Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 11 heures
Retrouvez « Le grand portrait » de Sonia Devillers sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-9h10

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00France Inter
00:02La grande matinale
00:06Sonia de Villers
00:08Quand on descend d'une famille 100% juive polonaise
00:12arrivée en France avant la guerre
00:14et qu'on reçoit comme prénom Guillaume
00:16forcément on est chargé de s'assimiler
00:19et probablement de se faire discret
00:22Alors quand on devient le matinalier de France Culture
00:26j'imagine que d'un côté on désobéit
00:29parce qu'on se fait diablement remarquer
00:31mais que de l'autre on accomplit le rêve
00:34de plusieurs générations d'exilés
00:36on devient la voix de la France
00:38mieux la voix de la culture en France
00:42ça c'est fait donc
00:44Guillaume Erner peut maintenant faire le voyage à l'envers
00:47et dévoiler d'où il vient
00:48ça tombe bien les aléas de la ville
00:50ont fait retourner chez ses parents
00:52et ouvrir les placards
00:53ils sont pleins de vêtements
00:55et ces vêtements ont tous une histoire
00:57alors déplions-les
00:59ses manteaux, ses vestons, ses chemisiers, ses pantalons
01:02qu'il nous la raconte
01:04portrait numéro 120
01:07Bonjour Guillaume Erner
01:08Bonjour Sonia Devider
01:09ça sourit, ça sourit, ça sourit
01:11la voix de la France
01:12ça va, ça vous va ?
01:14Vous en êtes une autre !
01:16Guillaume Erner sur France Inter
01:18donc bonjour Guillaume
01:20qui a raconté dans un livre précédent très sérieux
01:24ce qui fait de lui un juif obsédé par les juifs
01:27par leur histoire, par leur survie, par leur destin
01:29maintenant il publie un livre très drôle
01:31parce que moi je me suis bien marrée à lire ça
01:33dans lequel, donc le précédent c'était judéo-obsession
01:36et celui-ci s'intitule
01:37« schmates », entre parenthèses
01:39« fringue », virgule, en yiddish
01:41« fermer la parenthèse », c'est chez Flammarion
01:43comme judéo-obsession d'ailleurs
01:45c'était chez Flammarion
01:46quelle place a le yiddish dans votre vie
01:50et dans votre histoire ?
01:51C'était tout simplement la langue maternelle de mes parents
01:55et quasiment la seule langue que parlait
01:58par exemple mon grand-père paternel
02:01c'est une langue qui a été parlée par les juifs en Europe de l'Est
02:06ça n'est pas une langue morte
02:07c'est une langue de gens qui sont morts
02:09et c'est cela en fait qui la rend singulière
02:11et j'ai voulu effectivement rendre justice à cette langue
02:16et aussi à ce monde
02:17vous parliez il y a quelques instants de la Nouvelle-France
02:20moi je voulais parler de l'ancienne France
02:22et montrer que les juifs ont apporté quelque chose
02:26y compris sur le plan vestimentaire à la France
02:29parce que ce sont eux qui ont fait vivre
02:31un quartier qui a été un quartier formidable
02:34dans lequel j'ai travaillé pendant 13 ans
02:37le quartier du Sentier à Paris
02:39Quand on vous parle du Sentier, ça évoque quoi pour vous ?
02:42Plein de monde qui grouille un peu partout
02:44des chariots qui passent un peu à droite à gauche
02:46On a vraiment ici la palette
02:51de toutes les dimensions du métier
02:52ça représente des articles branchés à la mode
02:56relativement pas trop cher
02:57ça remue, on sent qu'il y a la vie
03:03Une vie et une tradition qui remontent à plus de deux siècles
03:06sous Louis-Philippe, ce quartier abritait déjà les marchands de nouveautés
03:09chaque semaine, les boutiquiers des grands magasins
03:11y achetaient de quoi renouveler leurs stocks
03:13Le 19e siècle marque l'avènement de la confection
03:16et dans les années 60, des inconnus sans dessous donnent l'essence au prêt-à-porter
03:20Ça a beaucoup changé ce quartier ?
03:22Énormément
03:22parce que dans le temps, tout le gros s'est passé dans les appartements
03:27et puis après la guerre, c'est descendu dans la rue
03:31Il n'est pas formidable
03:32Ah il est formidable, il a vraiment l'accent de mes autres grands-parents
03:36Ben voilà, c'était ce monde-là dans lequel j'ai travaillé
03:38un monde formidable qui a inventé le prêt-à-porter dans les années 70
03:43Des marques comme Naf Naf dans les années 80
03:46Koukai, Morgane
03:48Moi, j'ai eu la chance de travailler à la City
03:50La City habille les femmes nues
03:51Vous savez peut-être des vêtements de la City, Sonia ?
03:54Non, je n'étais pas une executive woman
03:56Non, mais il y avait aussi des débardeurs, des tops
04:00On va y revenir
04:01Mais ce qui est intéressant dans le sentier
04:04c'est que c'est un lieu des minorités
04:05et c'est ce que vous racontez très bien dans ce livre
04:08un lieu des minorités qui se rencontrent
04:11qui se mélangent dans ce travail
04:13et dans ce devoir d'assimilation en France
04:15Lorsque j'ai commencé à travailler au sentier
04:18j'étais le seul à avoir le bac
04:19et c'était effectivement un monde
04:22où quand vous ne savez pas ce que vous pouvez faire
04:25quand vous n'avez pas de diplôme
04:26je peux vous mettre à la machine à coudre
04:28Moi-même, j'ai réussi à matelasser du tissu
04:30vous savez, on matelasse le tissu avant de le couper
04:32et donc il faut que vous soyez un peu concentré
04:35et vous arrivez à le faire
04:36et c'était un merveilleux métier
04:37parce qu'il y avait toutes les nationalités
04:39toutes les religions
04:40et tout ce monde
04:42Des Turcs, des Arméniens
04:43Des Arméniens
04:45et évidemment également
04:47beaucoup de Pakistanais
04:48et il y avait des Juifs
04:50des Musulmans
04:51des Chrétiens
04:52bref
04:52Et pendant longtemps
04:53c'était un stigmate
04:54dites-vous
04:55de venir du sentier
04:56Le sentier était effectivement
04:59le stigmate de ceux qui avaient gagné de l'argent rapidement
05:03qui le dépensaient sans compter
05:06qui le décompensaient aussi parfois sans en avoir
05:08parce qu'il faut dire les choses
05:11qui avaient un certain mauvais goût
05:12et moi je pense qu'il faut rendre hommage au mauvais goût
05:14notamment au mauvais goût vestimentaire
05:16parce qu'il a beaucoup fait pour la France et l'humanité
05:20et c'est ce que j'essaye de faire
05:21Vous êtes un apôtre de la basse couture
05:23Je suis un apôtre de la basse couture
05:25J'ai beaucoup défilé pour la basse couture
05:28et je pense qu'il faut continuer à le faire
05:29Et vous dites que vous avez une forme de fierté
05:32à avoir contribué à instaurer le mauvais goût en France
05:34Mais oui parce que regardez
05:36cette basse couture elle existe toujours
05:37mais maintenant elle est chinoise
05:39et donc elle ne fait plus travailler des français
05:41et donc je pense que nous on avait inventé ça
05:44et c'est la raison pour laquelle
05:46ce mauvais goût là
05:48il doit être défendu
05:49et on doit s'en souvenir
05:51Évidemment quand on ouvre les placards chez ses parents
05:54il y a des vêtements qui en sortent
05:57il y a aussi ce que vous appelez les dix books
05:59Les dix books ce sont ces esprits
06:01pas mauvais mais vous voyez les fantômes qui nous entourent
06:04et j'imagine que nous sommes beaucoup à parler aux morts
06:08les juifs ashkénazes ont beaucoup de morts
06:10donc nous on habitait dans un appartement
06:12qui était extrêmement rempli
06:14ils étaient là parce qu'on les avait perdus pendant la guerre
06:18tout s'était ailleurs et c'est pour cela que je me suis rendu compte
06:21finalement que j'étais la xième génération
06:24je dis xième parce qu'on n'a pas d'armes généalogiques
06:26on ne sait pas ce qu'ils faisaient avant
06:27mais en tout cas les grands-parents
06:28les arrière-grands-parents
06:29eux ils étaient ailleurs
06:30et cette spécialisation là des juifs
06:34elle fait que vous connaissez la mode
06:37vous savez la plupart des choses
06:38que vous apprenez ne s'enseignent pas
06:40vous les connaissez comme cela de manière intuitive
06:42et moi c'est vrai que je suis né dans la mode
06:45je suis né avec une mère qui faisait des modèles
06:47elle était styliste
06:48qui m'emmenait dans les magasins
06:49parce qu'elle s'inspirait
06:51qui touchait les textiles
06:53parce que c'est très important de toucher les textiles
06:55mes grands-parents me regardaient
06:58et me disaient que ma couture n'était jamais droite
07:00d'ailleurs votre pull
07:00il a quand même une couture bizarre
07:02ce nien
07:03je voudrais que vous racontiez Elbertex
07:06Elbertex c'était donc le magasin de mes parents
07:09mes parents étaient fabricants
07:11ils fabriquaient des beaux manteaux en laine
07:14pour habiller la France des Trente Glorieuses
07:17pour habiller des gens qui en voulaient pour leur argent
07:19mais vous avez grandi dans ce magasin
07:21j'ai grandi dans ce magasin
07:23j'ai grandi en faisant des boutons
07:23toutes les grandes personnes autour de vous
07:25travaillaient dans ce magasin
07:27les manteaux étaient étalés sur le plan de travail
07:30ah non pas étalés
07:31ils étaient rangés soigneusement
07:33et vous n'aviez pas le droit de pousser
07:34emballés dans du papier de soie
07:35dans du papier de soie ?
07:36et oui dans du papier de soie
07:37je faisais des boutons
07:38vous savez vous prenez des coquilles en métal
07:41vous découpez des rondelles de tissu
07:43et avec une sorte de machine pressoire
07:45vous fabriquez des boutons
07:46c'est ce que j'ai fait pendant ma jeunesse
07:49et c'est ce monde là qui m'a constitué
07:51qui était un monde très étonnant
07:53fait de commerçants
07:54de commerçants qui lisaient
07:55qui lisaient beaucoup
07:56mais de commerçants malgré tout
07:58de commerçants très idéologisés
08:01très à gauche
08:02c'était un monde qui vendait l'humanité dimanche
08:06et c'est vraiment intéressant
08:06parce que vous en faites aussi
08:08une sorte de laboratoire du capitalisme
08:10le sentier
08:11une sorte d'économie en circuit court
08:14c'est toute la contradiction de ces juifs là
08:17car comme le disait l'économiste Milton Friedman
08:20aucun peuple n'a autant profité du capitalisme
08:23que les juifs
08:23et aucun peuple ne l'a autant critiqué
08:26et c'est cela en fait
08:28le sentier
08:29vous êtes juste de communiste
08:30de juif communiste
08:31je suis évidemment enfant de juif communiste
08:34très communiste
08:36je les ai vus effectivement
08:38faire du commerce
08:40et inventer un certain nombre de choses
08:42par exemple les marques
08:43c'est très facile d'être une marque haute couture
08:45vous appelez Christian Dior
08:46l'an 20 mai
08:47quand vous décidez de vous appeler
08:49Nafnaf, Koukai, Morgane
08:50qu'est-ce que vous inventez ?
08:51il n'y a pas de créateur derrière
08:53il n'y a même parfois
08:54il faut le dire
08:54pas forcément de style
08:56et donc la marque est aujourd'hui centrale
08:58dans le capitalisme
08:58et dans la société de consommation
09:00on adore des fétiches
09:01qui s'appellent des marques
09:02et je pense que la mode
09:04et notamment la mode basse couture
09:06a largement contribué
09:07à inventer ces marques
09:09et c'est ce que vous racontez
09:09dans Schmattès
09:10c'est la naissance
09:11dans les années 80
09:12puis dans les années 90
09:14où ça a littéralement explosé
09:17de cette mécanique-là
09:18c'était un formidable bouillonnement
09:21la mode dans les années 90
09:23c'était comme travailler
09:24en philosophie au siècle de Périclès
09:26c'était quelque chose de fondamental
09:29c'était quelque chose
09:30qui vous constituait
09:32parce que les tendances
09:33étaient partout
09:33et on les voyait se diffuser
09:35hors de la mode
09:36aujourd'hui c'est une évidence
09:36si je vous dis que votre téléphone
09:38est tendance
09:38vous le comprenez bien
09:39à l'époque
09:40on a construit
09:41je dis nous
09:42ceux du sentier
09:43la méthode
09:44de gens qui ont fait des empires
09:46Zara et H&M
09:47parce qu'ils n'étaient plus construits
09:48ils avaient plus de méthodes
09:50que nous
09:50nous on était un peu bordéliques
09:51eux
09:52ils savaient faire
09:53et Zara et H&M
09:55aujourd'hui
09:55sont confrontés à Chine
09:56quand vous dites
09:57nous
09:57nous c'est qui
09:59parce que forcément
10:00vous nous donnez un cours
10:02écoutez
10:03au sentier
10:04il y avait des métiers
10:05qui n'existent plus aujourd'hui
10:07il y avait Mike
10:07qui vendait des coupons
10:08c'est à dire
10:09quand il vous restait du tissu
10:10là je vous passe du Enrico Macias
10:11c'est aussi une histoire
10:16d'un petit achkénase
10:17de la rencontre
10:18des achkénases
10:19et des séfarades
10:20c'est ça aussi le sentier
10:22absolument
10:22ce sont les juifs
10:24originaires de l'Europe de l'Est
10:25qui était au début
10:26largement majoritaire
10:27et puis les années 60
10:28ils voient débarquer
10:29les séfarades
10:29ce sont des juifs
10:30qui ne connaissent pas
10:31qui sont heureux
10:32c'est parce que vous êtes
10:33achkénase
10:33que vous n'écoutez pas
10:34Enrico Macias
10:35mais moi j'aime beaucoup
10:37Enrico Macias
10:39j'aime beaucoup
10:40Enrico Macias
10:40normalement vous devez
10:41l'avoir dans la tête
10:42toute la journée Guillaume
10:45je vais chanter
10:46le mendiant de l'amour
10:46mais seulement après
10:48si vous le chantez avec moi
10:49avec plaisir
10:50avec plaisir
10:51donc c'est quand même
10:52le choc dans la famille Erner
10:54le petit Erner
10:56qui s'acoquine
10:56avec les juifs algériens
10:57oui algériens
10:59marocains
10:59tunisiens
11:00parce qu'on découvre
11:01que finalement
11:02on n'est pas obligé
11:03d'être triste
11:03quand on est juif
11:04on n'est pas obligé
11:05de vouloir raser les murs
11:06chez moi on rasait les murs
11:07on essayait de ne pas
11:08se faire remarquer
11:09les juifs séfarades
11:11m'apprennent tout autre chose
11:12au contraire
11:12à se faire remarquer
11:14à montrer qu'on peut être heureux
11:15alors même qu'eux aussi
11:16ont vécu un traumatisme
11:17puisque les juifs algériens
11:19par exemple
11:19ont dû quitter l'Algérie
11:20c'était la valise
11:21ou le cercueil
11:22aujourd'hui
11:23il y a quand même
11:23un phénomène
11:24qui passe complètement inaperçu
11:25et qui est essentiel
11:26il n'y a plus de juifs
11:28dans le monde arabe
11:29et ça c'est quelque chose
11:30qui mérite d'être noté
11:31parce que c'est une culture minère
11:32il y avait des juifs
11:33avant la religion musulmane
11:35là-bas bien sûr
11:35et donc aujourd'hui
11:37il n'y en a plus
11:37ces gens-là sont venus en France
11:39avec un traumatisme
11:40parfois très mal accueilli
11:41et je pense qu'aujourd'hui
11:44il faut là aussi
11:44leur rendre hommage
11:45et comprendre
11:46qu'il y a eu un choc inouï
11:48sonien
11:48parce que c'est l'arrivée
11:49donc des juifs de l'Est
11:50qui sortaient des Stettel
11:52autrement dit
11:52des communautés de base
11:53de l'Europe de l'Est
11:55et qui arrivaient
11:56dans la modernité
11:57et puis ces juifs
11:59algériens
11:59tunisiens
12:00marocains
12:00on a des photos par exemple
12:01de ces communautés
12:03dans les années 50
12:04on voit qu'ils vivaient
12:05comme les autochtones
12:07autrement dit
12:08ils vivaient comme des musulmans
12:09et ils se retrouvent
12:09soudainement à Paris
12:10où il fait froid
12:11il pleut
12:11et où il faut
12:13réussir à vivre
12:14alors
12:14grandeur et décadence
12:16de la City
12:16la City c'est une marque
12:18qu'on a plus ou moins
12:19oubliée
12:20comment ?
12:21mais oui si
12:22la City habillait
12:23les femmes nues
12:24voilà
12:24slogan à la fois génial
12:26et en même temps
12:27dévastateur
12:27c'est à dire que
12:28le problème de ce slogan
12:30pourquoi ?
12:30parce qu'on s'est retrouvé à poil ?
12:31oui vous vous êtes retrouvé
12:32totalement à poil
12:33c'était prophétique
12:34mais c'est surtout
12:34que là où
12:36Nafnaf Kukaï
12:37et tous les autres
12:37montraient des vêtements
12:38dans leur publicité
12:39des vêtements pas chers
12:40malins
12:41et qui faisaient envie
12:41à tout le monde
12:42vous vous étiez obligé
12:43de montrer des femmes nues
12:44voilà
12:45pas que elles étaient aussi habillées
12:46mais c'était un slogan
12:47de boomer
12:47parce que
12:48voilà on était
12:49des boomers
12:49non mais c'était aussi
12:50l'allégorie de la femme
12:51qui ouvre son placard
12:52qui est bourrée à craquer
12:53mais qui pense qu'elle a rien à mettre
12:54voilà
12:54bon résultat
12:55vous avez fini
12:56par montrer
12:57par n'avoir rien à se mettre
13:00par montrer une femme
13:01vraiment nue à quatre pattes
13:02sur une pelouse
13:03face à un mouton
13:04ça a fait scandale
13:05et ça a sérieusement
13:06entaché l'histoire
13:07de cette marque
13:08cette marque
13:09elle était là pour habiller
13:10les jeunes femmes
13:11qui sortaient d'école de commerce
13:12et qui allaient bosser
13:13en gros
13:13c'était à peu près ça
13:14lorsque vous commenciez à bosser
13:15vous aviez besoin
13:16d'acheter un, deux tailleurs
13:18vous alliez chez la City
13:19on vous les offrait pas cher
13:21vous savez
13:21avec classique
13:22avec un petit twist
13:23c'est à dire juste
13:25une petite pointe d'originalité
13:26qui vous permet
13:27d'aller au bureau
13:28en n'étant pas habillé
13:28comme tout le monde
13:29et on avait effectivement
13:31cette patte là
13:32cet espace là
13:33ça marchait très très bien
13:35et
13:35très très bien
13:36ça marchait très très bien
13:37et il y a eu jusqu'à 700 personnes
13:39j'ai démarré
13:41tout en bas de l'échelle
13:41dans une petite boutique
13:42en bas de l'échelle
13:43une boutique de 50 mètres carrés
13:45et ça s'est terminé
13:46il y avait 700 salariés
13:47j'étais directeur du développement
13:48ça s'est mal terminé néanmoins
13:51parce que
13:51à la fin
13:52des années 90
13:54il y a eu un petit problème
13:55qui s'appelait Zara
13:56c'est à dire que
13:56ces gens là
13:57qui étaient espagnols
13:58sont venus nous donner des leçons
13:59et ils ont fait
14:00il faut le dire
14:02mieux et moins cher
14:03que nous
14:03en tout cas mieux
14:04c'est certain
14:05ils ont fait
14:06de la mode
14:07de la mode portable
14:08pas forcément
14:09de la mode
14:10pour aller en boîte de nuit
14:11comme le faisaient souvent
14:12Koukaï et Morgane
14:13de la mode qui
14:14allait
14:15même lorsqu'on avait dépassé
14:16les 25-30 ans
14:18et c'est cela en fait
14:19la grande force
14:20de Zara
14:21et là effectivement
14:22on a eu du mal
14:24à continuer
14:25à faire les salaires
14:26et progressivement
14:28la boîte a commencé
14:29à prendre l'eau
14:30ça a été un peu
14:30le Titanic
14:31et ça a fini
14:32effectivement
14:32par une faillite
14:33Sonia
14:33retentissante
14:34faillite
14:36on devait 250 millions
14:38aux gens
14:39les gens ne sont pas contents
14:40quand vous leur devez
14:40autant d'argent
14:42mais on a eu
14:43une petite chance
14:44dans notre malheur
14:45une grande malchance
14:47pour l'humanité
14:47c'est que
14:48cette faillite
14:49elle est intervenue
14:50en septembre 2001
14:52et le 11 septembre
14:53il y a eu un événement important
14:53je me souviens plus
14:54ce que c'était
14:54mais celui-ci a fait
14:56plus de bruit
14:56que la faillite
14:57d'une entreprise
14:57c'est ça
14:58d'ailleurs c'est pas si facile
14:59que ça de retrouver
14:59des archives
15:00sur la faillite
15:01de la City
15:01j'en ai pas trouvé
15:02qu'est-ce que c'est
15:03que la cavalerie ?
15:04la cavalerie
15:05ça n'est pas
15:06un sport hippie
15:07contrairement à ce qu'on peut croire
15:09c'est l'art
15:09de tondre les oeufs
15:11ce nia
15:12tondre les oeufs
15:13ça consiste à fabriquer
15:14de l'argent
15:14pas faire des faux billets
15:15mais à faire en sorte
15:17que la banque
15:17vous prête plus
15:18que vous n'allez pouvoir
15:19rembourser
15:20alors c'est un petit problème
15:21parce qu'il y a un moment
15:22où ça finit par se voir
15:23donc vous jonglez
15:24avec votre trésorerie
15:26vous jonglez
15:27pour rembourser
15:29des sommes
15:30avant que la banque
15:31ne les réclame
15:32mais il y a un moment
15:33où vous ne pouvez pas faire
15:34vous avez fait de la cavalerie
15:35je ne m'en souviens plus
15:37mais vous avez peut-être raison
15:37j'ai dû faire des choses comme ça
15:39vous vous êtes quand même
15:40retrouvé face à un juge
15:42accompagné par un immense avocat
15:44qui est mort aujourd'hui
15:44qui s'appelle Hervé Temim
15:46d'ailleurs à l'époque
15:46vous n'aviez pas un rond
15:47pour pouvoir vous le payer
15:48tellement tout le monde
15:49voulait vous pendre
15:50haut et court
15:51puisque vous deviez
15:52de l'argent à la terre entière
15:53et le fameux Hervé Temim
15:55dit à la juge
15:56non madame
15:57la cavalerie ce n'est pas du vol
15:59c'est de la respiration artificielle
16:00c'est la tentative désespérée
16:02d'un commerçant
16:03pour rester en vie
16:04vous appelez ça du vol
16:05parce que vous êtes assise
16:06du côté du créancier
16:07mais si vous étiez du côté
16:08du débiteur
16:09vous appelleriez ça
16:11du courage
16:12Ben oui parce qu'en fait
16:13qui vous en veut
16:15dans ces moments-là
16:15ce sont les banques
16:16puisque ce sont les banques
16:17que vous lésez
16:18la société générale
16:19la BNP
16:20et donc effectivement
16:22Temim à qui je dois
16:24une immense dette
16:27et qui m'a défendu
16:29gratuitement
16:30c'était mon avocat
16:31depuis longtemps
16:32mais à l'époque
16:33je n'avais plus un rond
16:33donc je ne pouvais pas le payer
16:34et bien cet homme
16:35a accepté de me défendre
16:37gratuitement
16:37et a fait en sorte
16:38que je puisse être
16:40devant vous
16:40comme un homme libre
16:41parce que bon
16:43il n'y a pas eu
16:44enfin bref
16:45il faut lire le livre
16:45mais ce qui est certain
16:47c'est que
16:48cette situation
16:49était compliquée
16:50parce que vous auriez pu dire aussi
16:51que j'avais plus de scooters
16:52plus de téléphones portables
16:53plus rien
16:53plus de voitures
16:54plus de petites amies
16:55et voilà
16:56donc c'était effectivement
16:58un mauvais passage
17:00moi je ne sais pas
17:01chers amis
17:01mais je pense que vous n'écouterez
17:02plus jamais France Culture
17:04de la même manière
17:05merci Guillaume Hermère
17:06merci beaucoup Sonia
17:07d'avoir changé de studio
17:08d'avoir changé d'étage
17:09pour venir nous raconter
17:11c'est pas un studio ici
17:11c'est un loft
17:12j'ai jamais vu quelque chose
17:13d'aussi grand
17:13on pourrait peut-être faire
17:14une boutique non
17:15au fond
17:19je m'attesse donc
17:20pareil aux éditions
17:23flammarion
17:24merci Guillaume
17:25merci beaucoup Sonia
Commentaires

Recommandations