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  • il y a 5 heures
Le Grand portrait de Sonia Devillers est Alice Taglioni, pianiste et compositrice, pour la sortie de "Synthèse", single de son premier album. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-lundi-13-avril-2026-7147870

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Transcription
00:00La grande matinale Le Mag vous emmène jusqu'à 10h avec Charline Vannonecker qui nous racontera une divine idylle.
00:09Avec Daphné Burki et sa nouvelle tête, l'humoriste Kino.
00:13Et vers 9h30, le débat du jour.
00:15Deux journalistes politiques débattent de cette couve de Paris Match, Jordan Bardella et une jeune aristocrate mise en scène médiatique
00:23qui pose pas mal de questions.
00:25Question côté président du Rassemblement National, est-il un people comme les autres ?
00:31Question côté Paris Match, cette mise en scène médiatique est-elle, convient-elle au président du Rassemblement National ?
00:40On en discute tous les jours, tout à l'heure.
00:41Mais tout de suite, quelques grammes de finesse dans un monde de bottes.
00:44France Inter
00:48La grande matinale
00:51Sonia Devillers
00:54Alice Taglioni joue du piano depuis l'âge de 4 ans.
00:57Sans le savoir, elle avait choisi un instrument qui toute sa vie serait plus grand qu'elle.
01:03Les pianos de concert dépassent de loin la taille des filles, même les mannequins.
01:08Alice Taglioni se rêvait concertiste.
01:11Pour cela, il lui faudra surmonter non pas la taille de l'instrument, mais la sienne.
01:16Une ascension qui a pris, allez, 40 ans.
01:19Elle est passée par les podiums, par le cinéma, par les comédies, par le théâtre.
01:24Un corps sous le regard des autres.
01:26Qu'est devenue la petite fille, devenue grande, belle et célèbre ?
01:31Elle joue toujours du piano, mais pour la première fois, elle arrête de se cacher derrière l'instrument.
01:36Portrait numéro 122.
02:05Bonjour Alice Taglioni.
02:07Soyez la bienvenue sur France Inter.
02:09Vous en avez passé des concours.
02:11Alors, pourquoi celui-ci, Vire au désastre ?
02:15C'est le fameux, enfin je dis le fameux, comme si tout le monde savait, mais c'est Mephistovals de
02:20liste.
02:20C'est tellement dur à jouer.
02:22D'ailleurs, quand je l'entends, je me dis, moi j'ai joué ça.
02:24Vous avez joué ça devant un jury de conservatoire.
02:27Oui, exactement.
02:29Et donc, le jury ne m'a pas laissé jouer très très longtemps, puisque au bout d'un certain moment,
02:34comme ça se fait, on a le petit bruit de clochette qui est courant.
02:39Sauf que là, le petit bruit de clochette s'est transformé en humiliation totale, puisque au-delà même, à la
02:46rigueur, ça aurait peut-être été plus simple d'entendre, on va passer à autre chose parce que vous ne
02:49maîtrisez pas du tout ce morceau.
02:50C'était, on discutait avec le jury et on pensait que ça vous irait bien d'être mannequin.
02:55Voilà, donc rien à voir.
02:56Vous aviez quel âge ?
02:57Quand j'ai passé mon prix, j'avais 19 ans.
03:01Ouais, donc très très...
03:02Voilà, c'est pas du tout le sujet et ça m'a fait beaucoup de mal.
03:06Et ce morceau s'appelle Mephistovals, la valse du diable.
03:11La valse du diable !
03:13Attention, j'avais jamais fait de rapprochement.
03:14C'est vrai ?
03:14Oui, jamais.
03:15C'est vrai ?
03:16Oui.
03:16C'est-à-dire que c'est le jour où soit vous pactisez avec le diable,
03:19soit le diable vous anéantit.
03:22Soit vous avez sa peau, soit c'est lui qui a la vôtre.
03:24Il n'a pas vraiment eu la mienne puisque ça m'a permis d'aller ailleurs,
03:28dans des endroits que j'ai beaucoup aimé et que j'aime toujours.
03:31Vous vous sentiez mannequin à 19 ans ?
03:33Ah non, pas du tout.
03:34Je ne me sentais pas bien dans la peau.
03:36Tout sauf mannequin.
03:39Et une femme dans la rue m'avait dit qu'elle voulait me prendre dans son agence.
03:44Elle me dit « vous avez le profil ».
03:46Sauf que j'ai entendu tout au long de ces deux ans, même pas, où je suis restée dans son
03:52agence,
03:53« il faut que tu maigrisses, il faut que tu maigrisses, il faut que tu maigrisses ».
03:56À un moment, on maigrit, mais on ne maigrit pas d'une bonne façon.
04:00Donc oui, j'ai connu ces affres douloureuses, des problèmes alimentaires et tout ce qui va avec.
04:11Et un jour, vous avez entendu Clara Luciani, qui est chanteuse, dire ça.
04:1611 ans, je faisais 1m76.
04:18Ce qui est pénible, c'est que quand on est grand vite,
04:24en fait, les gens s'imaginent qu'on a plus que l'âge qu'on a réellement.
04:28Et donc, ils nous traitent différemment des autres enfants.
04:32Et donc, j'ai l'impression que finalement, cette taille a tué mon enfance.
04:37Ou l'a écourtée, du moins.
04:39Ça, c'est chiant.
04:40J'ai eu des trucs pas chouettes.
04:41J'ai eu des...
04:44L'asperge, la géante, quel temps il fait là-haut.
04:48Vous aussi, vous avez grandi trop vite.
04:50Moi, j'ai eu la grande girafe.
04:52J'ai eu plein de trucs aussi.
04:54J'ai eu l'Everest, alors là, waouh.
04:56Moi, j'ai grandi trop vite.
05:00Pas forcément.
05:01Pas comme Clara Luciani, pas comme elle en parle.
05:04Mais c'était agité, quand même.
05:08Mais j'ai le sentiment, quand même, d'avoir profité de mon enfance
05:12et de ce moment d'enfant, on va dire.
05:16De ce moment d'enfant.
05:17Et pourtant, ce moment d'enfant, c'est des heures et des heures et des heures passées au piano.
05:22Donc, c'est des heures et des heures passées au piano.
05:23Ça signifie des heures et des heures loin des autres enfants ?
05:26Oui, mais près de ma maman, pour qui j'avais une passion vraiment...
05:31C'est grâce à elle que je me suis mise au piano.
05:34Ma mère est quelqu'un qui était très fantaisiste, qui composait.
05:37Donc, d'où la composition pour moi.
05:39Et nos séances de travail partaient souvent dans des improvisations.
05:44On rigolait énormément.
05:45Donc, c'était des moments joyeux, honnêtement.
05:47Je n'étais pas livrée à moi-même.
05:48C'était des moments où, justement, j'avais ma mère que pour moi.
05:51Et ça me rendait un peu à part.
05:54Oui, ça vous rendait un peu à part.
05:55Ça vous séparait des autres ?
05:57Ça vous séparait de l'enfance, d'une certaine manière ?
05:59Ça me permettait d'être quand même dans ma bulle et d'être totalement protégée, malgré tout.
06:05Donc, c'est pour ça qu'effectivement, ce jury qui m'a interrompu avec sa clochette pour me dire...
06:10Me mettre dans un monde d'adulte et dans un monde un peu sexualisé aussi.
06:13Pas un peu sexualisé, très sexualisé.
06:15Voilà.
06:16Très sexualisé.
06:17C'est pour ça qu'à partir de là, c'est devenu, enfin même avant d'ailleurs, assez compliqué aussi
06:21à assumer tout ça.
06:22Assumer tout ça, mais ça signifie aussi s'inscrire dans une agence de mannequins, être élue Miss Corse,
06:29donc défiler en maillot de bain sur un podium.
06:31C'est-à-dire, en fait, remplir exactement le rôle auquel vous assigne le jury du conservatoire,
06:36alors que vous vouliez jouer du piano et être conservatiste.
06:39Ça veut dire aussi avoir un premier rôle au cinéma où vous êtes une grande blonde mannequin face à un
06:48réalisateur,
06:49dites-vous, qui vous regarde uniquement, comme ça et pour ça.
06:54Ah, après, je ne parle pas, je ne donne pas de nom au réalisateur.
06:58Moi, ce premier morceau qui s'appelle Synthèse, où effectivement, ce n'est pas ma voix,
07:02c'est la voix de la personne avec qui je fais de la musique d'ailleurs,
07:06qui a un concept, lui aussi, où il parle sur des choses du quotidien.
07:11C'est évidemment très, très, très, très inspiré de ce que je vis, de ce que j'ai connu,
07:18mais il y a quand même cette part de fiction qui laisse la possibilité de se faire sa propre idée.
07:25C'est important quand même pour moi de pouvoir dire ça.
07:28Ce n'est pas à charge.
07:29Voilà, je n'ai jamais été quelqu'un qui a voulu.
07:31Parce que donc, Alice Alioni se remet au piano et ne se cache plus derrière l'instrument, c'est ce
07:37que je dis.
07:37Vous l'assumez complètement, ce retour au piano et à l'instrument de cette enfance.
07:42Ça va donner un album pour bientôt, pour quand ?
07:46Pour le mois de juin.
07:47Pour le mois de juin.
07:48Voilà, pour le mois de juin.
07:495 juin.
07:50Il y a un premier extrait qui s'appelle « Synthèse ».
07:53Et c'est vraiment une sorte de statement, comme disent les anglais.
07:57C'est une espèce de manière de poser là les blessures, les douleurs, les doutes,
08:02avant de pouvoir revenir au piano.
08:05Et en effet, ce n'est pas votre voix, ça donne ça, par exemple.
08:09Et ce truc n'est pas ton but, c'est comme ça.
08:11Ma mère aussi utilisait les mêmes marteaux et elle le faisait tellement bien que Nadia Boulanger,
08:15pour ceux qui savent qui c'est, avait déclaré de rien pouvoir lui apprendre,
08:18puisqu'à son âge elle savait déjà tout.
08:20Bon, c'est ce qu'elle dit.
08:22Donc quand j'ai commencé à poser mes mains sur cet instrument que j'adore,
08:24j'avais une certaine forme de pression.
08:28Et là, ce que vous entendez, c'est une de mes compositions.
08:30Dès que je m'y mets, je compose.
08:32Ça sort tout seul.
08:33Mais c'est aussi un portail vers une forme mouvante d'enfer.
08:36Est-ce que je l'aime encore, cette compo que j'ai adoré ce matin ?
08:38Est-ce qu'elle est à la hauteur de mon niveau pianistique ?
08:41Est-ce que je ne suis pas en train de faire cent fois la même chose depuis que je suis
08:43née ?
08:44Et est-ce que ma mère va l'aimer, elle qui pourrait mourir en écoutant de la musique ?
08:47Et mon but à moi, évidemment, ce n'est pas de tuer ma mère.
08:49C'est un sujet, votre mère.
08:51Oui.
08:52Et oui.
08:53À chaque fois, je me dis, bon, je n'en parlerai pas.
08:55Non, c'est ma vie.
08:57C'est une grande partie de mon début de vie, franchement.
09:01Et puis, on a un lien avec sa maman, moi qui ai des enfants.
09:06Voilà, moi, je suis très, j'ai un instinct très, très, très, très fort, très maternel.
09:11Donc, c'est quelque chose pour moi qui est très fusionnel.
09:13Comment elle a pu avoir comme professeure Nadia Boulanger ?
09:16Comment elle s'est retrouvée à jouer devant Nadia Boulanger ?
09:18Il faut expliquer qui est Nadia Boulanger.
09:20C'est probablement la plus grande professeure de piano de toute l'histoire de la musique.
09:25Elle était française, elle a enseigné aux Etats-Unis.
09:28Tous les grands pianistes du XXe siècle l'ont eue comme professeure.
09:31Tous.
09:32Mais tous.
09:33Oui, oui, c'est vrai.
09:33Et son nom n'est pas très connu parce qu'elle appartient à une génération de femmes qui a été
09:36effacée de l'histoire de la musique.
09:38Mais c'est ça l'histoire.
09:38Comment votre mère se retrouve devant Nadia Boulanger ?
09:40Je suis impressionnée du portrait que vous dressiez de Nadia Boulanger qui n'est effectivement pas si connue que ça.
09:45Moi, je suis impressionnée du fait que votre mère a joué devant Nadia Boulanger.
09:48Vous avez vu que dans le texte, à un moment, c'est ce qu'elle dit.
09:51C'est ce qu'elle dit.
09:51Vous n'êtes pas sûre que ce soit vrai ?
09:53Si, mais elle n'a pas pris de cours avec elle.
09:56Je pense qu'effectivement, à un moment, elle a posé ses mains sur le clavier et que Nadia Boulanger a
10:02tout de suite vu un potentiel.
10:03Parce que ça se voit très, très, très vite un potentiel.
10:05Vraiment, ça se ressent plus que dans la technique, ça se ressent dans la musicalité.
10:09Et ma mère était quelqu'un de très musicienne.
10:12Et pourquoi elle n'en a pas fait son métier ?
10:14Parce qu'elle est trop fantaisiste.
10:16Le sérieux, elle ne l'avait pas.
10:18La discipline, elle ne l'avait pas.
10:20C'était le drame de sa maman, donc ma mamie.
10:23Et je pense que chez moi, ils ont vu cette possibilité et cette capacité à être sérieuse.
10:31Moi, j'étais une bonne petite fille, une bonne petite élève, une gentille fille.
10:36Oui, mais vous avez craqué.
10:37Vous avez craqué devant un jury.
10:39Complètement.
10:39J'ai craqué.
10:40Et puis j'ai craqué aussi parce que j'ai dit stop.
10:43Et c'est merveilleux de pouvoir dire stop.
10:44Mais vous avez dit stop parce que vous étiez sur le point de dépasser votre maman ?
10:49Vous auriez pu devenir la pianiste que elle, elle n'est pas devenue ?
10:53Donc ?
10:58Tiens, je n'ai pas pensé à ça.
11:00Après, je suis devenue plein de choses qu'elle n'est pas devenue.
11:04Franchement, mon père, il rêvait d'être acteur.
11:06Il adorait le cinoche.
11:07Voilà, je suis devenue actrice et je ne l'ai pas dépassée.
11:10Et au cinoche.
11:11Et au cinoche.
11:13Et au cinoche.
11:14Et d'ailleurs, c'est intéressant d'avoir chuté devant un jury qui vous renvoie à votre physique de mannequin,
11:22à votre beauté, à votre silhouette impeccable, à votre blondeur, à vos yeux bleus, à tout ça.
11:26Est-ce que vous étiez à 19 ans ?
11:28Bien sûr.
11:29Pas du tout.
11:29Mais bon.
11:30C'est vrai.
11:30C'est ce que vous dites.
11:31Silhouettes impeccables.
11:32Mais pas une seule seconde.
11:33Je vous dis.
11:34J'étais tout sauf...
11:35Quand je dis que je n'étais pas à l'aise dans mon corps, ce n'est pas que moi
11:38qui le savais.
11:39Moi, j'ai fait face à des...
11:41Vraiment, maintenant, on appelle ça la grossophobie.
11:43Alors, ça vous fait peut-être rire maintenant.
11:44Vous étiez ronde.
11:45Oui, j'étais ronde.
11:46Je faisais 1m79.
11:48J'étais visible.
11:49En fait, je vais vous dire.
11:50J'étais visible.
11:50J'avais des formes, de la poitrine, des hanches.
11:53J'étais trop visible.
11:55C'est exactement ça.
11:57Donc, il faut trouver un moyen de se cacher.
12:00Et le piano a été formidable parce qu'il m'a cachée.
12:02C'est vrai.
12:03Il m'a cachée.
12:03J'étais triste derrière ce machin-là.
12:05Le plus grand des instruments.
12:07Mais vous avez quand même choisi une carrière sous le regard des autres.
12:10Sous le regard des autres.
12:12J'ai eu besoin d'être aimée, évidemment.
12:15Regarder pour ce que j'étais.
12:16Alors, au départ, ce que j'étais, c'était comme vous dites.
12:19C'était me mettre dans une case, mais où on m'aimait là-dedans.
12:21Moi, la première fois qu'on m'a dit qu'on me trouvait jolie et que je me suis vue
12:26à l'écran,
12:26je me suis dit, mais ce n'est pas possible.
12:27Et en fait, je me suis vue à l'écran.
12:29Et je me suis vue différemment.
12:31J'ai regardé quelqu'un qui était devant moi sur un écran.
12:33Ça n'était pas du tout moi devant la glace.
12:35Ça n'a rien à voir.
12:37Voilà.
12:37Donc, ça faisait du bien.
12:38Alice Taglioni se lève, traverse le studio, va au piano, voilà, et va nous interpréter hypersensible.
12:46C'est donc un deuxième extrait de cet album au nom mystérieux, mais peut-être qu'on
12:51va l'avoir, au nom mystérieux qui sortira le 5 juin.
12:56Alice Taglioni en live sur France Inter.
14:33Hyper sensible, joué en direct dans le studio de la Grande Matinale par Alice Taglioni.
14:40J'allais dire rien que pour moi, mais non, pour nous tous, il y a deux millions de personnes
14:44qui viennent de vous écouter.
14:45Merci beaucoup.
14:47Pourquoi avoir choisi de mettre en avant, dans le premier morceau dont j'ai fait écouter
14:53un extrait tout à l'heure, le côté percussif du piano ?
14:58C'est ces marteaux qui tapent, qui tapent, qui cognent, que votre mère faisait déjà
15:04cogner face à Nadia Boulanger, que vous faites cogner, alors que vous venez de nous jouer
15:07quelque chose d'une extrême sensibilité, justement.
15:12Moi, je suis quelqu'un qui va toujours trop vite et trop fort.
15:19Il faut que ça aille vite parce que j'ai ce sentiment que j'accapare trop de temps.
15:24C'est toujours ce qu'on m'a dit, tu joues trop vite, tu joues trop fort.
15:28Donc le fort, pourtant, on m'entend.
15:30C'est ce côté, oh là là, mais j'embête les gens.
15:32Il ne faut pas que ça prenne trop de temps parce qu'on va me regarder et en plus, on
15:36va m'écouter.
15:39Terrifiant, terrifiant.
15:40Donc c'est vrai que...
15:41Comme quand vous étiez jeune, vous preniez trop de place, on vous voyait trop.
15:45Exactement.
15:45Trop de poitrine, trop grande, trop de sourire.
15:49On se rend compte de plein de trucs en parlant avec vous.
15:53Non, non, c'est vrai.
15:55Il faut...
15:56C'est toujours...
15:56Mais effectivement, c'est très paradoxal.
15:58Je suis devenue actrice.
16:00Franchement, pour se cacher, il y a mieux quand même.
16:03Je suis cette pianiste qui maintenant est sur le devant de la scène avec ma musique.
16:10Je me dis que c'est complètement paradoxal avec ce que j'ai ressenti.
16:15Mais oui, ça y est, je grandis.
16:18Et comme vous dites, ça m'a pris 40 ans.
16:20Écoutez Gaspard de la Nuit.
16:22Gaspard de la Nuit, c'est Maurice Ravel.
16:24Ça fait partie de vos morceaux adorés.
16:42Je crois que c'est Martha Argerich qui le joue.
16:46La plus grande.
16:47La plus grande ?
16:48Pour vous, c'est la plus grande ?
16:50Pourquoi c'est si difficile à jouer, Ravel ?
16:55Déjà, c'est difficile à entendre.
16:56Moi, ça me bouleverse.
16:57Bah oui, vous avez les larmes.
16:59C'est incroyable.
17:00Instantanément.
17:01Instantanément.
17:02C'est difficile parce que c'est de la dentelle et en même temps, c'est puissant.
17:08Surtout Gaspard de la Nuit, ça va dans des affres.
17:12C'est à la fois très sombre et en même temps lumineux.
17:15Il y a une espèce de renaissance.
17:16Mais en même temps, Gaspard de la Nuit, il y a même quelque chose qui est proche de la mort
17:23et qui se réveille.
17:25Ravel, c'est d'une beauté absolue.
17:27En plus, c'est de la musique française, il y a des harmonies qu'on n'a que chez nous
17:30et qui sont absolument sublimes.
17:33Et Ravel, ça restera mon préféré.
17:35Votre Dieu.
17:35Oui, exactement.
17:36Vous avez écrit un roman, il y a deux ans, chez Robert Laffont, Un Papa Vivant.
17:41Et il y a un personnage qui s'appelle Gloria.
17:43Vous allez me dire, c'est de la fiction.
17:44C'est comme synthèse.
17:45C'est de la fiction.
17:46Ce n'est pas complètement moi.
17:47C'est mes mots, mais ce n'est pas complètement mon histoire.
17:49Gloria est pianiste.
17:50Gloria a connu un deuil extrêmement violent et brutal, le père de son petit garçon.
17:55Gloria a arrêté de jouer du piano.
17:57Justement au moment du deuil, dans le chagrin, dans la douleur, elle a arrêté.
18:01Il se trouve que dans la vie, vous avez connu un deuil extrêmement brutal et violent,
18:04la mort de votre petit garçon, il y a longtemps.
18:06Ah non, pas la mort de mon petit garçon.
18:07Non, la mort du père de votre petit garçon.
18:11Et vous aussi, vous avez arrêté.
18:13Justement, la mort vous a séparée de la musique.
18:16Ou dans la vie, ça a été tout le contraire ?
18:23Oui, ça m'a séparée.
18:24Ça m'a séparée de la musique parce que c'était indicible.
18:28En fait, la seule chose qui m'a tenue en vie, c'est vraiment la maternité.
18:35Voilà, s'il faut être sincère, c'est ça.
18:38Et effectivement, la musique est revenue après avec la vie qui revenait.
18:43Avec la vie qui revenait, tout ce qui va avec, l'amour qui revenait, la famille qui se construisait.
18:48Et tout ça, ça a été des sources d'inspiration parce que la vie, je n'aime pas cette phrase.
18:54Et je le dis dans mon livre, on ne refait pas sa vie, mais on la continue.
18:57Et moi, j'ai essayé de la continuer de la plus belle des façons.
19:00Et quand je vois mes enfants, mes belles-filles, ma famille, je suis heureuse.
19:06C'est quand même absolument génial tout ce qu'il y a dans ce retour au piano, Alistair.
19:11Tout ce qui trimballe ce retour au piano.
19:14On se quitte avec quelques notes de Rachmaninoff.
19:16Parce que moi, je voudrais comprendre comment on peut aimer jouer Rachmaninoff.
19:19Pour moi, c'est ce que j'ai toujours cru, moi qui ne sais pas jouer de piano.
19:22C'était ce qu'il y avait de plus difficile, de plus douloureux pour les mains.
19:25Un casse-tête !
19:27Bien sûr.
19:31Alors, pourquoi Rachmaninoff ?
19:32Je vais pleurer aussi.
19:33Pleurer, pleurer, pleurer !
19:36Alors, Rachmaninoff, je crois que j'ai découvert ça.
19:39J'avais 17 ans et je crois que j'ai écouté ça à la radio.
19:44Je vais vous dire, la première fois que j'ai entendu ce concerto, c'était à la radio, le matin
19:49en me réveillant.
19:50Ça ne m'a jamais lâchée.
19:52Je ne connaissais pas.
19:53Et ce concerto, il est partie de ma vie.
19:56Ça, c'était Alistair Glioni qui nous donne envie d'écouter de la musique et de jouer du piano.
20:01Merci mille fois.
20:02On peut déjà écouter Hypersensible.
20:06On peut déjà écouter Synthèse.
20:08Et puis, à partir du 5 juin, on écoutera votre album.
20:10Merci d'être venu.
20:11Merci à vous.
20:11Sous-titrage Société Radio-Canada
20:46Sous-titrage Société Radio-Canada
21:13Sous-titrage Société Radio-Canada
22:12Sous-titrage Société Radio-Canada
22:30C'est Dusty Springfield et c'est Spooky, un tube des années 70.
22:35Il est 9h29, vous êtes sur France Inter et vous êtes dans le mag de la grande matinale.
22:41On va ensemble jusqu'à 10h avec Charlene Vanhoenacker.
22:45Bonjour la France Inter.
22:46Sonia, il y a parfois des sujets d'actu dans lesquels je saute à pieds joints comme dans
22:50une flaque.
22:51Les cales.
22:51Celui de 9h45 fait partie de celui-là.
22:53Très bien.
22:54On est impatients.
22:55Def Néburki, bonjour.
22:56Et bonjour.
22:57À 9h50, ma nouvelle tête s'appelle Kino.
22:59C'est un humoriste qui a décidé de prendre tous les commentaires, vous savez, sous les
23:02vidéos des réseaux sociaux et d'en faire des grandes chansons années 80.
23:07Absolument, je vous le présente.
23:08Il y a des choses gentilles dans ces chansons ?
23:09Il y a de tout.
23:10Il y a de tout.
23:11Allez, il est 9h30, vous êtes sur France Inter.
23:14Je n'aime pas parler de moi, mais quand on fait de la politique, votre vie personnelle,
23:18votre vie privée est aussi regardée.
23:21Je sais qu'à un moment donné, il faut se livrer.
23:24Je ne sais pas comment vous faites d'ailleurs, parce qu'elle est assez secrète.
23:26On ne sait pas trop avec qui vous êtes.
23:28Parce que c'est le dernier espace de liberté qui me reste.
23:32Ça, c'était Jordan Bardella, invité de l'émission Ambition Intime, il y a un an sur MC.
23:37Cette semaine, c'est Paris Match qui lui consacre sa couve, l'idylle que personne n'attendait.
23:42Le président du Rassemblement National avec Maria Carolina de Bourbon des Deux Siciles,
23:46une duchesse de 22 ans.
23:48Un choix médiatique qui soulève de nombreuses questions.
23:51De la part du peut-être candidat d'extrême droite, s'afficher avec une héritière richissime,
23:55risque-t-il de le couper de sa base populaire ?
23:58Mais aussi de la part de Paris Match, Jordan Bardella est-il un people comme les autres ?
24:04France Inter, la grande matinale, Sonia De Villers.
24:09Et j'ai le plaisir d'en débattre ce matin avec Bruno Jeudy.
24:11Bonjour Bruno.
24:12Bonjour Sonia.
24:12Vous êtes directeur délégué de la Tribune dimanche et vous êtes ancien rédacteur en chef du service politique de Paris
24:19Match.
24:19Et Jonathan Bamboucher-Peterson, bonjour.
24:22Bonjour.
24:22Vous êtes éditorialiste politique à Libération.
24:25Alors, Bruno Jeudy d'abord, est-ce que c'est ce qu'on appelle une fausse paparazzade ?
24:29Oui, c'est une fausse paparazzade.
24:31Expliquez-nous comment ça va ?
24:33Alors d'abord, il faut l'expliquer à nos auditeurs parce que fausse paparazzade, ça veut dire quoi ?
24:36Ça veut dire qu'en fait, la personnalité ou les deux personnalités en l'occurrence,
24:41savent qu'il y a un photographe sur le chemin de la route des Sanguinaires en Corse,
24:45puisque c'est là qu'ont eu lieu les photos.
24:49Et elle se prête au jeu des photos tout en, j'allais dire, le photographe est suffisamment loin
24:56pour que ça donne l'impression de photos volées ou de photos surprises, comme dit la légende.
25:03J'allais dire que c'est un classique pour les politiques.
25:06Souvent, ça a été le cas à Paris Match, récemment pour Emmanuel Macron en 2016.
25:12On se souvient peut-être de la photo sur la plage de Biarritz,
25:16où M. et Mme Macron marchaient en maillot de bain,
25:20avec un photographe qui était très loin, mais il savait qu'il y avait un photographe.
25:23C'était le cas aussi pour d'autres.
25:27Et Paris Match, j'allais dire, est rempli d'histoires de fausses paparazzades.
25:33Est-ce que Paris Match est rempli d'histoires de fausses paparazzades qui lancent une présidentielle ?
25:38Est-ce que pour vous, quand vous avez vu ça la semaine dernière, Bruno Jeudy,
25:42vous vous êtes dit, lancement de la présidentielle 2027, on y est ?
25:45Oui, c'est d'ailleurs ce que j'ai dit lorsqu'on a préparé l'émission.
25:51Vous m'avez invité, j'ai dit que ça marquait le lancement, en quelque sorte, un peu officiel de cette
25:57campagne présidentielle.
25:58Parce qu'une une de Paris Match, ce n'est pas n'importe quoi.
26:00Ça présidentialise, ça normalise, ça glamourise.
26:05Et c'est vrai qu'il y a encore aujourd'hui, à l'époque des réseaux sociaux, à l'ère
26:10d'Instagram.
26:11Exactement, parce que vous vous adressez une clientèle particulière, les lecteurs et les lectrices de Paris Match,
26:18un grand magazine qui se vend davantage en province qu'à Paris,
26:23qui se vend aussi bien aux clientes et clients des salons de coiffure ou des salles d'attente de médecins,
26:30mais aussi à la bourgeoisie locale.
26:33Et donc, ça installe une image.
26:36Vous trouvez que ça installe une image, Jonathan Boucher-Pétersen ?
26:39D'abord, vous, vous avez vu ça et vous vous êtes dit, allez hop, fausse paparazzade, petit 1.
26:43Allez hop, début de la présidentielle, petit 2.
26:45Fausse paparazzade, oui, évidemment.
26:48Quoiqu'en puissant dire l'article, d'ailleurs, c'est ça qui est toujours un peu singulier.
26:50Moi, je pense qu'en tout cas, on n'est pas dans le public reportage, même pour dire les choses
26:54un peu plus concrètement,
26:54parce qu'il faut quand même prendre le temps de lire l'article à l'eau de rose.
26:58L'article, oui, parce que ce n'est pas forcément l'article qu'il y avait pour d'autres fausses
27:01paparazzades.
27:02Petite précision, un public reportage, c'est un enquadré commercial, et derrière, c'est une transaction commerciale.
27:07Mais là, on est dans le registre.
27:08Ce n'est pas le cas.
27:09Oui, mais enfin, là, il n'y a pas eu de transaction commerciale.
27:11Non, non, mais c'est la patronation commerciale.
27:12Mais encore une fois, le produit qui est vendu, en tout cas, c'est Jordan Bardella.
27:14Il est coproducteur, en tout cas, de cette publication.
27:17Il ouvre la porte à ça, parce qu'après, il y a toujours...
27:20Jordan Bardella, le choix originel qu'il fait, c'est d'aller en janvier, aux 200 ans du Figaro,
27:25avec cette même princesse, et d'être capté dans un environnement public à ce moment-là.
27:29Donc, à ce moment-là, se met en place sûrement une mécanique où il est suivi par des paparazzis,
27:32où un certain nombre de personnes ont intérêt.
27:34Je rappelle qu'à ce moment-là, Le Monde publie un papier sur le risque de brouillage de l'image
27:41du président du Rassemblement National.
27:42Il y a des réactions absolument outrées de tout l'entourage de Jordan Bardella,
27:45des phrases très violentes même de députés RN sur leurs réseaux sociaux.
27:48Sur ce papier ?
27:49Sur ce papier, précisément.
27:50Donc voilà, là, moi, je trouve ce qu'il y a de plus intéressant,
27:52ce n'est pas tant que Paris Match soit Paris Match,
27:54parce que ça, de Sarah Knafo et Éric Zemmour, en décembre 2017, déjà, Nicolas Sarkozy et Carla Bruni à Disneyland,
28:02enfin, il y a mille exemples qui n'ont pas toujours donné des victoires à l'arrivée.
28:07Je pense que le statut de présidentiel de Jordan Bardella,
28:09certes, il y a un petit effet personnalité de premier plan,
28:12mais malheureusement, il existe très au-delà de cette publication-là.
28:16Ce qui est intéressant, c'est pourquoi Jordan Bardella décide de valider et de mettre en scène cette officialisation.
28:21Ça, moi, je trouve que c'est intéressant parce qu'une Marine Le Pen, par exemple,
28:25n'a jamais mis en scène sa vie privée.
28:26Jamais, jamais.
28:26Jamais, elle a pensé que c'était un des éléments qui devait justifier le fait qu'elle était présidentiable.
28:31Donc, c'est symptomatique d'une époque, c'est symptomatique d'un profil aussi.
28:35Je pense que Jordan Bardella n'a rien d'antisystème,
28:37et même le plus, il peut afficher cette espèce de...
28:40Jordan Bardella, qui est extrêmement puissant sur les réseaux sociaux.
28:43Qui est beaucoup plus puissant, d'ailleurs, que sa nouvelle compagne,
28:45qui est elle-même influenceuse sur les réseaux sociaux.
28:47Jordan Bardella, pour donner un ordre de grandeur,
28:49c'est 2,3 millions d'abonnés sur TikTok,
28:51c'est 1,5 millions, je crois, sur Instagram.
28:54Voilà, c'est une de ses caractéristiques.
28:55Sauf que ça, ça touche les jeunes, c'est ce que disait Bruno Jeudy,
28:57c'est la manière de s'institutionnaliser auprès d'un autre public.
29:01Non, mais dans l'électorat de droite,
29:02si Jordan Bardella, c'est la jambe droite du Rassemblement National,
29:05celui qui cherche à être celui qui fait tomber le plafond de verre
29:09et qui va séduire de nouveaux publics,
29:10par sa ligne politique plus libérale, plus pro-business,
29:13évidemment, il écrit une autre histoire que celle de Marine Le Pen.
29:15C'est ça que ça dit Bruno Jeudy pour vous ?
29:19Je rappelle que Marine Le Pen était au micro de Benjamin Duhamel
29:22et Florence Paracoulos il y a peu,
29:23en disant « Nous ne sommes pas un parti de droite ».
29:26Je rappelle que nous sommes très implantés dans le Nord,
29:29auprès d'anciens ouvriers.
29:31Mais il y a une différence, elle est exacte.
29:33Je voudrais préciser,
29:35et peut-être ne pas être d'accord sur un point avec Jonathan,
29:37c'est que je ne suis pas certain que Paris Match
29:39aurait accordé la même chose à Marine Le Pen.
29:41Ah bon ?
29:42Oui, je pense que, enfin je suis même sûr,
29:45Marine Le Pen n'a pas fait la une de Paris Match
29:47à aucune de ses campagnes présidentielles.
29:48J'ai bien passé pour le savoir,
29:49puisque j'étais à Paris Match pendant 7 ans.
29:51Alors quelle différence entre les deux ?
29:53Justement, ça dit de quelques...
29:54Ça dit quoi ?
29:56Ça dit que Jordan Bardella,
29:58il y a une volonté d'une partie,
30:02d'abord de Jordan Bardella,
30:03d'une partie de l'écosystème autour de Jordan Bardella.
30:06Je pense notamment, on a vu les réactions,
30:08les médias du groupe Bolloré,
30:10comment ils ont soutenu à fond Jordan Bardella
30:13dans cette affaire.
30:14Et on sait bien qu'ils ont une préférence
30:17pour Jordan Bardella par rapport à Marine Le Pen.
30:19Vous, vous venez de dire,
30:20pendant des années,
30:21on était à Paris Match
30:22et on n'aurait pas fait la même chose
30:23sur Marine Le Pen.
30:24Pourquoi ?
30:24Olivier Royan,
30:25qui était longtemps le directeur de Paris Match,
30:28ne voulait pas qu'on fasse la une
30:30avec des personnalités,
30:31des figures d'extrême droite.
30:32Eh bien, on y est.
30:33On y est.
30:33Donc, est-ce qu'il y a un pas ?
30:34Il y a un glissement en toute façon.
30:35Est-ce qu'un pas a été franchi ?
30:37C'était la ligne à Paris Match pendant longtemps.
30:39Il n'y a un pas parce que Jordan Bardella,
30:40pour une partie de cet écosystème,
30:43n'est pas...
30:44Il essaie de le sortir
30:45de la sphère de l'extrême droite.
30:48C'est l'idée de l'union des droites
30:50que porte en germe Jordan Bardella
30:53et que refuse Marine Le Pen.
30:55Eh bien, donc, si je comprends bien,
30:57pendant très longtemps,
30:58la limite à ne pas franchir pour Paris Match,
31:00c'était de ne pas faire
31:02d'un candidat d'extrême droite
31:04un people comme les autres.
31:05C'était la question que voilà.
31:06C'était ni le même actionnaire
31:07ni le même directeur de Paris Match.
31:08Alors, expliquez-nous, Jonathan.
31:10Non, mais c'est une époque où...
31:12L'actionnaire de Paris Match,
31:13ça a été un peu compliqué,
31:14mais si on dit que pendant longtemps,
31:15ça a été la sphère Lagardère.
31:16Après, c'est passé par la sphère Bolloré,
31:19on va dire, pendant un temps très court.
31:21Et aujourd'hui, c'est Bernard Arnault
31:22qui, sur le plan capitalistique...
31:23Le patron...
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