- il y a 2 jours
Aujourd'hui, c'est au tour de Paul Melun, éditorialiste, auteur de "Plouc Story" (Éditions Fayard), de faire face aux GG. - L’émission de libre expression sans filtre et sans masque social… Dans les Grandes Gueules, les esprits s’ouvrent et les points de vue s’élargissent. 3h de talk, de débats de fond engagés où la liberté d’expression est reine et où l’on en ressort grandi.
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00:00R.M.C. Face aux grandes gueules
00:04Qu'est-ce qu'il y a, Jacqui ?
00:06Il y a que tu perds au bas des tétons, que maman, on rentre sur Melun, les vacances sont finies
00:09!
00:16Petit clin d'œil, Claude Brasseur.
00:18Claude Brasseur, effectivement, dans le camping, on rentre sur Melun, c'est Paul Melun qui est avec nous aujourd'hui,
00:23l'éditorialiste, auteur de Plouk Story aux éditions Fayard.
00:27Bonjour, Paul Melun.
00:28Bonjour et merci de me recevoir.
00:29Paul Melun, c'est un roman, Plouk Story, mais on a l'impression que c'est vous, le Plouk de
00:34Plouk Story,
00:35vous qui avez grandi dans les Deux Sèvres, qui êtes monté à Paris, comme on dit, à la capitale.
00:40Vous en avez marre, finalement, qu'on moque cette France, parfois appelée la France des oubliés ?
00:47C'est de là que parle le livre.
00:48C'est-à-dire que j'ai toujours eu horreur, une sainte horreur du mépris social.
00:52Et je trouve que tout ce qui dépasse le périphérique dans ce pays a tendance à être méprisé.
00:57Que ce soit la banlieue, la banlieue proche, que ce soit les provinces, que ce soit la diagonale du vide.
01:03Il y a même des magazines, Télérama, pour ne pas le citer, qui ont appelé ça la France moche,
01:07la France des ronds-points, la France des centres commerciaux.
01:09Or, moi, dans le bouquin, il y a même un passage où je fais une espèce de réhabilitation des loges
01:13du centre commercial.
01:15Parce que moi, par exemple, quand j'étais petit, j'ai eu des moments de poésie dans un centre commercial,
01:19avec mes parents, où on prenait un truc au drive, on allait au jeu, on passait un bon moment.
01:23Donc je pense qu'on peut voir de la poésie dans plein d'endroits, et pas seulement dans les villages
01:28de cartes postales
01:29ou dans les beaux quartiers des grandes villes.
01:30Surtout quand on arrive dans le monde des médias, qui est plus...
01:33Ah oui ! Alors ça, c'est intéressant, parce que c'est un peu le cas de mon personnage,
01:35qui, lui, c'est pas vraiment les médias. Lui, il rêve de devenir influenceur.
01:38C'est la mode, aujourd'hui.
01:39C'est le nouveau Rastignac, rêve de devenir influenceur.
01:43Rastignac 2.0.
01:44C'est-à-dire qu'au XIXe siècle, il aurait certainement voulu aller à la capitale
01:46pour devenir une plume, un journaliste, un critique littéraire, un écrivain.
01:51Aujourd'hui, plus grand monde a envie de faire ça, à part quelques-uns.
01:54Mais, en tout cas, lui, ce qu'il se dit, c'est que je vais devenir influenceur.
01:56C'est trop facile de devenir influenceur.
01:58Je peux gagner des millions, je peux aller à Dubaï,
02:01je peux avoir un bateau, un Riva, et aller en Italie avec une fille splendide, etc.
02:06Or, ça, ça va être ses ambitions.
02:08Et beaucoup de gens sont dans cette dynamique de dire
02:10« Je vais monter à Paris, je vais essayer de quitter ma province. »
02:12Et lui, c'est toute cette histoire.
02:13C'est comme la chanson d'Aznavour.
02:14À 18 ans, j'ai quitté ma province.
02:16Bien décidée, à empoigner la vie.
02:18Et c'est toute cette histoire.
02:19J'adore les romans de transfuges de classe.
02:22Je trouve ça passionnant, les romans d'apprentissage.
02:24Et donc, j'ai voulu en faire un, mais un peu moderne,
02:26à l'ère du numérique et du monde des influenceurs,
02:28que je trouve passionnant, par ailleurs.
02:30Joël ?
02:31Non, c'est vraiment un très, très beau roman.
02:34Et comme vous, j'adore les romans de transfuges de classe,
02:36ou même peut-être des essais sociologiques.
02:38Déjà, parce que je suis une transfuge de classe.
02:41Et je vous disais, justement, avant que ça commence,
02:43je me suis beaucoup reconnue.
02:45Alors qu'en fait, quand vous vivez en banlieue,
02:47on ne vous appelle pas des ploucs.
02:48En général, c'est plutôt les gens de province ou dans la ruralité.
02:51Mais quelque part, c'est le même mépris social, en fait,
02:55que vous vivez.
02:56Mais aussi, les mêmes conditions.
02:59J'allais dire, la transformation un peu à la serpe.
03:01C'est-à-dire, c'est très dur, en fait,
03:03d'arriver dans un milieu pour lequel vous étiez...
03:05Toi, tu l'as ressenti ?
03:06Oui, je l'ai énormément...
03:08En ayant grandi dans une banlieue ?
03:09Complètement.
03:10D'autant plus que moi, j'ai commencé les grandes gueules.
03:12C'était assez tard.
03:12J'avais 37 ans.
03:15C'était il y a 10 ans, déjà ?
03:16Oui, déjà, oui.
03:18Donc, voilà.
03:19Et moi, ma question, en fait, que j'ai pour vous,
03:21elle est vraiment pour vous, personnellement,
03:23c'est de savoir,
03:24donc, quand vous repartez dans les Deux-Sèvres,
03:28qui est-ce que vous êtes ?
03:29Est-ce que vous êtes Paul Melin des Plateaux,
03:31qui a fait des écoles d'élite, etc.
03:33Ou est-ce que vous redevenez...
03:34Vous avez réussi...
03:35Vous réussissez à switcher complètement
03:37et vous redevenez un fils de paysan ?
03:39Comment est-ce que...
03:40Quelle identité vous...
03:42Où que je sois, j'essaye d'être le même.
03:44Et quand je suis chez moi, à la campagne,
03:46dans ma maison, j'ai un grand jardin.
03:48Là, par exemple, il y a trois jours,
03:49avant de faire mes émissions du week-end,
03:51j'étais avec mon père,
03:51on a passé la débroussailleuse,
03:53parce que là, c'est la période,
03:54donc l'herbe était très, très haute.
03:55On a passé d'abord la lame,
03:57après le rotofil,
03:57et on a terminé avec le tracteur tondeuse
03:59pour que ce soit bien propre.
04:00Ben, vous voyez, j'aime bien faire ça.
04:02Et ça n'enlève rien au fait
04:03qu'à côté, je vais aller écrire un bouquin...
04:05Mais quels sont les regards
04:05qu'on porte sur vous lorsque vous rentrez ?
04:07Je pense qu'on porte un regard
04:11plutôt sympathique,
04:11plutôt bienveillant.
04:12Vous savez, il n'y a pas de...
04:14Vous vous appelez le parisien ?
04:15Non.
04:16Mais non, pas du tout.
04:17Il a une voiture avec vide teintée,
04:18de toute façon,
04:19donc je ne le reconnais pas.
04:21Il en sort pour faire ses courses,
04:23il a des lunettes de soleil, voilà.
04:25Oui, quand j'arrive au Super U local,
04:26j'arrive avec Charles Consigny
04:28qui me conduit dans la voiture.
04:30Ne confondez pas mes séjours, Charles,
04:31avec les vôtres,
04:32en jurat ou dans les deux sèvres.
04:35On ne peut pas l'aborder.
04:37Charles Consigny, c'est...
04:38Enfin bref, je viendrai à vous après.
04:40Non mais non,
04:41je ressens aucun mépris,
04:43pour le coup,
04:44contre moi.
04:45Mais c'est très intéressant
04:46ce que vous disiez aussi sur les banlieues.
04:48J'aurais pu se faire ce livre
04:49sur les banlieues, en fin de compte.
04:50Et les mêmes causes
04:50produisant les mêmes effets,
04:52ça crée des ruptures,
04:53des défiances,
04:54un discours anti-élite.
04:55Alors, dans les banlieues,
04:56il est repris par la France Insoumise
04:57et par Mélenchon.
04:59Dans les campagnes,
04:59c'est le Rassemblement National.
05:00Je parle beaucoup du vote
05:01pour le Rassemblement National
05:02dans le livre.
05:03Mais dans tous les cas,
05:04le mépris social
05:05est un carburant liquide
05:06pour le populisme,
05:08pour les discours complotistes,
05:09pour la rupture.
05:10Plus vous mettez en place
05:12de violences sociales,
05:13plus vous désertez ces terrains,
05:15plus les gens
05:15des partis traditionnels,
05:16LR, PS, macronistes,
05:18ne viennent plus voir les gens,
05:20vivre avec eux,
05:21leur parler,
05:21et qu'on les traite parfois
05:22avec condescendance,
05:23en disant c'est des ploucs,
05:24c'est des peckno,
05:25et d'autres termes plus pleuris,
05:26ça crée de la défiance.
05:27On l'a beaucoup dit,
05:28notamment avec le mouvement
05:29des Gilets jaunes.
05:31Et à l'époque,
05:32le président lui-même
05:34avait, semble-t-il,
05:35pris conscience
05:35qu'il y avait une autre France,
05:37c'est peut-être pas celle
05:37qui avait voté pour lui,
05:38mais qui existait.
05:39Et on a tout oublié,
05:40en fait,
05:41parce qu'il y a eu des livres,
05:43il y a eu du constat,
05:44et on n'a rien fait depuis ?
05:45Non.
05:46Et moi, j'ai essayé,
05:46à toute petite échelle,
05:48j'avais pensé,
05:48quand j'ai fait ce livre,
05:49je me suis dit,
05:49j'aurais pu écrire un essai,
05:50un xième essai
05:51qui dit qu'en gros,
05:52il faut arrêter le mépris social
05:53et puis aller chercher
05:54des références très compliquées.
05:55Je me suis dit,
05:55non, il faut humaniser,
05:57il faut brosser
05:58les portraits des personnages
05:59et il faut les rendre
06:00visibles en littérature.
06:01On parle beaucoup,
06:02notamment dans les discours
06:03un peu woke,
06:03de l'invisibilisation
06:05de certains.
06:06Il faut commencer
06:06par l'invisibilisation
06:08des classes populaires françaises.
06:09Et là, moi,
06:10j'essaie dans ce livre
06:10de les rendre visibles,
06:12de les rendre touchantes,
06:13de les rendre,
06:14pourquoi pas, poétiques,
06:15de montrer leurs amours,
06:16leur tendresse,
06:17les relations familiales.
06:18Et ça, je trouve que
06:20à service.
06:21Après, il y a des gens
06:21en politique qui, j'espère,
06:23auront le programme
06:24qu'il faut pour faire des choses.
06:25Jean-Philippe ?
06:26D'abord, moi,
06:26j'ai pris beaucoup de plaisir
06:29à lire votre roman.
06:30On a aussi le droit
06:31simplement d'avoir du plaisir.
06:33La deuxième chose,
06:33avant, vous évoquiez Rastignac.
06:35Tu t'es reconnu
06:35un peu là-dedans ou pas ?
06:37Moi, je suis un gars
06:38de la province.
06:39Et qui a bien réussi à Paris.
06:42Non, on ne réussit pas à Paris.
06:43Nous, on monte à Paris.
06:44Alors, moi, je suis un Alsacien.
06:45Je n'ai jamais compris,
06:46d'ailleurs, pourquoi
06:46de Strasbourg, on disait
06:47on monte à Paris
06:48parce que c'est plutôt une translation.
06:50Mais de Marseille,
06:51c'est 20 ans que je vis à Marseille,
06:53on monte encore à Paris.
06:55Et avant, on évoquait Rastignac.
06:57Je ne sais pas,
06:57moi, j'ai pensé à une fable.
06:59Parce qu'il y a un contexte,
07:02il y a une aventure
07:03et il y a une morale.
07:04Parce qu'on ne va pas dévoiler
07:05la vie du livre,
07:06mais il y a une vraie morale
07:07à ce bouquin.
07:10Ce qui m'a beaucoup intéressé,
07:11moi, c'est le portrait
07:13très vrai que vous brossez
07:14de cette petite ville.
07:17Alors, on est aux alentours
07:18de Langon.
07:19Moi, j'ai ma belle famille
07:22qui était en Dordogne,
07:23pas très loin.
07:25Et malheureusement,
07:26ça ressemble beaucoup
07:27à ce que vous dites.
07:28C'est-à-dire,
07:29les gens qui nous écoutent
07:30se reconnaîtront.
07:31Ribérac, en Dordogne,
07:3360 ans, 70 ans.
07:34C'était une sous-préfecture.
07:35Avec tout ce que ça voulait dire,
07:36une sous-préfecture,
07:37une administration,
07:39une gare,
07:40un hôpital,
07:41une vie.
07:41Et petit à petit,
07:43c'est une ville
07:44qui s'est desséchée au milieu.
07:45On a mis un grand centre Leclerc
07:47d'un côté,
07:48un grand intermarché
07:49de l'autre.
07:50Et donc,
07:51les jeunes qu'il y a là-bas,
07:52pour autant qu'il y a encore
07:53des jeunes d'ailleurs.
07:54Il y en a de moins en moins.
07:56Eh bien, effectivement,
07:57l'attraction,
07:58c'est Bordeaux.
08:00C'est la métropole,
08:01à côté.
08:02Oui, mais alors,
08:03dans le bouquin de Paul,
08:05c'est justement ça
08:05qui est intéressant,
08:06c'est que la métropole
08:07ne suffit plus.
08:08Parce que c'est Paris.
08:10Je pense que s'il faisait
08:11un bouquin,
08:12une suite de ça
08:12dans un ou deux ans,
08:14il mettrait Tokyo
08:15ou Singapour.
08:16Exactement.
08:17Donc, c'est à la fois,
08:17c'est une vraie chronique,
08:18beaucoup de plaisir,
08:19mais c'est un peu angoissant quand même.
08:21Oui,
08:22c'est un peu terrifiant.
08:23Mais moi,
08:23j'écris ça en étant angoissé,
08:25angoissé pour l'avenir des campagnes.
08:27Je suis très inquiet.
08:28Je veux dire,
08:28quand je vois les villages,
08:29moi, le village où je vis
08:30quand je ne suis pas à Paris
08:32pour le travail,
08:33on essaie de maintenir,
08:34vaille que vaille,
08:35l'épicerie.
08:35Je salue d'ailleurs
08:36celle qui tient le marché,
08:37Annie,
08:38on essaie de sauver la boulangerie,
08:40le coiffeur,
08:41mais en fait,
08:41à mesure,
08:42avant,
08:42il y avait une pharmacie,
08:43avant,
08:43il y avait 11 troqués
08:44dans un village
08:45de 1500 habitants.
08:46Aujourd'hui,
08:47il y en a un qui fait aussi
08:48épicerie,
08:48poste,
08:49crédit agricole,
08:50etc.,
08:50et journaux.
08:51Enfin, je veux dire,
08:52on n'imagine pas
08:53le désespoir de ces communes
08:54et à quel point
08:55elles se vident
08:56de leurs habitants.
08:58Donc,
08:58on a la vision
08:59fantasmée
09:00de certains villages,
09:01genre Saint-Émilion,
09:02Saint-Paul-de-Vence,
09:04je ne sais pas,
09:06qu'il y a des villages
09:07qui sont préservés,
09:07des villages de cartes postales,
09:09les plus beaux villages de France,
09:10Rocamadour,
09:11Saint-Cyr-la-Popie,
09:11mais après,
09:12il y a des vrais villages,
09:13entre guillemets,
09:14qui n'intéressent personne,
09:15parce qu'il y a du parpaing
09:16et des petits pavillons.
09:18Inévitablement,
09:18où on votait Rennes ensuite ?
09:20Bien sûr.
09:20Et c'est ça le problème.
09:22Dans mon roman,
09:22par exemple,
09:23l'ancien boucher que j'invente,
09:24lui,
09:25son commerce a fermé,
09:26personne ne l'a repris,
09:27il devient le secrétaire
09:27de section du Rassemblement National
09:29et il distribue les tracts
09:30à la sortie de l'église
09:31ou du marché
09:32en disant,
09:32allez voter pour Marine.
09:33C'est un vote d'adhésion
09:34ou c'est un vote de colère
09:34contre Paris et les élites,
09:36c'est ça ?
09:36Un peu les deux.
09:37Un peu les deux.
09:38On a longtemps dit,
09:39c'est juste de la colère.
09:40Non, c'est pas juste de la colère.
09:41Marine Le Pen a su proposer des choses
09:44qui, pour partie,
09:45collent aux attentes du peuple
09:47et de ses endroits.
09:48Sinon, elle n'aurait pas repris
09:48les bastions communistes
09:49du Nord-Est, par exemple.
09:51Donc, le discours social,
09:52c'est quelque chose
09:53qui est séduisant.
09:53Vous n'avez pas de service public
09:55à proximité.
09:55On va faire des choses.
09:56Ça, c'est un discours
09:57qui peut plaire, par exemple.
09:58Le discours sur l'insécurité
09:59et l'identité.
10:01Vous avez peur
10:01de perdre votre identité ?
10:02Vous avez peur
10:03qu'on vous casse l'église ?
10:04On va vous mettre
10:04des éoliennes à côté ?
10:05Pas de souci,
10:06je vais intervenir.
10:07C'est ça, le discours
10:07que les gens veulent entendre.
10:09Donc, aujourd'hui,
10:09il est porté par Marine Le Pen.
10:11Mais il y a certains pays européens,
10:12vous prenez par exemple
10:12les sociodémocrates au Danemark,
10:14eux, ils portent un discours
10:15très ferme sur l'immigration
10:16et pour autant,
10:17ils ne sont pas d'extrême droite.
10:19Donc, on peut trouver
10:20des discours.
10:21Mais pour ces villages,
10:22c'est plus un cordon sanitaire
10:23parce qu'ils ne sont pas
10:25franchement menacés
10:25par ce qui se passe dans les villes.
10:26Non, bien sûr.
10:27C'est plus de dire
10:28ce qui se passe là-bas,
10:29on n'en veut pas chez nous,
10:29donc d'entrer, on vote ARN.
10:31C'est le vote fréventif.
10:32Oui, c'est ça.
10:33Mais ils ont quand même
10:33l'actualité à peu tout le monde
10:35parce qu'il y a une rixe,
10:36il y a des morts.
10:38Oui, moi, je ne suis pas d'accord
10:39avec ça parce qu'il se passe...
10:41Avant, on disait ça,
10:42on disait
10:43il ne se passe rien,
10:44ce n'est pas vrai,
10:44l'insécurité a gagné ses campagnes.
10:46Il y a des morts.
10:47Oui.
10:47Je ne veux pas le dire,
10:48mais au début,
10:48il y a un mort dans son bouquin.
10:49Bien sûr.
10:50Et c'est un mort
10:51dans un petit patelin.
10:53Mais parce que je m'inspire,
10:55je ne pouvais pas faire
10:55l'impact sur ce sujet,
10:56je m'inspire du sujet
10:57du bal de Crépole
10:58et de la mort du jeune Thomas,
11:00qui est un sujet
11:01dont moi,
11:01j'ai beaucoup entendu parler
11:02quand j'étais à la campagne
11:03et dont on me disait,
11:04c'est quand même
11:04un truc terrifiant, etc.
11:05Est-ce qu'on va devoir
11:06mettre des vigiles
11:07quand on organise
11:07la fête du vide grenier
11:09ou la fête du Téléthon
11:10ou je ne sais quoi
11:10autour de la commune ?
11:12Moi, je suis tombé des nues.
11:13J'ai dit,
11:13un vigile dans un village,
11:15mais ça n'a aucun sens.
11:16On n'est pas dans une boîte de nuit
11:17en région parisienne.
11:18On ne va pas mettre un vigile.
11:20Eh bien, en fait,
11:20ça a fait un débat.
11:21Les gens se sont dit,
11:22mais peut-être que demain,
11:23on va se faire...
11:23Et en fait,
11:24ce n'est pas une psychose.
11:25Pour le coup,
11:25c'est un sentiment d'insécurité
11:26au sens de Dupond-Moretti.
11:28C'est-à-dire que les gens
11:28se sont dit,
11:28on a le sentiment
11:29que demain,
11:29ça peut nous arriver aussi
11:30comme c'est arrivé à Crépole.
11:31Donc, j'en parle dans le livre.
11:33Je ne pouvais pas faire l'impasse
11:33sur le sujet de l'insécurité
11:35au nom du politiquement correct.
11:36Moi, je trouve que c'est
11:37un thème très intéressant
11:39et un livre évidemment
11:39très intéressant.
11:41Il y a un peu deux thèmes.
11:42Il y a le thème
11:42de l'ascension individuelle
11:46du provincial monté à Paris.
11:48Ça, ça existe
11:48depuis les illusions perdues
11:50de Balzac.
11:52Et néanmoins,
11:52c'est toujours très actuel.
11:54Et puis, il y a le thème
11:54de cette France effectivement
11:56périphérique reléguée
11:57où là, on est plus
11:58dans Christophe Guillouis
11:59et de lui rendre sa noblesse.
12:02Et là, on est plus
12:03dans Houellebecq.
12:04Tout le génie de Houellebecq,
12:05ça avait été de voir
12:06la poésie des classes moyennes
12:08en quelque sorte.
12:10Mais je trouve ça
12:11d'autant plus actuel
12:12qu'avant,
12:14il n'y a pas si longtemps,
12:15on essayait quand même.
12:16La question de l'ascenseur social
12:18était une vraie question.
12:20La question du désenclavement
12:22des banlieues
12:22était une vraie question.
12:24La question du respect
12:25de la France profonde
12:26était une vraie question.
12:27Et quand même,
12:28sans tout rapporter
12:30à la politique,
12:30mais ces dix dernières années,
12:32on a eu une classe politique
12:34qui,
12:35la Macronie,
12:36pour ne pas la nommer,
12:37au sens large,
12:38au sens large,
12:39on a eu une classe politique
12:40qui a assumé
12:42son mépris social.
12:44Et ça,
12:44carrément,
12:45la gauche,
12:46la Macronie,
12:47la Macronie,
12:47la Macronie,
12:48avant elle,
12:49il y avait la gauche caviar.
12:50Oui,
12:51la gauche caviar,
12:51t'as raison,
12:52elle a un peu,
12:53elle était un peu
12:54le précurseur là-dedans.
12:55C'est-à-dire,
12:55on assume,
12:56souvenez-vous de Benjamin Griveaux
12:57qui stigmatisait,
12:59la France qui roule au diesel,
13:00et qui fume des gauloises.
13:03Parce que quoi,
13:04c'est mieux de bouler du quinoa
13:05et de rouler comme un débile
13:07sur son vélo électrique
13:08en engueulant tout le monde.
13:08C'est plus valorisé
13:09dans la société actuelle.
13:10Donc moi,
13:11je trouve que c'est très actuel.
13:14J'observe d'ailleurs,
13:15et je l'ai observé singulièrement
13:16quand même ces derniers temps,
13:18l'incroyable,
13:19maintenant,
13:21réussite des fils d'eux.
13:23Avant,
13:24il y avait quand même
13:25un peu de pudeur,
13:26on ne recrutait quand même pas
13:28au poste,
13:29les plus malins,
13:29le fils d'un tel,
13:31le fils d'un tel,
13:32la fille de Trucmuche,
13:32etc.
13:33Aujourd'hui,
13:33je vois dans ma génération
13:35ceux qui décrochent
13:36les plus beaux jobs,
13:37que ce soit dans les médias,
13:39dans l'administration
13:40ou dans les entreprises.
13:41Au cinéma ?
13:42Au cinéma,
13:42c'est que ça ?
13:43Au cinéma,
13:44on n'en parle même pas.
13:45Dans 9 cas sur 10,
13:46c'est des fils d'eux.
13:47Vous avez raison.
13:48Des fils et filles d'eux.
13:49Et donc,
13:49effectivement,
13:50on a toute une France
13:51qui est reléguée,
13:52qui est en dehors de tout ça
13:53et qui en plus
13:55est méprisée officiellement
13:56parce qu'elle n'a pas
13:57la bonne bagnole,
13:58parce que ceci,
13:58parce que cela.
13:59Donc,
13:59je trouve que c'est un excellent livre
14:02très politique en réalité,
14:03très politique
14:04et qui remet sur la table
14:05un énorme sujet.
14:07Paul Melin,
14:08il est de gauche.
14:09Moi,
14:09je viens de la gauche,
14:10mais quand on parle
14:11de mépris social,
14:12on peut parler ça,
14:13ça peut être un discours de gauche.
14:14En revanche,
14:15Charles pointe un sujet
14:16qui est fondamental
14:16qui est celui de la méritocratie
14:18ou de l'ascension sociale,
14:19de l'ascenseur social.
14:20Or,
14:20ça,
14:20c'est plutôt un thème
14:21qu'on donne à la droite.
14:22Moi,
14:22je ne suis pas d'accord.
14:23Je considère qu'il y aurait,
14:24par exemple,
14:24un gros discours de gauche
14:25à tenir,
14:26notamment sur les banlieues,
14:27par exemple,
14:27en disant,
14:28en fait,
14:28vous êtes des futurs entrepreneurs,
14:30vous êtes des futurs journalistes,
14:31vous êtes des futurs patrons,
14:32vous allez réussir,
14:33vous allez travailler,
14:33vous n'êtes pas des victimes.
14:34Or,
14:35on fait le contraire,
14:36c'est le discours de Mélenchon,
14:37on laisse les gens
14:37bien profondément
14:38dans la victimisation,
14:40on leur dit,
14:41on va s'occuper,
14:42nous,
14:42on est de gauche,
14:42on va faire des prestations sociales.
14:44On est de gauche,
14:44le discours de gauche,
14:45ce n'est pas dire,
14:45je suis de gauche,
14:46donc je vais faire des prestations sociales.
14:47Elles sont très utiles,
14:48moi,
14:48je suis pour l'État-providence,
14:49je suis un gaulliste de gauche,
14:49je n'ai pas de problème avec ça.
14:50Mais le vrai sujet,
14:51c'est,
14:51qu'est-ce qu'on fait
14:52pour que vous puissiez réussir ?
14:54Le travail était une valeur fondamentale
14:56de la gauche.
14:57Le travail,
14:58pardon,
14:58et si on reprend les textes,
15:00les grands textes,
15:00le travail,
15:01c'était l'occasion de sortir
15:02justement de sa condition
15:03et on sortait de sa misère.
15:07Moi,
15:07je dis souvent,
15:09moi,
15:12j'ai voté à gauche
15:13jusqu'à François Hollande,
15:15si on considère que Macron
15:16n'est pas de gauche,
15:17je vais voter Macron.
15:18Là,
15:18il y a débat.
15:18Oui,
15:19il y a débat,
15:20mais,
15:21souvent,
15:21les gens qui nous écoutent d'ailleurs
15:23pensent souvent que j'ai changé,
15:25mais moi,
15:25je n'ai pas changé.
15:26C'est la gauche qui a changé.
15:27C'est la gauche qui ne parle plus de travail.
15:29Moi,
15:29j'ai grandi avec le travail,
15:30mes parents votaient à gauche.
15:31Mon père ne pouvait pas voter
15:32parce qu'il était militant
15:34du Parti Socialiste,
15:34par exemple,
15:35et ils nous ont transmis ça.
15:36Mais moi,
15:37la gauche,
15:37elle ne parle plus du tout
15:38des préoccupations
15:39d'une fille comme moi
15:40de quartier
15:41et qui veut bosser
15:42et qui n'a que le travail,
15:43qui n'a pas de parents riches,
15:45pas de réseaux,
15:46qui n'a que le travail.
15:47Donc moi,
15:47je n'ai pas changé,
15:48c'est la gauche qui a changé.
15:49Donc moi,
15:49je me suis plutôt sentie
15:51abandonnée par la gauche.
15:53Mais il y a quelque chose
15:53dans votre personnage,
15:54je regrette qu'il soit
15:56entre guillemets
15:57si mauvais
15:57dans le sens où
15:58il ne parle plus à ses amis,
16:00il ne répond plus au téléphone,
16:01etc.
16:01Mais c'est un peu géographique.
16:03Oui,
16:03mais ça va être ça.
16:05pas du tout
16:05que je parle comme ça.
16:06Mais justement,
16:07c'est ce qu'on reproche.
16:08Il n'y a que les appels de Charles
16:08que je filtre.
16:09C'est justement ce qui fait
16:10que souvent,
16:11on crache sur les gens
16:12qui s'élèvent socialement
16:14entre guillemets
16:15parce qu'on considère
16:16qu'ils trahissent.
16:17Exactement.
16:19Je vous assure
16:19que moi,
16:20je reçois des messages
16:20qui pensent que
16:21oui,
16:21c'est une traître,
16:22elle a changé,
16:23etc.
16:23En plus,
16:23t'as déménagé.
16:24En plus,
16:25j'ai eu le malheur
16:26il y a trois ans
16:26de quitter le 89
16:27pour le 16e.
16:29Vous aggravez votre cas.
16:30Donc moi,
16:31je regrette que vous n'ayez pas fait
16:32malheureusement un personnage
16:33qui reste malgré tout
16:36ancré et idéal à ses amis,
16:37J'avais deux choix très simples
16:39où je faisais un cynique
16:40et moi,
16:41j'adore les cyniques en littérature,
16:42ça me fait plus rire,
16:43un type qui profite
16:44parfois un peu cynique
16:45qui profite de ses charmes,
16:47de ses atouts,
16:48qui joue de la séduction
16:49pour réussir
16:50parce que je trouve
16:50que c'est ça
16:50l'image du héros balsacien
16:52ou alors j'aurais pu faire
16:53un gentil garçon
16:54et je pense qu'un gentil garçon
16:56qui resterait fidèle
16:57à sa condition
16:57et à sa classe
16:58peut aussi réussir
16:58contrairement à une idée reçue.
17:00On nous dit souvent
17:00du moment que vous franchissez
17:02le Rubicon
17:02par exemple de la notoriété
17:04ou de l'argent,
17:05vous devenez riche
17:05ou vous devenez célèbre
17:06ou vous avez fait
17:06des grandes écoles,
17:07vous ne parlez plus
17:08à vos parents,
17:08vous ne parlez plus
17:09à vos grands-parents,
17:09vous ne parlez plus
17:10à vos amis,
17:10vous devenez le parfait salaud.
17:11Non, ce n'est pas vrai.
17:13Là aussi, c'est une perception.
17:14Il peut y avoir
17:14une perception aussi de l'autre.
17:16Paul Melin reste avec nous,
17:18on va continuer
17:18d'en discuter
17:19parce qu'est-ce qu'aujourd'hui
17:21on peut encore réussir
17:22et rester le même ?
17:23C'est-à-dire venir de province,
17:25réussir à Paris
17:26et rester le même ?
17:27Est-ce que c'est encore
17:28possible aujourd'hui ?
17:29Voilà, tu n'as pas changé.
17:31Tu es encore le Niçois.
17:34On est un Alsacien,
17:36on a un Niçois,
17:37on a quelqu'un des Gérondas.
17:38Le seul Parisien ici,
17:39c'est moi.
17:40Est-ce qu'on peut encore
17:41réussir aujourd'hui
17:44à Paris ?
17:45Comme ça,
17:45en venant de province,
17:4632-16 pour en discuter
17:47avec les Gégés,
17:48c'est Paul Melin,
17:48l'éditorialiste,
17:49qui revient avec ce livre.
17:50C'est un roman,
17:51mais largement inspiré
17:52d'une réalité,
17:53de la scène.
17:53Plouk Story
17:54aux éditions Fayard.
17:55A tout de suite
17:56avec les Grandes Gueules,
17:57il est 11h20.
17:58Les Gégés,
17:58les Grandes Gueules
17:59en direct sur RMC,
18:00RMC Stories,
18:01c'est Paul Melin
18:02qui est avec nous.
18:03Plouk Story,
18:03c'est un roman
18:04aux éditions Fayard,
18:05mais inspiré
18:06de sa vie,
18:08de ce jeune parti
18:09de la province
18:10pour réussir à Paris.
18:13Est-ce que c'est ça
18:14le trajet ?
18:15Se dire,
18:15je vais réussir à Paris
18:16puis le moment venu,
18:17je redescendrai chez moi ?
18:18Oui,
18:18il y a un peu de ça.
18:18Et d'ailleurs,
18:19on observe un mouvement
18:20où les quarantenaires,
18:21quand ils ont parfois
18:21des enfants,
18:22etc.,
18:22retournent à leur province natale.
18:24Il y a une sorte
18:25d'attachement.
18:26Moi,
18:26quand je suis à Paris,
18:27je me sens un peu en apnée.
18:28J'aime bien Paris,
18:29mais je me dis toujours,
18:30bon,
18:30je suis là pour 3-4 jours,
18:31c'est comme si j'étais
18:31en week-end permanent.
18:32Je viens en week-end à Paris
18:33et après,
18:34je m'en vais.
18:34Et je pense qu'il y a
18:35beaucoup de sages,
18:36c'est pas mal de gens
18:36qui sont montés à Paris
18:37et qui repartent.
18:38On parlait de l'ascenseur social.
18:41Aujourd'hui,
18:41il n'y a plus de débat
18:42autour de ça.
18:42Comme si on avait renoncé
18:43en disant,
18:44de toute façon,
18:44cet ascenseur est cassé.
18:45On n'y arrive pas.
18:47C'est-à-dire que l'éducation,
18:48l'école ne fait que reproduire
18:50finalement les inégalités,
18:52etc.
18:52Et donc,
18:53c'est un échec
18:54et on est passé à autre chose ?
18:55Oui, parce que je crois
18:56qu'on a un rapport en France
18:57un peu pudique à la réussite.
18:59C'est-à-dire qu'on la criminalise parfois.
19:02On peut avoir un peu honte
19:03de vouloir réussir sa vie.
19:05Enfin, il n'y a pas de honte
19:06à vouloir réussir sa vie.
19:07Et puis, réussir sa vie,
19:08d'ailleurs,
19:08ce n'est pas que vouloir être riche.
19:09Ça peut être vouloir être très bon
19:10dans son travail.
19:11Ça peut vouloir dire
19:13dans les métiers manuels notamment.
19:14Ça peut être les grandes écoles
19:15et les études.
19:16Ça peut être les métiers artistiques.
19:17Il y a plein de façons
19:18d'être épanoui.
19:19Mais je crois qu'à l'heure
19:21du développement personnel,
19:22c'est un peu cocasse
19:22qu'on ait ce genre de pudeur.
19:24Mais il ne faut pas avoir de pudeur
19:25à aller chercher de la réussite.
19:28Et je crois que le sujet
19:29de l'ascenseur social
19:30devrait redevenir
19:31au cœur du débat politique.
19:33Or, Emmanuel Macron, en 2017,
19:35avait un peu mis ça sur la table.
19:36Moi, c'est ça qui m'avait séduit.
19:38C'était le côté start-up nation.
19:39C'est de dire,
19:40d'où que vous veniez,
19:41vous pouvez devenir entrepreneur,
19:42vous pouvez créer,
19:43vous pouvez réussir.
19:43Je trouve que c'était une promesse
19:45qui était intéressante
19:46et qui dépassait pour le coup
19:47le clivage gauche-droite.
19:48Après, on peut juger ce qu'on veut
19:50en disant
19:50« Est-ce que ça a réussi ou pas ? »
19:51Ça, ce n'est pas mon sujet,
19:52mais je pense que ça aurait pu mieux réussir.
19:54Mais en tout cas,
19:54la promesse était intéressante.
19:56Et je m'étonne
19:57que beaucoup de partis politiques
19:58ne se saisissent pas de ça
19:59en disant
20:00« En fait, vous grandissez
20:01dans un petit village,
20:02on va vous donner les moyens,
20:03on va vous aider à réussir.
20:04On ne va pas vous aider
20:05à rester dans votre village
20:06avec des perfusions,
20:06on va vous aider à réussir. »
20:08Pareil pour les jeunes
20:08qui viennent de banlieues.
20:09Et je crois que ça, par exemple,
20:11ça pourrait être
20:11un super discours politique.
20:13C'est-à-dire qu'avant,
20:14autour des villages
20:15ou dans les départements,
20:16il y avait toujours
20:17un pôle d'attraction,
20:18il y avait une industrie,
20:19il y avait une boîte familiale,
20:21comme il y a Michelin
20:23à Clermont-Ferrand
20:23ou d'autres.
20:24Alors, du côté de la Gironde,
20:26il y a encore les vins
20:26et encore.
20:27Mais sinon,
20:28il y a plein de territoires
20:29qui sont désindustrialisés.
20:31Mais c'est le gros problème.
20:32Il y avait les lénières.
20:34On est donc obligé de partir.
20:35Voilà.
20:36Donc, on est obligé de partir
20:37et de partir
20:37ou vers la grande ville
20:38ou vers la capitale.
20:39Ça a complètement appauvri
20:40des territoires entiers.
20:41Et quand vous faites
20:42de la géographie
20:42ou de l'économie locale,
20:43vous apercevez
20:44que les communes
20:44qui tiennent le mieux,
20:45il leur reste une cimenterie,
20:47un gros pôle commercial,
20:49un centre de recherche,
20:50une usine qui est présente.
20:52Et en fait,
20:52s'il n'y a plus ça,
20:53c'est terminé.
20:54Mais la désindustrialisation,
20:55elle a été théorisée,
20:57organisée.
20:57On a dit
20:58les Chinois feront
20:59des paires de chaussettes,
21:00etc.
21:01Puis nous,
21:01on réfléchira
21:01à la conception
21:02du prochain Airbus.
21:03Grosse erreur
21:04parce qu'en fait,
21:04c'est prendre les Chinois
21:05pour des imbéciles.
21:06Ils ont évidemment
21:06pris les savoir-faire.
21:08Il y a eu
21:08toute une montée en gamme
21:09des cerveaux, etc.
21:10Et aujourd'hui,
21:11plus personne n'a besoin
21:12de l'Europe.
21:12L'Europe devient
21:12une espèce de grand marché
21:13de consommateurs passifs.
21:14Jean-Philippe André ?
21:15Mais Paul,
21:15dans les bourgs
21:18que vous décrivez aujourd'hui,
21:19les grandes industries
21:20que toi tu évoques,
21:21aujourd'hui,
21:22le premier employeur,
21:23c'est le centre Leclerc.
21:24Absolument.
21:25Le premier employeur,
21:25c'est l'intermarché.
21:27Un centre Leclerc,
21:28je ne sais pas,
21:28à Langon,
21:29ou le bas,
21:29par là-bas,
21:30ou je répète,
21:31c'est 300 ou 400 personnes.
21:34Donc,
21:35l'ascenseur social,
21:36je reviendrai un mot là-dessus,
21:37c'est,
21:40il n'y a plus rien.
21:41Est-ce que je peux rentrer
21:42dans le centre Leclerc
21:43et je ferai ma carrière
21:43centre Leclerc,
21:44qui par ailleurs
21:45est le premier sponsor
21:46du club de rugby,
21:47le premier sponsor
21:47du foot,
21:49qui en général
21:50a même un adjoint au maire,
21:52etc.,
21:53qui travaille chez eux.
21:54Et juste un mot
21:55sur l'ascenseur social.
21:56Moi,
21:56je serais assez curieux
21:56de savoir si l'ascenseur social,
21:57ça se traduit
21:58dans d'autres langues.
22:00Pourquoi ?
22:00Parce que,
22:01pour moi,
22:01la définition...
22:02Aux Etats-Unis,
22:02c'est l'American dream.
22:03C'est l'American dream.
22:05Tu viens de le dire,
22:05il n'y a pas écrit
22:06ascenseur social.
22:07Parce qu'ascenseur,
22:08ça signifie
22:08que tu te mets
22:10au bas d'une pente
22:11et il y a un escalator
22:12qui t'emmène tout seul en haut.
22:13Non.
22:14C'est pas comme ça que ça...
22:15On pourrait l'appeler
22:15l'escalier social.
22:16Voilà.
22:17Et alors,
22:17moi,
22:17je suis plutôt de ceux
22:18qui disent
22:19qu'on doit mettre
22:20à ma disposition
22:21un escalier.
22:22Un escalier,
22:23c'est-à-dire
22:23je dois pouvoir,
22:24quelle que soit la province
22:25où je suis,
22:26l'endroit où je suis,
22:27dire,
22:27il y a un chemin
22:28qui m'amène.
22:28Mais par contre,
22:29le chemin,
22:30c'est moi qui décide,
22:31marche après marche,
22:32d'y aller
22:32et je ne suis pas tiré
22:34par quelqu'un.
22:34C'est le débat
22:35que tu avais ce matin
22:36sur l'assistanat.
22:37L'escalier social doit exister.
22:39Nos parents,
22:40mon père,
22:41il n'a jamais eu
22:41d'ascenseur social.
22:43Il a eu un escalier
22:44en disant
22:44je vais grimper,
22:45je me prends en charge
22:46et j'y arrive.
22:47Là,
22:47vous pointez un truc
22:48qui est très vrai,
22:49c'est que le problème
22:49c'est qu'on court tous
22:50à 100 mètres
22:51sauf que certains partent
22:52à 10 mètres de l'arrivée
22:54et d'autres à 150 mètres.
22:55Pour qu'un type comme moi
22:56du milieu d'où je venais
22:58écrive un jour un livre
22:59qu'il soit publié
22:59chez un éditeur
23:01ou passe à la télé
23:02ou fasse une école
23:03avec un concours
23:04à l'entrée,
23:04c'était très difficile.
23:06Je partais avec
23:06deux poids à chaque cheville.
23:08Je pense que c'est du travail
23:10et c'est être sérieux,
23:11être discipliné
23:12et puis surtout
23:14être dans un désir
23:15peut-être un peu
23:15mais beaucoup de chance aussi.
23:16Il faut le dire aussi.
23:17Oui, du talent.
23:18Il faut le dire.
23:18Il y a du travail et du talent.
23:20S'il n'y a que du travail
23:20ça ne sert à rien,
23:21c'est que du talent
23:21ça ne sert à rien.
23:22Les deux combinés,
23:23ça aide.
23:23Et puis c'est aussi
23:24un rapport à l'échec.
23:25C'est que ça fait un peu
23:25développement personnel
23:26de dire ça pour le coup
23:27mais c'est assez juste.
23:27Vous prenez une gifle
23:28dans la figure,
23:29il faut repartir.
23:30Une autre,
23:30il faut repartir.
23:31Vous voyez pour le coup
23:32on parlait des fils d'eux.
23:33Vous voyez que vous entrez
23:34dans une grande école,
23:35tous les fils d'eux
23:36ils sont à l'automobile club
23:37de l'école,
23:37ils ont tous les trucs géniaux,
23:39ils ont les fringues à la mode,
23:40leur vie est géniale.
23:41Vous, vous arrivez,
23:42vous avez les fringues,
23:43je ne vais pas citer de marque
23:44pas chère ou de friperie,
23:53ce n'est pas ni de la jalousie,
23:55ni de la méchanceté,
23:56c'est juste de l'opiniâtreté.
23:58Et ça, je crois que
23:59si on réhabilitait
24:00ces valeurs-là,
24:01alors Macron s'était pas mal
24:02fait tacler
24:03quand il avait dit
24:03qu'il voulait une France
24:04de gens qui voulaient
24:05devenir milliardaires,
24:06etc.
24:06Moi je crois que
24:07ce n'est pas une si mauvaise idée.
24:09Enfin, à considérer
24:10que l'argent est l'étalon
24:11de la réussite
24:12que je conteste
24:12mais il y a plein d'autres choses.
24:13Lui qui est presque aussi
24:16lui un peu un rubin
24:17dans son genre.
24:19C'est-à-dire Macron
24:20il est monté à Paris aussi.
24:21Il est en province.
24:23C'est à Amiens.
24:25Je veux dire,
24:25Brigitte Macron
24:26qui était prof de français
24:28à je ne sais plus
24:29le nom de la ville.
24:30À Amiens.
24:31À Amiens, voilà,
24:32ça me revient.
24:34Non, non, mais...
24:35Côté de la porte,
24:36je suis en pérée.
24:37Je l'avais sur le bout
24:38de la langue.
24:39Prenez le 17ème,
24:40Elle n'était pas
24:41prédestinée
24:41à rencontrer Rihanna
24:43et Jeff Bezos
24:45à l'Elysée,
24:45si vous voulez.
24:46Donc il y a quand même
24:48ce phénomène-là.
24:48Mais lui qui s'était fait lire
24:49sur cette idée
24:50d'émancipation
24:51à la fin,
24:52je trouve que
24:53tout ce qu'il a fait,
24:55c'était laisser
24:56complètement enquister
24:58une société de caste
24:59avec une caste
25:00qui est de plus en plus
25:01refermée sur elle-même.
25:03Non, mais pourtant,
25:03il voulait casser
25:04justement ces sociétés de caste.
25:07Lui-même,
25:07il a cassé les cotes.
25:08Il ne l'a pas fait.
25:10Regardez qui est promu
25:11dans les cabinets ministériels,
25:13qui fait carrière
25:13en Macronie
25:14où que ce soit.
25:15Je suis désolé,
25:16c'est beaucoup,
25:17beaucoup...
25:17Il l'a fait au début
25:18quand il a ouvert les portes,
25:19les vannes même
25:20pour la députation.
25:22Il l'a quand même fait un peu.
25:23Oui, il l'a essayé.
25:24Il voulait casser
25:25quelques corporatismes,
25:26les notaires.
25:27La vérité, c'est que
25:28voilà,
25:28Paul parlait de l'opiniâtreté.
25:31Il en faut pour arriver
25:32là où tu veux arriver,
25:33mais il en faut aussi
25:34pour ne pas te laisser
25:36avaler, entre guillemets,
25:38par le système
25:38dans lequel aujourd'hui
25:40tu baignes.
25:41Et ça, c'est compliqué.
25:43Donc, peut-être que
25:43le président Macron
25:44avait cette volonté-là
25:45et je pense qu'au début
25:46il l'a fait un peu
25:46et puis il s'est laissé avaler
25:48par la technostructure.
25:50Il y a des rigidités énormes,
25:51c'est-à-dire qu'il y a
25:51des technostructures.
25:52On voit, même vous parler
25:53en off avec des gens
25:54qui sont ministres
25:55ou qui ont été ministres,
25:55ils vous disent
25:56« Moi, je n'ai pas les leviers. »
25:57Ce n'est pas être complotiste
25:58que de dire ça.
25:58C'est qu'en fait,
25:59il y a des patrons
25:59d'administration centrale
26:00qui font l'appui et le beau temps.
26:02Le gars, il est pris
26:02entre le budget de Bercy,
26:03les décisions européennes,
26:05le patron d'administration centrale,
26:06les discours du PM.
26:07Enfin, il est au milieu
26:09de quelque chose
26:09où la parole politique
26:10et la puissance du politique
26:12est démonétisée.
26:13Un sous-secrétaire d'État
26:14au PTT sous de Gaulle
26:15avait plus de pouvoir
26:16que le ministre à Bercy aujourd'hui.
26:17Alors, puisqu'on parle
26:18un peu de politique,
26:19dans un an,
26:19il y aura un changement de pouvoir.
26:21Forcément, en 2027,
26:22la présidentielle est lancée.
26:23On a fait le compte
26:24un vendredi,
26:25il y a 23 candidats déclarés.
26:2723.
26:28On a enlevé tous ceux
26:28qui réfléchissent,
26:30mais 23 candidats
26:31et déclarés.
26:31Une partie de fond.
26:33Ça veut dire qu'il y en aura
26:34un choix, c'est formidable,
26:35mais au contraire,
26:37ça témoigne qu'on ne sait plus
26:38où on est.
26:38Vous avez 23 personnes
26:39qui croient à leur propre
26:40ascenseur social, en tout cas.
26:41Oui, c'est ça.
26:42Des gens qui se voient présidents,
26:43c'est quand même marrant.
26:44C'est vous dire à quel point
26:45le job de président
26:46a perdu de sa superbe.
26:48Ou alors, c'est les gens
26:49qui sont mégalos
26:49et très narcissiques,
26:50ce qui est possible.
26:51Ou alors, c'est les deux.
26:51Je pense que c'est les deux.
26:52Il faut quand même être un peu fou
26:53pour s'imaginer.
26:54Oui, mais parce qu'ils veulent
26:55tous être Macron,
26:55c'est-à-dire venu un peu de nulle part
26:57et je vais y arriver
26:58et par mon talent,
26:59je vais m'en poser.
27:00Macron est une sorte quand même
27:01malgré tout de Rastignac.
27:02C'est-à-dire que Charles le disait
27:04très bien,
27:04il est arrivé de sa province,
27:05il a cassé les codes.
27:06Il y avait quand même
27:07une vie politique française.
27:08La Ve République était structurée
27:09entre deux parties.
27:10Le Parti Socialiste,
27:11jadis la SFIO,
27:13LR, jadis UMP et RPR.
27:15Donc, les deux grands partis
27:16qui structurent la vie de politique,
27:17le centre-gauche
27:18et le centre-droit.
27:19Lui, il arrive,
27:19il fait tout valser,
27:20il nous met les socialistes
27:22à 6%
27:22et il prend le pouvoir.
27:23C'est la plus grande OPA
27:25de la vie politique française.
27:27Après, peut-être De Gaulle
27:28quand même en 58.
27:29Donc, c'est exceptionnel
27:30ce qui s'est passé.
27:31Donc, c'est vrai
27:31que ça donne des ailes
27:32à tout le monde.
27:32Maintenant, tout le monde se dit
27:33un entrepreneur,
27:34pourquoi pas un artiste,
27:35pourquoi pas un essayiste
27:36va se dire,
27:36bon, après tout,
27:37je réunis des 500 signatures.
27:38– Est-ce qu'on va pas revenir
27:39à un truc plus tradit en fait,
27:41en quelque sorte ?
27:42Quelqu'un qui aura été maire,
27:44qui aura eu le parcours
27:46traditionnel de la politique ?
27:46– Alors, on aura un président
27:47âgé de 30 ans
27:48avec une princesse
27:49à l'Elysée, quoi.
27:50– C'est possible aussi.
27:51Alors là, si on devait parler
27:52de transfuge de classe,
27:53d'ailleurs, mon personnage
27:53dans le roman, Seb,
27:54il est assez admiratif
27:55de Bardella
27:56parce que Bardella
27:57est très bon
27:58sur les réseaux sociaux.
27:59Alors, lui,
28:00qui est fan des influenceurs,
28:01Bardella est quasiment
28:01une sorte d'influenceur
28:02en politique.
28:03Donc, il scrolle,
28:04il passe les vidéos
28:05comme ça à toute vitesse
28:06sur TikTok et sur Insta.
28:07Et donc, quand il voit
28:08Jordan Bardella,
28:09il dit c'est Jordan,
28:09c'est pas Jordan Bardella,
28:10c'est Jordan.
28:11Ben lui, il est biberonné à ça,
28:13il le voit, il dit
28:13« Putain, il est assez beau gosse,
28:14il porte beau,
28:15il fait du rameur,
28:15il est assez costaud. »
28:16C'est parfait.
28:17Donc, lui, il s'identifie à lui.
28:18Ça ne va pas plus loin
28:19et ce n'est pas un discours politique.
28:20Il a 17 ans, mon personnage.
28:21Et sa mère, à mon personnage,
28:22elle, elle est fan de Marine Le Pen
28:23et elle dit Marine
28:24parce qu'il y a Facebook,
28:26les chats,
28:27on raconte des histoires
28:27sur sa vie
28:28et elle trouve ça génial.
28:29Donc, il y a aussi ça en politique.
28:31Il y a aussi quelque chose
28:32de charnel,
28:32quelque chose de l'attachement
28:33et donc des personnalités
28:35comme Edouard Philippe
28:36pour lesquelles j'ai du respect
28:37mais il n'habite pas ça en lui.
28:39Il n'habite pas une proximité
28:41tout de suite du genre
28:42tape dans le dos
28:43et café au bar.
28:44Mais par Délan 2027 à l'Elysée,
28:45vous y croyez franchement ou pas ?
28:47Moi, je n'y crois pas
28:47mais je peux me tromper.
28:49Vous savez, les pronostics,
28:50je pense qu'ils ne sera pas eu.
28:50Et Melun, Melun 2027 ?
28:52Plus, oui.
28:54Merci Paul Melun.
28:55C'est parti avec Charles Consigny.
28:57Le livre s'appelle
28:58Plouk Story.
28:59Il sera à Matignon
28:59qui sera à l'Elysée.
29:00Finalement, on a tous
29:02je mettrais Charles
29:03aux affaires étrangères.
29:03On a tous en nous
29:04un peu de cette Plouk Story.
29:06C'est aux éditions Fayard.
29:08Merci d'être passé
29:09voir les Gilles.
29:09Merci Paul Melun.
29:10Merci beaucoup.
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