00:00Et à 7h41, on parle prix et on parle grande distribution accusée de marge excessive.
00:06C'est ce qui ressort d'un rapport parlementaire qui a été publié il y a quelques jours.
00:09Bonjour Nicolas Facon.
00:10Bonjour Apolline.
00:11Vous présidez l'ILEC, c'est l'Institut de liaison des entreprises de consommation.
00:15En gros, vous représentez une centaine de grandes entreprises de l'agroalimentaire,
00:19dont Danone, dont Lactalis, dont Nestlé, dont Erta.
00:21Et ce rapport parlementaire, après avoir interrogé tous les acteurs de la chaîne alimentaire,
00:29il dit que sur 100 euros d'achat alimentaire, il y a en réalité, outre les coûts,
00:35il y a finalement 8 euros qui vont aller aux agriculteurs, 14 aux industriels, c'est-à-dire vous,
00:40et 40 à la grande distribution.
00:43Ça renverse totalement l'idée qu'on s'en faisait.
00:46Oui, ce rapport est implacable, puisqu'il tire des conclusions.
00:50Il y a eu 6 mois d'audition, il y a eu des milliers de pages de documents qui ont
00:55été analysées,
00:56il y a eu plus de 70 auditions.
00:58Donc voilà, c'est un travail extrêmement solide.
01:00Et il est clair, finalement, il dit deux choses.
01:03À la fois, et c'est le titre du rapport, la guerre des prix est en train de détruire à
01:08la fois l'industrie et l'agriculture.
01:09Et deuxièmement, la guerre des prix, elle ne bénéficie pas tant que ça aux consommateurs.
01:13Alors ça, c'est très intéressant, parce qu'évidemment, il y a la fabrication du prix.
01:16Quand on parle de ces fameuses négociations commerciales, avec la fameuse deadline du 1er mars,
01:20nous, à la fin, consommateurs, on se dit, s'ils ont réussi à tenir l'inflation, tant mieux.
01:26Mais derrière, on découvre que ce sont des bras de fer, véritablement de prédateurs.
01:32On a presque l'impression que les agriculteurs, ou vous, les industriels qui êtes dans la pièce pour négocier,
01:37vous négociez avec un pistolet sur la tempe.
01:40Parce que ce qui est décrit dans ces pratiques, c'est que vous avez face à vous une grande distribution
01:44qui vous intimide, qui n'hésite pas à avoir des mesures de rétorsion,
01:48à vous menacer de déréférencement, c'est-à-dire à vous sortir des rayons,
01:53et qu'à la fin, vous êtes bien obligé de signer.
01:55Oui, c'est exactement ça.
01:56C'est-à-dire que comment est-ce qu'on fait cette guerre des prix ?
02:00La distribution, avec une énorme concentration, puisqu'il ne reste plus aujourd'hui que 4 enseignes
02:05qui se partagent 90% du marché.
02:08Et en face de ça, vous avez 25 000 entreprises.
02:10Donc le rapport de force, il est très déséquilibré.
02:13Et en plus de ce rapport de force très déséquilibré, vous avez des pratiques
02:16qui sont souvent du chantage économique, comme vous le disiez.
02:20C'est du chantage économique.
02:21Oui, le mot va faire hurler les représentants de la distribution, mais dans la réalité, c'est ça.
02:27C'est-à-dire que quand, en pleine négociation, on arrête du jour au lendemain les commandes
02:32et on met les usines à l'arrêt,
02:35oui, on exerce un chantage.
02:37Je suis désolé.
02:38Et que vous soyez gros, moyen ou petit,
02:41parce que ça touche en fait l'ensemble des industriels.
02:43Oui, parce que là, on parle de Erta ou Dallon,
02:45mais derrière, il y a des PME,
02:47il y a des entreprises dans la filière agroalimentaire française.
02:52Tout à fait.
02:53Et en fait, l'ensemble des auditions,
02:55quand vous regardez l'ensemble des représentants,
02:57que ce soit des PME, des entreprises intermédiaires ou des filiales de grands groupes,
03:01tout le monde a dit exactement la même chose,
03:02parce que tout le monde est confronté à ce problème-là.
03:03Donc, il y a un prix à la guerre des prix.
03:06Et ce prix-là, il est payé par l'industrie et l'agriculture en cascade.
03:11Et le consommateur, finalement, quand on regarde,
03:14ça c'est l'autre éclairage en fait du rapport.
03:16Oui, il y a des produits sur lesquels il y a très peu de marge de la distribution,
03:19mais il faut bien qu'elle se rattrape aussi.
03:21Une entreprise de distribution, il faut aussi qu'elle finisse par gagner de l'argent au bout du bout.
03:24Et donc, on a l'exemple des œufs, par exemple, une boîte d'œufs.
03:29Expliquez-nous, cette filière, vraiment la chaîne des œufs, comment on en arrive au prix ?
03:33Oui, alors c'est un des chiffres du rapport qui est extrêmement éclairant.
03:37Quand vous prenez une boîte de 6 œufs, quand on regarde la part du prix,
03:41si on considère que le prix de la boîte, c'est 100,
03:44il y a 6 qui reviennent à l'agriculteur,
03:46il y en a 24 qui reviennent en fait à l'industriel,
03:49et il y en a 64 qui reviennent à la distribution.
03:52Donc, on voit que cette répartition du prix...
03:5664% revient à la grande distribution sur le prix d'une boîte de 6 œufs ?
04:01Exactement.
04:02Donc, voilà, on a des prix sur lesquels la distribution ne marche pas du tout,
04:05et il y en a d'autres sur lesquels il y a des marques importantes.
04:06Alors là, c'est là que j'ai quand même, effectivement, le plus surprenant dans ce...
04:10On sentait bien que ce rapport de force était extrêmement violent,
04:16parce qu'honnêtement, ce qu'on lit dans ce rapport, c'est des rapports de force d'une très grande
04:20violence,
04:22mais on imaginait au moins que ça avait une vertu,
04:26c'était que les prix étaient bas pour le consommateur.
04:29En réalité, non.
04:30En fait, c'est ce que j'appelle, moi, la fable de Robin Desbois.
04:34C'est-à-dire qu'on nous explique depuis des années...
04:37Robin Desbois, ce serait qui ? Ce serait Michel-Édouard Leclerc ?
04:38Par exemple, mais c'est aussi le discours de l'ensemble des représentants de la distribution.
04:44Depuis 15 ans, on nous dit que la guerre des prix, c'est magnifique, c'est très bien pour le
04:47consommateur.
04:48Et finalement, on voit le riche pour donner aux pauvres.
04:50Le rapport montre de façon très éclairante que, d'abord, les riches ne sont pas si riches que ça,
04:55parce que malheureusement, l'industrie ne se porte pas bien.
04:58On peut revenir là-dessus.
04:59Et puis, quand on redonne tout aux pauvres, ce n'est pas tout à fait vrai, en fait.
05:03La filière alimentaire française, on parle beaucoup des agriculteurs,
05:08mais il y a les agriculteurs et il y a aussi toutes ces entreprises de charcuterie, de biscuiterie.
05:14Est-ce que ça, aujourd'hui, cette filière-là française, elle va mal ?
05:19Oui, elle va mal, parce qu'on va donner deux chiffres.
05:22C'est aujourd'hui la première industrie manufacturière de France.
05:25Donc, c'est un pôle très important, en fait, pour l'économie française.
05:29Et c'est la moins rentable de toute l'industrie.
05:31Ça, c'est le premier point.
05:31La deuxième chose, c'est quand on regarde la balance commerciale,
05:36donc entre ce qu'on importe et ce qu'on exporte,
05:39on est au plus bas depuis 25 ans, en fait.
05:41On est à 200 millions d'excédents.
05:43On était à 4 milliards l'année précédente.
05:46Donc, on a un effondrement depuis 25 ans.
05:47Qu'est-ce que veut dire cet effondrement ?
05:49Ça veut dire qu'on est de moins en moins compétitif.
05:51On est moins compétitif en France,
05:53puisque finalement, on importe quasiment plus maintenant que ce qu'on exporte.
05:57On est moins compétitif sur les marchés à l'Europe
05:59et on est moins compétitif au-delà de l'Europe.
06:02Pourquoi ?
06:03Parce que les entreprises n'ont plus les moyens d'investir dans leur outil industriel.
06:07Vous demandez quoi, une fois qu'il y a eu ce rapport ?
06:10Alors, j'ai envie de vous dire à deux interlocuteurs.
06:12Qu'est-ce que vous voulez dire à la grande distribution ?
06:15Michel-Édouard Leclerc, je le disais, sera mon invité à 8h30.
06:17Qu'est-ce que vous lui demandez là ?
06:21Et je vous interrogerai ensuite sur ce que vous demandez au gouvernement.
06:23Ce que je peux dire à Michel-Édouard
06:25et également aux autres représentants patrons de la grande distribution,
06:28c'est faites votre métier et votre métier est essentiel.
06:31Vous avez des grandes entreprises, vous avez des beaux magasins
06:34et on a besoin dans cette chaîne d'agriculteurs, d'industriels et de commerçants.
06:39Donc, il n'y a pas de débat, mais faites-le bien.
06:41C'est-à-dire que vous ne pouvez pas tout sacrifier.
06:44La faim ne justifie pas les moyens.
06:46On ne peut pas tout sacrifier au développement de son entreprise,
06:48au détriment de l'industrie, de l'agriculture
06:51et arrêter ces pratiques qui aujourd'hui sont illégales.
06:54Elles sont en train, encore une fois, de détruire le tissu industriel
06:57et finalement, c'est les Français qui en payent le prix.
07:00Donc, c'est ça, moi, le message que j'ai à faire passer.
07:02Et le gouvernement, la question que je me pose toujours,
07:05c'est comment ça se passe ailleurs, en Europe ?
07:07Comment ça se passe ?
07:08Est-ce que les rapports sont d'une même violence ?
07:11Il y a une tension, parce qu'il y a une tension économique
07:13et chaque acteur va jouer son rôle.
07:14Il n'y a pas de...
07:15Et c'est normal qu'il y ait de la tension entre les différentes...
07:19Oui, c'est de la négo.
07:20C'est de la négociation.
07:21Ça se fait rarement en s'envoyant des fleurs.
07:23Voilà, exactement.
07:25Mais la particularité de la France, c'est que c'est extrêmement brutal.
07:29Et encore une fois, on a des lois.
07:31Et c'est là où...
07:32C'est votre deuxième question vis-à-vis du gouvernement.
07:34On a des lois, mais elles ne sont pas appliquées.
07:36C'est-à-dire que ce dont on a parlé, ce chantage, en fait,
07:39à travers les baisses de commandes,
07:41à travers cette pression permanente,
07:45ça, c'est illégal.
07:46Donc, ce qu'on demande au gouvernement, c'est faisons appliquer les lois.
07:49Faisons appliquer les lois, j'ai envie de vous dire,
07:51ça pourrait être la conclusion d'à peu près tous mes invités
07:54dans quelques domaines que ce soit.
07:57Merci beaucoup, Nicolas Facon, d'avoir répondu à mes questions ce matin.
08:01Vous présidez l'ILEC, qui est l'Institut Liaison des entreprises de consommation.
08:04Vous regroupez une centaine de très grandes entreprises de l'agroalimentaire.
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