00:00Au 46e jour de guerre, la tension dans le détroit d'Hormuz est toujours pleine et elle se répercute sur
00:06les marchés pétroliers.
00:08Nos voisins européens, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, le Portugal, ont fait des gestes pour soulager les automobilistes.
00:15En France, le gouvernement a privilégié les aides ciblées, mais, et c'est la nouveauté de la soirée et Gaëtan
00:22Mélin,
00:22c'est que du côté maintenant de Sébastien Lecornu, on réfléchit, alors il faut être précis, à un décret qui
00:30encadrerait les marges des distributeurs à partir de 1,71€.
00:36Qu'est-ce à dire ?
00:37Qu'est-ce à dire ? Ça veut dire que le gouvernement...
00:39Allez-y, bonne chance.
00:41... se réserve le droit d'intervenir effectivement pour encadrer les marges des distributeurs.
00:44En gros, je vais faire très simple, vous avez le prix gros, ensuite il y a le transport, le stockage
00:53et le prix à la pompe, pour faire gros.
00:55Et la différence, c'est la marge du distributeur.
01:01L'objectif du gouvernement, c'est de s'assurer que cette marge, elle ne soit pas exorbitante, qu'elle soit
01:07plafonnée.
01:09Imaginons que le gouvernement fixe à 10 centimes cette marge.
01:13Si les prix sur le marché augmentent, la marge du distributeur restera à 10 centimes.
01:20Mais il ne faut pas s'attendre à une baisse des prix à la pompe, puisque les prix à la
01:23pompe suivront les prix de marché.
01:27Donc ça ne fonctionne que si c'est à la baisse ?
01:30À la baisse, effectivement.
01:31Ça aussi, c'est une assurance que le gouvernement veut prendre.
01:34C'est-à-dire que quand les prix baissent sur le marché, les baisses soient répercutées dans le même esprit
01:42à la pompe,
01:43et que les distributeurs n'en profitent pas pour, dans le même temps, augmenter leur marge.
01:49On a bien vu que le fait de voir les prix du baril de pétrole baisser et ensuite à la
01:56pompe, c'est beaucoup plus lent,
01:57et surtout dans une moindre mesure que lorsqu'on voit la baisse sur les marchés.
02:01– Alors, concrètement, est-ce que l'automobiliste-là va gagner quelque chose à la pompe ?
02:06Je me tourne vers Frédéric Plan, le délégué général de la Fédération française des combustibles, carburants et chauffages.
02:11Avec un tel décret, un encadrement des marges, est-ce qu'à la pompe, ça va vraiment baisser ?
02:16On a vu que ça avait baissé entre 1 et 3 centimes seulement depuis le cessez-le-feu entre les
02:21États-Unis et l'Iran.
02:22– Alors, je vais d'abord parler de l'actualité du jour, qui est certes formée par ce projet de
02:27décret,
02:27mais indépendamment de ça, les marchés, et à la surprise un peu générale, les opérateurs, sont orientés à la baisse
02:34depuis hier.
02:35– Donc ça, c'est une bonne nouvelle ?
02:35– C'est une bonne nouvelle. Pourquoi je dis que c'est un peu à la surprise de tout le
02:39monde ?
02:39C'est que le baril continue d'augmenter, mais la cotation des produits finis,
02:45celle qui nous intéresse en tant que mobiliste, sur un marché européen, a baissé et continue de baisser.
02:53Donc ça, ça va se voir très vite sur les pompes.
02:55– Donc ça va baisser, de toute manière ?
02:56– Et pour le gasoil, on peut même estimer que la baisse pourrait atteindre, au bout du bout,
03:00enfin si les marchés ne se retournent pas dans l'intervalle, ça va sans dire, mais à peu près 20
03:03centimes.
03:04Donc c'est pas rien, TTC, et ça indépendamment de ce à quoi vous faisiez allusion,
03:11d'un projet de décret qu'on découvre avec vous, qu'on découvre un peu avec étonnement,
03:17et je vais essayer de rester courtois.
03:19– Vous n'avez pas été consulté, c'est ce que vous nous dites ?
03:21– Non, mais quand on le lit, on s'interroge sur la compréhension des marchés
03:26par les rédacteurs d'un tel projet de décret.
03:28Alors pourquoi je dis ça ?
03:31Comme c'est tout nouveau, on peut avoir des interprétations différentes,
03:35je n'ai pas votre interprétation et je vous explique pourquoi.
03:37Parce qu'il est prévu en fait qu'on permette à la station de service,
03:40le dernier maillon de la chaîne,
03:42de maintenir sa marge telle qu'elle était avant la crise, avant le conflit.
03:46– En moyenne, oui.
03:48– Ça, c'est une bonne mesure.
03:51Et cette marge, la station de service va devoir l'additionner
03:55à une moyenne de cotation internationale.
03:59– Oula !
04:00– Le décret a oublié quelque chose, c'est entre les deux.
04:04Qu'est-ce qui se passe entre la cotation d'un marché et la station de service ?
04:08– Il y a tout un tas, et ça vous l'avez cité, vous avez le pipeline,
04:12vous avez payé les stocks stratégiques,
04:14payé les certificats d'économie d'énergie, etc.
04:17Ben, ce n'est pas expliqué dans le décret.
04:20– Est-ce qu'on est dans une mesure technocratique à la française
04:23et qui va aboutir à une usine à gaz ?
04:26– Je vais m'exprimer à titre personnel,
04:27pas en tant que représentant de la profession,
04:30ça donne vraiment l'impression de dire
04:32« je n'ai pas du tout envie d'acheter de l'argent public,
04:35il faut vraiment que je fasse quelque chose parce que je suis déraillé partout.
04:38– Je fais de la politique quoi.
04:39– Et donc j'annonce un projet de décret,
04:41j'en ai pris connaissance il y a une heure,
04:45j'ai du mal à le comprendre.
04:47– Vous-même, alors que vous êtes un professionnel,
04:48nous on ne comprend rien, je peux vous dire depuis…
04:50– Ce que vous dites, c'est qu'il faut laisser faire le marché
04:55et ne pas créer des usines à gaz qui ne rimeront à rien.
04:58– Ou alors baisser la fiscalité sur le carburant comme l'ont fait d'autres pays.
05:02– Je ne sais pas, c'est pas mon…
05:05– Juste une question, a-t-il été démontré que sur les acteurs opérants en France,
05:11il y a eu des abus sur les marges, quelles qu'elles soient, de distribution ?
05:17– On constate que les baisses ne vont pas aussi vite
05:23que les augmentations du début de la guerre.
05:25Ça c'est ce qu'a constaté Matignon, et le Premier ministre l'a fait savoir hier.
05:29– Oui, sauf qu'au début de la guerre, c'est la première fois en trois jours
05:32que les professionnels ont encaissé des hausses aussi rapides,
05:35alors qu'ils ne manquaient pas de produits.
05:37Donc il faut avoir ça en tête.
05:38Ensuite, les baisses dont vous parlez n'ont pas été aussi brutales et rapides.
05:41Et puis, il y a un phénomène qui est un phénomène psychologique,
05:44qui d'ailleurs que l'on constate dans les ventes,
05:46depuis qu'hier, on commençait de s'incliner,
05:49en fait les gens attendent pour acheter.
05:50C'est-à-dire qu'en fait, quand on est à la baisse, curieusement,
05:52les gens attendent, et donc ça met un peu de temps pour que les produits s'écoulent,
05:56et donc on a l'impression qu'ils restent plus longtemps à la hausse.
05:58Mais c'est juste un problème de flux, parce que quand ça augmente,
06:01c'est la psychologie un peu malheureuse.
06:03Parfois, ça augmente, il faut que j'aille acheter ça.
06:05Oui, oui. Parfois, on crée la pénurie, d'ailleurs, en faisant ça.
06:08Et donc, on renouvelle ça dans des prix à la hausse.
06:11Donc, vous avez une hausse plus rapide, parce que les produits tournent plus vite,
06:14à cause de cet emballement de consommation, c'est pas incompréhensible.
06:19Et à l'inverse, quand ça baisse, les gens attendent en disant
06:21« ça va baisser encore plus, j'attends. »
06:23Fabien Guay, vous le sénateur communiste,
06:25que pensez-vous de cette proposition gouvernementale
06:29des marges qui seraient, des distributeurs qui seraient mieux encadrés
06:32pour permettre peut-être une baisse ?
06:34Non, mais j'écoute avec attention ce que vous avez dit.
06:38On a du mal à comprendre, je le dis,
06:41que par exemple, il y a une décorrélation entre le début de la guerre
06:46et le prix qui a augmenté très vite, alors que les réserves étaient pleines.
06:50Par exemple, Total Energy, j'en reviens,
06:52mais qui a acheté 70 supertankers en Arabie Saoudite,
06:56cinq jours avant la crise.
06:58Et donc, c'est le pétrole qu'il est en train de raffiner, livré à la pompe,
07:02qui n'est pas celui, en réalité, décorrélé complètement du prix du marché.
07:07Non, mais je dis ça parce que, pas bon, mais en tant que citoyen et citoyenne,
07:11et en tant que parlementaire, on a un peu de mal à comprendre cette mécanique.
07:14Et donc, c'est de la spéculation, en partie,
07:17et pas qui reflète le prix du marché.
07:19La deuxième question, c'est que, je pense qu'on pouvait agir de deux manières,
07:24je pense qu'il faut aller sur la transparence des marges
07:26pour regarder s'il y a des super profits,
07:29comme il y a eu pendant la crise énergétique en 2022.
07:32Et donc, je pense qu'il faudra regarder à une rente inframarginale sur cette question.
07:36Et après, il y a deux sujets que l'on peut faire.
07:39Bloquer les prix, parce qu'on est quand même sur un...
07:41Je sais que vous êtes contre, mais il y a quand même le blocage est cible.
07:44Pardonnez, je pense que la question se regarde...
07:48Personne n'a fait ça bloquer.
07:48Sérieusement ?
07:49Ben si, il y en a qui le font.
07:50Et si la France le fait, ça reprend un mouvement mondial.
07:53En Europe, il n'y a pas.
07:54L'arnière chose, il y a une question autour de la baisse de la TVA.
07:57Je pense que là, l'État peut prendre une décision.
08:002018-2019, en pleine crise des Gilets jaunes,
08:03c'était 4 milliards d'euros supplémentaires
08:06qui rentraient dans les caisses de l'État.
08:08Donc, on pourrait avoir une baisse de TVA
08:11qui permette et qui ne pèse pas sur les finances publiques,
08:14qui juste ne prend pas la rente supplémentaire.
08:17Et je pense que ça, ça permettrait de suite
08:19à beaucoup de nos concitoyens qui sont obligés
08:21de prendre leur voiture individuelle
08:23pour aller travailler, souvent à des petits salaires
08:26parce qu'en heure décalée,
08:27dans les territoires ruraux comme dans les quartiers populaires
08:29éloignés des transports en commun,
08:31de pouvoir un peu soulager leur pouvoir d'achat.
08:34Il y a une carte qui est quand même assez saisissante.
08:35Allez-y.
08:36– Regardez, la France en rouge, pourquoi ?
08:39Et tous les autres pays autour en vert,
08:40parce que tous les autres pays, contrairement à la France,
08:43ont adopté des mesures de ristourne fiscale.
08:47L'Allemagne notamment, alors ça a un coût pour les finances publiques.
08:51L'Allemagne, je crois que c'est 1,6 milliard pour une période de deux mois.
08:54Mais c'est vrai que la France semble être très isolée.
08:57C'est le village gaulois, le seul pays qui refuse
08:59d'appliquer une ristourne fiscale
09:01et d'alléger un peu le porte-monnaie
09:03des automobilistes, Marie-Chantere.
09:04– Oui, considérant…
09:05– Et ça, ça va être compliqué à l'assumer longtemps, quand même.
09:07– Considérant, en tout cas pour l'heure,
09:08que l'état de nos finances publiques
09:11ne permette pas aujourd'hui d'activer
09:13ce que font nos voisins européens.
09:15– C'est ce qu'est s'asseoir sur combien ou renoncer à ces milliards ?
09:17– 12 milliards d'euros, notamment si on fait les comptes
09:20et la proposition…
09:21– Oui, c'est la proposition maximale.
09:22– Maximaliste en effet, notamment celle du Rassemblement national
09:25qui est enterriné d'une baisse de la TVA
09:27de 20, environ 5,5%.
09:29On connaît un point de TVA et le calcul est vite fait.
09:34Et donc aujourd'hui, on joue, en tout cas,
09:36c'est les éléments de langage du gouvernement,
09:38c'est de jouer la carte de la transparence
09:39et qu'aujourd'hui, nos finances publiques
09:41sont tellement dégradées que les baisses
09:45ou en tout cas les aides ne peuvent être que ciblées.
09:48On parle là de cette mesure, de ce projet de décret
09:51qui, encore une fois, à 7h, ce soir à l'heure où l'on parle,
09:54n'est pas du tout tranché.
09:56Pour le moment, on n'est pas du tout là-dessus,
09:57ce n'est pas du tout sous l'établi.
09:59Maintenant, on envisage peut-être d'aider d'autres professions.
10:02Les gros rouleurs ont été ciblés,
10:04il s'agirait peut-être d'élargir, peut-être,
10:08profession médicale…
10:08– Est-ce qu'elle avait été annoncée ?
10:10– Qui n'est pas encore…
10:11– Mais parce que l'évolution aussi,
10:13quand vous regardez les prix du baril de pétrole,
10:15hier on était à 100 dollars,
10:17aujourd'hui on est à 95 dollars,
10:18vous voyez bien que c'est aussi, c'est difficile de réagir.
10:21– Un jour, ça baissera bien.
10:22– Non mais bien sûr, oui, non mais peut-être,
10:23c'est ultra volatil, c'est extrêmement volatil.
10:26– Mais pourquoi Frédéric Plann,
10:27parce que Fabien Guay disait,
10:29la France doit être moteur, doit donner l'exemple,
10:33pourquoi vous avez le vélo au ciel,
10:34les yeux au ciel, quand on a dit
10:35que bloquer les prix, c'est impossible, pourquoi ?
10:37– Non, ce n'était pas parce que la France
10:39devait être moteur, c'est par rapport au carburant.
10:41– Pourquoi est-ce que c'est impossible ?
10:43– En fait, c'est possible dans les pays
10:45qui produisent leurs propres hydrocarbures,
10:47mais si vous êtes obligé d'acheter
10:48sur les marchés internationaux,
10:49vous bloquez les prix,
10:50les marchés internationaux, ils s'en fichent.
10:52Alors du coup, soit vous avez de l'argent pour acheter,
10:55soit vous ne l'avez pas, et vous n'avez plus de produit.
10:57– Donc vous bloquez le prix à la pompe, pas de…
10:59– Mais le prix à la pompe, il intègre le prix
11:01du marché international, et si ce blocage…
11:03– Il est déjà très haut.
11:04– Voilà, donc c'est pourquoi ça n'est pas possible.
11:06Par contre, on peut effectivement avoir,
11:08comme vous le disiez, cette transparence,
11:10cette visibilité.
11:11Vous avez parlé, et je ne défends pas du tout Total,
11:14je ne suis pas mandaté pour cela,
11:16mais en fait, vous disiez,
11:17ils ont acheté des tankers avant la hausse, c'est vrai,
11:20mais ils vendront aussi des tankers après la baisse,
11:22achetés à un prix fort.
11:23C'est une question de flux,
11:25ce n'est pas une question de spéculation.
11:27Les seuls qui peuvent spéculer,
11:28c'est les marchés internationaux.
11:30– Merci à tous.
11:31– Merci à tous.
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