:32:32des bonnes relations
00:32:33être connecté
00:32:34ça les conserve
00:32:34parce que vous les aviez déjà
00:32:36avec vos enfants
00:32:37avec vos amis
00:32:37mais pour créer
00:32:39des relations
00:32:39il faut les corps
00:32:41il faut être là
00:32:42il faut être présent
00:32:43il faut réincarner
00:32:44les relations
00:32:45c'est très important
00:32:46et pour réagir
00:32:48à ce que vous disiez
00:32:49c'est vrai que
00:32:51à la fois
00:32:52on sent aussi
00:32:53votre énergie
00:32:54votre
00:32:55comment dire
00:32:56votre sensibilité
00:32:58à cette question
00:32:59et on a besoin
00:33:00de cette génération
00:33:01de jeunes
00:33:01qui s'engagent
00:33:02sur ces questions
00:33:03relationnelles
00:33:03et à la fois
00:33:04vous en avez souffert
00:33:05à la fois
00:33:06vous pouvez en être
00:33:07une héroïne
00:33:07donc je vous invite
00:33:10et je le dis
00:33:11parce que par exemple
00:33:12comme politique publique
00:33:13le service civique
00:33:15le service civique
00:33:17qui permet à des jeunes
00:33:18de passer huit mois
00:33:19dix mois
00:33:21de faire une césure
00:33:22dans leur vie
00:33:24dans leur étude
00:33:25et qui font des missions
00:33:27de solidarité
00:33:28qui se jouent
00:33:29j'allais dire
00:33:30dans des associations
00:33:31des collectivités
00:33:32territoriales
00:33:33qui rencontrent
00:33:34en fait
00:33:34dans la vraie vie
00:33:36vraiment
00:33:37en quoi
00:33:38leur contribution
00:33:40volontaire
00:33:41à la relation
00:33:42auprès de personnes
00:33:43vulnérables
00:33:44ou bien
00:33:44dans l'éducation
00:33:46dans la culture
00:33:47peu importe
00:33:49transforme
00:33:49ces jeunes
00:33:49c'est impressionnant
00:33:50et on a lancé
00:33:52engagez-vous
00:33:53en fait
00:33:53c'est ça
00:33:53que vous dites
00:33:54oui
00:33:54parce que
00:33:56on a fait
00:33:57une mesure d'impact
00:33:58parce qu'on a lancé
00:33:59le service civique
00:34:00solidarité senior
00:34:01qui permettait
00:34:02de faire
00:34:03que des jeunes
00:34:03s'engagent
00:34:04auprès de personnes
00:34:04âgées isolées
00:34:05alors regardez
00:34:06si ça marchait
00:34:07c'est-à-dire que
00:34:07les personnes âgées
00:34:08étaient moins isolées
00:34:09et en fait
00:34:10on a vérifié
00:34:11que le niveau
00:34:12d'isolement
00:34:12des jeunes
00:34:13qui y allaient
00:34:13était plus élevé
00:34:14que le niveau
00:34:15d'isolement
00:34:16des personnes âgées
00:34:17et que l'impact
00:34:19sur l'isolement
00:34:19des jeunes
00:34:20était extrêmement puissant
00:34:22parce que
00:34:23pourquoi
00:34:23les jeunes
00:34:24se sont retrouvés
00:34:24en équipe
00:34:25à mener
00:34:26des projets
00:34:26ensemble
00:34:27on rencontrait
00:34:28des maires
00:34:29des collectivités
00:34:30territoriales
00:34:30des associations
00:34:31ils ont vu
00:34:32les enjeux
00:34:33de la société
00:34:33tout d'un coup
00:34:34et très rapidement
00:34:35ils se sont sentis
00:34:36comme vous le disiez
00:34:36utiles
00:34:37dans leur contribution
00:34:38on redonne du sens
00:34:39et on refait société
00:34:41et autour
00:34:42en fait
00:34:42d'une pratique
00:34:44de l'engagement
00:34:45relationnel
00:34:46parce que
00:34:46ça ressemble aussi
00:34:48aux associations
00:34:49de Muriel et Annick
00:34:50complètement
00:34:50les dynamiques
00:34:51d'associativité
00:34:53c'est ce qui associe
00:34:54les gens
00:34:55et quand vous le disiez
00:34:56j'étais bénéficiaire
00:34:57je suis devenu bénévole
00:34:58grosso modo
00:34:59il y a
00:35:00quand on dit
00:35:01un prétexte
00:35:03à recréer
00:35:04des relations
00:35:04et après tout est réciproque
00:35:06on donne
00:35:07on reçoit
00:35:08ça va dans tous les sens
00:35:09la solitude
00:35:10c'est pas qu'une histoire
00:35:11individuelle
00:35:12c'est aussi une histoire
00:35:13de lieux
00:35:14qui disparaissent
00:35:15en France
00:35:1662% des communes rurales
00:35:18n'ont plus aucun commerce
00:35:19zéro
00:35:19mais au-delà du manque
00:35:21de service
00:35:21c'est aussi bien souvent
00:35:22un facteur
00:35:23qui va aggraver
00:35:24l'isolement
00:35:24dans ces communes
00:35:25souvent rurales
00:35:26alors certains habitants
00:35:28font le pari
00:35:28de rouvrir des cafés
00:35:30par exemple
00:35:30à la campagne
00:35:31et c'est le cas
00:35:31dans cette commune
00:35:32de Lorne
00:35:32Eujon
00:35:33où le petit bar
00:35:34qui était l'unique
00:35:35commerce du village
00:35:36vient de rouvrir
00:35:37après une longue fermeture
00:35:39reportage de Nicolas Fleury
00:35:41et Juliane Roland
00:35:42sur le terrain
00:35:45la place du village
00:35:47a retrouvé
00:35:48son unique commerce
00:35:49à Eugon
00:35:50190 habitants
00:35:51la réouverture
00:35:53de ce café
00:35:53après 5 ans
00:35:54de rideaux baissés
00:35:55avait quelque chose
00:35:56d'inespéré
00:35:58on est content
00:35:59on est content
00:35:59que ce soit
00:36:01Medhi et Sarah
00:36:02Lohab
00:36:02ont fait le pari
00:36:03de relancer
00:36:03le bar du village
00:36:05boire un verre
00:36:06dîner
00:36:06retrouver son club
00:36:07de lecture
00:36:08ou même jardiner
00:36:09à chacun son activité
00:36:11ce qui m'a frappé
00:36:12en venant ici
00:36:12c'est qu'il y avait
00:36:14tous les âges
00:36:14et toutes les sortes
00:36:15de populations
00:36:16moi j'habite
00:36:17à 15 km d'ici
00:36:18une petite commune
00:36:19qui s'appelle
00:36:19Raisonlieu
00:36:20où on est 150 habitants
00:36:22il n'y a rien
00:36:23pas de commerce
00:36:24rien du tout
00:36:25on ne se croise
00:36:26pratiquement jamais
00:36:28donc ça fait plaisir
00:36:29de retrouver des gens
00:36:31et de l'animation
00:36:33recréer du lien social
00:36:34à la campagne
00:36:35pour les nouveaux gérants
00:36:36c'est un enjeu essentiel
00:36:37des milieux comme ici
00:36:39c'est des endroits
00:36:39qui sont quand même
00:36:40très fragiles
00:36:41parce qu'il y a quand même
00:36:42une précarité
00:36:42qui n'est pas visible
00:36:43il y a quand même
00:36:44une mobilité à avoir
00:36:45aussi qui est quand même
00:36:46très importante
00:36:47on veut acheter du pain
00:36:47on fait 5 km
00:36:48on veut aller au marché
00:36:49on fait 10 km
00:36:50on veut aller au supermarché
00:36:51on fait 20 km
00:36:51et en fait tout cumuler
00:36:54pour nous on trouve ça
00:36:55essentiel quand même
00:36:55que les gens puissent
00:36:56se rassembler à un endroit
00:36:57de ces années
00:36:58sans aucun commerce
00:37:00Nelly et Serge
00:37:01ont gardé un souvenir
00:37:02morose
00:37:03et l'habitude
00:37:04de prendre soin
00:37:05de leurs voisins
00:37:06ça va ma Monique ?
00:37:07Monique Biaque vit seule
00:37:09elle a du mal
00:37:10à se déplacer
00:37:10alors lorsque le bar
00:37:12a fermé
00:37:12plus d'école
00:37:13plus de commerce
00:37:14ça y est
00:37:14le village est mort
00:37:15on ne voyait personne
00:37:16elle s'est sentie
00:37:17plus isolée
00:37:19avant les gens
00:37:19qui venaient à l'épicerie
00:37:20ou au café
00:37:21ils passaient par la maison
00:37:22ils venaient de boire un coucou
00:37:23puis après il n'y a plus rien
00:37:25donc personne venait au bout
00:37:26ah oui c'est difficile
00:37:28aujourd'hui
00:37:29le village a retrouvé son bar
00:37:31mais son plus gros défi
00:37:32c'est la rentabilité
00:37:34bonjour ça va ?
00:37:34après un an d'exploitation
00:37:36les bénéfices restent faibles
00:37:37le café va donc devenir associatif
00:37:40et la mairie
00:37:41juge nécessaire
00:37:42de l'aider financièrement
00:37:43ça ne sera jamais viable
00:37:44ça coûte trop cher
00:37:46on est là pour ça
00:37:47alors on n'a pas non plus
00:37:49aussi des moyens exceptionnels
00:37:50donc on va faire
00:37:51par rapport à ce qu'on peut faire
00:37:52nous
00:37:52et on sera là toujours
00:37:54pour les aider
00:37:54une cinquantaine d'habitants
00:37:56de Gons
00:37:56et des villages alentours
00:37:57s'est porté volontaire
00:37:59pour faire vivre
00:38:00la future association
00:38:02Jean-François Serres
00:38:03quand on se demande
00:38:04ce qui a pu casser nos liens
00:38:05l'urbanisme y a contribué aussi
00:38:07et notamment la disparition
00:38:08de ces petits bars
00:38:09de ces petits commerces
00:38:10de villages
00:38:12oui c'est certain
00:38:13mais en réalité
00:38:14c'est vrai que c'est
00:38:15c'est des tendances
00:38:18de fond extrêmement
00:38:19extrêmement longues
00:38:20c'est vraiment
00:38:21c'est toute l'individualisation
00:38:23des modes de vie
00:38:23qui petit à petit
00:38:24ont transformé
00:38:25nos modes d'organisation
00:38:27et puis c'est vrai
00:38:29qu'il y a une culture
00:38:29de l'anonymat
00:38:30dans les grandes villes
00:38:31il faut quand même
00:38:32se rappeler que
00:38:33dans les communautés
00:38:34dans les villages
00:38:35moi je sais que mon père
00:38:37par exemple
00:38:37la génération de mon père
00:38:38son rêve
00:38:39c'était de partir des villages
00:38:41de sortir du candidaton
00:38:42de l'enfermement
00:38:43d'aller à la ville
00:38:44oui
00:38:45et de s'ouvrir
00:38:46j'allais dire
00:38:47à des relations
00:38:48complètement différentes
00:38:49de celles qui étaient
00:38:50seulement celles
00:38:50des communautés
00:38:51donc l'émancipation
00:38:53qui est une grande victoire
00:38:54de nos sociétés
00:38:57nous a émancipé
00:38:58des communautés
00:38:59enfermantes
00:38:59donc il s'agit
00:39:01aujourd'hui
00:39:01de se rendre compte
00:39:02que cette émancipation
00:39:03forcément
00:39:04a fait en sorte
00:39:06qu'un certain nombre
00:39:07de communautés
00:39:08qui tenaient
00:39:08ne tiennent plus vraiment
00:39:10donc l'enjeu
00:39:11aujourd'hui
00:39:11c'est de réinventer
00:39:13et réinventer
00:39:14dans une société
00:39:15où on n'est plus
00:39:15les mêmes
00:39:16on est des individus
00:39:18émancipés
00:39:18beaucoup plus livres
00:39:19et qu'on veut rester libre
00:39:20on ne veut pas reconstruire
00:39:21moi je défends
00:39:23que la question
00:39:24de la solitude
00:39:25n'est pas une nostalgie
00:39:26d'un temps passé
00:39:27qui aurait été
00:39:28un temps heureux
00:39:29parce qu'en réalité
00:39:30il y avait
00:39:31c'est vrai
00:39:31ces communautés
00:39:32mais il n'y avait
00:39:32pas que du bonheur
00:39:33dans ces communautés
00:39:34il y avait de l'oppression
00:39:35il y avait de la domination
00:39:36et la libération
00:39:38notamment des femmes
00:39:39qui étaient
00:39:40dans des rôles prescrits
00:39:42c'est quand même
00:39:43une grande victoire
00:39:44donc aujourd'hui
00:39:45c'est très intéressant
00:39:46des cafés
00:39:47c'est des tiers lieux
00:39:47en fait
00:39:48qui se construisent
00:39:48des lieux nouveaux
00:39:49où c'est plus seulement
00:39:50le commerce
00:39:51mais c'est aussi
00:39:52des prétextes
00:39:53à lien
00:39:54à relation
00:39:55et ça
00:39:55c'est l'invention
00:39:56c'est pour ça
00:39:56que j'invite les jeunes
00:39:57à se lancer
00:39:58dans ces inventions
00:39:59il y a à réinventer
00:40:01la façon
00:40:02dont on peut faire
00:40:03communauté
00:40:03dans la proximité
00:40:05donc des cafés
00:40:06oui
00:40:06mais pas les cafés
00:40:07d'antan
00:40:08pas les cafés
00:40:08où les hommes
00:40:09venaient taper le carton
00:40:10pendant que les femmes
00:40:11restaient à la maison
00:40:11c'est ce que vous voulez dire
00:40:12et boire beaucoup d'alcool
00:40:14et boire beaucoup d'alcool
00:40:15c'est quand même
00:40:15qu'on boit moins d'alcool
00:40:16Denis
00:40:17tout ça
00:40:17ça vous parle forcément
00:40:18je ne sais pas
00:40:19si vous avez un micro
00:40:19près de vous
00:40:20Denis
00:40:20Denis
00:40:21vous avez été le maire
00:40:22pendant 25 ans
00:40:24d'un village du Pas-de-Calais
00:40:25qui s'appelle Ramcourt
00:40:26c'est ça
00:40:27oui
00:40:28340 habitants
00:40:29oui
00:40:29et vous
00:40:30alors là-bas
00:40:31vous avez vu l'isolement
00:40:31progresser à mesure
00:40:33que les commerces
00:40:34reculer
00:40:34d'abord en tant qu'élu local
00:40:36vous ne l'êtes plus
00:40:37mais vous avez été quand même
00:40:38maire pendant 25 ans
00:40:39est-ce qu'à un moment
00:40:40vous vous êtes senti responsable ?
00:40:42c'est-à-dire
00:40:43on a vu l'évolution
00:40:44qu'il y avait de moins en moins
00:40:45d'occasion de se rencontrer
00:40:47les commerces de proximité
00:40:49qui diminuent
00:40:50la boulangerie
00:40:51bon
00:40:52de petits exemples
00:40:53mais chez le coiffeur
00:40:54avant
00:40:55maintenant c'est sur rendez-vous
00:40:56avant ça discutait
00:40:57parce qu'on attendait
00:40:58non mais c'était
00:40:59c'est tout des petits détails
00:41:01et tous ces bavardages
00:41:05nous on a considéré
00:41:06que
00:41:07je reprends un peu votre mot
00:41:08il fallait des cours
00:41:09c'est-à-dire que les gens
00:41:10manquent un peu d'humanité
00:41:11on n'a pas le même échange
00:41:14quand il y a une présence
00:41:16il y a plus de spontanéité
00:41:17les échanges sont plus riches
00:41:19que par exemple
00:41:20avec internet
00:41:21et tout ça
00:41:23sans compter que
00:41:24j'ai l'impression
00:41:26au moins que ça
00:41:26ça diminue quand même
00:41:28les choses
00:41:29donc nous on a été moins ambitieux
00:41:31que ce qui est passé
00:41:32mais
00:41:33qu'est-ce qu'on a fait
00:41:34on a dit
00:41:34si on veut augmenter
00:41:36les possibilités
00:41:38de rencontres
00:41:39bon
00:41:40au niveau de l'urbanisme
00:41:41de la commune
00:41:42c'est de faire de la centralité
00:41:43c'est-à-dire que
00:41:44les gens ont une raison
00:41:45de venir au centre
00:41:47pour se croiser
00:41:48parce que nous
00:41:49il y a quand même
00:41:50énormément d'animals
00:41:51de compagnie
00:41:53donc
00:41:54je dirais
00:41:55en boutade
00:41:56que les chiens
00:41:56ils se parlent
00:41:57puis après les maîtres
00:41:58ils se parlent
00:41:59bon
00:41:59et donc
00:42:00il y a une voie piétonnière
00:42:02où les gens
00:42:03prennent un peu l'air
00:42:05et bien ils se croisent
00:42:06bon
00:42:07ça c'est au niveau
00:42:08de l'urbanisme
00:42:08et au niveau
00:42:10de
00:42:10on a fait un
00:42:12un chalet
00:42:13vous avez fait un chalet d'accueil
00:42:14à Ramcourt
00:42:14c'est ça
00:42:15un chalet
00:42:16c'est pas très grand
00:42:17c'est 12 mètres carrés
00:42:18mais
00:42:20ah oui c'est une cahute
00:42:21où il y a des bénévoles
00:42:23qui ouvrent
00:42:24une heure par semaine
00:42:25et qui offrent le café
00:42:27on a mis des abonnements
00:42:28en journaux
00:42:30parce que ça permet
00:42:32d'alimenter les conversations
00:42:34à la rigueur
00:42:35tout le monde
00:42:36ne peut pas se payer
00:42:36le journal
00:42:37donc
00:42:38bon
00:42:39c'est une occasion
00:42:40de venir
00:42:41bon
00:42:42ça marche
00:42:42il faut avouer que
00:42:43bon
00:42:43budgétairement
00:42:44bien sûr
00:42:44on n'a pas de problème
00:42:46ça ne coûte pas cher
00:42:48mais on a accroché
00:42:49oui un certain nombre
00:42:50de personnes
00:42:51qui viennent
00:42:51et puis là
00:42:53ça a quand même débouché
00:42:55sur l'initiative
00:42:56de ces gens là
00:42:57sur
00:42:59un club
00:43:00de
00:43:00de gymnastique
00:43:01de remise en forme
00:43:02on ne va pas dire
00:43:03de gymnastique
00:43:03de remise en forme
00:43:05sur
00:43:07une après-midi
00:43:08de
00:43:09de joueurs de cartes
00:43:11donc voilà
00:43:12c'est pas
00:43:14mais budgétairement
00:43:15ça colle
00:43:16et
00:43:17voilà
00:43:17alors nous
00:43:19on a 4-5%
00:43:20de la population
00:43:20qui vient
00:43:21dans votre
00:43:22chalet d'accueil
00:43:23c'est quand même
00:43:24du moins
00:43:25au niveau
00:43:25des permanences
00:43:26il y a une mixité
00:43:27c'est à dire que
00:43:28par exemple
00:43:28le samedi
00:43:29on a des jeunes
00:43:30on a des gens
00:43:31qui travaillent
00:43:31mais quand c'est en semaine
00:43:33c'est plutôt
00:43:34des personnes âgées
00:43:35des retraités
00:43:37bon
00:43:37c'est sûr que
00:43:38pour se déplacer
00:43:39il faut encore
00:43:39qu'ils aient un peu
00:43:40de mobilité
00:43:41enfin bon
00:43:41mais
00:43:42et donc
00:43:44on trouve
00:43:46qu'on a apporté
00:43:46quelque chose
00:43:47et donc
00:43:49du café
00:43:50et de la fraternité
00:43:51et du café
00:43:52des journaux
00:43:53et de la fraternité
00:43:54oui
00:43:55il y a un kiosque
00:43:57à livres
00:43:58aussi
00:43:59donc
00:44:00mais c'est surtout
00:44:02nous
00:44:02ce qu'on a remarqué
00:44:03c'est surtout
00:44:04de la présence
00:44:06de l'humanité
00:44:09et alors
00:44:10on n'aborde pas
00:44:11on n'aborde pas
00:44:12des sujets
00:44:14extraordinaires
00:44:14dans les conversations
00:44:15mais
00:44:17c'est les sujets
00:44:18d'un milieu rural
00:44:19il y a aussi
00:44:20une base d'échange
00:44:21et d'entraide
00:44:22qui se fait
00:44:23bon
00:44:23qu'il y a trop de légumes
00:44:24ou trop de fruits
00:44:25bon mais là
00:44:26on prend
00:44:26ou bien
00:44:27qu'il y a un problème
00:44:28numérique
00:44:29il y en a qui savent
00:44:30bon voilà
00:44:31on va lui filer un coup de main
00:44:32c'est pas des grandes choses
00:44:33mais c'est du basique
00:44:34c'est l'essentiel
00:44:36je crois que vous aviez
00:44:37des questions précises
00:44:38à poser à nos invités
00:44:41là tout de suite
00:44:42je vais réfléchir
00:44:44moi je voulais dire
00:44:44quelque chose
00:44:45sur l'économie
00:44:45parce qu'il y a des causes
00:44:47il y a l'exode rural
00:44:47il y a le fait
00:44:48de s'émanciper
00:44:49qui ont fait
00:44:49que les villages
00:44:50se sont dépeuplés
00:44:53mais c'est pas que ça
00:44:54il y a quand même
00:44:55des raisons aussi économiques
00:44:56et très fortes
00:44:57il y a aussi
00:44:58les hypermarchés
00:44:59qui se sont
00:45:00qui ont dépeuplé
00:45:01les centres-villes
00:45:01en termes de petits commerces
00:45:03et le fait que du coup
00:45:04les gens ne viennent plus
00:45:05faire leurs courses
00:45:06dans les centres
00:45:07même les petites villes
00:45:08ou les villages
00:45:10et bien
00:45:11ça fait que
00:45:12plus personne n'y habite
00:45:13ça devient des dortoirs
00:45:15c'est aussi ça
00:45:16et il y a une responsabilité
00:45:17majeure quand même
00:45:18de cette nouvelle organisation
00:45:20nouvelle
00:45:20qui commence à dater
00:45:21mais qui est maintenant
00:45:23après le pas
00:45:23surtout plus
00:45:24plus il y a de problèmes
00:45:25de fin de mois
00:45:27plus les gens
00:45:27vont en hypermarché
00:45:28donc en réalité
00:45:29ça s'est amplifié
00:45:30c'est quelque chose
00:45:31qui s'est amplifié
00:45:32et je dis ça
00:45:33parce que nous
00:45:34ce qu'on propose
00:45:34dans notre petit livre
00:45:35c'est de dire
00:45:36ces cafés
00:45:38il faut qu'ils soient aidés
00:45:39parce qu'effectivement
00:45:40il y a un problème
00:45:40de modèle économique
00:45:41alors il peut y avoir
00:45:42du bénévolat
00:45:43il peut y avoir
00:45:43de l'engagement
00:45:44mais parfois
00:45:44ça ne suffit pas
00:45:45il faut quand même
00:45:47un petit peu
00:45:47mettre la main à la poche
00:45:48et c'est pas le maire
00:45:49qui est capable
00:45:50de le faire
00:45:51pour plein de raisons
00:45:51parce que bon
00:45:52voilà
00:45:53les petits villages
00:45:54ils n'ont pas forcément
00:45:55beaucoup d'argent
00:45:55à pouvoir dépenser
00:45:56et donc la proposition
00:45:58que nous faisons
00:45:58c'est que les hypermarchés
00:46:00mettent la main à la poche
00:46:01oui c'est ça
00:46:02il y a une taxe possible
00:46:03absolument
00:46:04et en fait
00:46:05c'est-à-dire que vous voulez
00:46:06vous voulez lancer
00:46:07avec les écologistes
00:46:08avec Marine Tondelier
00:46:08un grand plan national
00:46:09de sauvegarde des cafés
00:46:10que vous financez
00:46:11avec une taxe payée
00:46:12par les hyper
00:46:13c'est ça
00:46:13absolument
00:46:15une taxe qui existe déjà
00:46:16qui s'appelle
00:46:17le TASCOM
00:46:18et qui est une taxe
00:46:19qui va aux communautés
00:46:21de communes
00:46:22pour tout ce qui est
00:46:24justement
00:46:24bien commun
00:46:26j'allais dire
00:46:26donc c'est une petite taxe
00:46:27et on a dit
00:46:28il faut en rajouter
00:46:30une petite partie
00:46:31de cette taxe
00:46:32uniquement
00:46:33pour pouvoir
00:46:33faire en sorte
00:46:34qu'on ait
00:46:35des cafés
00:46:36dans les villages
00:46:37des cafés épiceries aussi
00:46:38parce que parfois aussi
00:46:39ça permet un petit peu
00:46:41et qu'il y ait
00:46:41un petit modèle économique
00:46:43qui commence
00:46:43à se mettre en place
00:46:45de manière systémique
00:46:46partout
00:46:47parce qu'il y a des gens
00:46:48qui
00:46:50formidables
00:46:50qui arrivent
00:46:51à tous se mettre ensemble
00:46:52pour arriver à faire
00:46:53un petit modèle
00:46:54mais ça ne va pas
00:46:55être partout
00:46:55et là il faudrait
00:46:57vraiment revenir
00:46:58à quelque chose
00:46:58où on ne continue pas
00:47:00dans ce sens
00:47:01soit on est en ville
00:47:03d'ailleurs isolée
00:47:04d'une autre manière
00:47:04et surtout avec
00:47:06les livraisons à domicile
00:47:07moi je pense
00:47:07que le problème
00:47:08s'aggrave aussi
00:47:09maintenant en ville
00:47:09puisqu'il n'y a plus
00:47:10de commerce
00:47:10autant qu'avant
00:47:12à cause
00:47:12et que ça devienne
00:47:14aussi l'endroit
00:47:15où on puisse
00:47:16que ça puisse faire
00:47:17aussi un petit peu
00:47:18service public
00:47:18où justement
00:47:20on n'est pas obligé
00:47:21d'avoir une livraison
00:47:22chez soi
00:47:23mais on peut venir
00:47:24le chercher
00:47:24dans ce café
00:47:25et avoir un moment
00:47:26de discussion
00:47:26enfin vous voyez
00:47:27c'est vraiment
00:47:28c'est intéressant
00:47:28ce que vous dites
00:47:29Antoine Pellissolo
00:47:30parce qu'il y a aussi
00:47:30un moment
00:47:31où on déplore
00:47:33évidemment
00:47:33la fermeture
00:47:33des petits cafés
00:47:34mais beaucoup ont fermé
00:47:35parce qu'il n'y avait plus
00:47:35personne qui y allait aussi
00:47:36c'est-à-dire qu'on déplore
00:47:38la solitude
00:47:39alors qu'on s'est nous-mêmes
00:47:40isolés
00:47:40c'est ce que vous dites
00:47:41mais c'est malheureusement
00:47:42c'est les paradoxes humains
00:47:44c'est la facilité
00:47:45de se faire livrer
00:47:47le déjeuner
00:47:48chez soi
00:47:48mais on sait
00:47:49que dans ces cas-là
00:47:50il y aura une souffrance
00:47:51secondaire
00:47:51et il faut reconstruire
00:47:54des choses
00:47:54mais il y a plein d'exemples
00:47:55que vous donnez
00:47:56c'est vraiment
00:47:56des bons exemples
00:47:57moi je pense aussi
00:47:58beaucoup
00:47:58pour parler à la fois
00:47:59des jeunes
00:47:59et des plus anciens
00:48:00vous parliez
00:48:00des jeux de cartes
00:48:01moi je vois beaucoup
00:48:02de jeunes
00:48:03dans vos générations
00:48:03qui passent beaucoup
00:48:04de temps à faire
00:48:05des jeux de société
00:48:05maintenant
00:48:06mais vraiment en vrai
00:48:07c'est pas en virtuel
00:48:08et ça je trouve
00:48:09que c'est une bonne manière
00:48:10de redonner envie
00:48:11de se retrouver
00:48:12que ça peut être
00:48:14dans les lieux
00:48:15comme ça communs
00:48:16ça peut être
00:48:16les uns et les autres
00:48:17prenez le micro de
00:48:18Denis Lillou
00:48:18une instant
00:48:19si vous voulez parler
00:48:20je voulais aussi parler
00:48:21parce qu'elle m'a fait penser
00:48:22à ça
00:48:22ce que vous avez fait
00:48:22des comités des fêtes
00:48:24moi je sais que je viens
00:48:25d'un tout petit village
00:48:26et on a un comité des fêtes
00:48:27on l'a repris
00:48:28il y a deux ans
00:48:29notamment avec mon papa
00:48:30et avec d'autres personnes
00:48:31du village
00:48:32et de plus en plus
00:48:33en deux ans
00:48:33il y a plein de jeunes
00:48:34qui sont venus
00:48:35et en fait
00:48:36on organise des fêtes
00:48:37donc c'est le retour
00:48:38des balles
00:48:38oui absolument
00:48:39et on organise des fêtes
00:48:41où il y a tout le village
00:48:42qui vient
00:48:42et aussi des villages
00:48:43alentours etc
00:48:44et on fait vivre aussi
00:48:45le village
00:48:46avec le comité des fêtes
00:48:48et tout
00:48:48après le souci
00:48:49c'est toujours
00:48:49comment on finance aussi
00:48:52ce qu'on fait
00:48:53d'animer les villages
00:48:54mais nous on a réussi
00:48:55à créer un comité des fêtes
00:48:56où il y a
00:48:57des jeunes
00:48:57c'est vraiment intergénérationnel
00:48:59et on crée
00:49:00des moments
00:49:01où tout le monde
00:49:02peut se retrouver aussi
00:49:03autour de l'emblème
00:49:04du village
00:49:04Jean-François Serres
00:49:05je sens que ça vous inspire
00:49:06oui parce qu'en réalité
00:49:08c'est vrai
00:49:08qu'on va quand même
00:49:10vers une société
00:49:11où tendanciellement
00:49:13on pourrait vivre
00:49:14tout seul chez soi
00:49:15en ayant tout
00:49:16en fait
00:49:16on pourrait se faire livrer
00:49:18on peut se faire soigner
00:49:19on peut
00:49:21consommer de la culture
00:49:22enfin
00:49:22et donc on va quand même
00:49:24vers une société
00:49:24qui est comme ça
00:49:25et parallèlement à ça
00:49:27c'est ça moi qui me donne
00:49:27beaucoup d'espoir
00:49:28en réalité
00:49:29il y a une dynamique
00:49:30qui vient
00:49:31des citoyens eux-mêmes
00:49:33qui reconstruire
00:49:34des formes
00:49:35de convivialité
00:49:35et c'est tout à fait ça
00:49:37mais avec
00:49:37parfois
00:49:38en se ressécisant
00:49:40en reprenant
00:49:42en fait
00:49:42des associations
00:49:43des clubs
00:49:46des lieux
00:49:47mais il n'y a pas
00:49:47forcément besoin
00:49:48de lieux
00:49:49on peut faire ça
00:49:49les uns chez les autres
00:49:50et donc
00:49:51je veux dire
00:49:52la convivialité
00:49:53la salle des fêtes
00:49:54c'est toujours mieux
00:49:54que son salon
00:49:55s'il y a tout le village
00:49:56qui vient danser
00:49:56c'est sûr
00:49:57mais les deux
00:49:58les deux sont complémentaires
00:49:59les deux sont complémentaires
00:50:00parce que
00:50:01je veux dire
00:50:01le voisinage
00:50:02et le fait
00:50:03de s'inviter
00:50:03les uns chez les autres
00:50:04c'est aussi
00:50:05des éléments
00:50:05extrêmement importants
00:50:06extrêmement utiles
00:50:07parce qu'on peut avoir
00:50:08la salle des fêtes
00:50:10mais il y a peut-être
00:50:11les trois familles
00:50:12qui ne viennent jamais
00:50:12bon
00:50:13donc
00:50:14il y a toujours
00:50:15des complémentarités
00:50:16à avoir
00:50:16place de village
00:50:17aussi
00:50:18dans les petits villages français
00:50:19il y a ces trucs
00:50:20de place de village
00:50:21nous on a vraiment
00:50:22à chaque fois
00:50:23on investit
00:50:23la place de village
00:50:24et ce qui fait
00:50:25que tout le village
00:50:26entend le son
00:50:26qui vient de la place de village
00:50:28et du village
00:50:28vous faites des repas
00:50:29des repas partagés
00:50:31c'est des choses
00:50:33qui
00:50:33et donc la convivialité
00:50:35en fait
00:50:36vous parliez tout à l'heure
00:50:37de sens
00:50:38d'utilité
00:50:39en fait
00:50:40il y a une contribution
00:50:42volontaire
00:50:43citoyenne
00:50:43dans la convivialité
00:50:45dans la relation
00:50:46interpersonnelle
00:50:47qui est une contribution
00:50:49essentielle
00:50:50en fait
00:50:50à la résilience
00:50:51de la société
00:50:52à faire qu'on fasse
00:50:53société ensemble
00:50:53qu'on soit solide
00:50:55qu'on soit en bonne santé
00:50:56et qu'on soit aussi
00:50:57dans l'invention
00:50:59démocratique
00:51:00et qu'on soit
00:51:01j'allais dire
00:51:01qu'on se ressaisisse
00:51:03en fait
00:51:04de nos vies
00:51:05et on sent
00:51:06ce mouvement
00:51:07et ce mouvement
00:51:08il peut s'essouffler
00:51:09facilement
00:51:10parce qu'en fait
00:51:10il a besoin
00:51:11d'un peu de soutien
00:51:12et c'est pour ça
00:51:13que les politiques
00:51:14doivent être là
00:51:14et c'est pour ça
00:51:15que c'est formidable
00:51:16de parler
00:51:16et que ça devienne
00:51:18un sujet politique
00:51:19donc Anne-Souris
00:51:20il va falloir mettre
00:51:21les comités des fêtes
00:51:21aussi sur la liste
00:51:22avec les cafés
00:51:23En fait
00:51:26ce n'est pas exhaustif
00:51:28ce qu'on a fait
00:51:28c'est-à-dire
00:51:29là où il y a besoin
00:51:32de pousser
00:51:33de soutenir
00:51:33quand ça marche
00:51:35nous
00:51:36on accompagne
00:51:37mais voilà
00:51:37on est contents
00:51:39mais la question
00:51:41c'est quand
00:51:42ça ne se passe pas
00:51:43quand
00:51:44dans les facs
00:51:46on a de plus en plus
00:51:46de distanciels
00:51:47et qu'on voit
00:51:48que ça continue
00:51:49ça continue
00:51:50et que
00:51:50s'il ne se passe rien
00:51:52il n'y a aucune
00:51:53raison que ça s'arrête
00:51:54or il y a des étudiants
00:51:55ils arrêtent leurs études
00:51:56parce qu'ils ne peuvent
00:51:58pas continuer comme ça
00:51:59voilà
00:52:00c'est comme ça
00:52:00il y a même
00:52:01moi j'ai vu
00:52:02une première année
00:52:02de fac à Paris
00:52:03où pour faire médecine
00:52:06toute l'année
00:52:06était en distanciel
00:52:07moi je ne sais pas
00:52:08comment
00:52:10pour moi c'est inhumain
00:52:11et on se demande
00:52:12quel genre de médecin
00:52:13ça va donner en Suisse
00:52:14par ailleurs
00:52:14complètement distanciel
00:52:15c'est inhumain
00:52:17voilà
00:52:17donc il faut changer ça
00:52:19ça ne devrait pas être
00:52:20par exemple
00:52:20la loi devrait interdire
00:52:22le fait qu'il y ait
00:52:23des années entières
00:52:24de distanciel
00:52:25pour des étudiants
00:52:26beaucoup d'étudiants
00:52:27mais il faut l'organiser
00:52:28je voudrais entendre
00:52:30je voudrais vous entendre
00:52:31Valentine à présent
00:52:32Valentine si vous pouvez
00:52:34saisir un micro
00:52:35celui de Denis
00:52:37par exemple
00:52:37bonsoir Valentine
00:52:38bonsoir
00:52:39Valentine vous avez 41 ans
00:52:41vous vivez près de Paris
00:52:42à Boulogne
00:52:43pardonnez-moi
00:52:4340 ans
00:52:4440 ans
00:52:45chaque année compte
00:52:45vous ne les faites pas
00:52:46chaque année compte
00:52:47comme chaque voix compte
00:52:49la vôtre aussi
00:52:49je voulais l'entendre ce soir
00:52:50vous vivez près de Paris
00:52:51à Boulogne-Biancourt
00:52:52tout à fait
00:52:52et vous êtes la maman
00:52:53d'une petite fille
00:52:54qui a un an et demi
00:52:55maintenant
00:52:55tout à fait
00:52:56que vous élevez
00:52:57seule
00:52:57vous êtes en reconversion
00:52:59professionnelle
00:53:01on parle de solitude
00:53:02depuis presque une heure
00:53:03maintenant
00:53:03vous vouliez être là
00:53:04pour en parler
00:53:05elle ressemble à quoi
00:53:06votre solitude
00:53:07à vous ?
00:53:07la solitude au quotidien
00:53:09ou le parcours en général ?
00:53:11à la fois votre quotidien
00:53:11et à la fois
00:53:12à ce que vous ressentez ?
00:53:13moi ce que je ressens
00:53:14c'est que
00:53:15en tant que maman célibataire
00:53:18la solitude
00:53:19je l'ai rencontrée
00:53:20à partir du moment
00:53:21où j'ai voulu tomber enceinte
00:53:23en fait
00:53:23à partir du moment
00:53:24où on a eu
00:53:25ce projet bébé
00:53:27j'étais en couple
00:53:28depuis 7 ans
00:53:29on était fiancés
00:53:31on allait se marier
00:53:32on voulait un enfant
00:53:33et malheureusement
00:53:33on n'avait pas pu
00:53:34en avoir un naturellement
00:53:35donc comme beaucoup
00:53:36à ma génération
00:53:37on a fait appel
00:53:38aux filles
00:53:39et tout ce traitement là
00:53:40et dans cette partie là
00:53:43parce que je voudrais parler
00:53:44de ces solitudes
00:53:45ces moments de solitude
00:53:46qui traversent
00:53:48tout le parcours
00:53:49et dans ces moments là
00:53:51effectivement
00:53:53moi je me suis sentie
00:53:54très seule
00:53:54face à un système
00:53:56hospitalier
00:53:57qui n'était pas du tout
00:53:58adapté
00:53:59face à un milieu professionnel
00:54:00où on n'adapte pas non plus
00:54:02pour les femmes
00:54:03qui essayent d'avoir un enfant
00:54:05et après
00:54:06donc après 4 années
00:54:08de traitement
00:54:09etc
00:54:11je suis tombée enceinte
00:54:12et donc c'était
00:54:13absolument merveilleux
00:54:15mais malheureusement
00:54:16du jour au lendemain
00:54:17je me suis retrouvée
00:54:18toute seule
00:54:18j'étais à 4 mois de grossesse
00:54:20et mon fiancé m'a quittée
00:54:23et donc là
00:54:23cette solitude aussi
00:54:24a été
00:54:26très violente
00:54:29totalement inattendue
00:54:30et là
00:54:31moi j'ai découvert
00:54:32ce que c'était
00:54:32d'être seule
00:54:34enceinte
00:54:34et c'était pas mon choix
00:54:35parce qu'il y en a
00:54:36qui le choisissent
00:54:36moi j'avais pas du tout
00:54:37choisi ça
00:54:39et ce que j'ai découvert
00:54:40c'est que moi je vis en ville
00:54:41en l'occurrence
00:54:42c'est pas la campagne
00:54:43mais je pense que l'isolement
00:54:44en fait il est exactement pareil
00:54:45c'est que quand on est enceinte
00:54:47alors Lucan
00:54:48j'avais une grossesse à risque
00:54:49donc je pouvais pas vraiment bouger
00:54:50donc l'isolement
00:54:51il est de fait
00:54:52on est isolé
00:54:53il est médical
00:54:53il est médical
00:54:56on est seule
00:54:57face à une énorme peur
00:54:58qui est
00:55:00il y a quand même un risque
00:55:01en fait
00:55:02quand vous êtes enceinte
00:55:03ou que vous allez accoucher
00:55:04tous les 4 jours
00:55:05une femme meurt
00:55:07pendant sa grossesse
00:55:08ou à l'accouchement
00:55:09et on est en 2026
00:55:11je parle de Paris
00:55:12on n'est pas dans un désert
00:55:13le risque il est là
00:55:14et en fait
00:55:15je trouve que
00:55:16moi je me suis sentie
00:55:16hyper seule
00:55:18pendant toute la grossesse
00:55:20parce que
00:55:20je peux saluer effectivement
00:55:22les associations
00:55:22les PMI
00:55:23mais ça
00:55:25c'est ouvert en semaine
00:55:26c'est pas ouvert le soir
00:55:27c'est pas ouvert le week-end
00:55:29et ensuite
00:55:30la solitude
00:55:31je l'ai connue
00:55:32à l'accouchement
00:55:33parce que
00:55:33j'ai accouché seule
00:55:35pendant 18h
00:55:38qu'il n'y avait pas
00:55:40aucun moyen
00:55:40j'ai dû payer un taxi
00:55:42ça paraît bête
00:55:43mais il n'y avait pas
00:55:44de moyen de transport
00:55:46économique
00:55:47ça c'est un vrai sujet
00:55:48le transport
00:55:49la mise à disposition
00:55:50de transport
00:55:50pour les femmes enceintes
00:55:52qui d'ailleurs
00:55:52présentent des problèmes
00:55:53ne peuvent pas
00:55:53parce qu'on considère
00:55:55qu'il y a forcément
00:55:55quelqu'un
00:55:56qui va pouvoir
00:55:56les amener
00:55:57parce qu'en fait
00:55:58on considère
00:55:58que
00:55:59c'est normal
00:56:00de voir une femme enceinte
00:56:01c'est comme si
00:56:01c'est un impensé
00:56:02c'est dans l'esprit
00:56:04collectif
00:56:04oui une femme enceinte
00:56:06c'est normal
00:56:06mais en fait
00:56:07ce que moi j'aimerais dire
00:56:08c'est que
00:56:09devenir mère
00:56:09c'est dangereux
00:56:10c'est un investissement
00:56:12on donne la vie
00:56:14au futur de la France
00:56:17sauf que
00:56:18la France
00:56:18moi je me suis sentie
00:56:19totalement abandonnée
00:56:21et je trouve ça
00:56:23on parle de réarmement
00:56:24géographique
00:56:25et j'entends
00:56:26le ton militaire
00:56:27parce que c'est vrai
00:56:27qu'un pays
00:56:28qui perd
00:56:29qui vieillit
00:56:30qui meurt
00:56:31comme le Japon
00:56:32par exemple
00:56:33et donc je ne comprends pas
00:56:34à quel moment
00:56:35où les femmes
00:56:37qui s'investissent autant
00:56:39physiquement
00:56:40psychologiquement
00:56:41et professionnellement
00:56:42parce que évidemment
00:56:43la perte de salaire
00:56:44elle est énorme
00:56:45quand on rentre
00:56:46c'est à dire que
00:56:47après votre fille aînée
00:56:48et là
00:56:49encore une autre solitude
00:56:50c'est à dire que
00:56:51vous devez vous débrouiller
00:56:52avec votre enfant
00:56:53avec votre boulot
00:56:54et alors
00:56:55effectivement
00:56:56le boulot
00:56:56je me suis dit
00:56:58en fait
00:56:58la solitude
00:57:01professionnelle
00:57:01c'est que
00:57:04le père
00:57:05a voulu
00:57:06reconnaître l'enfant
00:57:07je tiens à le préciser
00:57:07reconnaître l'enfant
00:57:08et quand il m'a quittée
00:57:09à 4 mois de grossesse
00:57:10pour quelqu'un d'autre
00:57:12il m'a annoncé
00:57:13aussi qu'il voulait
00:57:13quand même reconnaître l'enfant
00:57:14et s'en occuper
00:57:15après l'accouchement
00:57:16donc moi j'avais
00:57:17cette solitude
00:57:18face à la justice
00:57:19parce que je ne savais pas
00:57:21quel était
00:57:21mon avion de maman
00:57:23parce que j'entendais
00:57:24que en fait
00:57:24les mamans
00:57:25étaient séparées
00:57:26de leur bébé
00:57:27de plus en plus tôt
00:57:28aujourd'hui
00:57:29que la garde alternée
00:57:30elle était donnée
00:57:31de plus en plus tôt
00:57:32je rappelle qu'en France
00:57:33il est interdit
00:57:34c'est pas un chaton
00:57:35de sa maman en fait
00:57:36les premiers mois
00:57:37mais bon
00:57:38nous les mamans
00:57:38voilà
00:57:39moi je me suis retrouvée seule
00:57:40avec aucun
00:57:42aucune certitude
00:57:43aucune instance politique
00:57:45et aujourd'hui
00:57:46que votre fille
00:57:46elle a un an et demi
00:57:48combien de temps
00:57:49pour vous
00:57:49sur une semaine
00:57:50combien de temps
00:57:51est-ce que vous arrivez
00:57:52à vous consacrer
00:57:53à vous
00:57:54quand on est maman solo
00:57:55quand on travaille
00:57:56la question elle est vite
00:57:57répondue
00:57:57comme dirait
00:57:58ce grand intellectuel
00:57:59j'en ai pas
00:58:00en fait
00:58:01c'est juste
00:58:02comme des millions
00:58:03de femmes
00:58:04et de mamans
00:58:05de pères
00:58:06je me lève
00:58:07quand ma fille
00:58:08se réveille
00:58:08tout dépend
00:58:10de la nuit
00:58:10qu'elle a passée
00:58:11c'est la crèche
00:58:12le métro
00:58:13le boulot
00:58:13je pars à 17h15
00:58:14pour être à 18h
00:58:16à la crèche
00:58:16et ça c'est un vrai sujet
00:58:17aussi
00:58:18c'est qu'à quel moment
00:58:19vous voulez que les femmes
00:58:20enceintes
00:58:21les femmes qui ont donné la vie
00:58:23les femmes
00:58:23qui ont réarmé
00:58:25la France
00:58:26comment voulez-vous
00:58:27qu'elles se réintègrent
00:58:28socialement
00:58:28si déjà elles ne peuvent pas
00:58:30se réintégrer professionnellement
00:58:32parce que sans boulot
00:58:34pas de boulot
00:58:35pas d'argent
00:58:36pas d'argent
00:58:36pas de relais
00:58:38pas de relais pour nous aider
00:58:39et pas de relais
00:58:40c'est l'exclusion
00:58:40la solitude des femmes
00:58:42celle d'aujourd'hui
00:58:44elle est particulière
00:58:46moi quand j'entends ça
00:58:47c'est vrai d'abord
00:58:48ça me touche beaucoup
00:58:50donc je veux dire
00:58:52mon amitié
00:58:53est vraiment
00:58:54parce que
00:58:55en vrai on a envie
00:58:56de faire un câlin à Valentin
00:58:57oui exactement
00:58:57mais d'ailleurs c'est bien ça
00:58:59parce que vous parliez
00:59:00d'un pensée de cirque
00:59:00en réalité
00:59:01et en même temps
00:59:02ce que je me dis
00:59:03c'est que
00:59:05si face à
00:59:06ce manque
00:59:08que vous avez ressenti
00:59:09on attend
00:59:10que l'institution
00:59:13réponde à tout
00:59:13on va pas y arriver
00:59:15moi je trouve
00:59:16que par exemple
00:59:16à l'hôpital
00:59:17il devrait y avoir
00:59:18en fait
00:59:20
00:59:21je veux dire
00:59:21des équipes citoyennes
00:59:22dans les hôpitaux
00:59:23c'est à dire qu'en fait
00:59:24quand vous êtes
00:59:25une femme enceinte
00:59:26vous devriez avoir
00:59:27une capacité
00:59:28de parler avec quelqu'un
00:59:30qui est là pour vous
00:59:31et évidemment
00:59:32on va pas pouvoir payer
00:59:33des infirmières
00:59:34à faire ça
00:59:35c'est pas possible
00:59:35mais par contre
00:59:36cette contribution
00:59:38relationnelle
00:59:38des citoyens
00:59:39qui est une contribution
00:59:41essentielle
00:59:41pour laquelle plein de gens
00:59:42sont prêts à faire ça
00:59:43et qui nécessite
00:59:45d'être soutenus
00:59:45parce qu'évidemment
00:59:46il faut les aider
00:59:46il faut faire en sorte
00:59:48qu'ils soient accueillis
00:59:48il faut articuler
00:59:49ces équipes
00:59:50avec les équipes soignantes
00:59:52pour que ça marche
00:59:53moi je dis
00:59:54il devrait pas
00:59:55y avoir d'hôpital
00:59:57pas y avoir d'EHPAD
00:59:58pas y avoir
00:59:58d'endroit de soins
01:00:00et d'hébergement
01:00:01sans qu'il y ait
01:00:02partout une équipe
01:00:03de citoyens
01:00:03pour être auprès des gens
01:00:05et de l'empathie aussi
01:00:06c'est important
01:00:07comment ?
01:00:08juste de l'empathie
01:00:09mais c'est ça
01:00:09mais l'empathie
01:00:10elle est apportée
01:00:11voilà c'est une femme enceinte
01:00:12elle est seule
01:00:13d'accord mais il devrait y avoir aussi
01:00:15une aide plus structurée
01:00:16quand même
01:00:17des services publics
01:00:18parce qu'on a quand même
01:00:19une déshérence des services publics
01:00:20qui fait qu'il y a de moins en moins
01:00:21vous parliez des PMI tout à l'heure
01:00:22alors à Paris
01:00:23on est quand même plus riches
01:00:24qu'ailleurs
01:00:24pour avoir fait des PMI
01:00:26ça c'est quand même clair
01:00:27mais malgré tout
01:00:28on devrait encore plus
01:00:29faire des efforts
01:00:30c'est-à-dire qu'on devra
01:00:30des PMI
01:00:31vous dites qu'elles sont pas
01:00:32ouvertes le week-end
01:00:33il devrait y avoir
01:00:34des sortes d'astreintes
01:00:36d'aides
01:00:36de réflexion
01:00:37et pourquoi pas avoir d'ailleurs
01:00:39quelques bénévoles avec
01:00:40enfin il pourrait y avoir
01:00:41des équipes mixtes
01:00:43mais en tout cas
01:00:43que ça soit repensé
01:00:45comme un service public
01:00:46nécessaire
01:00:47c'est-à-dire que c'est pas seulement
01:00:49un guichet
01:00:50à un moment donné
01:00:51donc je dis pas que c'est ça
01:00:52nos PMI
01:00:53parce qu'elles sont
01:00:54quand même
01:00:54on a 86% des familles
01:00:56qui vont dans les PMI parisiennes
01:00:57ce qui est déjà exceptionnel
01:00:59la plupart des villes
01:01:00n'ont pas les moyens
01:01:01de le faire
01:01:01donc surtout
01:01:02je suis pas en train
01:01:03de critiquer par les là-dessus
01:01:04mais quand même
01:01:05c'est une réalité
01:01:07et oui
01:01:08vous devriez avoir
01:01:11vous auriez dû avoir
01:01:12une aide
01:01:12au fur et à mesure
01:01:13même de retour chez vous
01:01:14c'est ça
01:01:15le mot de la fin
01:01:16pour le docteur Pellisolo
01:01:19je crois qu'il faut voir
01:01:21les choses positivement
01:01:22pour continuer à avancer
01:01:23et donc
01:01:24on a tous envie
01:01:25d'aller vers les autres
01:01:26et je pense qu'il faut
01:01:26oser aller vers les autres
01:01:27je crois que c'est ça
01:01:28le plus dur
01:01:28c'est oser
01:01:29mais même si c'est quelqu'un
01:01:30qu'on sent isolé
01:01:32parce que dans votre situation
01:01:33c'était particulier
01:01:34d'aller vers vous
01:01:35je pense que ça aurait pu venir aussi
01:01:38sûrement du service public
01:01:39et des professionnels
01:01:39mais aussi je pense
01:01:40de la société en général
01:01:42osons aller vers les autres
01:01:43je veux juste dire
01:01:44que vraiment le point commun
01:01:45de tous vos invités
01:01:46c'est que
01:01:48les êtres humains
01:01:48qui réussissent
01:01:50c'est pas les plus intelligents
01:01:51les plus forts
01:01:52c'est surtout ceux qui s'adaptent
01:01:54je trouve que c'est une qualité
01:01:55de bon nombre de gens
01:01:56seuls
01:01:57en tout cas merci infiniment
01:01:58d'être venus tous ce soir
01:02:00faire cette petite foule
01:02:01sentimentale
01:02:02sur le plateau
01:02:03de chaque voix compte
01:02:05merci à vous
01:02:06chez vous
01:02:06de nous avoir suivis
01:02:07cette émission est rediffusée
01:02:08à 23h30 tout à l'heure
01:02:10et vous la retrouvez aussi
01:02:11en replay
01:02:12à tout moment
01:02:12sur lcp.fr
01:02:14et france.tv
01:02:15merci à tous les trois
01:02:16aussi d'être venus
01:02:17répondre à notre public
01:02:19si vous souhaitez vous aussi
01:02:20assister à l'émission
01:02:21ou y participer
01:02:22vous pouvez flasher
01:02:22le QR code qui va s'afficher
01:02:24je vous attends
01:02:25soyez les bienvenus
01:02:26lundi vous avez rendez-vous
01:02:28avec Francis Letellier
01:02:29pour l'indice et politique
01:02:30à 19h30
01:02:31son invité sera
01:02:31Jean-Pierre Farandou
01:02:32c'est le ministre du travail
01:02:34et des solidarités
01:02:35j'espère qu'il aura regardé
01:02:36notre émission les amis
01:02:38chaque voix contre vient
01:02:39mardi en direct
01:02:40à 19h30
01:02:40passez une belle fin de semaine
01:02:42à mardi
01:02:52merci à tous les commentaires
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