- il y a 9 mois
Étienne Davodeau, dessinateur et scénariste de bande dessinée et Françoise Roy, intervenante à domicile pour des personnes ayant des troubles cognitifs et pour leurs proches. Ils publient “Là où tu vas” (Futuopolis).
Retrouvez « Le Grand portrait par Sonia Devillers » avec Sonia Devillers sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-9h10
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00:00A lire d'autres vies que la sienne, parfois on se sent tout petit.
00:05Voyage au pays de la mémoire qui flanche, raconte le quotidien de Françoise.
00:10Elle a peut-être la soixantaine, elle vit pas très loin de la Loire,
00:14et son métier c'est d'accompagner des femmes et des hommes malades d'Alzheimer.
00:19Ce sont nos grands-parents, ce sont nos parents, c'est nous, demain.
00:24Il n'y a pas de médicament, figurez-vous, pour soigner ces dégénérescences.
00:27Il n'y a que l'accompagnement pour tenter de rester dans la vie,
00:31de monter les marches d'un escalier, de réapprendre à se brosser les dents,
00:35à s'asseoir sur la cuvette des toilettes.
00:38Un lien humain pour des personnes qui se murent dans un monde de confusion.
00:42Alors oui, on se sent tout petit quand on tourne les pages de cette merveilleuse bande dessinée,
00:48signée d'un grand auteur, Étienne Davodot.
00:51Pas tout petit face à lui, tout petit face à sa femme,
00:54Françoise, face au savoir qu'elle a acquis, face à sa patience, face à son empathie,
01:00face au choix de ce métier pour lequel elle se lève chaque matin.
01:03Alors là où elle va, c'est là où nous allons tous.
01:07Et plutôt que d'en avoir peur, donnons-lui la main, portrait numéro 40.
01:12Bon bah elle est toute émue, Françoise.
01:18Ça va aller ?
01:19Ça va aller.
01:21Donc le livre s'appelle « Là où tu vas, voyage au pays, la mémoire qui flanche »,
01:26bande dessinée qui ne ressemble, je le dis absolument à aucune autre,
01:30et qui paraît chez Futuro Police.
01:32Françoise Roy, Étienne Davodot, bonjour à tous les deux.
01:36Bonjour.
01:37Bonjour.
01:37Merci d'avoir quitté votre Maine-et-Loire, le train a eu du retard hier soir.
01:42Vous avez combien de vies communes derrière vous ?
01:45Ça fait presque 40 ans qu'on vit ensemble.
01:47Presque 40 ans ?
01:48Bon, voilà.
01:49Françoise, vous me croyez si je vous dis que la maladie d'Alzheimer fait tellement peur
01:53qu'on n'oserait, comment dire, presque pas la regarder en face ?
01:57Parfois on voudrait, comme pour la conjurer, pas trop s'en approcher.
02:02Oui, je crois que la maladie d'Alzheimer, comme les autres maladies, les pathologies
02:07neurodégénératives, ça fait vraiment peur.
02:10Et voilà, c'était un petit peu, moi, ce qui m'embêtait que Étienne fasse un livre
02:18sur ce sujet, c'est que vraiment, ça pouvait être un sujet à peu près anxiogène.
02:22Et voilà, moi, c'est pas mon travail, c'est plutôt de remettre du positif, en fait,
02:28dans cet accompagnement.
02:30Du positif, de la douceur.
02:32De la douceur, de la compréhension, du recul, de l'observation de l'humanité.
02:37Étienne Davaudot, je l'ai dit, vous êtes un grand nom de la bande dessinée documentaire
02:41et vous racontez le réel, donc à travers ce médium qui vous a valu des très grands succès.
02:47On se souvient par exemple des Ignorants qui étaient votre best-seller.
02:50Françoise, elle a été vos yeux et vos oreilles.
02:55Sauf pour une des histoires que vous racontez, on le dira un peu plus tard,
02:58mais elle a été vos yeux et vos oreilles, c'est-à-dire que vous ne vous êtes pas approchés
03:02des personnes malades.
03:03C'est elle qui vous a raconté leurs histoires.
03:05Oui.
03:06Et son histoire.
03:07Oui, parce que Françoise a longtemps refusé que je fasse ce livre, ça fait longtemps que
03:10je lui en parle, et une des raisons qu'elle m'opposait, c'était que quand elle va accompagner
03:15une personne qui souffre d'une maladie neurodégénérative, elle met un temps fou à recréer
03:20un lien, à trouver une porte d'accès, à trouver la confiance, voire même à se faire
03:23accepter.
03:24C'est un travail très long qui prend des jours, des semaines et qui procède vraiment
03:28de l'intime.
03:29Et donc, moi, si moi, j'arrivais, comme d'habitude, avec mon carnet de croquis pour
03:32poser des questions, j'allais mettre un bazar terrible là-dedans et donc c'était impossible.
03:35Donc, voilà, je lui ai proposé de ne pas venir avec elle, de rester dans mon atelier,
03:39mais qu'elle me raconte au plus près ses journées.
03:40Et c'est ça.
03:41Justement parce que je pense à ces planches magnifiques dans le livre, quand Étienne
03:46Françoise dit « c'est si long de créer le contact et d'entrer en contact », il
03:51y a une des personnes que vous accompagnez, qui est une dame qui est déjà très avancée
03:55dans la maladie et donc elle a presque perdu le langage.
03:58Et ça passe par les mains.
04:00Pourquoi ça passe par les mains ?
04:02Pour elle, il n'y avait que ça, il n'y avait que ce contact-là qui fonctionnait.
04:06Elle m'avait acceptée dans sa maison, mais elle ne faisait pas trop attention à moi.
04:11Elle vaquait à ses occupations et si j'avais envie qu'elle se pose et si j'avais envie
04:18d'entrer en contact avec elle, c'était vraiment d'insister, de me poser à côté
04:22d'elle sur son canapé et d'aller, d'essayer de trouver ce contact physique, ce toucher
04:28qui a permis notre relation.
04:31Etienne, vous pouvez me décrire ce que vous avez dessiné, les mains de Françoise
04:34et de cette dame, l'une sur l'autre, l'une contre l'autre ?
04:39C'est typiquement dans ce genre de situation que la bande dessinée peut faire son office,
04:44c'est-à-dire que quand Françoise me raconte ce qu'elle vient de nous raconter, moi j'ai
04:47besoin de voir concrètement comment les mains de Françoise vont sur les mains de cette
04:50vieille dame, comment ce contact s'établit.
04:52Donc je lui propose de le faire avec mes propres mains et tout ça se dessine formidablement.
04:57Et donc de mes mains aux mains de cette vieille dame, on voit l'accompagnement de Françoise
05:00se créer, se tisser et le contact s'établir, c'est assez magique.
05:04Je vous propose d'écouter la voix de Serge Rezzani, qui était peintre, romancier, auteur
05:10de chansons éblouissantes.
05:12Il parle ici de la femme de sa vie.
05:15La femme de sa vie, elle s'appelait Lula.
05:17Elle a été malade pendant des années et des années de la maladie d'Alzheimer.
05:22Et c'est Serge Rezzani qui a écrit pour elle « J'ai la mémoire qui flanche ».
05:26Quand elle a commencé à avoir la maladie d'Alzheimer, contre laquelle elle se rebellait,
05:30elle ne voulait pas l'admettre, comme tous les gens au début d'ailleurs.
05:33Et puis après, elle ne me reconnaissait plus, elle me disait « Tu sais, qui es-tu toi ? »
05:36Et moi je m'occupais de tout, je lavais ses affaires, je lui faisais à manger, jusqu'après
05:40j'ai dû prendre des gens.
05:42Et elle me disait « Mais qui es-tu ? »
05:44« Tu sais, moi j'ai vu quelqu'un qui a écrit des livres pour moi, qui a fait des tableaux
05:48que tu ne connais pas, des livres que tu n'as pas lus.
05:51Et elle me parlait comme un pauvre type, de quelqu'un qui était moi.
05:54Et c'était très beau en même temps, parce que c'était une déclaration d'amour inconsciente, prodigieuse.
06:00J'ai la mémoire qui flanche, je ne me souviens plus très bien
06:04Comme il était très musicien, il jouait beaucoup des mains
06:09Voilà, donc j'ai découvert que derrière cette chanson totalement universelle
06:15qui a fait le tour du monde, il y avait une vraie histoire d'Alzheimer, vous le saviez, Étienne ?
06:18Non, là, vous me l'apprenez.
06:20Je vous l'apprends, c'est le titre de votre livre, je vous l'apprends, j'ai fait très fort ce matin.
06:24Il y a quelque chose de très touchant, Françoise, dans les histoires que vous avez transmises à Étienne
06:29et que lui-même a retranscrites.
06:32Ce sont ces personnes qui vous disent, comme M. Saunier,
06:37qui vous disent, je me sens d'une grande tristesse, je sens de la détresse, je sens de la colère,
06:44je pleure, je me sens au niouf, je me sens en prison.
06:50Et qui vous dit, heureusement que vous êtes là, heureusement que vous venez me voir
06:53parce qu'avec vous, je peux jeter mes idées par terre, sinon ma tête, elle exploserait.
06:59Oui, ça c'est vraiment très important pour lui.
07:01En fait, c'est quelqu'un qui s'exprimait beaucoup et qui avait l'impression de ne pas se retrouver dans sa vie.
07:09En fait, ce qui l'intéressait, c'était vraiment de pouvoir parler de tout ça et puis d'être entendu.
07:16Et puis voilà, moi, si je peux être là pour ça, je peux être là pour les aider à s'exprimer, les aider à sortir.
07:22Parce que tout reste enfermé ?
07:23Tout reste...
07:24Enfermé à l'intérieur ?
07:25Je pense qu'on peut dire ça, oui.
07:26Je pense qu'on peut dire ça, que tout reste enfermé à l'intérieur
07:29et que c'est difficile pour eux de, déjà, de comprendre ce qui leur arrive, d'en avoir conscience aussi.
07:35D'avoir conscience, d'avoir tous ces troubles.
07:38C'est pour quelqu'un qui a des troubles cognitifs, elle n'a pas forcément la conscience de ces troubles-là.
07:43Et donc c'est difficile parce que l'entourage en a conscience.
07:46Donc comment réagir ?
07:48Enfin voilà, il y a deux chances qui se posent.
07:49De ces mots qu'il ne faut pas prononcer, de ces phrases qu'il ne faut pas utiliser,
07:53de ces gestes qu'il ne faut pas faire.
07:56Vous le dites et vous le dites très simplement dans ce livre.
07:59Et je pense qu'on apprend beaucoup.
08:03Étienne, vous avez été très frappée par la rencontre de Cédric.
08:06Est-ce que vous pouvez nous raconter qui est Cédric ?
08:08Parce que Cédric, il a votre âge exactement.
08:11C'est ça qui vous a vraiment bouleversé.
08:15Et Cédric, il vous le dit, moi j'ai bien conscience de tout ça.
08:18Il peut exprimer assez peu de choses.
08:21Et il vous dit, je suis obligé d'être sous antidépresseur parce que ça me rend très malheureux.
08:25Oui, oui, ce qui arrive à Cédric est emblématique de ce cas qu'on oublie un peu.
08:31C'est-à-dire que ces maladies-là ne sont pas que des maladies pour personnes âgées.
08:34Ce sont des maladies qui touchent aussi des gens parfois jeunes.
08:37En tout cas des gens qui peuvent avoir moins de 60 ans, voire moins de 50 ans.
08:40Et dans ces situations-là, c'est très compliqué.
08:43Parce que quand c'est quelqu'un qui est octogénaire,
08:46ou alors il y a des structures qui existent dans les EHPAD,
08:49quand c'est quelqu'un qui a 40 ou 50 ans, qui est en pleine forme physique,
08:52se pose un vrai problème d'accompagnement.
08:54Donc c'est là que les personnes comme François sont très importantes.
08:57Et puis les accueils sont très compliqués à mettre en place.
09:00Donc c'est intéressant de montrer que ces pathologies-là ne sont pas que des pathologies pour personnes âgées.
09:05Et de montrer qu'il est lucide.
09:08C'est-à-dire qu'à la fois il fout le camp et en même temps il est là.
09:11C'est ça, il y a un moment d'équilibre comme ça, où les choses arrivent,
09:15où l'environnement est déterminant.
09:18Les proches, la famille, tout ça sont impactés en même temps que les personnes.
09:21Et c'est là qu'il faut vraiment faire corps autour des personnes concernées.
09:25Et vous savez, on dit qu'il y a plus d'un million de personnes en France
09:28qui sont touchées par ces pathologies-là.
09:30Donc c'est autant de familles.
09:31Si on ajoute les familles, ça fait plusieurs millions de personnes.
09:34Et il ne faut pas oublier que ce sont des maladies qui ne se soignent pas.
09:37Donc l'accompagnement, il est déterminant.
09:38L'accompagnement des professionnels comme Françoise,
09:40mais aussi l'accompagnement des proches, des amis, des familles.
09:42Et dans le cas de malades jeunes, c'est d'autant plus vrai.
09:44Alors écoutez Patricia.
09:46Patricia, elle a quitté sa vie parisienne pour s'occuper de son père,
09:48qui s'appelle Michel.
09:50Et c'est un extrait de Des Vies Françaises.
09:51C'était un documentaire radio de notre consoeur Charlotte Péry.
09:55Je rentre avec plaisir dans sa folie.
09:57Elle me va très bien.
09:57Elle est même beaucoup plus agréable que la réalité,
10:00parce que dans sa vie, lui, il n'y a pas de Covid.
10:03Il n'y a pas de décédé.
10:04Ma mère, elle est en vacances.
10:06Tous les gens qui ne sont pas là, lui, il les voit quand même.
10:09Lui, voilà, il est dans son monde qui est bien plus joli
10:13que la réalité actuellement.
10:18Moi, je ne vis pas avec un vieillard malade et sénile.
10:21Je n'ai pas du tout cette impression-là.
10:23Moi, je vis avec un extraterrestre, un surréaliste.
10:26Ça pourrait être mon père, mon fils et mon simple d'esprit.
10:30Il est tout seul à la fois.
10:32Elle est incroyable, Patricia, non ?
10:33C'est extraordinaire.
10:35Je trouve ça un témoignage extraordinaire,
10:37parce qu'il y a vraiment deux réalités qui s'opposent.
10:39En fait, la réalité de la personne malade
10:41et la réalité de la famille,
10:43qui est une réalité vraiment difficile à vivre,
10:46puisque la personne malade n'est pas forcément
10:49dans la même réalité qu'elle.
10:50Alors, justement, dans ce livre,
10:53à travers les histoires des uns et des autres,
10:56vous prodiguez des conseils.
10:58Monsieur Saunier, par exemple,
10:59il se croit coincé en Allemagne.
11:00Il ne peut plus rentrer chez lui.
11:01Il ne peut pas revoir sa mère.
11:02Et vous, vous lui dites...
11:03Enfin, vous lui avez dit ça il y a quelques années,
11:05parce qu'aujourd'hui, vous dites à Étienne,
11:07je ne le referai plus comme ça.
11:08Vous lui dites...
11:09Mais enfin, monsieur Saunier,
11:11moi, je suis venu vous voir.
11:12Moi, je suis en France.
11:14Alors, vous êtes en France aussi.
11:15Et ça a marché.
11:16Il a réussi dans sa tête à rentrer chez lui.
11:18Pourquoi il ne faut pas le faire comme ça ?
11:20Alors, ça a marché,
11:20mais pas de cette façon-là, en fait.
11:22En disant ça, ça ne marchait pas.
11:24Ça ne fonctionnait pas du tout.
11:26J'ai plutôt pris l'option, ensuite,
11:28d'aller me balader avec lui,
11:30d'aller vraiment au parc.
11:33Et puis après, en revenant,
11:34je lui ai demandé de m'indiquer la route
11:36pour rentrer chez lui.
11:37Il m'a indiqué.
11:38Et quand il est rentré chez lui,
11:39vraiment, il était chez lui.
11:41Et pourquoi ça ne sert à rien ?
11:42Et même pourquoi ça fait du mal de dire
11:43« Mais non, tu n'es pas en Allemagne,
11:45tu es en France.
11:46Mais non, je suis ta fille
11:47et je ne suis pas ta femme.
11:48Mais si, je suis venue te voir ce matin
11:50et tu l'as oubliée. »
11:51Pourquoi elles font du mal, ces phrases-là ?
11:53La personne ne peut pas comprendre ça,
11:56puisque ce n'est pas sa réalité.
11:58Donc, en fait, c'est brutal ?
12:01C'est hyper brutal et c'est hyper questionnant.
12:05C'est extraordinaire.
12:06Et ce monsieur-là, monsieur Saunier,
12:07le disait très bien,
12:09comment c'était brutal pour lui.
12:10Un jour, il a découvert qu'il avait des enfants
12:12alors que...
12:13Ah bon, j'ai des enfants
12:16qu'on ne me l'avait jamais dit.
12:18Est-ce qu'ils sont au courant
12:18que je suis leur père ?
12:19Enfin voilà, c'était vraiment très...
12:20Et donc vous, ce que vous faites
12:22et ce que vous apprenez aux autres à faire,
12:26en fait, c'est d'accompagner
12:27le moment de la rencontre
12:29et de l'interaction,
12:30c'est-à-dire de l'anticiper.
12:31Donc par exemple,
12:32de se présenter face à une personne
12:34qui est atteinte de la maladie
12:36avec une étiquette sur la poitrine.
12:38S'il y a marqué Françoise,
12:39comme ça, il sait déjà
12:40que vous vous appelez Françoise.
12:41Par exemple, oui.
12:42Ça l'aide.
12:43Oui, ça peut être ça.
12:44Ça peut être aussi
12:45d'aller voir son proche, par exemple,
12:48et de dire bonjour maman,
12:50je suis ta fille, Françoise.
12:52De commencer par là.
12:53Et quand on commence par là...
12:54Et quand on commence par là,
12:55déjà, ça pose la situation.
12:57Et pourquoi...
12:57Ça aide.
12:58Est-ce qu'on monte l'escalier
12:59devant une personne malade
13:02et pas derrière elle
13:04au cas où elle se casserait la figure
13:06et qu'on la rattrape ?
13:06Voilà, c'est plutôt
13:07assez contre-intuitif.
13:09On se dit plutôt
13:10que de monter un escalier,
13:11voilà, on va monter derrière
13:13une personne fragile
13:13au cas où on va la rattraper.
13:15Et finalement, non.
13:16De monter devant,
13:17c'est plus facile
13:19puisque elle, elle nous suit.
13:21Elle est attentive
13:23à ce qui se passe devant elle.
13:25Et du coup,
13:26elle est vraiment...
13:28Elle fait comme nous.
13:29Elle fait comme moi
13:30ou comme les personnes.
13:31Quand on monte l'escalier,
13:32elle suit.
13:33Et Françoise Roy,
13:34comment vous avez appris
13:36et comment petit à petit
13:37vous avez trouvé
13:38la faculté,
13:40le naturel
13:41pour aider une femme
13:42à se laver les fesses,
13:45à s'asseoir sur la cuvette
13:46des toilettes,
13:47à faire ses besoins ?
13:48Comment on rentre
13:49dans cette intimité-là ?
13:50Ça, c'est très compliqué.
13:52En tout cas,
13:52c'est un moment d'intimité
13:54que moi,
13:55je ne pratique pas
13:57dès mon entrée
13:58chez la personne, en fait.
14:00Même si c'est l'objectif
14:01de l'accompagnement
14:02qui est d'accompagner
14:03une personne aux toilettes,
14:05ce n'est pas la chose
14:05que je vais faire en premier.
14:06Je vais d'abord
14:07créer une relation de confiance,
14:09quelque chose
14:10qui va bien se passer,
14:11qu'elle m'accepte déjà.
14:13Et puis ensuite,
14:14s'il y a besoin
14:15d'aller vers l'intimité,
14:16les soins plus intimes,
14:18la toilette
14:18ou accompagner aux toilettes.
14:20Voilà,
14:20je prends le temps,
14:21j'essaye de lui montrer,
14:23j'essaye d'être
14:23vraiment toute attentive,
14:26en fait.
14:26Et jeune infirmière,
14:27parce que vous êtes
14:28une ancienne infirmière,
14:29c'est des choses
14:29que vous n'auriez pas su faire.
14:31Non, je ne crois pas.
14:32Ça s'apprend par la pratique,
14:34mais par la formation aussi.
14:37Etienne Davodeau,
14:38vous avez accompagné
14:39Françoise au Québec.
14:40Vous êtes allée voir
14:41Nicole Poirier.
14:43Et il faut que vous nous racontiez
14:44qui c'est,
14:45parce que vous êtes revenue là
14:46en se disant
14:47je pense que je n'avais jamais vu ça,
14:49en fait.
14:49Autant de chaleur,
14:50autant d'humanité.
14:51Nicole Poirier,
14:52c'est elle qui a formé
14:53Françoise à ses méthodes.
14:54C'est ça,
14:55Françoise s'est formé là-bas
14:56il y a une dizaine d'années.
14:57Là-bas,
14:57c'est à Trois-Rivières,
14:58au Québec.
14:59C'est dans une maison
15:00qui s'appelle Carpe Diem
15:01que Nicole Poirier a fondée,
15:02qu'elle dirige toujours aujourd'hui.
15:04Et c'est un endroit
15:05où vivent des personnes
15:07qui sont atteintes
15:08de troubles cognitifs.
15:10Et ils vivent
15:10dans cette maison Carpe Diem
15:11qui est entièrement conçue,
15:14organisée et gérée
15:16autour des besoins des personnes.
15:18Je veux dire,
15:18contrairement à ce qui peut se passer
15:19dans un EHPAD,
15:20par exemple,
15:21où les personnes qui rentrent
15:21doivent s'adapter
15:22au fonctionnement
15:23de la maison en question.
15:23Là-bas,
15:24c'est vraiment l'inverse.
15:24Tout est organisé
15:25autour de leurs besoins
15:26et de leurs envies.
15:28Et quand on passe là-bas,
15:30on se rend compte
15:30qu'en fait,
15:32moi là-bas,
15:32ce que j'ai vu,
15:33c'est des gens
15:33qui souffrent de ces maladies-là,
15:34parfois à un stade très avancé,
15:36et qui semblent être paisibles,
15:37détendus,
15:39peut-être même,
15:39mais ça c'est moi qui le dis,
15:40je ne peux pas l'affirmer,
15:41peut-être même heureuses.
15:43Et quand on sort
15:43de cette maison Carpe Diem
15:44où tout est fait pour ces personnes,
15:45on se dit
15:46ok, c'est possible.
15:47On sait le faire.
15:48Nicole Poirier prouve
15:48depuis des années
15:49qu'on peut le faire.
15:50Si on sait le faire,
15:51la question qui vient après,
15:52c'est est-ce qu'on est prêt
15:53à le faire,
15:53nous ici en France,
15:55parce que c'est une question
15:56d'ordre sociétal,
15:57c'est une question même politique.
15:58C'est la façon
15:59dont on va s'occuper
16:00des plus dépendants
16:00et des plus fragiles d'entre nous
16:01qui se posent là.
16:03Et cette question-là,
16:03c'est une question
16:04d'organisation de la société
16:05qui trouve une solution,
16:07peut-être dans un endroit
16:08comme Carpe Diem
16:09qui nous montre
16:09que tout ça,
16:10c'est possible
16:10si on s'en donne les moyens.
16:12Françoise,
16:13vous dites à la toute fin
16:14du livre,
16:15j'ai perdu votre citation
16:17mais je vais la retrouver,
16:19je l'ai dit de mémoire,
16:20ne les enfermez pas,
16:21ne les oubliez pas,
16:22c'est ça ?
16:23Oui,
16:23ne les oublions pas,
16:25ne les enfermons pas,
16:26ne les excluons pas,
16:27ne les excluons pas,
16:28accompagnons-les.
16:29Vraiment,
16:30c'est comme ça
16:32que j'envisage
16:33l'accompagnement
16:34et comme ça
16:34que j'envisage
16:35l'humanité.
16:38L'humanité,
16:38c'est ça,
16:39l'humanité tout simplement
16:40parce que c'est quelque chose
16:41que vous expliquez
16:42tout au long du livre
16:43à Étienne,
16:44c'est que ces gens
16:45ont perdu beaucoup de choses
16:46mais pas leur humanité.
16:47Voilà,
16:47et de leur donner
16:48cette dignité-là
16:49et cette reconnaissance-là.
16:51En fait,
16:51ils sont comme nous,
16:52ce sont des êtres humains
16:53qui ont droit
16:54à part entière
16:55à notre accompagnement.
16:56En fait,
16:57vous corrigez Étienne
16:58qui vous dit
16:58ils sont comme nous
16:59et vous lui dites
17:00ils sont nous.
17:01Oui,
17:01c'est important ça
17:02parce que ça peut être
17:03nous dans quelques années
17:04et puis ce sont des gens
17:05qui ont absolument
17:06les mêmes droits
17:06que nous,
17:07évidemment.
17:09Étienne Davaudot
17:09et Françoise Roy,
17:11là où tu vas,
17:12voyage au pays
17:13de la mémoire
17:14qui flanche,
17:14Futuropolis,
17:15je le dis
17:15à la dernière page,
17:17il y a des conseils
17:18de films à voir,
17:19de livres à lire,
17:20de sites
17:21pour s'informer
17:22parce que j'imagine
17:22qu'il y a énormément
17:24de nos auditeurs
17:24qui se posent
17:25beaucoup de questions,
17:26qui aimeraient vous rencontrer
17:27et qui aimeraient pouvoir
17:28comme moi
17:29vous les poser.
17:30Merci à tous les deux
17:31et embrassez la Loire
17:33quand vous allez rentrer
17:34à la maison.
17:35Merci à tous les deux.
17:36Merci.
17:42Merci.
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