00:01Good morning business, parole de patron.
00:04On est avec François Gaudemont, bonjour.
00:06Vous êtes conseiller spécial Asie et Etats-Unis à l'Institut Montaigne.
00:09Vous venez d'écrire e-commerce chinois, Chine, l'arbre qui cache la forêt.
00:13On va en reparler, mais avant, Étienne disait, ça repart un peu en Chine.
00:17On voit des ventes aux détails qui sont plutôt positives.
00:20Est-ce qu'on peut dire que le moteur de la consommation repart, d'après vous ?
00:24Je pense que ce serait exagéré.
00:26On parle de la période avant le nouvel an chinois,
00:28qui est traditionnellement une période de rebond pour la consommation.
00:32Et puis les derniers mois de l'année 2025 ont été extrêmement décevants.
00:37En fait, ça fait un certain temps que la consommation chinoise est à la traîne
00:41par rapport aux exportations.
00:43On a cette nuit Donald Trump qui menace la Chine de ne pas se rendre
00:47à la visite prévue les prochains jours qui étaient prévus à Pékin
00:52parce que le détroit d'Hormuz, il considère que ce n'est pas complètement son sujet
00:55puisque le pétrole, il est pour les Chinois.
00:57Est-ce que c'est aux Chinois d'aller sécuriser le détroit d'Hormuz ?
01:01Écoutez, le détroit d'Hormuz, c'est une question qui dépasse largement la Chine.
01:04C'est en fait l'affaire de tout le monde.
01:06Ceux qui sont concernés aux premiers chefs, ce sont les Européens
01:09qui ont peu de stocks stratégiques
01:11et qui, par conséquent, dépendent encore plus d'une pénurie d'approvisionnement.
01:15La Chine vient ensuite.
01:17Les États-Unis sont ceux qui sont les moins menacés à court terme.
01:20Réserve stratégique très importante.
01:22Exploitation du pétrole sur leur propre territoire
01:24qui, au moins, leur fait profiter de la hausse des prix
01:28à côté de la hausse, bien sûr, pour les consommateurs.
01:31Donc, ce n'est pas une demande complètement illogique.
01:34Elle a peu de chances d'être acceptée, c'est certain.
01:36Et donc, il faut chercher d'autres raisons pour lesquelles
01:39Donald Trump pourrait éventuellement se défiler devant le sommet de Pékin.
01:43À quel point les Chinois sont les alliés des Iraniens ?
01:47Vous savez, c'est comme avec la Chine.
01:49C'est comme avec la Russie, excusez-moi.
01:51Ils sont obligés de respecter un équilibre verbal
01:55parce que leurs grands amis sont aussi des États du Golfe
01:57et de l'Arabie Saoudite.
01:59Avec l'égal, ils ont énormément de rapports matériels.
02:01Donc, ils maintiennent un relatif équilibre verbal.
02:04Ils condamnent, par exemple, toutes les extensions de la guerre,
02:08toutes les alliances, à venir aussi bien les États-Unis
02:10que potentiellement l'Iran, qu'on ne nomme jamais.
02:12Mais en réalité, c'est eux qui enlèvent en premier le pétrole de l'Iran.
02:17C'est eux qui sont le premier partenaire commercial.
02:19C'est eux qui lui ont fourni, à côté de la Russie, bien sûr,
02:23des armes et des technologies importantes.
02:25Donc, ils sont évidemment liés.
02:27Et puis, il y a la question de l'exemption
02:29que les navires chinois peuvent espérer,
02:32tout comme ils avaient négocié par rapport au Routi,
02:34de pouvoir continuer à naviguer dans le golfe d'Aden
02:36quand les autres tankers...
02:39Ce qu'on voit un peu aujourd'hui, il y a des pétroliers qui sortent
02:41c'est qu'ils vont direction la Chine.
02:43Oui, pour l'instant, de façon assez limitée et en test,
02:47si ça devait se développer,
02:50ce serait évidemment absolument catastrophique
02:52pour les Occidentaux en général.
02:54Cette réunion, pour vous, elle aura lieu ?
02:58Donald Trump a des choses à négocier ?
03:00Il a intérêt à aller à Pékin ?
03:03Il a une tactique qui est une tactique de menacer avant la réunion
03:07et il l'a toujours fait.
03:08Il avait dû reculer au mois d'octobre
03:11parce que la Chine avait commencé à restreindre
03:13les exportations de métaux rares
03:17qui sont extrêmement importantes pour l'industrie américaine
03:19et encore plus pour les armements.
03:21Cette fois-ci, juste avant que pour parler commence à Paris,
03:24parce qu'en ce moment, il y a des conversations à Paris
03:26entre Américains et Chinois.
03:27– Et Scott Bessen qui est présent.
03:29– Oui, ils ont mis en route de nouvelles enquêtes
03:33sur la surproduction et le dumping chinois,
03:36mais on ne sait pas quand est-ce que ça va déboutir.
03:38Je pense qu'il est extrêmement gêné en ce moment
03:41de courir plusieurs lièvres à la fois.
03:42Il est difficile de demander au moins une neutralité active
03:46de la Chine qui peut-être dissuaderait l'Iran
03:51d'aller à la phase ultime de blocage du détroit de Hormuz
03:54et qui éventuellement, comme la France en a parlé,
03:58sécuriserait après l'arrêt des hostilités.
04:00– Mais après l'arrêt des hostilités, c'est toute la question.
04:02– Mais contre quoi ?
04:03Mais contre quoi, quand vous êtes chinois ?
04:05Vous avez plus de stocks stratégiques de pétrole
04:08que tout le reste du monde.
04:09Vous pouvez attendre.
04:11Ce n'est pas qu'à terme, le problème se pose pour tout le monde.
04:14– Votre livre, Chine, l'arbre qui cache la forêt.
04:18Vous avez regardé dans le détail le fonctionnement
04:19de l'e-commerce chinois.
04:21Alors bien sûr, nous, on a vu ça à travers le BHV,
04:23mais il y a selon vous une vraie stratégie
04:26qui s'insère dans tout le textile.
04:28Un peu ce qui s'est passé dans l'industrie,
04:31il se passe la même chose aujourd'hui avec le textile chinois.
04:34– C'était généralement considéré
04:36comme une branche d'industrie à bas coût
04:39et à grosse quantité de main-d'œuvre
04:41et à peu de technologie.
04:42Donc évidemment, l'avantage pris de la main-d'œuvre chinoise,
04:46c'est ce qu'on a beaucoup mis en valeur en France,
04:47c'était important.
04:48En réalité, c'est extrêmement modernisé.
04:50L'intelligence artificielle, la robotisation
04:53ou plus simplement l'automatisation des processus
04:56arrivent, poussés par l'État,
04:58poussés par les autorités locales.
05:00Et donc, il ne faut pas prendre cette industrie
05:02du textile à bas prix pour une industrie retardataire.
05:06Tout indique que la Chine continuera
05:09à développer ce style d'industrie.
05:11Elle fera ce que le Japon a fait
05:12pendant des décennies jusqu'aux années 80,
05:14ce qu'on appelle une industrie à 360 degrés.
05:17c'est la très haute technologie,
05:18mais ne pas abandonner des secteurs
05:20à plus basse intensité, si vous voulez.
05:23Mais ce n'est pas la main-d'œuvre
05:24qui est l'argument principal.
05:26C'est la capacité technologique,
05:28la gestion des stocks, les plateformes.
05:30C'est vraiment dans la mise en place
05:33des différentes chaînes logistiques, en fait.
05:36Oui, la chaîne logistique intégrée,
05:37si vous voulez, qui réduit les coûts.
05:38C'est un petit peu la même chose
05:39que ce qui se passe dans l'industrie automobile chinoise,
05:42avec un exemple, une grande entreprise chinoise
05:44qui pratiquement fabrique tout par elle-même.
05:47Et on n'est pas capable, nous,
05:48d'avoir la même compétence technologique,
05:50justement, pour avoir des plateformes logistiques
05:52aussi puissantes ?
05:54On ne l'est pas, je dirais, hélas,
05:58en ressources humaines pour maîtriser au niveau des TPE,
06:02des petites entreprises, au niveau de la distribution,
06:05l'intelligence artificielle, et pour constituer des réseaux.
06:07On a moins diffusé ça en Europe
06:10que, pour l'instant, les Chinois ne l'ont fait.
06:13C'est un enjeu important.
06:14On se concentre aujourd'hui, nous,
06:16sur la perte de main-d'œuvre,
06:18la perte d'emploi que peut provoquer
06:20l'intelligence artificielle,
06:22mais c'est aussi un multiplicateur
06:23d'activités éventuelles.
06:26Mais la bataille du textile,
06:27c'est une bataille technologique, en fait ?
06:28C'est devenu une bataille technologique.
06:30Merci beaucoup d'être venu ce matin.
06:32François Godemont, conseiller spécial,
06:33Asie et Etats-Unis à l'Institut Montaigne.
06:35Je rappelle votre livre,
06:36E-commerce chinois,
06:37Chine, l'arbre qui cache la forêt.
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