00:05L'invité de ce Smart Impact, c'est Méline Solanacruz, bonjour.
00:10Bonjour.
00:10Bienvenue, vous êtes responsable développement commercial d'Hector le Collector.
00:14Alors c'est quoi Hector le Collector ? Présentez-nous l'entreprise.
00:17Hector le Collector, c'est une entreprise qui est née en 2020 à Toulouse.
00:22C'est le fruit de deux personnes, donc de Valentin et Quentin,
00:25qui ont pris à bras-le-corps la gestion des biodéchets alimentaires au sein des collectivités, des entreprises.
00:33Puisque la question majeure, c'était que deviennent nos biodéchets aujourd'hui ?
00:38La plupart sont dans les ordures ménagères classiques.
00:41C'est incinéré, alors que les biodéchets, c'est 80% d'eau.
00:46Donc on dépense de l'énergie pour brûler de l'eau.
00:50C'est absurde.
00:51Ce qui est absurde, absolument.
00:53Et donc, cette idée est née en 2020.
00:56On est arrivés à Paris assez récemment.
00:59On est dans cinq grandes villes en France.
01:01Et on fait de la collecte dans un cadre hyper urbain, en mobilité douce,
01:06avec nos bacs de 35 titres.
01:10Et ensuite, on valorise ces biodéchets par le biais notamment de la méthanisation.
01:15Alors, on va rentrer dans le détail, peut-être rappeler le cadre réglementaire.
01:19Ce tri des biodéchets, des déchets alimentaires, il est obligatoire depuis deux ans.
01:25Ils peuvent être valorisés soit en compost, effectivement, soit en biogaz par méthanisation.
01:29Il y a environ 32% de nos déchets, de nos ordures ménagères qui sont des biodéchets et qui finissent
01:36encore souvent.
01:37Alors là, je parle des particuliers, mais c'est vrai aussi des entreprises et des collectivités dans les poubelles classiques.
01:43Pourquoi ?
01:44Il y a plusieurs raisons à ça.
01:46Déjà, il y a une grande disparité entre les cadres urbains et le cadre rural,
01:51puisque la plupart du temps, dans un cadre rural, on va avoir un composteur, notamment.
01:58Donc, dans le cadre rural, la plupart du temps, les biodéchets vont être réutilisés au sein même du domicile.
02:05D'ailleurs, dans l'ADEME, il y a une des parties qui est assez marrante, puisqu'on parle de nourrir
02:09les poules.
02:09Alors oui, évidemment, on a toujours cette habitude.
02:13Dans le cadre urbain, c'est différent, c'est beaucoup plus complexe.
02:17Il y a des points d'apport volontaire qui ont émergé suite, justement, au renforcement de la loi AGEC.
02:23Mais on se rend compte aujourd'hui que les points d'apport volontaire sur rue ne sont pas encore hyper
02:29efficaces.
02:30C'est par rentrer dans les habitudes, dans les mœurs ?
02:32Non, c'est compliqué.
02:34Le sondage parle de gens qui y sont sensibilisés malgré tout au réel, au pourcentage capté.
02:40On se rend compte qu'il y a encore une grande disparité.
02:43Ça vient de plusieurs éléments.
02:44Je pense que dans un premier temps, il y a un manque de sensibilisation sur le sujet.
02:49Pour les particuliers, ne serait-ce que de leur dire
02:52« Voilà, on a un point d'apport volontaire qui n'est pas loin et donc vous pouvez y poser
02:55les biodéchets ».
02:56Pour les professionnels, c'est différent.
02:58Ils ne peuvent pas se reposer sur ce point d'apport volontaire puisqu'ils doivent justifier
03:03de tickets de pesée pour justifier de la bonne valorisation, justement, de leurs biodéchets alimentaires.
03:08Donc là, c'est encore un cadre qui est différent pour eux.
03:12Et alors, quand vous, vous démarchez des professionnels, des entreprises, peut-être aussi d'ailleurs des collectivités,
03:19mais quels arguments vous employez pour les convaincre ?
03:24Parce qu'il y a la loi, mais manifestement, elle ne s'applique pas encore suffisamment.
03:28On a plusieurs points.
03:30Alors nous, dans un premier temps, on a une logique qui n'est absolument pas moralisatrice.
03:34On est sur une notion de pédagogie et de sensibilisation.
03:38Je pense que c'est le plus important aujourd'hui.
03:41Et donc, quand on vient vers les entreprises, on a plusieurs points.
03:47Dans un premier temps, moi, ce que je mets en avant, c'est le fait qu'aujourd'hui,
03:51on a ce tri, cette valorisation qui est obligatoire.
03:55Évidemment, il y a le volet légal, mais également la sensibilité de chacun sur le sujet
04:02et l'argument principal, moi, que je mets en avant, qui est une logique factuelle aujourd'hui,
04:09c'est en effet de se dire que est-ce qu'on peut continuer résolument
04:14à laisser passer cette énergie potentielle par le biais de la méthanisation ?
04:19Est-ce qu'on peut laisser passer sur ces 12 millions de tonnes de déchets alimentaires
04:24qu'il y a en France sur 2023 ?
04:27Est-ce qu'on peut se permettre de se dire
04:28que ces 12 millions de tonnes peuvent représenter 12 millions de kilowatts heure ?
04:34Il ne faut pas les laisser passer.
04:36Et donc, je les sensibilise à la fois sur l'importance de la valorisation des biodéchets
04:42et en même temps sur le rappel du cadre de la loi AGEC.
04:47Pour faire de la pédagogie, vous utilisez quoi ? Quels arguments ?
04:51Il faut être plutôt dans le jeu, dans le ludique ?
04:53Plutôt dans, effectivement, la liste d'arguments, un peu des deux ?
04:59Non, pas de liste d'arguments particulières.
05:03La plupart, c'est vraiment de la sensibilisation, ce qui signifie que,
05:07par exemple, quand j'arrive dans une entreprise,
05:09la plupart du temps, on accompagne dès le début.
05:12C'est-à-dire que, quand on vient poser un bac, on ne fait pas que poser un bac
05:17et se dire « Ok, très bien, c'est là, à la semaine prochaine, on passe les collectés ».
05:20On a aussi, et ça, c'est quelque chose que je porte énormément dans cette philosophie,
05:27c'est de leur proposer un temps de sensibilisation pour que les collaborateurs puissent prendre le bon geste
05:36et ne pas le rendre…
05:38Ce n'est pas leur dire « Si vous ne le faites pas, ce n'est pas bien ».
05:40Oui, on n'est pas dans la culpabilisation.
05:42Exactement, c'est leur dire « C'est important de le faire et de mettre en avant les enjeux ».
05:48Et donc, nous, on propose un petit burger quiz, par exemple,
05:51qui est autour des déchets et de l'écologie,
05:55de manière à proposer un temps d'échange.
05:57Un jeu, hein ?
05:58Oui, oui, oui, tout à fait.
05:59Ceux qui ne connaissent pas, vous jouez le rôle d'Alain Chabat,
06:01vous êtes le maître du jeu, la presse du jeu, c'est ça, poser les questions ?
06:05Alors, je ne dirais jamais que j'ai autant de talent qu'Alain Chabat,
06:10mais j'aime beaucoup, en effet, ce côté ludique et somatique.
06:15Et ça marche mieux ?
06:15C'est-à-dire que vous voyez qu'ensuite, ça infuse, en quelque sorte,
06:20dans l'esprit des collaborateurs, c'est ça ?
06:21Absolument, et on se rend compte aussi que,
06:23par des questions très simples sur quelle est la deuxième industrie la plus polluante, etc.
06:29On se rend compte que, la plupart du temps,
06:31les gens sont soit en maîtrise du sujet, donc ils sont sensibles,
06:35soit sont en pleine découverte, et il y a beaucoup de surprises.
06:38Beaucoup de surprises de leur part,
06:40des choses auxquelles ils ne s'attendent pas.
06:41Dans la filière, qu'est-ce qu'ils deviennent ?
06:43Ils sont méthanisés, ensuite, ces biodéchets ?
06:47C'est quoi leur parcours, en quelque sorte ?
06:49Le parcours est très simple. Dans un premier temps, on a la personne qui fait son tri.
06:54Le tri est fait, il y a une collecte qui est effectuée, et ensuite ça part auprès du méthaniseur.
07:01Le méthaniseur, lui, c'est une cuve dans laquelle vous allez avoir une atmosphère qui est contrôlée,
07:08et la décomposition des biodéchets va générer du méthane qui va être capté et réinjecté dans le circuit du gaz
07:17de ville.
07:18Et, à l'issue également, et ça c'est intéressant de le souligner,
07:23à l'issue de cette décomposition, on récupère également le digesta,
07:26et le digesta va servir à faire de l'épandage.
07:29Donc, notamment, pour les agriculteurs, c'est un avantage aussi.
07:32Il y a un retour à la terre et une énergie qui est générée.
07:35Vous êtes déployé dans combien de villes aujourd'hui ?
07:37Aujourd'hui, on est dans cinq villes en France, et on arrive dans cinq nouvelles villes.
07:43Je pourrais vous les mentionner, mais on est évidemment à Paris, parce que c'est moi qui m'en occupe.
07:48Nous sommes à Toulouse, nous sommes à New York, nous sommes à Montpellier, nous sommes à Nîmes,
07:52nous arrivons à Marseille, à Bordeaux, à Nantes, à Lille également.
07:56Est-ce que vous voyez des disparités, c'est pour ça que je vous pose la question,
08:00c'est-à-dire que des endroits où c'est plus difficile de convaincre,
08:06où il y a beaucoup plus de retard à rattraper,
08:08ou est-ce que finalement c'est assez homogène région par région ?
08:13Je trouve qu'il n'y a pas de microclimat.
08:15Il y a par contre des sensibilités qui sont différentes.
08:19On se rend compte qu'à Paris, il y a quand même une sensibilité qui est accrue sur le sujet.
08:24Dans certaines villes, c'est un petit peu plus complexe,
08:27mais par contre, au niveau des infrastructures, c'est quasi similaire.
08:33C'est quasi similaire, mais après, comme le rapport de l'ADEME le soulignait,
08:40par région, on a une sensibilisation qui est plus ou moins accrue,
08:44et on a aussi tout simplement la manière dont les habitations changent ça.
08:50C'est une obligation légale, ok, mais ça coûte cher aux entreprises ?
08:53Et cette notion, ça peut être un frein justement au développement de ce tri des biodéchets ?
08:58Toute source de dépenses aujourd'hui est un frein, quelle qu'elle soit.
09:02Et quel que soit le secteur d'ailleurs, c'est toujours un frein pour une entreprise qui est une dépense.
09:09Ce qu'il faut voir derrière, c'est qu'il y a un effet de bascule,
09:12puisqu'on diminue le volume des ordures ménagères.
09:16Donc le volume d'OMR étant diminué, de facto, il y a une compensation qui se fait.
09:21On paye moins de volume d'ordures ménagères,
09:23et on a ce circuit de biodéchets qui apporte de la valorisation.
09:27Donc en effet, c'est un coût pour les entreprises.
09:30Dire que ce serait gratuit, ce serait mentir,
09:32parce que sinon on aurait un petit peu de mal à aller collecter les biodéchets.
09:36Vous-même, l'entreprise n'existerait plus.
09:38Exactement.
09:39Mais le coût est modeste,
09:42eut égard à ce que ça apporte en général,
09:45et à l'économie sur les OEM.
09:46Un dernier mot, parce qu'il y a les entreprises,
09:48et puis il y a aussi les événements.
09:51Vous proposez aussi des services de collecte de biodéchets sur les événements.
09:55Ça doit être différent, particulier quand même ?
09:57C'est différent, mais c'est tout aussi passionnant.
10:00Pour une raison simple, c'est qu'on se rend compte que la plupart du temps,
10:05sur les événements, le tri des déchets est plutôt complexe à faire,
10:09et passe souvent au second plan.
10:11Donc on accompagne les organisateurs d'événements,
10:15aussi sur ces collectes des biodéchets, et pas que,
10:20mais ça nous permet justement aussi d'aider,
10:23par le biais d'outils à la fois de quantification et de suivi,
10:31et notre présence, d'améliorer ce tri des déchets,
10:35puisqu'on se rend compte que c'est souvent assez complexe sur les événements.
10:39Sur les événements.
10:40Effectivement, merci Méline Solanacouz,
10:42et à bientôt sur Be Smart for Change.
10:44On passe tout de suite à notre débat,
10:45le bilan carbone du secteur de la santé.
10:47C'est parti !
Commentaires