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  • il y a 19 heures
MIKA, chanteur, son album “Hyperlove” est sorti le 23 janvier, actuellement en tournée européenne, et Président d’honneur des Victoires de la musique 2026.

Retrouvez « Le grand portrait » de Sonia Devillers sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-9h10

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Transcription
00:00France Inter
00:03La Grande Matinale
00:07Sonia de Villers
00:10Vous avez entendu à ce micro Jean-Marie Gustave Leclésio, prix Nobel de littérature,
00:16raconter que son identité est nomade, qu'elle se forge dans le mouvement et dans les voyages.
00:22Ça va assez bien, Amica, née au Liban pendant la guerre, réfugiée à Paris, exilée à Londres,
00:28domiciliée aux Etats-Unis, adoptée en Italie.
00:31Il a vendu des millions d'albums.
00:34Dans le précédent, il a dit en français
00:37« Le deuil de sa mère adorée, le chagrin, la peur de la mort ».
00:40Le nouveau s'intitule « Hyper love » et il danse très fort.
00:45Comme si, après les larmes, il y avait un amour plus intense, plus âpre, plus lucide aussi sur le monde
00:53qui nous entoure.
00:54Mika se cachait dans les théâtres depuis tout petit.
00:59Alors, est-ce que ça y est ? Est-ce que Mika a grandi ?
01:02Portrait numéro 89.
01:04Sous-titrage Société Radio-Canada
01:39Bonjour Mika.
01:40Bonjour.
01:41Et bienvenue sur France Inter.
01:43Merci beaucoup.
01:43L'album s'appelle « Hyper love » et aussi vous êtes président d'honneur des Victoires de la Musique,
01:48vendredi soir, à suivre en direct sur France Inter et aussi sur France 2.
01:53Pour composer « Hyper love », vous avez pris une décision radicale.
01:57Un retour au piano.
02:00Ça ne s'entend pas.
02:02Ça ne s'entend pas, mais c'est entièrement…
02:06Tout est écrit entièrement au piano.
02:08Parce qu'en fait, je savais que je voulais faire un truc qui était très produit.
02:12J'avais une vision, je voulais travailler avec Nick Littlemore, qui a un groupe qui s'appelle « Empire of
02:17the Sun ».
02:17On avait déjà fait un album qui s'appelle « Origin of Love », sur lequel il y avait «
02:22Underwater » et « Elle me dit ».
02:24Mais je voulais vraiment ce son analogue, dansant.
02:27Mais la recette devait être pure.
02:30Parce que si la recette, elle est pure, si l'intention au début est pure et toute simple, on sait
02:37que l'âme de la chanson, on ne va pas le perdre.
02:40Même si on retravaille sa danse, il y a vraiment un rythme, l'âme de la chanson, du geste original,
02:46il reste.
02:47Moi, je voudrais que vous me racontiez ce piano.
02:50Le piano.
02:51Celui qui vous suit depuis très longtemps.
02:53C'était un piano blanc.
02:59Le blanc représente quelque chose de très important.
03:03J'ai commencé avec un piano marron, qui était en location, dans l'appartement à Paris.
03:09Quand on était à Paris, on était arrivés du Liban.
03:12Avec des meubles qui sont venus un petit peu du bric et du braque, un petit peu de partout.
03:16Beaucoup de meubles du Liban, faits en nausier.
03:21Et donc, rien n'allait vraiment.
03:23Et dans cet appartement à Paris, avec des couleurs partout, ma mère nous donnait toujours des petits sauts de peinture.
03:30Et on était toujours en train de peindre les meubles, les tables, avec de la peinture blanche.
03:36Sauf ce piano marron, car le piano ne nous appartenait pas.
03:40Bref, il s'est passé beaucoup de choses avec mon père.
03:43On a eu des périodes pas très stables.
03:46On a dû partir, on a perdu beaucoup de nos choses.
03:51La danse des huissiers.
03:53Des huissiers.
03:54Des huissiers.
03:54La danse des huissiers.
03:55Comment gérer les huissiers ?
03:57Et je pense qu'il y a beaucoup de gens qui sont en train d'écouter, qui savent exactement ce
03:59que je suis en train de dire.
04:00Quoi dire ? Comment les arrêter ?
04:02Il y a certaines choses qu'on peut dire pour les arrêter de rentrer dans la maison.
04:05Surtout quand on est seulement des enfants à la maison.
04:07En tous les cas.
04:08Des huissiers qui rentrent et qui prennent.
04:09Qui prennent.
04:10Et qui repartent avec les meubles.
04:11Mais ils n'ont pas pris les meubles blancs, parce qu'ils n'avaient aucune valeur.
04:15Comme les meubles n'étaient pas en blanc.
04:17Parce qu'ils étaient peinture lurée.
04:18Exactement.
04:19Ils étaient gâchés.
04:21Et dans cet appartement blanc sur du blanc sur du blanc, il y avait de la couleur.
04:25La couleur, c'était la musique.
04:27Et c'était les tissus.
04:29Les tissus qui étaient partout.
04:31Les tissus de l'atelier de ma mère.
04:33Les tissus sur les présents.
04:34C'était couturière.
04:34Exactement.
04:35Et le piano marron.
04:36Ils n'ont pas pris le piano marron parce que le piano était en location.
04:39Quand on est parti assez vite de la France.
04:44Pour aller en Angleterre.
04:45Pour aller en Angleterre.
04:46Et recommencer avec la famille.
04:49On a appelé pour rendre le piano.
04:51Et la boîte avait fait faillite.
04:53Ce qui veut dire que le piano marron est venu avec nous.
04:56Quand finalement il est revenu avec nous, avec les meubles blancs,
04:59il arrive dans la maison à Londres.
05:04Et ma mère me doit un seau de peinture.
05:07Et je le peins en blanc.
05:08Jusqu'à aujourd'hui, ce piano blanc, on voit...
05:11Vous l'avez peint vous-même ?
05:12Je l'ai peint.
05:12Et j'étais jeune.
05:14J'avais 8-9 ans.
05:15Il est resté avec cette même touche de peinture.
05:18Je ne l'ai jamais repeint.
05:19On voit le marron en dessous.
05:21Ça représente pour moi ma vie, ma musique, la manière que j'ai écrite.
05:26Et c'est sur ce piano que j'ai écrit 90% de tout mon matériel.
05:33C'est une histoire incroyable.
05:35C'est-à-dire qu'en fait, un piano,
05:37quand on a un piano dans une famille, dans une maison,
05:40quand on a grandi avec un piano,
05:42c'est beaucoup plus qu'un instrument.
05:44C'est un bloc de souvenirs.
05:45C'est un bloc de souvenirs.
05:47C'est l'instrument le plus démocratique de la planète
05:50parce qu'on touche et ça fait du son.
05:53Ce qui veut dire que peu importe ta capacité technique,
05:57tu peux créer.
05:58C'est un instrument de création.
06:01Et à ta propre sauce, à ta propre manière,
06:04tu peux trouver ton propre langage.
06:05Tu veux faire du Chopin, tu fais du Chopin.
06:07Tu veux faire de la musique danse, tu peux le faire.
06:10Tu peux faire n'importe quoi.
06:11C'est la voix de Barbara.
06:13J'aurais aimé apprendre le piano.
06:14J'aurais dû apprendre le piano.
06:15Et j'aurais adoré ça.
06:17Je me demande même si je n'ai pas chanté
06:19parce que je ne savais pas jouer de piano.
06:20C'est peut-être ça.
06:22Moi, j'aurais adoré ça, mais je suis nulle.
06:24Je veux dire, il y a seulement 3-4 ans
06:26que je sais lire les notes.
06:28J'avais coupé le micro
06:30pendant que Barbara disait
06:32« J'ai chanté.
06:34J'ai chanté parce que je ne savais pas lire les notes. »
06:37C'est exactement ça.
06:38Voilà.
06:40Mika s'est écrivée « C'est ça ! Voilà, c'est ça ! »
06:42La seule raison pour laquelle j'ai…
06:45Parce que moi, je ne sais pas lire les notes.
06:46Jusqu'à aujourd'hui, même quand je fais la musique symphonique,
06:49je le fais avec des couches.
06:50J'utilise des logiciels pour enregistrer les couches
06:53de différentes mélodies,
06:56des instruments différents en utilisant mon clavier.
06:59Mais je ne sais pas lire les notes.
07:01Et donc, je cherche des mélodies.
07:03Je cherche à chanter d'une manière
07:04pour compenser la simplicité de mon piano.
07:08Mais je comprends le piano, fondamentalement.
07:11Mais à ma propre manière.
07:13C'est Paul Anka.
07:16Il y avait Paul Anka
07:16qui avait fameusement fait la traduction de « My Way ».
07:19Mais il avait écrit beaucoup, beaucoup de chansons.
07:21Il était aussi un petit peu libanais.
07:24qui m'avait expliqué un soir.
07:26Je l'ai rencontré une fois.
07:27Il m'a dit « Est-ce que tu joues le piano ? »
07:29Je dis « Oui ».
07:30« Est-ce que tu écris au piano ? »
07:30Je dis « Oui ».
07:31Il a dit « Très bien ».
07:32« Est-ce que tu joues très bien le piano ? »
07:33J'ai dit « Non ».
07:34Il a dit « Ah ! Alors, tu aimes bien la mélodie ? »
07:36J'ai dit « Oui ».
07:37Je compense avec la mélodie.
07:40Et comment on passe du piano à la voix
07:42quand on est enfant ?
07:47C'était juste un job.
07:49C'est-à-dire ?
07:51C'était un job.
07:52La voix, pour moi, il y avait deux trucs.
07:55Il y avait un truc où je chantais assez professionnellement
07:59à partir d'un jeune âge.
08:029-10 ans, très jeune.
08:03Et je t'ai payé.
08:05Et le moment où tu es payé pour faire un truc,
08:07ce n'est pas vulgaire.
08:09C'est fabuleux.
08:10Parce que tu construis une autre manière
08:12de valoriser qui tu es.
08:15Et donc, je disais « Ok, j'ai beaucoup de problèmes
08:18avec certaines choses, mais là, j'y vais.
08:20Je fais mon job. »
08:21Et donc, il y avait cette partie,
08:22cette responsabilité professionnelle.
08:24Donc, tu grandis très, très, très vite.
08:26Tu as 8 ans, mais dans un sens,
08:28tu as 35 ans.
08:30Mais cela dit, tu commences à faire ton travail,
08:34surtout quand tu sors des disques.
08:35Par exemple, j'ai commencé à faire des choses publiques
08:39avec des conséquences publiques,
08:41avec des opinions publiques
08:42à partir de l'âge de 22 ans.
08:45Là, ou 21 ans, 22 ans,
08:47il y a une partie de toi
08:48qui reste figée à 22 ans.
08:51C'est pour ça qu'il disait toujours,
08:53il y a beaucoup de gens, des musicologues,
08:54qui disent qu'il y a une partie de l'âme
08:57de Elvis.
08:59Bon, je ne suis pas du tout en train de me comparer.
09:01Mais c'est ce job.
09:05Quand tu commences à faire ce job
09:06à 15 ans,
09:07il y a une partie de toi qui grandit
09:09et une autre partie de toi
09:11qui reste figée, jeune.
09:13Une sorte de naïveté
09:14qui est très dangereuse, souvent.
09:17Barbara, encore.
09:18Tout artisanal, tellement besoin d'être aimé.
09:20Vous avez besoin de cela, aussi.
09:21Bien sûr, parce que sinon,
09:22je chanterais chez moi, dans ma salle de paix.
09:23Je veux dire, chanter sur scène,
09:24c'est quand même quelque part...
09:25Monter sur scène, c'est une amputation,
09:27c'est un exhibitionnisme
09:28dont j'ai très conscience.
09:29Et c'est peut-être là, justement,
09:30qu'il y a une espèce de lutte.
09:31On vous parlait, pourquoi la solitude ?
09:32Et après, j'ai honte.
09:34Peut-être qu'il y a une honte
09:34d'avoir eu besoin de s'exprimer
09:36sous les lumières,
09:37en habit de lumière,
09:39parce que le noir,
09:39c'est une lumière sublime.
09:41Vous le savez bien.
09:41Voilà, c'est une femme
09:43qui avait tout compris.
09:45Tout compris sur elle-même,
09:46et qui avait tout mis aussi,
09:48le beau, la lucidité de laquelle...
09:50Il y a une part d'exhibitionnisme
09:51à être tous les soirs sur scène.
09:54Mais bien sûr, mais on aime ça.
09:56Et après, on a honte ?
09:58Mais bien sûr.
09:59Après, on a honte.
10:00Mais on n'a pas honte dans sa loge.
10:02On a honte...
10:05La honte, ça arrive comme la tristesse
10:10dans les moments les plus improbables.
10:12Comme cette sensation de la solitude
10:14tout d'un coup.
10:15Tu ne sais pas d'où ça vient,
10:16et ça arrive.
10:18Et c'est la honte,
10:19ce n'est pas la tristesse,
10:20c'est la honte.
10:20On peut confondre les deux.
10:22Mais c'est ça.
10:24Et quand Barbara est en train de dire
10:26« Je l'ai trouvée devant ma porte »
10:27un jour quand je rentrais chez moi,
10:31partout, elle me fait escorte.
10:34Elle parle de cette honte.
10:35La chanson, on dit solitude,
10:37mais vraiment, c'est ce qui se passe
10:38et ce qu'on ressent dans la solitude.
10:41Et quand on commence jeune,
10:43ça ne s'en va pas, il faut l'adresser.
10:44Et vous savez pourquoi je vous pose la question ?
10:46Parce que j'ai lu quelque chose
10:47de très étonnant sur vous.
10:49Peut-être que ce n'est pas vrai.
10:51Vous collectionnez les maquettes de théâtre ?
10:52Oui.
10:54Oui, j'en collectionne,
10:55mais j'en fabrique aussi.
10:56C'est vrai ?
10:56Oui, il y en a une que je suis en train de faire
10:58maintenant depuis six ans.
11:00À force de faire des grands portraits,
11:02j'écoute, j'entends, j'apprends.
11:05Valérie Lemercier,
11:06elle était à ce micro,
11:07et elle dit
11:08« Pour moi, un théâtre,
11:10c'est rentrer dans le ventre de ma mère. »
11:13« Le refuge, c'est le refuge ultime. »
11:17C'est ça.
11:18C'est ça pour vous aussi ?
11:19Oui, je me souviens de la première fois
11:20que je suis rentré dans un théâtre,
11:22j'avais huit ans,
11:26et il n'y avait pas de fenêtre.
11:29Et c'était ça le refuge.
11:31Un bâtiment avec des grands,
11:33avec des pros,
11:34avec des gens sérieux
11:35qui créaient de la fantaisie
11:37dans un sort de bâtiment
11:40qui était en communauté, ensemble,
11:43pour créer de la magie
11:44qui parlait de la vie,
11:45mais ce n'était pas la vie.
11:47Mais ça nous aidait à...
11:48Je comprenais tout de suite
11:49que ça t'aide à comprendre la vie.
11:52Tu parles de la vie,
11:52mais ce n'est pas la vie.
11:53C'est une danse sublime.
11:55Sauf que la vraie question,
11:57c'est exactement ce que vous venez de dire, Mika.
11:58C'est que la honte et la solitude,
12:00ce n'est jamais dans la loge.
12:02Ce n'est jamais sur scène.
12:02C'est quand on sort du théâtre.
12:04C'est quand on sort du théâtre.
12:06Ouais.
12:34C'est un autre extrait sublime.
12:39Elle est très, très belle, cette chanson de l'album Hyper Love.
12:43Qu'est-ce que ça signifie ?
12:44Prends tes problèmes avec toi.
12:47Je suis...
12:47Beaucoup plus jolie en anglais, d'ailleurs,
12:49qu'en française.
12:50Je comprends pourquoi vous l'avez écrite en anglais.
12:55L'Hyper Love, c'est une sorte de...
13:00L'amour lucide, hyper lucide.
13:03Et qui est assez réaliste aussi.
13:07Pas pessimiste, mais réaliste.
13:09Et dans ça, on accepte certaines choses.
13:12Et là, c'est vraiment une chanson d'amour
13:15en train de dire,
13:16« Moi, je ne peux pas t'aider à échapper des problèmes. »
13:22On les amène avec nous.
13:23Et on les amène et on les porte.
13:25Mais de temps en temps,
13:26on les accroche avec nos manteaux
13:27à la porte d'entrée de la pièce.
13:30Et ça va.
13:31Et ensuite,
13:33on remet nos problèmes,
13:34comme une veste,
13:35et on continue à balader sur la route
13:38sans savoir où on va aller.
13:40Et de temps en temps,
13:41le manteau, il est plus lourd.
13:43Et de temps en temps, il est plus léger.
13:44On ne peut pas contrôler ça.
13:46Et il faut l'accepter.
13:48Et au moins,
13:50on ne perd pas son cœur dans le processus.
13:55Tu porteras toujours tes problèmes avec toi.
13:57C'est un problème,
13:58mais nous avons tous besoin.
13:59Tu porteras toujours tes problèmes avec toi.
14:02C'est un problème,
14:03mais c'est obligé.
14:06Pour toi, autant qu'on pourra.
14:07Chanson que vous adressez à votre sœur ?
14:09À ma sœur.
14:11Une sœur...
14:13À ma grande sœur,
14:15qui s'appelle Yasmine,
14:17elle était en train de traverser une période
14:19et je voyais qu'elle perdait
14:20sa personnalité,
14:22sa lumière,
14:23son amour,
14:24sa tolérance,
14:25dans une sorte de rage
14:27ou de tristesse
14:29par rapport à la situation
14:30dans laquelle elle se retrouvait.
14:32Je dis,
14:32mais tu te perds
14:33et la rage
14:34et la peur
14:35gagnent.
14:36comment tu peux faire les deux ?
14:38Eh ben,
14:38voilà la solution.
14:39Peut-être.
14:40Est-ce que ce n'est pas aussi,
14:41au fond,
14:42des mots
14:44qui racontent l'histoire
14:45de toute une famille ?
14:47De toute une famille
14:48qui emporte ses problèmes
14:49avec elle.
14:50Une troupe.
14:51Une troupe
14:51qui quitte le Liban
14:53avec ses problèmes.
14:54Absolument.
14:55Qui arrive à Paris
14:55avec ses problèmes.
14:56Comme beaucoup de familles.
14:57Qui quitte Paris
14:59pour aller à Londres
15:00avec ses problèmes.
15:01Et vous qui quittez Londres
15:03pour la Floride
15:04avec vos problèmes.
15:05And so, and so.
15:06And so, and so.
15:07Et on amène
15:07des trucs avec nous.
15:09Et c'est ce voyage,
15:11en fait.
15:11C'est ce voyage
15:12qui fait partie
15:13et je pense
15:14qu'il y a tellement de gens
15:15qui ont exactement
15:16la même situation.
15:17Cette troupe.
15:19Mais dans ces problèmes
15:20et dans ces contraintes,
15:22il y a énormément de joie.
15:24De la joie improbable
15:26et chaotique
15:27qu'il faut quand même
15:28reconnaître.
15:29Et cette joie,
15:31c'est la plus crédible
15:33et la plus puissante.
15:34et elle n'est pas gratuite
15:36non plus.
15:38C'est un équilibre.
15:39On parlait du théâtre
15:40comme l'ultime refuge.
15:43Et en même temps,
15:43un refuge artificiel.
15:45Forcément.
15:46Mais les maquettes,
15:47c'est une vraie obsession.
15:52Depuis très jeune,
15:54je les collectionne.
15:55Je passais des heures
15:58à voir ma tête
15:59dans les maquettes.
16:01Non, mais littéralement
16:02dans les maquettes
16:03de Pollux,
16:05des maquettes en papier,
16:07des maquettes
16:07Consume.
16:08Maintenant, j'en ai un.
16:09Je suis en train de recréer
16:11l'Opéra Royal de Londres.
16:13Ça fait cinq ans et demi
16:14qu'il est en train
16:15de travailler dessus.
16:16On l'a donné accès
16:17à rentrer
16:18dans l'opéra.
16:19Ce petit artisan
16:20qui s'appelle
16:20Tony Banfield.
16:22Et il est parti
16:24grimper
16:24pour mesurer,
16:26pour faire tout
16:27à l'échelle
16:27architecturale.
16:28pour le reproduire
16:29en miniature.
16:30Pour vous.
16:31Non, mais c'est magnifique.
16:34Non, mais c'est
16:34très, très beau.
16:36C'est beau.
16:36C'est splendide.
16:38Mais c'est très...
16:40C'est beau.
16:40C'est Alice au pays
16:41des merveilles.
16:41C'est un jouet.
16:42C'est un jouet.
16:43It's a toy.
16:44C'est un jouet.
16:46Pas que.
16:47Mais oui,
16:48mais c'est un jouet.
16:48C'est un jouet splendide.
16:50Est-ce qu'il a grandi ?
16:51Oui, oui, il a grandi.
16:52Oui, j'ai grandi.
16:53Il a grandi.
16:54C'est très sérieux.
16:55Il prend l'Opéra de Londres,
16:56il le fait en tout petit
16:57et comme ça,
16:57il l'a pour lui.
16:58Et lui, il est très grand.
17:00Non, mais si c'est
17:00Alice au pays des merveilles.
17:01Et je mets ma tête dedans.
17:02C'est-à-dire que,
17:03comme vous,
17:03vous êtes tout petit
17:04dans un immense théâtre
17:05ou comme d'un seul coup,
17:06l'immense théâtre
17:07devient tout petit
17:07et c'est vous qui êtes immense.
17:09Mais la puissance des miniatures.
17:12Bon, donc on parlait de refuge.
17:16Je me suis quand même demandé,
17:18vous qui êtes un citoyen du monde,
17:21si vous qui êtes domicilié en Floride,
17:23par exemple,
17:24qui avez été domicilié en Floride
17:25pendant très longtemps.
17:26C'est vrai, ça fait très longtemps
17:27parce que j'ai commencé là-bas.
17:28Bah ouais,
17:29et votre père est américain.
17:30Mais vous savez pourquoi ?
17:32Non.
17:32Parce que mon père est américain,
17:35mais mon lien avec la Floride
17:36avait commencé.
17:37J'ai un passeport américain
17:38et j'étais en train
17:41de chercher des gens
17:42pour travailler avec moi.
17:44Donc,
17:45j'allais présenter
17:46mes chansons,
17:48mes maquettes
17:48en Angleterre
17:49et ils trouvaient ça,
17:51ils ne savaient pas
17:51comment placer ça.
17:53J'allais présenter
17:54mes maquettes à New York,
17:55ils ne savaient pas
17:55comment placer ça.
17:56J'ai rencontré une femme
17:57qui s'appelait
17:59Jody Marr
17:59qui travaille à Miami
18:00sur des disques latins
18:02et sur la musique
18:05latino,
18:06en espagnol.
18:07Et je la présente
18:07ma musique là-bas
18:08et tout d'un coup,
18:09elle a dit
18:09écoute,
18:10viens à Miami,
18:11c'est tellement différent
18:11de tout ce qu'on a à Miami,
18:13mais ça nous fait penser
18:13à ce qu'on avait.
18:14J'ai dit
18:15mais il y avait quoi ?
18:17Il y avait Heat Factory
18:18où Prince travaillait,
18:20il y avait Fleetwood Mac
18:21où ils enregistraient là-bas,
18:22mais il y avait les Pidgeys.
18:25Et je connais
18:26un ingénieur son là-bas
18:27et ça c'était Miami.
18:29Et maintenant,
18:29on a un petit peu perdu
18:31cette prise.
18:31Ça c'était il y a
18:3227 ans,
18:3425 ans.
18:35Je dis ok,
18:36j'y vais.
18:36Alors je prends la bourse
18:38que j'avais reçue,
18:39le student loan,
18:41l'hypothèque
18:42d'étudiants.
18:43Le prêt étudiant.
18:44Le prêt étudiant
18:45et je dépense
18:46parce qu'il y a
18:47un système d'autonomie.
18:48C'est toi qui décides
18:49comment le dépenser.
18:50Moi je l'ai dépensé
18:52pour aller à Miami.
18:5450%.
18:54Sauf qu'aujourd'hui
18:56la Floride,
18:57c'est le chef
18:57de Donald Trump
18:58et des magas.
19:01Et en fait,
19:01je me suis posé
19:02cette question.
19:02Est-ce que parfois
19:03vous vous dites
19:04ce Liban
19:05que vous avez quitté,
19:06qui a vu la guerre
19:08lui revenir
19:09dessus
19:10de plein fouet,
19:12cette Amérique
19:13qui vous a servi
19:14de refuge,
19:15qui voit le Trumpisme
19:17et les barrières
19:17se fermer,
19:19les frontières
19:19se cadenasser.
19:20Je me suis demandé
19:21si parfois
19:22vous avez l'impression
19:23que l'horizon se bouche
19:24et si parfois
19:25vous vous dites
19:26peut-être qu'à un moment
19:26je ne trouverai plus
19:27de refuge,
19:28je ne saurais plus
19:29quel pays choisir,
19:30je ne saurais plus
19:30dans quel pays aller.
19:31Mais c'est plutôt
19:32une question
19:34émotionnelle.
19:35Ce n'est pas une question
19:36bien sûr
19:39dans mon cœur
19:40où aller
19:42où aller
19:42en ce moment
19:43et l'instabilité
19:45elle se retrouve
19:46on peut la trouver
19:47partout
19:48en ce moment
19:49où est-ce qu'on
19:50où est-ce qu'on
19:51sent cette liberté
19:52d'esprit
19:53cette liberté
19:54d'expression
19:54quand on voit
19:55même
19:56les droits
19:56LGBTQ
19:58et comment
19:59on est allé
19:59presque 20 ans
20:01en arrière
20:02aux Etats-Unis
20:03c'est hallucinant
20:04mais même en Italie
20:06j'aime l'Italie
20:06mais attention
20:09même dans les droits
20:10LGBTQ plus
20:11ils sont allés
20:12vraiment en arrière
20:13et personne n'en parle
20:14parce qu'ils ont peur
20:15et c'est
20:16on a peur
20:18de parler
20:18de la liberté
20:20qui est en train
20:20d'être érodée
20:22mais comment ça se fait ?
20:24Je ne comprends pas
20:27bon
20:28ça se passe
20:29c'est un petit peu partout
20:30heureusement que là
20:31on est à l'antenne
20:31on peut parler de ça
20:32mais il y a beaucoup de gens
20:34qui ont vraiment peur
20:35aux Etats-Unis
20:35de parler de ça
20:36il y a tout le
20:38sponsoring corporate
20:39moi je sais parce que
20:39je faisais des trucs
20:40pour Pride
20:42surtout aux Etats-Unis
20:43les sponsors Pride
20:45toutes les activités
20:46qu'on faisait chaque année
20:47ont disparu
20:49tous les gens
20:50avec qui on travaillait
20:51ils ont coupé
20:52leur financement
20:52aux Etats-Unis
20:54c'est du concret
20:55c'est pas
20:57hyperbolique
20:57c'est pas peut-être
20:59ou une exagération
21:00à la libanaise
21:01c'est du vrai ça
21:03une exagération
21:04à la libanaise
21:05la dernière chanson
21:06de l'album
21:07à la libanaise
21:16à la libanaise
21:38c'est l'amour immortel
21:39immortal love
21:40non mais je peux rien répondre
21:42je dois adresser le fait
21:43de l'exagération à la libanaise
21:45je parle de mes tantes
21:48et de ma grand-mère
21:49bien sûr
21:50dans cette chanson
21:50non non non
21:52dans l'exagération
21:53je veux justifier
21:54je veux justifier
21:54pourquoi je l'ai dit
21:55pourquoi
21:55parce que ma grand-mère
21:56et mes tantes
21:57c'était toujours
21:57si c'était quelqu'un
21:59il est allé
22:00je sais pas
22:01il disait
22:02il est allé à l'université
22:03il disait
22:04ma grand-mère disait
22:05il est allé trois fois
22:06à l'université
22:10vous avez des souvenirs
22:11du Liban
22:11d'avant de partir
22:13où au fond
22:13vous avez grandi
22:14dans une forme
22:15de mythologie
22:16de mythologie
22:18mythologie en suspension
22:19c'est à dire
22:20c'est à dire
22:21un petit peu
22:22parce que moi
22:22j'étais
22:24moi
22:25l'idée du Liban
22:26elle est aussi formée
22:28par le fait
22:28qu'on a grandi
22:30dans une sorte de bulle
22:31beaucoup de Libanais
22:32qui étaient à Paris
22:34à Paris
22:34et ça parlait le Liban
22:36ça parlait l'arabe
22:37ça se sentait
22:38ça se sentait
22:40il y avait
22:40des sourires
22:42des larmes
22:42il y avait la bouffe
22:44libanais
22:44il y avait
22:45il y avait de sorte
22:46de majeless
22:46où tout le monde
22:47se retrouvait
22:48et parlait
22:48discutait
22:49de temps en temps
22:50il parlait de la mort
22:51de temps en temps
22:51il parlait de la joie
22:52il parlait du manque
22:53ça il y avait
22:54je me souviens toujours
22:56des
22:57je sais pas
22:58il y avait
22:58toute une lumière
23:00différente
23:00qui est associée
23:01avec cette partie
23:01de ma vie
23:02cette lumière
23:05de lointain
23:06dans une ville
23:08qui était totalement
23:10normale dehors
23:10mais dedans
23:11ça parlait d'une autre vie
23:13c'est une sorte de Liban
23:14hors les murs
23:14c'est ça
23:15dans lequel vous avez
23:17dans lequel vous avez
23:18grandi
23:18c'est le pays
23:20de votre mère
23:21qui est morte
23:21maintenant
23:22il y a 5 ou 6 ans
23:23il y a 5 ans
23:25est-ce qu'avec elle
23:27c'est un morceau
23:28de Liban
23:29qui s'est effacé
23:30ou est-ce que c'est
23:31l'inverse
23:32en réalité
23:33parce que c'est
23:34le pays maternel
23:35il ne s'effacera jamais
23:36oui mais
23:37quand même
23:38je veux pas être
23:39victime
23:40de mes propres
23:43clichés
23:43que j'ai formés
23:44dans ma tête
23:45de ce pays
23:45je veux comprendre
23:47et former
23:47mon propre lien
23:48je veux pas parler
23:49d'un pays
23:50d'une idée
23:51d'un pays
23:52sans former
23:52vraiment une opinion
23:54moi-même
23:55il y a un voyage
23:56que je veux faire
23:57je veux partir
23:58de Damas
23:59à pied
24:02et marcher
24:02et de faire
24:04un sorte de voyage
24:05et de l'écrire
24:06ou de le filmer
24:07d'une manière
24:07ou d'une autre
24:08un voyage
24:09à pied
24:09de Damas
24:10à Beyrouth
24:12je veux faire
24:13ce voyage
24:15pour moi
24:15ça représente
24:16quelque chose
24:16de splendide
24:17cette idée
24:18d'arriver
24:19à Mount Lebanon
24:22au Mont-Denis
24:22Liban
24:23et de voir
24:24la mer
24:24de voir
24:25la Méditerranée
24:25et de commencer
24:27à Damas
24:28et de traverser
24:29de cette manière
24:29la vallée du Beka
24:30toutes ces
24:31les oliviers
24:32qui ont
24:343 500 ans
24:35ou 2 500 ans
24:36vous refaites
24:37un chemin biblique
24:38non ?
24:39il y a une partie
24:40biblique
24:41mais c'est
24:43même pas ça
24:44c'est un chemin
24:44humain
24:46c'est profondément
24:47humain
24:47cette route
24:48c'est pas aussi long
24:49que ça
24:49mais si on fait
24:50tous les détours
24:51c'est long
24:51mais je veux
24:53former
24:53je veux pas juste
24:54y aller
24:55et chanter
24:56chanter à Balbeck
24:57c'est splendide
24:58vous avez donné
24:59un concert fameux
25:00à Balbeck
25:01oui
25:01j'en ai fait
25:02fameux
25:03je sais pas
25:03mais j'en ai fait
25:04plusieurs
25:04mais c'est splendide
25:06chanter à Balbeck
25:06et dans tous ces contrastes
25:11je me souviens
25:11j'étais à Balbeck
25:12et on était en train
25:13de chanter
25:13Big Girl
25:14ah pardon
25:14oui
25:15Balbeck
25:15c'est un site
25:16archéologique
25:17absolument extraordinaire
25:18extrêmement préservé
25:19que j'ai jamais vu
25:20mais
25:20c'était aussi
25:21un grand centre
25:22de Hasbella
25:22pendant beaucoup d'années
25:23du Hasbola
25:24et je me souviens
25:27pardon
25:31vous avez chanté
25:32devant le temple
25:33de Bacchus
25:34le temple de Bacchus
25:35oui j'avais chanté
25:36devant le temple
25:36de Bacchus
25:37il y a plusieurs temples
25:38mais
25:39et c'était un endroit
25:41où moi je suis allé
25:41quand j'étais petit
25:42pour voir des concerts
25:43je me souviens
25:43j'ai vu Sting là-bas
25:45il y a Balbeck
25:46il y a Baiteddin
25:46il y a vraiment
25:47des endroits
25:48mais Ferus
25:48a chanté là-bas
25:49Sinatra a chanté là-bas
25:50Nina Simone
25:51a chanté là-bas
25:52Streisand
25:53a chanté là-bas
25:53je pense
25:54mais vraiment
25:55Domingo
25:56je pense
25:57peut-être même
25:58Pavarotti a chanté là-bas
25:59mais tout le monde
25:59a chanté là-bas
26:01et j'étais en train
26:02moi je chantais
26:03Big Girl
26:05je chantais
26:06Big Girl
26:06You Are Beautiful
26:08et il y avait
26:10un
26:11un
26:11un
26:11un
26:11un
26:11un
26:11un
26:11un
26:11un
26:11un
26:11un
26:11un
26:11un
26:14un
26:16un
26:21un
26:31un
26:33forte poésie.
26:35Quand vous aurez
26:37gravi
26:38les échelons du mont Liban,
26:41quand vous serez arrivés de Damas
26:43à pied, vous viendrez sur France Inter,
26:45vous viendrez nous raconter.
26:46Oui, avec grand plaisir.
26:49Je pense que les marches
26:51à pied. Avec votre bâton de pèlerin.
26:53Exactement. Vous viendrez nous raconter.
26:55Avec grand plaisir.
26:58Merci Mika.
26:59Merci.
27:01Désolé à mes tantes libanaises.
27:03L'exagération, la Libanaise ?
27:05Je ne pense pas
27:07qu'elle vous tue.
27:08C'est vous le Libanais sur ce coup-là.
27:11Merci Mika.
27:13C'est vrai.
27:15Et à vendredi soir pour les victoires.
27:17Ah ouais.
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