- il y a 9 minutes
Pierre Assouline, historien, éditeur, journaliste et auteur de “Tenez bon. Comment des livres nous donnent de l'espoir” (Robert Laffont), dans le Grand portrait.
Retrouvez "Le grand portrait" de Sonia Devillers sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-17-mars-2026-2105954
Retrouvez "Le grand portrait" de Sonia Devillers sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-17-mars-2026-2105954
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00France Inter
00:03La Grande Matinale
00:07Sonia de Villers
00:09Pierre Assouline, écrivain réputé, épris d'histoire et de biographie, publie Tenez Bon.
00:17Un drôle de petit livre où l'on n'apprend que vivre est un sport de combat.
00:21Ça commence par une effroyable tempête de neige
00:24et ça finit par un vibrant appel à faire que nos vies cessent d'épouser la forme de nos renoncements.
00:32Sous couvert de convoquer les livres qui ont compté pour lui,
00:35Assouline célèbre les femmes et les hommes qui ont tenu face à l'adversité.
00:40Ces gens qui n'ont pas seulement résisté, mais qui ont fait preuve aussi d'une absolue dignité.
00:46Mais pourquoi, pourquoi Pierre Assouline voit-il la vie comme un danger
00:51face auquel il faut se tenir droit ? Portrait numéro 107.
00:58Bonjour Pierre Assouline.
00:59Bonjour Sonia.
01:00Ça vous fait sourire, mais pourquoi, pourquoi Pierre Assouline ?
01:04Je me le demande.
01:05Vous aussi, vous vous le demandez ?
01:06On va essayer de...
01:08Tiens bon maman, tiens bon maman.
01:10C'est cette phrase en exergue du livre.
01:12Tiens bon maman.
01:14P.A.
01:14P.A. c'est vous ?
01:15C'est moi, oui bien sûr.
01:17Tiens bon maman.
01:17Ben oui, elle va avoir 96 ans et donc ce n'est pas facile à cet âge, même si elle
01:23tient bon.
01:24C'est ça que vous dites à votre mère ?
01:26Oui.
01:26Parce qu'elle est encore là ?
01:28Elle est encore là, je la vois tous les jours, je vais la voir tout à l'heure, à déjeuner.
01:32Et oui, la première chose qu'elle a dite dans sa réaction à ce livre, elle m'a dit
01:39« Le titre me suffit ».
01:41Ben c'est magnifique.
01:43Et parce qu'elle a du mal à lire, parce que voilà, à cet âge, on a du mal pour
01:47beaucoup
01:47de choses, alors qu'elle est très vaillante et tout.
01:50Mais elle m'a dit « Voilà, c'est un titre magnifique, il me suffit, il me va et je
01:56m'en
01:56servirai. »
01:58A l'hiver 1995, vous êtes donc en vacances en Suisse, vous êtes partie skier.
02:03Il se trouve que c'est à Cran-Montana qui depuis a été le lieu d'une effroyable
02:07tragédie, mais au moment où vous écrivez ce livre et où vous vivez cette histoire,
02:10c'était bien avant, vous êtes en vacances, voilà, vous êtes un très bon skieur, vous
02:16êtes un bon skieur, vous êtes un skieur !
02:18Je suis un skieur tout court et de ski de fond, j'aime le ski de fond, j'adore ça.
02:25Et voilà, je vais comme tous les matins, alors non pas dans Cran-Montana même, mais tout
02:31en haut, c'est-à-dire à 3000 mètres, où il y a un glacier avec un lac gelé et
02:37une
02:37piste de ski de fond de 18 kilomètres autour du lac gelé.
02:41Ce lieu porte un nom ?
02:43Eh oui, prédestiné.
02:44Prédestiné.
02:44Si je puis dire.
02:45La pleine morte.
02:45Pleine morte.
02:46La pleine morte à laquelle vous avez survécu.
02:48C'est-à-dire qu'en principe, on survit sans problème, là-haut, tout se passe bien
02:53et il faisait beau ce jour-là, comme aujourd'hui à Paris ou sur une grande partie de la France,
02:58un ciel bleu magnifique, tout ça.
03:00Bon, c'était il y a un certain nombre d'années, donc il n'y avait pas de téléphone portable
03:05et il n'y avait pas les appareils météo très sophistiqués qu'il y a aujourd'hui
03:10là-haut.
03:11Et donc, tout s'annonçait bien et puis tout d'un coup, je vois quelques nuages, mais
03:16enfin, c'est rien des nuages.
03:18Il faisait un temps magnifique, on skiait en t-shirt.
03:20Et puis, dans quelques minutes, je me suis rendu compte que la nature me jouait un tour
03:27parce que tout d'un coup, la plupart des skieurs avaient disparu.
03:31Parce qu'on skie sur des traces au ski de fond.
03:34Et tout s'est assombri.
03:36Et deux ou trois minutes plus tard, on ne voyait plus rien et il n'y avait plus personne.
03:41Et là, je me suis retrouvé dans le paradis blanc chanté par Michel Berger, sauf que dans
03:48ces moments-là, on ne sait plus où est la gauche, où est la droite, il n'y a plus
03:52de points cardinaux, il n'y a plus rien.
03:53Plus rien.
03:54Vous êtes pris dans une tempête de neige, une tempête de neige où l'on peut mourir.
04:01Et surtout qui peut durer 24 heures parce que là-bas, ça dure en général un ou deux
04:05jours.
04:05Et dans les derniers instants où il vous reste un tout petit peu de visibilité, vous
04:10dites, je n'imaginais pas que ce blanc à l'infini puisse être une image de la terreur.
04:16Oui, parce que le blanc, c'est la pureté.
04:19Ma référence dans mes rêves de blanc, c'est Tintin au Tibet, on l'appelle l'album blanc
04:26aussi, il n'y a pas que les Beatles, parce que la couverture est blanche et c'est sur
04:30l'amitié et c'est la pureté.
04:33Hergé était en train de la rechercher à ce moment-là et beaucoup de choses m'ont
04:37assailli parce que que faire ? Que faire ? Je n'avais pas quand même passé un jour ou deux
04:42là, et surtout la nuit. Et ça a duré plusieurs heures. Et puis finalement, j'ai vu un point
04:49noir quelque part, tout au bout. Et je me suis dit, il n'y a plus que ça. Et il
04:55m'est
04:55revenu déjà un verre de René Char qui disait, nous avançons vers l'inconnu, mais avec
05:04des repères éblouissants. Je me suis dit, voilà mon repère éblouissant. Sauf que plus
05:08j'avançais vers lui, plus il reculait, comme dans les mirages. Et surtout, j'avais
05:14simplement conscience que pour atteindre ce point noir très très loin, il fallait
05:18passer, traverser le lac Gelé. Et traverser un lac, ce n'est pas dans mes habitudes. Je
05:24ne marche pas sur les eaux, même si elles sont glacées. Et donc, j'y suis allé parce
05:29qu'il n'y avait pas le choix. Et il n'y avait pas de référence et qu'il n
05:34'y
05:34plus personne, bien entendu. Alors, il y a ces repères géographiques, ces repères
05:39visuels, ceux qui vont vous sauver la vie. Et puis, il y a, comment dire, des repères
05:46mémoriels, des repères éthiques, des repères littéraires, des repères moraux. Ce sont
05:51ceux auxquels vous consacrez ce livre. C'est ce qui, comment dire, c'est ce qui vous fait
05:56tenir bon. Écoutez-la.
05:58De temps en temps, la chèvre de M. Seguin regardait les étoiles danser dans le ciel
06:02clair. Et elle se disait, oh, pourvu que je tienne jusqu'à l'aube. L'une après
06:07l'autre, les étoiles s'éténirent. Blanquette redoubla de coups de corne, le loup de coups
06:13de dents. Une lueur pâle parut dans l'horizon. Enfin, dit la pauvre bête, qui n'attendait
06:20plus que le jour pour mourir. Et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche, toute
06:26tâchée de sang. Alors, le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea.
06:37Pierre Assouline. Pierre Assouline, comment des livres nous donnent l'espoir ? J'ouvre
06:42votre livre et je ne m'attendais pas à ce que le premier d'entre eux fût la chèvre
06:46de M. Seguin.
06:48Oui, et cette phrase, mon Dieu, pourvu que je tienne jusqu'à l'aube, elle m'a permis
06:53de tenir, non pas jusqu'à l'aube, parce que je crois que je n'aurais pas pu, mais
06:57de tenir plusieurs heures, je ne sais même pas combien de temps, ça m'est revenu, comme
07:01tout le monde. Je n'ai pas lu, mais entendu, écouté la chèvre de M. Seguin dans mon
07:06enfance et c'est remonté. C'est remonté avec d'autres livres. Enfin, il y a un certain
07:14nombre de choses qui sont remontées. Vous savez, quand on pense qu'on va, que c'est, comme
07:19disait Maurice Blanchot dans « L'instant de ma mort », eh bien, quand on a conscience
07:24de ça, on voit défiler toute sa vie, mais à travers des reflets. Et chez moi, les reflets
07:30sont souvent littéraires. C'est des images, des photographies, des tableaux.
07:35Et la chèvre de M. Seguin, ce n'est pas un livre de chevet, c'est une phrase de chevet,
07:40pourvu qu'elle tienne.
07:41Oui, parce que ce que je dis dans ce livre, tenez bon, c'est que les livres m'ont aidé
07:46et ont aidé d'autres. Mais il ne faut pas se braquer sur, d'abord, toute l'œuvre
07:52d'un auteur, ni même sur tout un livre. Si on retient parfois une page, parfois un
07:58paragraphe, parfois une phrase, mais même parfois un mot dans une phrase, ça peut sauver
08:03une vie. Et moi, ça a été mon cas, parce que je suis comme tout le monde, dans notre
08:09vie, on a parfois risqué de passer de vie à trépas pour quelque chose de domestique,
08:17d'anodin. Mais ça a suffi. C'est comme une glissade dans la vie, finalement.
08:23Et ces deux grands personnages, qui sont vos amers, presque, qui sont vos repères,
08:30qui sont la chèvre de M. Seguin et Job.
08:34Pardon, vous avez dit vos amers. Qu'est-ce que c'est ?
08:36Une amère, c'est quand on est en mer et que le marin voit à terre un repère visuel
08:43qui lui permet de se repérer dans le brouillard.
08:47C'est un terme de marine.
08:48Oui, c'est un terme de marine.
08:49Je ne connaissais pas.
08:50Alors, si moi, j'apprends des mots à Pierre Assouline.
08:53Alors, le livre de Job, parce qu'il y a le livre de la chèvre de Seguin et il y
08:56a
08:56le livre de Job, qui vous tient.
08:58Qui me tient, parce que Job, pour moi, c'est le premier résistant de l'histoire de l'humanité.
09:06Alors, la chèvre de M. Seguin, on la connaît tous. Job, on ne le connaît pas tous.
09:10Job, c'est le livre de Job dans la Bible. Job, c'est l'homme qui ose tenir tête à
09:19l'éternel.
09:19C'est quand même gonflé. Il lui tient tête parce qu'il l'interpelle et il lui réclame
09:26des comptes. Il ne sait pas que le Satan est juste à côté de l'éternel et qu'il
09:32essaye de le tester, de le mettre à l'épreuve.
09:34Job, c'était le croyant parfait.
09:35C'est l'homme parfait parce que...
09:37C'est l'homme exemplaire.
09:38Exemplaire en toute chose. Et progressivement, il perd sa femme qui le bannit. Il perd ses
09:45enfants. Il perd sa récolte. Et puis ses amis le bannissent du village.
09:51Dieu et le diable le mettent à l'épreuve.
09:54Il est mis à l'épreuve, mais il ne le sait pas. Eh bien, il tient bon. Il continue
09:58à interpeller l'éternel, même quand l'éternel lui dit « Mais tu es qui ? » pour oser
10:03me réclamer des comptes à moi. Qu'est-ce que tu faisais quand j'ai créé le monde ? Tu
10:09étais qui exactement ? Tu faisais quoi ? Et il continue à résister. Il tient bon.
10:15Et ça, pour moi, c'est un exemple qui m'habite depuis très longtemps. Parce que ce que j'ignorais,
10:20mais que j'ai découvert en écrivant un livre sur Job il y a longtemps, c'est que la référence
10:27à Job, elle est dans le Kaddish. La prière des morts, comme on dit, qui est une prière
10:33en fait de louange à Dieu. Eh bien, j'ai entendu et répété le Kaddish quand j'avais 16 ans.
10:40Et j'avais ça en moi, mais je l'ignorais. Il a fallu des années et des années écrire
10:45sur Job pour le comprendre. Vous savez, un écrivain ne comprend ce qui lui arrive que
10:52lorsqu'il l'écrit.
10:55L'écrivain que vous êtes a consacré beaucoup, beaucoup, beaucoup de livres à d'autres
11:01vies que la vôtre. Ce sont vos biographies, cette famille de papiers dont vous parlez.
11:07On écoute la voix de Marcel Dassault, l'avionneur, l'inventeur du Mirage.
11:10Eh bien, Mirage, c'est évidemment un nom qu'il fallait trouver parce qu'il fallait
11:17en trouver un et je ne pouvais pas le rechercher dans la bibliothèque rose. Alors, j'ai pensé
11:22à Mirage parce qu'évidemment, c'est quelque chose de presque impossible, qui recule quand
11:29on approche la main. C'est en même temps quelque chose d'un peu merveilleux comme un
11:34conte de fées et c'est un mirage qui s'est réalisé.
11:37Je ne pouvais pas trouver le nom du Mirage dans la bibliothèque rose. C'est formidable.
11:42C'est la pendeur de Marcel Dassault.
11:45De Marcel Dassault, de Gaston Gallimard, du découvreur des cubistes Daniel-Henri Kahnweiler,
11:51du photographe Henri Cartier-Bresson, du grand reporter Albert Londres, du marchand des
11:56impressionnistes Paul Durand-Ruel. Ça, c'est votre famille de papiers. Ce sont ces hommes
12:01à qui vous avez consacré des livres. Et vous dites, voilà, chacun à leur manière,
12:06ils ont tenu bon. Et c'est ça qui est intéressant dans votre texte, Pierre Assouline. C'est que
12:12tenir bon, ça n'est pas ne rien lâcher. Tenir bon, c'est se tenir droit. C'est se tenir
12:18droit
12:18face à l'existence. C'est une sorte de rapport moral à la vie. Et c'est une manière de
12:22creuser son
12:23sillon. C'est ce qu'ils ont fait chacun ?
12:25Chez les hommes que vous avez cités, c'est ça qui m'a frappé. C'est que, que ce soit
12:31Cartier-Bresson ou Kahnweiler, par exemple, très jeunes, ils ont une certaine idée, l'un
12:36de la photographie, l'autre de la peinture. Ils s'y sont tenus toute leur vie. Ça ne veut
12:41pas dire qu'ils sont figés pour autant dans un schéma trop rigide. Ça veut dire
12:46qu'à force de creuser le même sillon, on arrive à des résultats probants. Je veux
12:53dire qu'ils ne papillonnent pas autour d'une idée. Ils ne sont pas sensibles à l'air
12:57du temps.
12:58Alors, je me suis posé la question, parce qu'ils ne sont pas dans cette famille de papiers
13:02que vous citez, Pierre Assouline, dans le livre. Pourquoi aimer Céline ? Pourquoi s'intéresser
13:13à Raoul Girardet, qui a été un temps proche de l'OAS ? Pourquoi s'intéresser à Jean Jardin,
13:20éminence de Vichy, ami de Laval et de Pétain, dont vous avez écrit la biographie ? Pourquoi
13:26sympathiser avec un ancien collabo, Lucien Combelle ? Ces gens, est-ce qu'ils ont tenu
13:31bon ? Non.
13:33Si, parce qu'ils ont été au bout de leurs idées et parfois de leur utopie. Mais quand
13:40vous dites pourquoi, j'ai une petite explication. En France, il n'y a que les Juifs pour s'intéresser
13:46aux antisémites. Mais vraiment, bien que je n'essentialise pas les noms que vous
13:53avez cités comme tels, il ne se résume pas à ça. De toute façon, l'antisémitisme
13:58est depuis longtemps tellement diffusé dans la société que ça ne distingue pas quelqu'un
14:04par rapport à un autre. Mais vous dites pourquoi aimer Céline ? Parce que c'est un grand écrivain.
14:09Je veux dire, je n'aime pas Céline pour Céline. Céline est un monstre d'antisémitisme.
14:14Oui, mais ça a atteint un tel délire que pour moi, c'est beaucoup moins grave, si je
14:20puis dire, que l'antisémitisme d'un Paul Morand, qui n'est pas du tout dans le délire,
14:25qui est dans la raison. Absolument. Mais c'est beaucoup plus grave, ça. Ou l'antisémitisme
14:29mondain. Paul Morand qui revient à la mode, mais alors ? Oui, mais ça reste un écrivain
14:34exceptionnel, un styliste étincelant et, sur le plan humain, pour moi, une crapule.
14:41Lorsqu'un ami voit partir son père à jamais, j'ai pour habitude de lui offrir l'invention
14:46de la solitude de Paul Auster. Tout y est essentiel. Tout de ce qui ne peut être dit,
14:53j'imagine, d'un ami à un ami, cela ne console pas, puisque rien ne console, car rien
14:58ne remplace, mais ça aide à supporter l'absence. Ce qu'elle a d'irrémédiable, écrivez-vous.
15:03Voilà. Quand un ami perd son père, vous lui offrez d'abord un livre.
15:07Oui, beaucoup de choses passent par les livres. Pas tout. Pas tout, pour moi, mais beaucoup
15:12de choses, parce que l'invention de la solitude de Paul Auster m'a un petit peu consolé,
15:17que j'ai trouvé sur mon chemin à un moment où j'en avais besoin.
15:20Quand vous avez perdu votre père ?
15:22Quand j'ai perdu mon père, qui est mort jeune, à 67 ans, et j'en avais 38.
15:28Oui, ça m'a tenu. Mais vous savez, je retiens un mot, par exemple, j'y consacre des pages
15:36et des pages, d'un poème de Paul Ceylan.
15:40Stehen. Stehen, c'est de l'allemand.
15:42Ça signifie tenir, au sens de tenir bon dans l'adversité.
15:47Ça signifie aussi se tenir, rester digne dans l'adversité.
15:51Et ça signifie, enfin, résister.
15:54Il y a tout ça dans ce petit mot-là, mais qui est d'une densité explosive.
16:01Et voilà, moi, j'engage...
16:03Et vous convoquez les grands résistants.
16:05Vous convoquez Jean Moulin.
16:06Vous convoquez Simone Veil, qui a tenu, qui a résisté, qui a tenu.
16:11Mais je me suis posé la question, moi, si en filigrane, la colonne vertébrale de ce livre,
16:16ça n'était pas la figure de votre père, de votre père absent,
16:19de votre père qui est mort il y a longtemps,
16:23que vous n'évoquez que par toute petite touche.
16:26Mais si, au fond, il n'était pas là, le surmoi, la loi,
16:29vous qui avez un rapport très profond à la loi.
16:32Oui, parce que dans le judaïsme, on ne vous demande pas si vous croyez en Dieu ou pas.
16:37On vous demande d'appliquer la loi, de la respecter.
16:40Et on en déduit, si vous le faites,
16:42que votre identité juive est assez forte ou pas.
16:48C'est mon cas, bien sûr.
16:49Même si on ne peut pas m'essentialiser avec ça,
16:54parce qu'il n'y a pas que ça, il y a tout le reste.
16:57Et d'ailleurs, on le voit bien dans ce livre,
16:58je me considère comme un passeur,
17:01comme j'enseigne aussi par ailleurs.
17:04Pour moi, c'est une activité de passeur.
17:09recevoir, célébrer, transmettre.
17:11Ce triptyque, c'est ça qui dirige ma vie.
17:14Et ce que j'ai reçu, j'ai eu la chance de recevoir un certain nombre de choses
17:18et de le célébrer par la littérature et par une quarantaine de livres.
17:23Eh bien, je trouve que c'est la moindre des choses de le transmettre.
17:26Et ce livre tenait bon, c'est un livre de transmission.
17:27Qu'est-ce que vous avez reçu de votre père ?
17:29J'ai reçu une éducation.
17:32J'ai reçu une éducation des principes moraux et des valeurs
17:38et un respect infini de la République française.
17:42J'en imagine pas, mais les Juifs d'Algérie,
17:45quand ils sont devenus Français,
17:47ils ont voué un culte quasiment religieux.
17:49Au 19e siècle ?
17:51Le décret de l'Église.
17:52En 1871, un culte quasiment religieux à la République française.
17:56Et ça a toujours été le cas.
17:58J'ai retrouvé ça, par exemple...
18:00Mais ça a été la première mesure de Vichy ?
18:02Ben oui, de les bannir de la République.
18:05De toute façon, la République elle-même était bannie,
18:07mais ils n'étaient plus Français.
18:08Mais j'ai retrouvé ce sentiment et cette force-là
18:11dans un livre que j'ai publié il y a quelques années
18:14qui s'intitule « Le nageur » sur Alfred Nakache.
18:18Et dans « La famille d'Alfred Nakache », qui était de Constantine,
18:21eh bien, il a toujours dit « Moi, il y a deux piliers dans ma vie.
18:25Il y a le judaïsme et il y a la République.
18:29Ce sont mes deux religions transmises par mon père. »
18:32C'est toujours le rôle du père qui est très important,
18:34même si la mère est toujours là, fondamentale.
18:37Eh bien, ce sentiment de républicain, aujourd'hui,
18:41avec tout ce qui se passe depuis plusieurs années,
18:44en France, en Europe et dans le monde,
18:48moi, s'il y a bien une chose pour laquelle il faut se battre,
18:51aujourd'hui, en France,
18:52ce sont des valeurs républicaines
18:54qui traitent intransigeants
18:56avec un certain nombre de principes et de valeurs.
18:59Pierre Assouline, de l'Académie Goncourt.
19:03Tenez bon, comment des livres nous donnent de l'espoir,
19:06ça paraît chez Robert Laffont.
19:07C'est un petit livre à mettre entre toutes les mains.
19:11Merci beaucoup.
19:12Merci.
19:12Pierre Assouline.
19:13Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires