00:00Annalisa Capellini, est-ce que Benyamin Netanyahou est piégé dans la guerre au Moyen-Orient ?
00:04Il y a aujourd'hui des discussions qui vont s'ouvrir à Washington entre Israël et Liban.
00:07Ce n'était pas arrivé depuis 1983, mais pour l'instant, le Premier ministre israélien
00:12semble vouloir poursuivre l'offensive au Liban.
00:15Oui, en réalité, il est dos au mur, puisque politiquement, il est obligé de continuer son offensive.
00:20D'ailleurs, c'est le seul leader impliqué dans le conflit qui n'hésite pas à le dire très clairement.
00:25Non, la guerre n'est pas finie.
00:27Alors, pourquoi il est obligé politiquement ?
00:29Parce que sa position est très délicate.
00:31Vous vous rappelez, au début du conflit, il semblait être en train de gagner cette guerre,
00:35même de prendre le pas parfois sur les États-Unis.
00:37On sait que sur les premiers jours du conflit, les Israéliens ont atteint une bonne partie de leurs objectifs de
00:43guerre.
00:43Ils ont démontré aussi qu'ils avaient des informations très très précises sur la position des leaders de la hiérarchie
00:49iranienne.
00:50Et puis, ils démontraient aussi une certaine influence sur l'allié américain,
00:53puisque l'influence de Netanyahou a beaucoup pesé dans la décision américaine d'attaquer l'Iran.
00:58Sauf qu'aujourd'hui, l'équilibre semble s'inverser.
01:01Les Américains négocient avec les Iraniens sans demander non plus l'avis des Israéliens.
01:06Et d'ailleurs, Benjamin Netanyahou sait parfaitement que Washington pourrait se servir de la paix au Liban,
01:11comme d'une monnaie d'échange, puisque ça intéresse beaucoup les Iraniens qui veulent protéger leurs alliés du Hezbollah.
01:16Et ce n'est pas un front crucial pour Donald Trump, qui n'aurait aucun problème à abandonner le front
01:21libanais.
01:22Autre fragilité israélienne, c'est que le régime iranien résiste,
01:25alors que l'on sait que le but de Tel Aviv, c'est une destruction totale du régime des Mollahs.
01:30C'était un des objectifs de guerre d'Israël.
01:32Est-ce que, dans les autres cibles, certaines sont atteintes ?
01:35Pour l'instant, aucune. Il y avait trois objectifs fixés par Benjamin Netanyahou le 28 février, au premier jour de
01:40la guerre.
01:40C'était d'éliminer la menace nucléaire iranienne, de neutraliser les capacités balistiques et de renverser le régime.
01:47Donc pour l'instant, aucune n'est atteinte, c'est un échec.
01:49Ce qui irrite les oppositions israéliennes, notamment Yaïr Lapid, l'ancien Premier ministre,
01:54qui dit que malgré l'abnégation de l'armée et de la population israélienne,
01:58Netanyahou a échoué sur tous les plans, sur le plan politique et stratégique.
02:02Même chose pour la gauche et pour le chef de l'alliance de gauche, Yaïr Golan.
02:06Selon lui, Netanyahou est carrément dangereux.
02:08Il a promis une victoire historique et en réalité, il subit l'un des échecs les plus stratégiques et les
02:13plus graves qu'Israël ait connu.
02:15Enjeu électoral intérieur avec des élections à l'automne.
02:18Bien sûr, c'est un immense enjeu pour Netanyahou qui mise tout sur son rôle de chef de guerre,
02:22ce chef de guerre qui se bat contre la menace iranienne.
02:25Sauf qu'on voit que l'opinion publique israélienne, elle aussi,
02:28commence à basculer, à glisser vers des positions beaucoup moins favorables à Netanyahou.
02:33Seulement un Israélien sur trois se dit satisfait de l'issue de la guerre.
02:37Et d'ailleurs, près de la moitié des Israéliens considèrent aujourd'hui que leur pays n'est pas en train
02:41de gagner.
02:42Il y a une menace d'ailleurs qui se profile très clairement pour Netanyahou.
02:45Elle s'appelle Naftali Bennett, c'est l'ancien Premier ministre.
02:48Et on voit qu'à la forte baisse de popularité de Netanyahou,
02:51correspond une forte hausse de popularité de Naftali Bennett.
02:55Donc vous voyez ce conflit, Netanyahou pensait pouvoir l'utiliser comme une démonstration de force.
02:59Finalement, ça risque de devenir un piège politique.
03:01Merci beaucoup Annalisa Kappény.
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